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[/art français n'a pas entièremenl rompu avec le xvi" siècle, mais il est en grande partie sous la dépendance de l'art étranger. C'est en Italie que nos architectes, nos sculpteurs, nos peintres, imbus île l'antiquité el des Italiens de la décadence, v. mi chercher des modèles, sans cesser toutefois de s'inspirer du milieu où ils vivent : leur talent subit à la l'ois l'influence étrange] c et l'influence nationale.
Après la période d'indépendance relative qui se prolongera jusqu'au gouvernement personnel de Louis XIV, l'art subira délinitivement le joug d'une formule unique, l'académisme.
L'architecture. — Les architectes suivent les règles de Vitruve, île Vignole, de Palladio, qu'ils étudient avec ferveur, et sont dominés par l'idée de placer partout des ordres : des colonnes et des pilastres surmontés d'un fronton au-dessus de l'entrée, une coupole au-dessus de la partie principale du plan, voilà la décoration qui a leurs préférences. Ils visent, dans l'architecture religieuse, à des réductions de Saint-Pierre de Rome, connue ils offrent, dans les constructions civiles, des réminiscences des palais florentins.
Essentiellement cosmopolite, banal, monotone et sans expression, le style c. jésuite » fut importé d'Italie par Etienne Martellange
1569-1641 , frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus, qui éleva avec le P. Derand l'église Saint-Paul-Saint-Louis. Toutes les constructions religieuses du xvne siècle seront édifiées d'après les mêmes types, dont les caractères se remarquent déjà dans le portail de l'église Saint-Gervais, dû à Salomon de Brosse 1565?-1626), qui construisit en outre, à Paris, la salle des Pas Perdus du Palais de justice, le palais du Luxembourg pour Marie de Médicis, sur le modèle du palais Pilti. de Florence, et, dans le style jésuite, le portail de l'église Saint-Gervais. Pierre Le Muet 1591-1669) élève l'hôtel Tubœuf 2 . acquis par Ma/arin et que François Mansart complète par la célèbre « galerie Mazarine ». François Mansart 1598-1666) est l'architecte des châteaux de Maisons et de Bercy, de la partie du château de Blois dite de Caslon d'Orléans, de la rotonde de la Visitation, de la galerie dorée de l'hôtel de Toulouse [3 , de quelques parties du Val-de- Grace, dont Pierre Le Muet érige la façade ël que terminera Jacques Le Mercier
1585?-163/i), à qui l'on doit en outre 10ratoire, commencé par Clé ni Mélczeau
1581-1652 , l'église de la Sorbonne, le pavillon de l'Horloge du Louvre et le Palais-Cardinal. Charles Errard 1601-1689 envoie de Borne le plan de la rotonde de l'église de l'Assomption. Louis Le Vau
1612-1670 . après avoir édifié la nef de Saint-Sulpice, l'hôtel Lamberl lie Saint- Louis) pour un président à la Chambre des comptes, le château de Vaux pour le surintendant Foucquel, commencera en 1662,
en exécution du testament de Mazarin, l'église du Collège desQuatre-Nations (Institut de France).
La physionomie de Paris se renouvelle : sur la rive droite, avec
le Palais-Cardinal et le Cours la Reine; sur la rive gauche, avei II Luxembourg; dans l'Ile Saint-Louis, dans le Marais, avec les trente
sepl pavillons sj métriques de la place Royale, dessi nés par Claude de Châtillon ; partout el en particulier dans l'île Saint-Louis , avec les somptueux hôtels de l'aristocratie, de la noblesse de robe et de la finance, conformément aux innovations que la marquise de Rambouillet a apportées dans la disposition intérieure des appartements.
Les châteaux que fait élever ou modifier dans les provinces la haute société parisienne sont ordonnés suivant un plan dont tous les détails concourent à la beauté' de l'ensemble. L'artiste, qui emploie le plus souvent la brique et la pierre, conserve ou adapte les accidents du sol, orne les parterres de statues et de pièces d'eau, trace des allées droites, élève des terrasses, flanque l'édifice principal, aux toitures élancées, de deux ailes servant de communs et rejoignant le mur où s'ouvre la porte, percée elle-même dans un important maçonnage.
