LA VIE EN FRANCE. — XXXII. LA RESTAURATION ET LOUIS-PHILIPPE
Histoire de France. — II.
Flanchk XXX I
LA VIE EN FRANCE
La Restauration et Louis-Philippe.
Fig. 1. — Une visite familiale chez le roi Louis XVIII. - Vers 1823, le roi Louis XVIII, atteint de cette somnolence sénile qui annonçait aux médecins sa fin prochaine, ne sortait plus guère et ne voyait ses enfants que chez lui. Ces visites familiales étaient sa principale distraction, et le duc d'Angoulème, les duchesses de Berry et d'Angoulème, le duc de Bordeaux surtout, l'enfant de France, venaient fréquemment au château.
Fig. 2. — Une chasse a courre dans les bois de Meudon, vers 1827. — Charles X essaya de rendre à la vénerie royale la splendeur qui la distinguait sous l'ancien régime. Il arrivait au rendez -vous suivi d'un peloton de cuirassiers.
Notre reconstitution montre le spectacle animé d'une fin de chasse sous Charles X. Cernée par une troupe nombreuse de veneurs, qui ont peine à contenir leurs chevaux fringants, la béte sur ses fins vient de se jeter dans un étang, croyant que la fraîcheur du bain lui redonnera des forces. Elle la raidit au contraire et l'empêche de courir : c'est le « bat-l'eau », le moment où la béte exténuée va. bientôt être rejointe par les chiens qui la poursuivent à la nage.
Fig. 3. — La famille royale a l'Opéra, vers 1835. — Jusqu'en 1820, le théâtre de l'Opéra occupait l'emplacement du square Louvois, rue de Richelieu. Après l'assassinat du duc de Berry, qui eut lieu à la porte de cette salle, le 13 février 1820, l'Opéra se réfugia provisoirement, et pour seize mois seulement, à la salle Favart, où il se trouva fort à l'étroit et ne put donner que de petits spectacles.
Le 16 août 1821, il prit possession de la salle Le Peletier, élevée par l'architecte Debret sur les terrains appartenant au jardin de l'hôtel de Choiseul. Cette nouvelle salle rappelait beaucoup celle de la rue de Richelieu, l'architecte y ayant fait transporter toute la décoration intérieure de l'ancien édifice : colonnes, devantures de loges, corniches, encadrements de la scène.
Dans notre reconstitution, le roi Louis-Philippe est entouré d'une partie de sa famille : la reine Marie-Amélie, Marie d'Orléans (Mademoiselle), Madame Adélaïde, Mlle de Beaujolais, le prince de Joinville, le duc de Montpensier occupent la loge d'avant-scène.
Fig. 4. — Une réception chez la duchesse d'Orléans, au Palais-Royal. — En 1817, l'architecte Fontaine arrêta avec le duc d'Orléans un plan méthodique et uniforme de restauration du Palais-Royal ; il isola la façade de la place du Palais-Royal en faisant démolir un carré de maisons entre le Palais, le théâtre, la rue de Richelieu et la rue Saint-Honoré, et en le remplaçant par la cour de Nemours, ouverte sur la rue Saint-Honoré et entourée de galeries et de boutiques. En 1829 les travaux étaient terminés.
L'appartement de la duchesse d'Orléans s'étendait depuis le grand escalier ancien jusqu'au bout de l'aile du jardin, sur la rue de Valois; l'appartement du prince, avec ses salons de représentation et ses galeries de tableaux, occupait le corps du logis principal jusqu'à la galerie du théâtre, qui conduisait vers son extrémité, du côté de la rue Montpensier, à l'appartement du duc de Nemours.
Fig. S. — La place Royale, vers 1820. — Le quartier du Marais était, au commencement de la Restauration, habité par des rentiers et d'anciens émigrés.
Depuis la Révolution, presque tous les hôtels de la place Royale étaient restés abandonnés.
Fig. 6. — Le salon de Mme Récamier en 1829. — C'est à l' Abbaye-aux-Bois (au numéro 16 de la rue de Sèvres) que vint, en 1819, se réfugier Mme Récamier, alors âgée de quarante-deux ans. Elle y disposait, au troisième étage, de deux petites pièces : « Un corridor noir les séparait, dit Chateaubriand;... la chambre à coucher était ornée d'une bibliothèque, d'une harpe, du portrait de Mme de Staël et d'une vue de Coppet au clair de lune;... la plongée des fenêtres était sur le jardin de l'Abbaye... La cime d'un acacia arrivait à la hauteur de l'œil. Des clochers pointus coupaient le ciel, et on apercevait à l'horizon les collines de Sèvres. » Mme Récamier demeura six ans dans cet humble logement, carrelé et incommode.
En 1826 elle s'installa au premier étage, clans un appartement plus vaste et presque luxueux. On y entrait par une petite salle à manger, donnant sur le grand salon historique où Chateaubriand fit connaître à ses intimes les Mémoires d'outre-tombe. La cheminée, où « René » avait l'habitude de s'accouder, se trouvait entre les deux fenêtres donnant sur la rue de Sèvres; le grand tableau de Corinne au cap Misène, de Gérard, occupait tout un côté du salon.
Le salon de Mme Récamier, tout glorieux de souvenirs, ouvrait ses quatie fenêtres, mi sur la rue de Sèvres, mi sur la terrasse en fer à cheval qui fermait à gauche l'entrée de l' Abbaye-aux-Bois.
C'était comme le lieu de pèlerinage de tout ce que Paris contenait de réputations consacrées ou de célébrités naissantes. Chateaubriand et Mme Récamier y recevaient les hommages de leurs admirateurs. La primeur d'œuvres inédites y fut offerte à des privilégiés.
