LOUIS-PHILIPPE [1830-18-48] (D
Louis-Philippe I"r et sa politique. — Louis-Philippe Ier, né à Paris et âgé de cinquante-sept ans lorsqu'il monta sur le trône, était
le fils de Philippe-Joseph d'Orléans, célèbre sous le nom de Philippe- Égalité, et de Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, qui descendait, par son père, le duc de Penthièvre, du comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de M,ne de Montespan. Il porta successivement les titres de duc de Valois, de Chartres, puis d'Orléans.
Confié aux soins de Mme de Genlis, ainsi que sa sœur Adélaïde et, plus tard, ses frères, les ducs de Montpensier et de Beaujolais, il fut élevé par elle suivant le système exposé par Jean-Jacques dans V Emile. Ses connaissances encyclopédiques et pratiques étaient au service d'une intelligence remarquablement ouverte, d'un esprit avisé et fertile en ressources, d'une volonté ferme jusqu'à l'autoritarisme.
Sceau de Louis-Philippe.
(L Sur les lettres, les arts, l'agriculture, etc., voir p. 388.
I Les Bourbons étaient arrivés au trône de France dans la personne de Henri IV. La branche aînée commença de régner en 1610 avec Louis XIII, fui détrônée par la Révolution en 1792, et régna de nouveau sous Louis XVIII et Charles X. Celui-ci abdiqua (1S30) en faveur du duc de Bordeaux, mais la Chambre des députés proclama le représentant de la branche cadette des Bourbons ou Bourbons-Orléans. Le duc de Bordeaux (Henri V) étant mort sans postérité en 1883, la branche aînée s'éteignit en la personne de ce prince.
La branche cadette, qui a pour tige Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, avait pour chef, en 1830, Louis-Philippe. (Voir le tableau généalogique, tome Ier, p. 401.)
Louis-Philippe Ier, roi des Français, fils de Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orléans (Philippe-Égalité) [1747-1793], et de Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, fille du duc de Penthièvre (1753-1821), né à Paris, au Palais-Royal (6 octobre 1773), successivement duc de Valois, duc de Chartres et duc d'Orléans, lieutenant général du royaume (30 juillet 1830), roi des Français (9 août 1830), obligé d'abdiquer en lévrier 1848, mort à Claremont (Angleterre) le 26 août 1850, avait épousé à Palerme (25 novembre 1809) Marie- Amélie de Bourbon, fille de Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles, et de l'archiduchesse d'Autriche, Marie-Caroline, dont il eut :
1° Fe/Y/mawrf-Philippe-Louis-Cbarles-Henri, duc d'Orléans, né à Palerme (3 septembre 1810), mort par accident à Neuilly-sur-Seiue ( 13 juillet 1842), marié (1837) à//e7è«e-Louise-Élisabelb de Mecklembourg-Scbwerin (1814-1858), dont il eut : Louis-P/»7*'/)jDe-Albert, comte de Paris (1838-1 S94) [Philippe VII]; — Robert-Philippe-Louis-Eugène-Ferdinand, duc de Chartres (1840-1910).
Le comte de Paris eut six enfants : Marie-Amélie, née à Twickenham en 1865, mariée (1886) à Carlos Ier, roi de Portugal; — Louis-P/uVi'/jjoe-Roberl, duc d'Orléans, né à Yorkhouse, près Twickenham (Angleterre), le 6 février 1869, et qui a pris le titre de Philippe VIII le jour de la mort de son père (8 septembre 1894) ; — Louise-i/é/èwe-Henriette, née à Twickenham en 1871 ; — Marie-Isabelle, née au château d'Eu en 1878; — Lowïse-Françoise, née à Cannes en 1882; — Ferdinand-François, né au château d'Eu en 1884.
2° Z.oî(i'.se-iV«r/e-Thérèse-Caroline-Isabelle (1812-1850), mariée (1832) à Léopold Ier, roi des Belges.
3°Marie-Christine-Caroline-AdéIaïde-Françoise-Léopoldine(A/a(/emo!seZ/e</e
LA VIE EN FRANCE. — XXXI
La Restauration et Louis-Philippe.
Fig. 1- — Le café de la prison pour dettes, rue de Cliciiy, vers 1830. — Primitivement, les débiteurs contraints par corps étaient détenus dans la prison de Sainte- Pélagie, rue de la Clef. En 1826, la Ville de Paris fit l'acquisition, rue de Clichy, n" 70, de deux hôtels sur l'emplacement desquels fut établie une nouvelle prison pour dettes. Afin cte tromper l'ennui de leur captivité, les prisonniers faisaient de joyeuses séances au café installé à leur usage dans l'intérieur de la prison. Les créanciers qui s'aventuraient au milieu des détenus étaient souvent victimes de leur imprudence : plus d'un prit un bain forcé dans la fontaine du préau.