Les jardins de la Renaissance s'annexaient aux édifices sans faire partie d'un plan d'ensemble. II en fut autrement sous Louis XIII, et François Mansart. fut le précurseur de Le .Notre lorsque, chargé par Gaston d'Orléans de reconstruire le château de Blois, il lit le plan des jardins des terrasses de la façade occidentale.
La sculpture. Au wir siècle, la sculpture joue un grand rôle dans la décoration des édifices, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur; à
l'extérieur, l'architecte menace des cadres où le sculpteur placera des figures en bas-relief, des niches où se dresseront des statues; celles-ci trouvent encore place dans les frontons et les altiques, autour des coupoles, sous les entablements, où elles tiennent lieu de
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François Mansart, gravure U'Edeli nc k.
I Le seul ouvrage d'ensemble qui ail été écrit sur celle période est L'Art fronçai temps de Hichelieu el de Mazarin, par Henry Lemonnier 1^93).
I L'hôtel Tubœuf est englobé aujourd'hui dans les bâtiments de la Bibliothèque national.
(3) Incorporé aujourd'hui dans l'hôtel de la Banque de France.
Vue générale du Pahi -n 1660, aujourd nui Palais Royal
Nicolas Poussin, par lui-même (Louvre).
cariatides. Les matériaux divers employés, marbre, stuc, bronze, leur donnenl d'ordinaire un aspecl chatoyanl el varié.
Gomme les architectes, la pluparl des sculpteurs, ayanl passé une partie de leur jeunesse en Italie, s'inspireni directement des maîtres italiens h par conséquenl il<! l'antiquité, où ceux-ci cherchaient leurs modèles : on trouve chez eux un singulier mé lange de sujets pieux el d'allégories mj Lhologiques.
Simon Guillain 1581 ?-16b8 '•si l'auteur du beau groupe iln musée du Loua re qui décorait auti'efois le Pontau-rChange et où sonl représentés Louis XIII, Anne d'Autriche ri Louis XIV enfa n l ; .1 ;i cq n es Sa rrazi n 1588 1660 , du tombeau .lu cardinal de Bérulle, dans l'église des Carmélites il'' la nie Saint-Jacques, el des cariatides du Pavillon de l'Horloge (Louvre). Michel Bourdin 1579?-1640) exécute l'effigie mortuaire de Henri IV et la statue de Louis XI pour le tombeau de ce roi dans l'église do
Cléry; Guillaume Berthelot (mort en 1648) sculpte, pour celle de la Sorbonne, des figures d'apôtres et d'évangélistes, la plupart des statues du portail et des frises. Un Flamand, Gérard van Opslal (1597?-1668 , décore de bas-reliefs l'hôtel Carnavalet et la galerie de l'hôtel Lambert.
La peinture. — Au début du siècle, ce sont surtout les peintres flamands appelés en France par les derniers Valois et par Henri IV qui sont en vogue. Franz Porbus exécute de grandes peintures décoratives à l'Hôtel de ville ; Ferdinand Elle est renommé pour ses portraits; le chef même de l'école flamande, liubens, est appelé par Marie de Médicis pour peindre, au Luxembourg, la célèbre suite de tableaux allégoriques représentant l'histoire de la reine de France (aujourd'hui au Louvre).