De la séance où fut lu Moïse (1829), Lamartine, invité avec sa mère et sa sœur, a laissé un récit singulièrement vivant :
« La lecture commença. Lafon, de la Comédie-Française, à qui l'on n'avait pas communiqué à temps le manuscrit du Moïse, n'avait pu préparer ni ses yeux ni ses intonations. Il lut bien les premiers actes, mais il lut avec tâtonnement du regard et avec hésitation de la voix. Les vers étaient beaux, raciniens, bibliques, dignes d'une main qui avait façonné tant de prose en rythmes aussi sonores que les plus beaux vers; l'originalité seule manquait: c'était un écho de Racine et de David, ce n'était ni David ni Racine; c'était leur ombre, un pastiche d'homme de génie, mais un pastiche...
« M. de Chateaubriand, impatienté et humilié d'entendre ânonner ses vers par un lecteur qui avait peine à les lire, arracha, à la fin, le manuscrit des mains du grand acteur et voulut lire lui-même. Malgré sa faiblesse et la monotonie de sa propre voix, l'effet fut plus saisissant, mais non plus heureux. Les vers, balbutiés par l'auteur lui-même, tombaient essoufflés dans l'oreille. On souffrait de ce que devait souffrir le poète lui-même; on assistait à un supplice d'amourpropre, supplice presque aussi pénible à contempler qu'une torture physique; on détournait la tète, on baissait les yeux. M. de Chateaubriand, excédé de vains efforts, rejeta enfin le manuscrit à l'acteur, qui acheva la lecture au bruit des applaudissements. »
En 1789 il se rallia nettement aux idées révolutionnaires. Membre de la garde nationale et du Club des jacobins 1790 , maréchal de camp, puis lieutenant général à l'armée du Nord, il combattit pour la République à Valmy, à Jemappes et à Neerwinden.
Mais, compromis dans le complot de Dumouriez, il dut, pendant que son père était arrêté à Paris, se réfugier à Mons (1793), à Francfort, puis en Suisse, où il se cacha sous le nom de Chabaud-Latour. Après avoir rempli un moment les fonctions de professeur au collège de Reichenau, il se rendit à Hambourg auprès de Dumouriez, qui avait réveillé ses ambitions 1795 , voyagea et partit pour l'Amérique. De retour en Europe en 1799, il se réconcilia avec Louis XVIII et se fixa à Twickenham, où il reçut des subsides du gouvernement britannique. Il sollicita à plusieurs reprises, mais vainement, un commandement dans les armées coalisées contre Napoléon. Marié à
Marie-Amélie, fille du roi des Deux-Siciles, Ferdinand IV, et de Marie-Caroline (1809), c'est de Païenne qu'en 1814 il vint rejoindre
Le roi Louis-Philippe et ses fils, par Horace Vkknet (Musée de Versailles,
Valois) [1813-1839], mariée(1837) à Frédéric-Guillaume, duc de Wurtemberg.
4°Loî<w-CharIes-Philippe-Raphaèl, duc de Nemours (1814-1896), marié (1840) à Victoire-Augusle-Antoinelte de Saxe-Cobourg-Golha, dont il eut Ferdinand-Gaston, comte d'Eu, né en 1842, marié (1864) à Isabelle, fille de Pedro II, empereur du Brésil, et Philippe-Marie, duc d'Alençon (1844-1910).
5° Marie -Clémentine- Caroline -Léopoldine-Clo tilde [Mademoiselle de Beaujolais), née en 1817, mariée en 1843 au duc de Saxe-Cobourg-Golha.
6° François- Ferdinand -Philippe -Louis- Marie, prince de Joinville, né à Neuilly (1818-1900), marié en 1843 à Francesca de Bragance, sœurde Pedro II,empereurdu Brésil, m. en 1898, et dont il eut Françoise 1*1 i , qui épousa son cousin le (lue de Chartres, et un (ils, Pierre, duc de Penthièvre 1845 .
7° Henri -Eughne -Philippe-Louis, duc d'Aumale, né à Paris (1822), mort à Zucco (Sicile) [1897], marié (1844) à Marie-Caroline-Auguste de Bourbon, fille du prince Léopold de Salerne, dont il eut deux fils: le prince de Coudé (1845-1866) et le duc de Guise [1854-1872 .
8° i4?i£o£ne-Marie-Philippe-Louis, <luc de Montpensier (1824-1890), marié, à Madrid
L846 , à Marie-Louise-Ferdinande de Bourbon, sœur de la reine d'Espagne, Isabellell. 11 avait eu trois filles, dont l'aînée, MariefeaôeWe-Françoise d'Orléans, née en 1848, épousa, le 30 mai ISOi, son cousin le comte de Paris Philippe Ml . et la troisième, Maria de las Mercedes, épousa le roi Alphonse XII. De ses trois fils un seul survécut, Antoine, qui épousa l'infante Eulalie, sœur d'Alphonse XII.
Le roi Louis-Philippe avait encore auprès de lui sa sœur Adélaïde-Eugénie [1777-1848) dont il prisait fort les conseils.
• in sait que, d'après une légende tendant àconle-ier à Louis-Philippe la légitimité de son origine, Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, voyageanten Italie avec son mari, le duc de Chartres, aurait mis au monde une fille
Maria-Stella) à laquelle on aurait substitué le fils du geôlier italien Chiappini : cet enfant ne serait autre que Louis-Philippe. 'Voir, contra, La Légende de Maria-Stella, par
le vicomte de Reiset, dans la « Revue heb- La reine Marie-Amélie,
domadaire », 1909). par Wi.n tkru alter (Musée de Versailles)
à Paris Louis XVIII, qui lui rendit par simple ordonnance les biens de son père. Retiré en Angleterre pendant les Cent-Jours et suspect au roi, il y resta en exil jusqu'en 1817.