Fig. 2. — Le café Lemblin, au Palais-Royal, en 1815. — Vers 1813, un garçon du café de la Rotonde, Lemblin, se trouvant à la tête d'une douzaine de mille francs, acheta le café Véron, qui périclitait dans un coin de la galerie de Chartres, au-dessus du café des Aveugles. Avec le concours de l'architecte Alavoine, il métamorphosa l'établissement, l'agença avec luxe et sut en faire le rendez-vous des élégants et des délicats.
En 1814, la clientèle changea quelque peu. De nouveaux venus — officiers impériaux en demi-solde, au parler sonore et aux gestes énergiques — vantaient bruyamment leur idole déchue. Malheur à qui ne faisait pas chorus ; car il y avait toujours derrière le comptoir plusieurs paires d'épées, que n'enveloppait même pas la traditionnelle serge verte. Dès lors le café Lemblin offrit deux aspects bien différents : aux heures du soleil, agréable réunion de gourmands et d'hommes d'esprit; aux heures de nuit, repaire et tabagie d'héroïques spadassins.
Fig. 3. — Les galeries de bois du Palais-Royal, en 1820. — C'est sur l'emplacement actuel de la galerie d'Orléans que, dans un but de spéculation, le duc de Chartres fit élever, en 1784, un immense baraquement provisoire, « e/7 vue, disait Bachaumont, d'y installer une espèce de foire perpétuelle ». A l'intérieur, les galeries de bois, dont le provisoire devait durer si longtemps, se composaient d'une triple rangée de boutiques séparées dans le sens de la longueur par deux promenoirs, surmontés chacun d'une toiture plus élevée que celles des trois rangées et recouverte en plomb ; quarante réverbères éclairaient le soir cette médiocre charpente, dont les parties transversales portaient enseignes et inscriptions. Les galeries de bois étaient, comme aujourd'hui la galerie d'Orléans, percées au milieu par un passage, et l'on y pénétrait par deux péristyles.
Les baraquements avaient été subdivisés en misérables boutiques de quatre à cinq mètres de haut sur cinq à six mètres carrés, et qui furent sous-louées à des libraires, des modistes et des lingères. La vogue énorme des galeries
attirait la foule des escrocs, filous, mauvais sujets, d'où l'épithète de Camp des Tartares qui leur fut justement donnée et qui devait servir de titre à un roman de mœurs parisiennes écrit par Louvet. On trouvait de tout dans ce bazar, depuis les toilettes et les coiffures à la dernière mode jusqu'aux défroques les plus bizarres; aux devantures s'étalaient des exhibitions malsaines et s'entassaient livres, estampes, journaux, primeurs, salaisons, chaussures et lingerie, gants et parfums, tabacs, bimbeloterie, faïences, meubles, literie.
Les galeries de bois étaient fréquentées le soir par les promeneurs. Elles devenaient alors un véritable étouffoir, un coupe-gorge, où l'on était loin d'être en sûreté. L'affluence était si considérable que, souvent, celui qu'une indiscrète curiosité avait conduit en ce lieu était contraint d'y attendre des heures entières pour se dégager et regagner son logis.
L'attrait de la nouveauté, la promiscuité de tous les vices, la badauderie, peuvent seuls expliquer l'enthousiaste engouement avec lequel les promeneurs s'acharnaient à piétiner la terre battue et fétide qui formait le sol des galeries.
Celles-ci furent démolies en 1828 par Fontaine, architecte du Palais-Royal, et remplacées par la galerie d'Orléans.
Fig. 4. — Le théâtre des Variétés et le passage des Panoramas, sur le boulevard Montmartre, en 1825. — Le théâtre des Variétés fut construit en 1707, sur les dessins de l'architecte Cellerier. L'inauguration eut lieu le 27 juin de la même année, avec le Panorama de Momus, pièce composée par Désaugiers, Moreau et Francis.
La dénomination de Variétés indiquait que tous les genres pouvaient être représentés sur ce théâtre, qui garda sous la Restauration la faveur qu'il s'était acquise; mais le déclin fut ensuite si complet que la scène la plus gaie de Paris fut sur le point d'en devenir la plus triste.
Le passage des Panoramas, dont on voit l'entrée à droite du théâtre, doit son nom à deux panoramas édifiés à droite du passage et où étaient exposées des reconstitutions de Rome, Naples, Florence, etc.
Le boulevard Montmartre, en face des Variétés, était fréquemment occupé par des montreurs de singes, d'ours ou de chiens savants.
Fig. 5. — Le pilori de la rue de la Rarillerie, vers 1826. — Avant la Révolution il existait à Paris plusieurs piloris, dont le plus fameux était celui des Halles. Un autre, moins important, se trouvait place Saint-Germain-des-Prés. La peine du pilori fut abolie en 1789 ; mais on continua d'exposer « les petits voleurs » sur une plate-forme en bois qui s'élevait en face de l'entrée du Palais de Justice, rue de la Barillerie, et qui ne fut supprimée que sous Charles X.