Les artistes français subissent l'influence de l'italianisme, et chez beaucoup d'entre eux l'indigence des conceptions, l'absence de psychologie, le défaut d'accent ne sont pas toujours rachetés par l'habileté séduisante de l'arrangement. Simon Vouet (1590?-1649), établi à Rome, où il avait été élu « prince » de l'académie de Saint- Luc, s'y forma par l'étude du Véronèse, du Caravage et du Guide. Rappelé à Paris par Louis XIII, il fut nommé premier peintre du roi. Il exécuta des poitrails, des cartons de tapisseries, des peintures décoratives pour le Louvre, le Luxembourg, les châteaux de Saint- (iermain-en-Laye et de Rueil, le Palais-Cardinal, les galeries des hôtels Bullion, Séguier et d'Effiat. Un Portrait tir [.unis XIII, le Vœu de Louis XIII, lit Communion de saint Louis, le Martyre de saint, Eustache et surtout la Présentation de Jésus au Temple sont, outre des figures allégoriques (la Richesse) , les principales œuvres de cet artiste, dont le talent est fort au-dessous de sa renommée et qui semble dépourvu de sentiment et d'inspiration là où on s'attend le plus à en trouver. Incapable d'aller au fond des choses,
trop peu original pour s'élever au-dessus des formules courantes de l'italianisme, il flnil par tomber toul 5 fait dans un maniérisme sans vie, malgré l'agrément de son coloris. Il eul de nombreux
élèves dont plusieurs le surpassèrent Le Sueur, Pierre Mignard, Charles Li
Simon Vouet, gravure d'aprt
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Les bergers d'Arcadie, par Nicolas Poi SSIN.
François Perrier, Eustach<
lii un.
François Perrier 1590- 1050 est, lui aussi, imliu des théories d'outre-monts, mais 1 1 s inspire plus dii ectemenl de l'antiquité el son tempérament réaliste de Bourguignon l'empêche de tomber dans l'afféterie. Sun dessin esl souvent incoiv rect, mais il fait preuve d'un talent suffisamment robuste dans son Orphée devant Pluton, el d'une intelligence éclairée de la mytholog dans se.s peintures de la galerie de l'hôtel La Vrillière.
Sébastien Bourdon 1616lti~l , formé à l'étude des Florentins et des Bolonnais, est au contraire un admirateur servile de l'antiquité, qu'il comprend mal, et, s'il a des qualités d'exécution, du feu fi du piquant, il si' borne à pasticher ses confrères, adoptant tour à tour le style de l'un ou de l'autre selon la destination du sujet à traiter (le Christ mort, Descente de croix, Crucifiement de saint Pierre, le Christ et les enfants. In Sainte Famille, Histoire de Pliai-ton, de la galerie de l'hôtel Bretonvilliers .
Le maître de la peinture classique est Nicolas Poussin, né aux Andelys (1594-1665). Élève des anciens, admirateur de Raphaël et de Jules Romain, il excelle dans une beauté simple, un peu sèche au début de sa carrière, plus riebe et plus moelleuse dans la suite et à laquelle ne manquent ni la grâce des contours ni la force de l'expression. Il recherche moins le charme du coloris que la correction du dessin et la belle ordonnance de la composition. S'il veut ennoblir la vérité, il en garde au moins le souci dans les costumes et dans les architectures comme dans les paysages : il agrandit l'histoire par l'allégorie, le paysage par l'histoire, et il crée non seulement le paysage historique, mais, d'une façon générale, le paysage. En 1624, il part pour Rome, y connaît le Domiuiquin mourant, s'y marie et s'établit sur le Pincio : il peint pour son protecteur, le cardinal Barberini, In Mort de Germanicus et ht Prise, de Jérusalem, et pour le cardinal Omedei l'Enlèvement des Sabines, dont une répétition est au Louvre. Son goût attique paraît enfin dans
tout son éclat dans la première série des Sept Sacrements. Appelé à Paris par Richelieu et Louis XIII (1640 , il veut, malgré les efforts qu'on fait pour le retenir, finir ses jours dans sa tranquille retraite de Home. Les premiers ouvrages qu'il exécuta en France, In Cène pour l'église de Saint-Germain) et le Miracle de saint François Xavier, furent suivis du Ravissement de saint /'nul, de la seconde série des Sept Sacrements, du Jugement de Salomon, de Moïse sauvé des eaux. Dans la Mort de Sapkire, la Femme adultère, les A veuyles de Jéricho et Rébeeca, il voulut donner, par l'opposition et la gradation des expressions, un exemple des quatre modes qu'il
LA MONARCHIE ABSOLUE. — RICHELIEU ET MAZARIN
Philippe de Champaigne, par lui-même, gravure iIEdelinck.
s'attachait surtout à suivre : le riant, le louchant, le grave et le terrible. Les deux tableaux : Obsèques et Cendres de Phucion, sont à la fois des paysages et des tableaux d'histoire. En même temps, sa féconde imagination se donnait carrière dans la disposition ilf divers sujets mythologiques ou fantaisistes : Polyphème appelant Galntée un son de sa flûte; Diogène jetant son écuelle en voyant un /finie homme boire dans le creu.r île su imiiii ; Scène d'effroi; Pyrame et Thisbé; Orphée et Eurydice; les lien/ers d'Arcailie, son paysage historique le plus célèbre. Le Déluge fut son dernier tableau.