Rentré en France, il lit des avances au parti libéral, ce qui ne l'empêcha pas de recevoir 17 millions sur le milliard d'indemnité des émigrés. 11 vivait surtout de la vie de famille, administrant ses biens immenses avec une économie rigide, envoyant ses fils au lycée Henri-IV, particulièrement apprécié par la bourgeoisie. Ses façons aimables et familières, sa simplicité affable, ses goûts simples, ses mœurs austères s'opposaient aux formes aristocratiques de la Cour et le rendaient populaire. « ... Je ne l'ai jamais aperçu où je l'aurais voulu, a dit de lui Louis XVIII. Est-ce sa faute ou la mienne?... Depuis sa rentrée, il est chef de parti, et il n'en fait mine. Son nom est un drapeau de menaces; son palais, un point de ralliement. Il ne se remue pas, et cependant je m'aperçois qu'il chemine. Cette activité sans mouvement m'inquiète. Comment s'y prendre pour empêcher de marcher un homme qui ne fait aucun pas? C'est un problème qu'il me reste à résoudre. Je voudrais bien n'avoir pas à en laisser la solution à mon successeur. »
La politique intérieure de la monarchie de Juillet a passé par deux phases successives. Tout d'abord Louis-Pbilippe, combattu par les légitimistes et les républicains, gouverne avec les libéraux et donne des satisfactions au parti qui l'a porté au trône; puis, dès 1832, à la politique dite du mouvement succède la politique dite de résis-
Le roi Louis-Philippe, par Winter h a i. nu (Musée do Versailles).
tance, pratiquée tant pour rassurer les puissances étrangères que pour briser l'opposition révolutionnaire. Estimant que les revendications populaires avaient reçu des satisfactions sul'fisantes, Louis- Philippe se refusera à en consentir d'autres, et le « roi citoyen» ne fut plus que le roi de la bourgeoisie censitaire : celle-ci, qui formait le « pays légal », fut bientôt en conflit avec les Français, beaucoup plus nombreux, qui n'étaient pas représentés à la Chambre. Dans un article du National, Tliiers avait mis en avant et développé la formule célèbre : « Le roi règne et ne gouverne pas », qui caractérisait la puissance restreinte du roi, n'exerçant le pouvoir exéculif que par l'intermédiaire de ministres responsables. Or, Louis-Philippe supporta de moins en moins les entraves constitutionnelles. « Il m'a particulièrement dit, raconte la duchesse de Dino, que sans avoir été aussi loin que son fils (le duc d'Orléans), il avait lui-même, cependant, donné dans de certaines erreurs dont la pratique l'avait guéri. Il est revenu sur la révolution de Juillet et a mis du prix à s'en montrer étranger dans le principe ; aussi m'a-t-il raconté que, lois de la décoration de Juillet, ses ministres avaient voulu la lui faire porter, et qu'il s'y était refusé. »
La Charte de 1830. La garde nationale. — La Charte de 1814 avait été ociroi/^eparleroi : la Charte du 14 août 1830, dont la rédaction hâtive la fit qualifier de « Charte bâclée », fut acceptée par Louis-Philippe, le 9 août; elle avait le caractère d'un contrat entre la nation et le roi. Elle garantissait les diverses libertés publiques, reconnaissait le catholicisme comme la religion « professée par la majorité des Français » et allouait des traitements aux ministres des cultes chrétiens, fixait à cinq ans la durée du mandat des députés. Une loi spéciale devait abolir le « double vote » et fixer à nouveau les conditions d'électorat et d'éligibilité. Le nombre des pairs était illimité, et le roi pouvait les nommer à vie ou les rendre héréditaires selon sa volonté.
L'article 14, sur lequel Charles X s'était appuyé illégalement pour rendre les ordonnances, fut abrogé. L'observation de la Charte fut « confiée au patriotisme et au courage des gardes nationaux et de tous les citoyens français ». Le drapeau tricolore remplaça le drapeau blanc.
Les « rois de France » avaient eu une garde particulière, attachée à leur personne : le « roi des Français » se plaça sous la protection de cette milice bourgeoise qui s'était spontanément organisée au début de la Révolution et qui, sous l'Empire, avait concouru à la défense du pays. La garde nationale, licenciée en 1829, fut réorganisée, au mois de mars 1832, sur les mêmes bases qu'en 1791, par compagnies, bataillons et légions. Le roi nommait les colonels, chefs de légions et les lieutenants-colonels; les titulaires des autres grades étaient élus au scrutin secret par tous les gardes nationaux. La garde nationale était comme la bourgeoisie armée : elle tint en 1848 le sort du roi entre ses mains, et, lorsqu'elle abandonna Louis-Philippe, elle détermina sa chute.
La politique du « mouvement ». Ministères Dupont de l'Eure et Laffitte (1er août-13 mars 1831). — La politique du « mouvement » fut celle des deux premiers ministères de Louis-Philippe, form«'-s par Dupont de l'Eure (1) et par le financier Jacques Laffitte, qu'un noble emploi de sa fortune avait rendu populaire. Fils d'un maître charpentier, teneur de livnschez le banquier Perrégaux (2), dont il devint l'associé, puis le successeur, il réalisa une immense fortune, fut gouverneur de la Banque de France, avança des millions au Trésor. Député de Paris en 1816, il siégea dans l'opposition et, en 1830, sa maison devint le quartier général de la Révolution. C'est lui qui envoya chercher le duc d'Orléans pour lui offrir la couronne.
Procès des ministres de Charles X. — Le 8 août 1830, sur la proposition d'Eusèbe Salverte, la Chambre des députés mit en accusation, sous l'inculpation de haute trahison, tous les membres du cabinet Polignac. D'Haussez et Capelle purent gagner l'Angleterre,
(1) Dupont de l'Eure constitua le 1er août 1830 un ministère qui, dès le 11 août, fut reconstitué avec le concours du duc de Broglie (Instruction publique et < i te du comte Mole (Affaires étrangères), de Guizot (Intérieur), du baron Louis Finances), du général Sébastian! (Marine et Colonies), du lieutenant général Gérard Guerre). Laffitte, Casimir Périer, Dupin et Bignon étaient ministres sans portefeuille. Dupont de l'Eure avait la Justice. — Ce cabinet tomba le 28 octobre 1830, et Laffitte forma le cabinet du -i novembre 1830, qui gouverna jusqu'au 13 mars 18:sl : Dupont de l'Eure avait la Justice, Montalivet l'Intérieur, le général Gérard la Guerre.
(2) Perrégaux l'avait d'abord éconduit; mais, comme Laffitte traversait la cour, le banquier le vit se baisser pour ramasser une épingle et rappela le jeune homme, dont l'esprit d'ordre et d'économie l'avait frappé.
Montbel l'Autriche. Les autres ministres furent arrêtés et internés au donjon de Vincennes, sous la garde du général Daumesnil. Polignac choisit pour le défendre son ancien adversaire, Martignac.
Le 23 septembre, Bérenger lut a, la tribune le rapport et les conclusions de la commission d'enquête : Polignac fut définitivement décrété d'accusation par 244 voix contre 47; Peyronnet, par 232; Chantelauze, par 222; Guernon-Ranville, par 2 Fi.
Le peuple demandait la tète des ministres, et, devant les manifestations de la foule, qui se présenta en armes au Palais-Royal et au château de Vincennes, Louis-Philippe n'osa abolir la peine de mort en matière politique. A la Cour des pairs, où Pasquier fut chargé de l'instruction, les débats s'ouvrirent le 15 décembre : Laffitte avait, dans l'intervalle, remplacé Dupont de l'Eure à la présidence du Conseil (2 novembre 1830).
La veille du jour où l'arrêt allaitêtre rendu, le peuple, menaçant, entourait le Luxembourg.
Aussi, dans la matinée du 21, le ministre de l'Intérieur, Montalivet, alla-t-il remettre lui-même entre les mains du général Daumesnil les ministres de Charles X Laffitte. qui, condamnés à la prison per-
(D'après une estampe du temps.) pétuelle,furentenfermésàHam.
Trois jours après la condamnation des ministres, la Chambre des députés vola la suppression du commandement général de la garde nationale (24 décembre). La Fayette, se jugeant visé par ce vote, donna sa démission, et Dupont de l'Eure, ministre de la Justice dans le cabinet Laffitte, refusa de siéger désormais dans les conseils du gouvernement.
Sac de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois et de l'archevêché. — Le 14 février 1831, les légitimistes organisèrent une manifestation politique à l'occasion du service anniversaire célébré, à l'église Saint- Germain-l'Auxerrois, à la mémoire du duc de Berry. La foule pénétra dans l'église et dans le presbytère, les saccagea (13 février 1831) et, le lendemain, pilla l'archevêché en l'absence de Me1' Quélen.
Le parti du « mouvement », qui solidarisait les légitimistes et les catholiques, devenait nettement anticlérical. Le préfet de la Seine, Odilon Barrot, et le préfet de police, Baude, furent révoqués pour n'avoir p;is su réprimer les troubles; mais Montalivet, ministre de l'Intérieur, et Thiers, sous-secrétaire d'Etat aux Finances, semblèrent excuser les émeutiers (1).
Politique extérieure. Affaires de Belgique, de Pologne et d'Italie. — L'Angleterre reconnut la première le nouveau régime, et on lui envoya Talleyrand pour la convaincre des intentions pacifiques de Louis-Philippe. Metternicu voyait dans la chute des Bourbons la ruine des projets d'alliance franco-russe qui avaient été son cauchemar sous la Restauration, et le vieux roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, était surtout enclin à ménager son repos : ils ne secondèrent donc pas les velléités d'intervention armée du tsar, qui en fut réduit à manifester sa mauvaise humeur par des taquineries protocolaires. Dans ces conjonctures, Louis-Philippe, sentant son gouvernement suspect à l'Europe, s'appuya sur l'Angleterre et, pour s'introduire dans le concert des vieilles monarchies, il leur persuada qu'il canaliserai! la Révolution, qu'il en préviendrait la propagation au delà des frontières.
Or, en France, le parti du « mouvement » voulait qu'on secourût les révolutionnaires à l'étranger et qu'on profitât des circonstances pour reprendre la frontière du Rhin ; c'était le principe de l'intervention. Le parti de la « résistance » prétendait au contraire abandonner les peuples à eux-mêmes, mais empêcher les puissances de bs écraser; c'était le principe de non-intervention, ainsi formulé
(1) Parmi les nombreuses manifestations auxquelles se livrèrent les adversaires de Louis-Pbilippe, l'une d'elles est célèbre par l'ingénieux procédé employé pour la réprimer. Un soir du mois de mai 1831, la foule envahit la place Vendôme et tenta de pénétrer dans le palais actuel du ministère de la Justice, où résidait le commandant général des gardes nationales de la Seine, le général Mouton, comte de Lobau. Le général fit les sommations d'usage; puis au moment où l'on s'attendait au crépitement de la fusillade, une batterie de pompes à incendie, à grands jets d'eau froide, dispersa en quelques secondes le Ilot des émeutiers.