Eustache Le Sueur (I616-I65u composa d'abord des frontispices et des vignettes. Sa première manière est dans le style de Vouet V Annonciation), mais sa personnalité ne tarde pas à se dégager et à s'affirmer dans les sujets les plus variés. Il décore l'hôtel du président Lambert de Thorigny V Amour, les Muses, Phaéton, Ganymède . Il peint pour le cloître des Chartreux de la rue d'Enfer la Vie de saint Bruno [vingt-deux tableaux, Louvre] (1), et, pour les églises de Paris, la Salutation angéliijue; lu Desrenie île croi.i ; ht Messe de saint Martin, évéque de Tours; l'Apparition de sainte Scholastique ; le Saint en prière; la Mort ilu suint; Sainte Véronique; Noli me tunuere. etc. Mort à trente-neuf ans, en pleine activité, Le Sueur eut un très beau talent, une sensibilité délicate et profonde. Eu présence de l'italianisme et de l'académisme qui ne tarderont pas à conquérir l'ail français, il -■■ garda de la recherche et de la manière. Il lui
le peintre de la renaissance catholique, c me
Poussin fut celui du classicisme qui triompha sous Louis XIV, comme Philfppe de Champaigne fut celui du jansénisme et comme Vouet fut relui de la société précieuse.
Philippe ,1e Champaigne [4602-1674 . ué à Bruxelles, mais issu d'une famille originaire de Reims, passa sa vie à Paris et fui protégé par Poussin. S'. a premier grand travail compril six toiles destinées aux Carmélites du faubourg Saint-
Jacques. Il lit ensuite pour Louis Mil le table; ù
b- roi était représenté à genoux devanl le Christ, en souvenir du vœu qu'il avait lait à I. von, en 1630.
Kichelieu lui confia la décoration <lu Palais i lardi nal et du dôme de la Sor bonne et le désigna poui la décoration du \ al 'le Grâce. Terriblement un pressionné par la i i
de sa femme et de plll-
sieui sde ses enfants, il se tourna vers la religion et fréquenta de i rès près les jansénistes. Il devint - le peintre de PorUtoyal ", où sa dernière Mlle s'était retirée sous le nom de sœur i lathei me de Sainte- Suzanne : il en peignit le
polirait .ïilisi que ceux de la mei e Ailles, de la mère Angélique, de Saint- Cyran, de Singlin, des Aruauld : tous revivenl sous son pinceau austère et convaincu, dans ses tableaux d'un pur dessin et d'un pénétrant réalisme. Il nous a conservé aussi les traits de Richelieu,de Louis XIII, d'Anne d'Autriche, de Lamoignon, et si un profond senti m eut religie u x anime ses grandes compositions le Christ en croix, le Repas chez Simon, le Christ mort , c'est comme portraitiste qu'il esl surtoul remarquable.
Henri (1603-1677) et Charles 16047-1692) de Beaubrun, qui continuent la tradition franco-flamande du su' siècle, ne sont pas indignes d'être cités après Philippe île Champaigne. Hommes de cour, organisateurs de l'êtes et de ballets, ils sont les artistes à la mode de la première génération du règne de Louis XIV. Le paysage atteint sa perfection avec Claude Gelée, dit Claude Lorrain 1002-1682), auquel on ne peut comparer que le Hollandais
Mort de saim 3runo, par Eustache Le Suedk.