par Dupin : « Chacun son droit, chacun chez soi », et par Casimir rélier : « Le sang de la France n'appartient qu'à la France. >»
Ce fut d'abord à Bruxelles que se lit sentir le contre-coup des événements de Paris. I.es traités de 1815, pour fermer à la Fiance ['accès de Bruxelles, d'Anvers et de Liège, avaient réuni sous le sceptre de la maison d'Orange, deux nations antipathiques, les Belges et les Hollandais. Encouragés par la France et l'Angleterre, les Belges se soulevèrent contre le roi des Pays-Bas et chassèrent ses troupes (août-septembre 1830). Son beau-frère, le roi de Prusse, ayant voulu intervenir, noire ministre- des Affaires étrangères, le comte Mole, déclara que, dans ce cas, une armée française marcherait sur Bruxelles. La question se régla diplomatiquement dans la conférence de Londres. Talleyrand, qui y représentait la France, demanda comme concession à l'amour-propre national français une petite annexion territoriale, à laquelle Palmerston se refusa. La conférence reconnut l'indépendance de la Belgique (décembre 1830) et fixa les bases de la séparation (janvier 183 1). Le gouvernement français, qui avait d'abord refusé l'annexion des pays soulevés, ainsi que le demandaient une partie des insurgés, ne voulut pas non plus, par prudence et pour ménager les susceptibilités de l'Angleterre, accepter la couronne de Belgique pour le fils de Louis- Philippe, le duc de Nemours, élu par le Congrès.
La Pologne, dont d'anciens souvenirs rendaient la cause très populaire en France, avait expulsé les garnisons russes (novembre 1830) : Louis-Philippe n'osa affronter un conflit avec la Russie, et Laffitte essaya seulement de pousser le sultan à la guerre contre le tsar.
En Italie, Modène secoua le joug autrichien, peut-être encouragée, puis désavouée parle cabinet français (février 1831). Au mois de mars, ce fut le tour des Romagnes. Laffitte se retira, Louis-Philippe lui ayant refusé de s'opposer à la répression autrichienne.
La politique de « résistance ». Le ministère Casimir Périer (13 mars 1831-11 octobre 1832). — Avec Casimir Périer la politique de « résistance » l'emporta sur la politique du «mouvement». Casimir Périer était le fils d'un industriel de Grenoble, Claude Périer, qui, à la veille de la Révolution, avait proposé aux États du Dauphiné de se réunir dans son château de Vizille, et le frère de cet Antoine-Scipion Périer qui avait fait revivre les fonderies de Chaillot, introduit dans son pays natal les forges à la catalane et appliqué, dans les mines d'Anzin, les machines à vapeur à l'extraction de la houille. Il fonda, avec ce dernier, une banque à Paris, et la capitale l'envoya siégera la Chambre en 1817. Adversaire opiniâtre de Villèle, puis de Polignac, il signa l'adresse des 221.
Pour assurer la sécurité et la paix publiques, il gouverna avec une fermeté inflexible, mais en même temps il maintint son indépendance vis-à-vis du roi : c'est ce qu'on appela la politique du « juste milieu ». Il exigea que le Conseil des ministres, dont il ferma l'accès au duc d'Orléans, se tint chez lui, non aux Tuileries; il fit voter la loi électorale du 29 avril 1831 ; il sacrifia l'hérédité de la pairie. A l'extérieur, il fit appliquer le principe de non-intervention.
Aux termes de la loi électorale du 19 avril 1831, tout citoyen français âgé de vingt-cinq ans et payant 200 francs de contributions directes était électeur. Le cens électoral était abaissé à 100 francs pour les membres et correspondant de l'Institut, les anciens officiers de la guerre ou de la marine jouissant d'une pension de 1 200 francs au moins et justifiant de trois ans de domicile. Le cens d'éligibilité était fixé à 500 francs de contributions directes et l'âge des éligibles abaissé à trente ans. La Chambre des députés, composée de 459 membres, était élue au scrutin d'arrondissement.
Le nombre des électeurs atteignit 200000 en 1830, 241000 en 1847. Aux anciens éléments du « pays légal » s'en ajoutèrent de nouveaux, petits industriels et commerçants, plus quantité de fonctionnaires et d'hommes exerçant les professions libérales. Le « pays légal » — la Fiance comptait déjà 30 millions d'habitants — ne comprenait donc qu'une infime partie de la nation : la bourgeoisie propriétaire, patentée ou instruite. Il hésita entre les vues conservatrices et les aspirations démocratiques; il se préoccupa surtout des intérêts de l'industrie, du commerce, des entreprises financières, qui prirent un prodigieux essor à une époque où se développaient les chemins de fer, la navigation à vapeur, l'emploi des machines, le régime des grandes usines.
La loi du 29 décembre 1831, modifiant l'article 23 de la charte, obligea le roi à choisir les pairs parmi les notabilités énumérées à ladite loi. Auparavant le roi pouvait « varier les dignités » des pairs, « les nommer à vie ou les rendre héréditaires, selon sa volonté- ».
Insurrection de Lyon (novembre-décembre 1831). — Entre 1830 et la loi du 10 avril 1834 sur les associations, qui eut un caractère répressif, un mouvement ouvrier se manifesta contre le machi-
Casimir Périer, gravure de J. Caron
nisme, en même temps qu'une tendance vers l'associationnisme et le mutualisme. Sous l'influence de Saint-Simon et de Fourier, les théories socialistes commençaient à se répandre dans les classes laborieuses.
Sur l'initiative du conseil des prud'hommes et avec l'assentiment du préfet Bouvier-Dumolard, une assemblée de délégués des ouvriers et des fabricants de Lyon avait voté à l'unanimité un tarif minimum des salaires ; mais les grands négociants refusèrent de s'y
soumettre. Le 21 novembre, un drapeau noir avec l'inscription :
« Vivre en travaillant ou mourir en combattant », fut arboré sur les hauteurs de la Croix-Rousse.
Une partie de la garde nationale et des habitants des faubourgs, ainsi que quelques agitateurs politiques, se joignirent aux canuts insurgés, dontles chefs, Lachapelle, Frédéric, Carpentier, et surtout Lacombe, voyaient dans l'émeute un moyen d'obtenir l'exécution du tarif et d'améliorer la vie des ouvriers.
Au bout de trois jours, les autorités civiles et militaires durent abandonner la ville à l'insurrection. Une tentative de médiation de Bouvier-Dumolard fut rendue inutile par l'arrivée du duc d'Orléans et du maréchal Soult, à la tête de forces imposantes. Le 3 décembre, ils entrèrent à Lyon sans résistance. Le désarmement de la population, le licenciement de la garde nationale, la destitution du préfet, qu'on avait trouvé trop favorable aux ouvriers, et enfin la suppression du tarif mirent fin à cette émeute socialiste.
Les complots. — Il y eut sous la monarchie de Juillet, comme sous la Restauration, de nombreuses conspirations, que Casimir Périer déjoua ou réprima vigoureusement.
Le 4 janvier 1832, à la nuit tombante, on entendit résonner le bourdon de Notre-Dame, appelant aux armes les conspirateurs. La force publique accourut, s'empara de six jeunes gens et trouva, sur la plate-forme de la tour du nord, où s'était déclaré un commencement d'incendie, un conspirateur nommé Considère, qui, interrogé sur sa profession, répondit : « Émeutier. »
Le complut des tours Notre-Dame était insignifiant; mais la conspiration de la rue des Prouvaires, formée par d'anciens serviteurs de Charles X, des ouvriers, des officiers mécontents, était plus sérieuse. Elle avait pour instigatrice la duchesse de Berry, qui cherchait à faire proclamer le comte de Chambord, et comptait parmi ses recrues les plus illustres le général Montholon, parmi ses agents les plus actifs le bottier Poncelet, qui avait combattu sur les barricades contre la branche aînée. Un bal devait avoir lieu à la Cour dans la nuit du 1er au 2 février. Les conjurés, après avoir gagné des gens de service aux Tuileries, devaient faire irruption dans les salons et s'emparer de la famille royale. Mais Poncelet eut l'idée de convier à un banquet ses principaux complices chez un restaurateur de la rue des Prouvaires, et la police, prévenue le matin même, n'eut qu'à tendre ses filets pour prendre d'un seul coup toutes les tètes du complot.
Politique extérieure. Application du principe de non-intervention en Portugal, en Belgique, en Italie. — Casimir Périer fit observer par la force le principe de non-intervention, indirectement dirigé contre la politique de 18'5.
En Portugal, don Miguel s'étant obstiné à ne pas reconnaître la monarchie de Juillet, l'amiral Roussin força l'entrée du Tage, captura la flotte portugaise et l'amena à Brest (1831).
A défaut du duc de Nemours, la couronne de Belgique fut donnée à un prince allemand, Léopold de Saxe-Cobourg, qui épousa une fille du roi des Français. Cette élection (juillet 1831) ayant motivéun retour offensif du roi des Pays-Bas, une armée française, aux ordres du maréchal Gérard, se porta au secours de Bruxelles, mais dut se retirer devant les inquiétudes de la diplomatie européenne août 1831).
En décembre 1831 , les Autrichiens furent appelés par Grégoire XVI pour réprimer dans les États du Saint-Siège l'insurrection des libéraux : Casimir Périer chargea un régiment français, commandé par le colonel Combes, d'occuper Ancône, au grand scandale des
Reddition de la citadelle d'Anvers, lithographie de Raffet.
Cours européennes et malgré les protestations du pape (février 1832). Les Autrichiens se retirèrent en deçà de la frontière lombarde.
La tournure prise parles événements de Bruxelles aurait peutêtre déchaîné sur nos frontières les armées de la Russie, sans l'insurrection qui obligea le tsar à faire la police dans ses propres États. La cause des Polonais était trop populaire en Fiance pour que le gouvernement ne se crût pas tenu de lui donner son appui moral et diplomatique. Casimir Périer proposa en vain à l'Angleterre une médiation en commun, et le soulèvement de la Pologne se termina par la prise de Varsovie (6 septembre 1831). Le mot de Sébastiani, ministre des Affaires étrangères : « L'ordre règne à Varsovie », prononcé à la tribune le 16 septembre, parut une insulte au sentiment public; des troubles éclatèrent, qu'on appela 1' « émeute de la Pologne ». Peu de jours après, le même ministre choqua maladroitement la fierté nationale, en déclarant textuellement : « Nous aurons la paix avec l'Europe, si nous savons être sages. »
Mort de Casimir Périer (16 mai 1832). — Au printemps de 1832, une épidémie de choléra décima la population parisienne et emporta 18402 personnes, parmi lesquelles le président du Conseil, qui fut contaminé au cours d'une visite à l'Hôtel-Dieu. Louis- Philippe et les siens restèrent à Paris, visitant les hôpitaux et donnant courageusement de leur personne (1).
Tentatives insurrectionnelles. La duchesse de Berry en Vendée. Les funérailles du général Lamarque. Le procès des saint-simoniens. — Après la mort de Casimir Périer, le comte de Montalivet, ministre de l'Intérieur, fut en fait président du Conseil sans en avoir le titre. Les partis d'opposition voulurent profiter de la dislocation du cabinet pour faire des tentatives insurrectionnelles.