(I) Une légende veut que Le Sueur ail tué en duel un gentilhomme sous les murs des Chartreux 'In Lu bourg, qu'il ait perdu sa femme sur ces entrefaites, et qu'enfin, de douleur et de remords, il se soit consacré à peindre la vie de saint Bruno, ouvrage qui abrégea ses jour-. Or, sa femme lui survécut qu et l'hi
toire du duel esl un roman.
Ulysse remet Chryséib ère, pal' Claude I.ohhain
HISTOIRE DK FRANCE
Ruysdaël, et qui passa presque toute sa vie à l'étranger, en Italie el en Allemagne. Nul u'a su mieux exprimer la poésie de la nature, choisir les sites les plus imposants, les lignes les plus élégantes, les effets les plus séduisants, rendre avec plus de fini les jeux de la lumière, la transparence îles ombres, la limpidité îles eaux. Dans ses paysages d'une suavité arcadienne, la campagne est pleine d'amour, de jeunesse et d'illusions. Il sait y faire briller toutes les splendeurs du jour aussi bien que les derniers rayons du soleil couchant. La séduction île ses dessins égale celle île ses tableaux, dont les plus
célèbres sont le Gué, le Campo Vaccino, le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, un Port de mer au sole/1 couchant, Vue d'un port de mer, lu Fêle villageoise, Vue du < '<• Usée.
Comme Claude Lorrain,Jean Boulogne, dil Moïse Valentin (1600- 1634 , soutint lui aussi en Italie, où il continua le Caravage, le renom des artistes de nationalité française (la Diseuse de bonne aventure, le Concert, Murlyre de sainte Processe).
La gravure. —
Jacques Callot (1592- 163o) fît faire d'immenses progrès à la gravure à l'eau -forte, pratiquée avant lui accidentellement. Il est le premier qui ait usé de la répétition des «morsures», ce qui a donné à ses eaux-fortes
une grande légèreté d'atmosphère. 11 tient des Hollandais par la netteté et la finesse de l'exécution, mais il est éminemment Français par sa verve caustique et son élégance spirituelle. Il excelle à peupler un petit espace d'une multitude de figures dont chacune a sa vie propre, et il est remarquable comme peintre de mœurs. Sa Nulle de bohémiens, ses Bohémien'' en voyage, ses misères et Mallieurs de la guerre, ses 'Tentations de saint Antoine, son Carnaval sont de petits chefs-d'œuvre.
A l'exemple de Callot, que quelques biographes lui donnent inexactement pour maître, le Tourangeau Abraham Bosse (1602- 1676) s'appliqua à la gravure à l'eau-forte et entreprit de graver des planches entières à une seule taille, sorte de tour de force où il trouva peu d'imitateurs. Il avait fait une étude approfondie des règles de la perspective et de la pratique du trait, sous la direction du géomètre Desargues. Son œuvre comprend près de neuf cent cinquante pièces gravées, tant au burin qu'à l'eau-forte : sujets religieux, figures allégoriques, scènes de la vie civile, types populaires, caricatures, modes, costumes. Nul ne fait mieux connaître son temps et n'est plus Français par la netteté de l'analyse, l'exécution, la verve. Il a peint quelques rares tableaux dans la manière de Callot, entre autres les Vierges folles.
L'eau-forte est encore perfectionnée par Claude Mellan (1598-1688), par Gabriel Perelle (1603-1677) et par ses fils, Adam et Nicolas. Michel Lasne (1596-1667), grave d'après Titien, les Carrache, Paul Véronèse et donne de nombreux portraits d'une touche libre et appuyée.
La gravure en médailles. - Les médailles de Guillaume Dupré, né vers 1574, mort entre 1643 et 1647, « conducteur et contrôleur général en l'art de sculpture sur le faict des monnaies et revers d'icelles », sont de magnifiques portraits (Henri IV, Marie de Médicis, Louis XIII, Richelieu, Gaston d'Orléans, Condé, Charlotte de Montmorency, etc.), traités avec ampleur. Les revers représentent souvent des sujets composés, d'un dessin très ferme, d'une heureuse disposition et d'une grande allure.
Ses traditions furent continuées par Jean Warin (I604?-1672), son meilleur élève, dont les médailles sont d'un modelé moins accentué et plus arrondi.