(1) Casimir Périer ne fut remplacé à la présidence du Conseil que le 11 octobre 1832. — Depuis cetle époque jusqu'à la fin du règne, les ministères se succédèrent dans l'ordre suivant :
Premier ministère Soult (11 octobre 1832-18 juillet 1834); — Ministère Gérard '18 juillet 1834-10 novembre 1834) ; — Ministère Bassano, dit « Ministère des trois jours » (10-18 novembre 1834); — Ministère Mortier (18 novembre 1834-12 mars 1835); — Ministère de Broglie (12 mars 1835-22 fé- 1836); — Premier ministère Thiers (22 février-6 septembre 183G); — Premier ministère Mole (6 septembre 1836-15 avril 1837); — Second listère Mole 15 avril 1837-2 février 1839) — Ministère du 31 mars 1839, composé sous la présidence du roi : Girod de l'Ain, Gasparin, etc. (31 mars- 12 mai 1839); — Second ministère Soult (12 mai 1839-ler mars 1840); — Second ministère Thiers (1er mars-29 octobre 1840); — Troisième ministère Soult et ministère Guizot (29 octobre 1840-23 février 1848). Guizot, qui depuis 1840 fut l'âme du ministère, n'eut d'abord que le portefeuille des Affaires étrangères; il ne reçut la présidence du Conseil que le 19 septembre 1847.
Débarquée à Marseille le 23 avril 1832, la duchesse de Berry, qui avait espéré soulever la Provence, se rendit en Vendée pour y rallumer la guerre civile en faveur de son fils. Elle était assistée du maréchal de Bourmont qui, sans plus de succès que Berryer, s'efforça de la détourner de sa tentative. Elle groupa autour d'elle une petite troupe de paysans et quelques gentilshommes, dont le plus dévoué fut La Robrie. Le gouvernement vint facilement à bout de ce dernier effort de la Vendée et les chouans furent battus au Chêne (6 juin) et au château de la Pénissière (7 juin). La duchesse de Berry, à qui l'on avait laissé la faculté de s'enfuir, s'obstina à demeurer en France et se cacha à Nantes : Thiers, devenu ministre de l'Intérieur, la fit interner à la forteresse de Blaye (novembre 1832). Elle y mit au monde une fille, née du mariage secret qu'elle avait contracté avec le comte napolitain Lucchesi Palli, et le gouvernement, la jugeant déconsidérée, la remit alors en liberté.
L'insurrection républicaine des 5 et 6 juin 1832 est au nombre des grandes « journées » du règne de Louis-Philippe. L'opposition antidynastique venait de publier son fameux Compte rendu, dans lequel cent trente-cinq députés reprochaient au ministère de s'engager dans les voies de la réaction; elle profita des funérailles du général Lamarque pour faire une manifestation publique. Plus de 50 000 personnes suivirent le char funèbre, parmi lesquelles Godefroy Cavaignac, Blanqui, Raspail, Armand Carrel. Le cortège arriva sans accident jusqu'à la rue de la Paix. Là les polytechniciens se mêlèrent à la foule, qui commença à s'agiter et, au pont d'Austerlitz, entra en collision avec la force publique. Des barricades s'élevèrent, on se battit toute la nuit et, le lendemain, les insurgés furent rejetés derrière le cloître Saint-Merry, leur dernier refuge, où ils résistèrent à l'abri de barricades improvisées. Des pensions furent distribuées aux défenseurs du gouvernement ; l'Ecole polytechnique fut licenciée; le chef des insurgés, Jeanne, un décoré de Juillet, fut condamné à la déportation, cinq autres accusés à la réclusion; seize furent acquittés, dont une jeune fille qui, d'une fenêtre, avait avisé les combattants de l'arrivée des soldats.
Au mois d'août 1832, les saint-simoniens (Voir p. 390) furent traduits en justice et leur société dissoute.
Le « grand ministère » (11 octobre 1832). — Le 11 octobre 1832 fut constitué le premier ministère Soult, qui resta aux affaires jusqu'au 11 juillet 1834 et continua la politique de Casimir Périer. On l'appela le « grand ministère » parce qu'il comprenait tous les hommes marquants du parti : Barthe (Justice), Thiers (Intérieur), duc Achille de Broglie (Affaires étrangères), Guizot (Instruction publique).
Méhémet-Ali.
(D'après une estampe du temps.
Politique extérieure. La quadruple alliance. — A l'extérieur, la France intervint en Espagne et en Portugal en faveur du parti constitutionnel. Unie à l'Angleterre, elle signa avec la régente d'Espagne Isabelle et la régente Maria de Portugal le traité de la quadruple alliance (traité de Londres, 22 avril 1834) pour les protéger contre les prétendants don Carlos et don Miguel, chefs des absolutistes espagnols et portugais.
Après la signature du traité des vingt-quatre articles (15 octobre 1831), qui réglai tla question des frontières en laissant une partie du Limbourg et du Luxembourg au roi des Pays- Bas, celui-ci n'avait pas voulu se dessaisir d'Anvers : Gérard lui enleva cette place, après un siège glorieux (décembre 1832).
L'amour-propre national recevait une demi-satisfaction, mais l'occasion de reconquérir notre frontière du nord étaitmanquée.
Méhémet-Ali, pacba d'Egypte, profitant d'un différend avec le pacha de Saint-Jean- d'Acre, avait pénétré en Syrie, enlevé Gaza et Jaffa (1831) et dirigé son fds adoptif Ibrahim sur Constantinople par l'Asie Mineure (1832).
La Russie, qui était intervenue à la demande du sultan Mahmoud, retira sa flotte de Constantinople, pour éviter des complications avec les puissances occidentales. Sollicité de nouveau par Mahmoud, le tsar dépêcha 5000 hommes sur la côte d'Asie Mineure et envoya une armée sur le Danube. La diplomatie des puissances, inquiète de voir la Russie occuper militairement le territoire ottoman, réussit cà rétablir la paix entre le sultan et Ibrahim : la France et l'Angleterre firent accepter à Mahmoud les conditions de Méhémet-Ali (traité de Kutaïeh, 21 février 1833) ; mais le traité d'Unkiar-Skélessi (8 juillet 1833) mit la Porte sous le protectorat du tsar et ferma les Dardanelles à tout bâtiment de guerre étranger. Or, l'objectif de l'Angleterre étant d'empêcher les Russes d'occuper Constantinople et de menacer l'Inde par I'Anatolie et la vallée de l'Euphrate, la paix d'L'nkiar-Skélessi produisit au delà de la Manche une impression profonde. C'était la faculté pour la Russie d'entrer dans la Méditerranée par les Dardanelles, l'exclusion des puissances de la mer de Marmara et de la mer Noire, Constantinople transformé en avantposte de Sébastopol (Voir p. 376).