Musique de chambre, par Abrabam Bosse.
L'Académie royale de peinture et de sculpture. — C'est en 1048 que, sur l'initiative de Le Brun donl il sera question ultérieurement parce que cet artiste appartient plutôt au Grand Siècle . fut fondée l'Académie royale 'h- peinture et de sculpture, administrée par douze artistes, qui reçurent le titre d ancien : Sarrazin, Guillain, Bourdon, Le Sueur en* firent partie. L'ancienne maîtrise des peintres el sculpteurs prit alors le nom d'Académie de Saint- Itiir ci prétendit interdire les pratiques de l'art à ceux qui n'appartenaient pas à la corporation; mais la (loin- donna raison à la
nouvelle Com pagn ie, qui, en 1655, lui autoi isée à prendre le titra d'Académie royale el devint, sous Louis XIV, l'organe de centralisation et d'unification artistique qui assura le triomphe définitif de l'académisme.
La musique. — Louis XIII, comme son père, composait luimême de menus airs, et, pendant le " premier XVIIe siècle », la musique, comme la poésie, lui en honneur à la Cour comme à la ville.
L'opéra italien fut introduit en France par Mazarin, qui fit venir de son pays des chanteurs pour jouer à la Cour une cantate, la Finta Pazza, d'Atto Melani (1645). Au carnaval de 1647, ce fut le tourdel'Or/eodeRossi, paroles de Francesco Buli, premier opéra digne de ce nom représenté à Paris. Les ennemis de Mazarin crièrent au scandale, reprochant au ministre de compromettre la reine mère dans la société de comédiennes et de faire donner des divertissements par trop profanes, et Renaudol, dans sa Gazette, dut intervenir pour défendre la moralité de la pièce; mais on critiqua alors l'inopportunité de la dépense et, pendant la guerre civile, le machiniste Torelli fut emprisonné. Ce fut seulement en 1660 que fut représenté un autre opéra, le Serse, de Cavalli.
En 1659 Pierre Perrin (1620-1675), ami de Voiture et protégé de Mazarin, introducteur des ambassadeurs auprès du duc d'Orléans, fit jouer à Issy, chez Mme de la Haye, sous le titre de Pastorale, un essai d'opéra français dont il avait écrit le livret et Robert Cambert la musique. Il sera, en 1670, le premier directeur de l'Académie des opéras.
Le roi, qui prenait aux fêtes de la Cour une part personnelle des plus actives, trouvait dans le ballet, alors entremêlé de chants et de récits, de monologues et de dialogues, voire de chœurs, un attrait d'autant plus vif qu'il pouvait y déployer ses grâces. Aussi se montra-t-il en compagnie des plus grandes dames et des plus nobles personnages dans Cassandre, le Ballet des fêtes de Bacchus, le Ballet île In Nuit, le Ballet des Proverbes, le Ballet du Temps, le Ballet des Plaisirs, le Ballet de Psyché, la Galanterie du Temps, l'Amour malade, le Ballet d'Alcidiane, le Ballet de la Raillerie, le Ballet des Saisons, le Ballet de V Impatience, le Ballet des Arts, les Nuces de village, les Amours déguisés, la Naissance île Vénus, le Ballet des Muscs, auquel Molière eut sa part, le Carnaval, le Ballet de Flore. Le roi dansa aussi dans le Mariage forcé, de Molière, et aussi dans les Amants magnifiques, où il représentait Neptune et Apollon.
C'était généralement Vertpré et le fameux Bauchamp qui réglaient les danses, tandis que Torelli et Vigarani se chargeaient des décorations et des machines. Quant à la musique, elle fut écrite par Michel Lambert, Desbrosses, Lalouelle, Mollier, Michel de La Guerre, jusqu'au jour où Lulli, s'y étant essayé, s'en attribua le monopole. L'orchestre comportait des violons, théorbes, luths, mandolines, guitares, vielles, violes de différentes grandeurs, flûtes, hautbois, musettes, trompettes, cors de chasse, trombones, timbales, et même des tambours de basque et des castagnettes.