Politique intérieure. Les insurrections d'avril 1834. — Les républicains tentèrent de nouveau le sort des armes, en avril 1834, à Paris, à Lyon et dans quelques autres villes.
Le gouvernement avait fait voter la loi du 10 avril 1834, soumettant les associations à l'autorisation préalable du gouvernement et destinée à mettre fin à l'action des sociétés politiques, en particulier la Société des Droits de l'homme. A l'occasion de poursuites dirigées contre les mutuellistes de Lyon, des troubles éclatèrent dans cette ville du 9 au 12 avril. Le lendemain, les ouvriers parisiens se soulevèrent : ils furent écrasés dans le quartier Saint-Martin, après une répression sanglante. La barricade de la rue Transnonain venait d'être enlevée, lorsqu'un officier blessé fut atteint par une fusillade partant de la maison portant le n° 12 de cette rue : les soldats exaspérés enfoncèrent les portes et n'épargnèrent personne, pas même les femmes et les enfants.
Le gouvernement lia ces mouvements à l'idée d'un vaste complot et renvoya les accusés devant la Chambre des pairs constituée en haute cour de justice (avril 1834). Celle-ci déclara connexes (6 février 1835) tous les faits insurrectionnels de Lyon, Paris, Marseille, Saint-Etienne, Besançon, Arbois, Chàlons, Épinal, Lunéville, etc. Les accusés protestèrent contre le refus opposé par leurs juges d'entendre les défenseurs de leur choix, et ces derniers, ayant signé et rendu publique une lettre d'adhésion conçue en termes très chaleureux, un procès accessoire se greffa sur le procès principal. Les débats ne se terminèrent qu'au mois de janvier 1836. Il y eut peu d'acquittements, et le plus grand nombre des accusés furent condamnés les uns à la déportation, les autres à la détention (de 5 à 20 ans . Le parti républicain militant fut momentanément dissous, ou plutôt en fut réduit à se grouper en associations secrètes [l'Action, les Écoles, l'Union de Juillet).
Au cours du procès, un ancien soldat corse, Fieschi, tenta de tuer Louis-Philippe au moyen d'une machine infernale : le roi, qui passait la revue de la garde nationale boulevard du Temple, ne fut pas atteint, mais dix-huit personnes de son entourage, parmi lesquelles le maréchal Mortier, tombèrent pour ne plusse relever (28 juillet 1835 .
Les lois de septembre 1835. — Le gouvernement obtint alors de la Chambre les célèbres lois de septembre, qui furent acceptées malgré l'énergique protestation de Royer-Collard. La première rendait secrets les votes du jury et réduisait de 8 à 7 la majorité des voix nécessaires à la condamnation. La seconde autorisait le ministre de la Justice à créer autant de cours d'assises qu'il le jugerait nécessaire; les procureurs généraux avaient le droit de mettre hors des débats les prévenus trop bruyants. La troisième concernait la presse : toute discussion touchant la forme du gouvernement ou ses actes était interdite, sous peine de détention et de fortes amendes (1).
Dans le Parlement, le parti de la résistance s'était divisé : Guizot, conformément à la théorie doctrinaire, admettait la collaboration très étroite du roi et Phot- Bl'ann et c,aj„ „„„ „.:„; i ti • Le comte Mole, par Ingres. de ses ministres; Ihiers consi-
dérait que le premier ministre,
tant que la majorité des Chambres le soutenait, devait faire prévaloir ses idées, même à rencontre du souverain. Les partisans de Guizo t formèrent la droite, ceux de Mole le centre droit, ceux de Thiers le centre gauche. Odilon Barrot était le chef de la gauche dynastique, et l'illustre avocat Berryer dirigeait l'opposition légitimiste.
Thiers, appelé à la présidence du Conseil le 22 février 1836, se retira dès le 6 septembre, le roi n'ayant pas voulu envoyer en Espagne une armée pour combattre les carlistes. Louis-Philippe confia alors le pouvoir au comte Mole, et Guizot conserva le portefeuille de l'Instruction publique.
Louis-Napoléon Bonaparte. L'échaufïburée de Strasbourg (1836). — C'est à ce moment qu'entre en scène le parti bonapartiste dans la personne de Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, troisième fils du roi Louis de Hollande et de Hortense de Beauharnais, né le 20 avril 1808 à Paris, rue Ceruti (aujourd'hui rue Laffitte), où habitait alors la reine Hortense. La mésintelligence qui régnait entre ses parents, et les plaintes arrachées au roi Louis par hi jalousie, firent planer le soupçon sur la légitimité de la naissance du futur empereur, dont on attribua la paternité à l'amiral hollandais Ver Huell; mais les bruits qui circulèrent longtemps à ce sujet paraissent calomnieux.
En 1815, la reine Hortense dut quitter le territoire français, et le jeune prince grandit auprès de sa mère, qui habita successivement Genève, Aix en Savoie, Carlsruhe, Augsbourg, le château d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance. On lui donna d'abord pour précepteur Philippe Le Bas, fils du conventionnel, puis l'ancien oflicier d'artillerie Vieillard. Il eut en Suisse, pour compagne de
jeux, sa sœur de lait (Mme Cornu), qui passa sous le sec I Empire
pour jouir d'une grande influence sur l'esprit du souverain.
Il ne s'éloigna d'Arenenberg que pour étudier trois ans au gymnase d'Augsbourg, où il s'attacha de préférence à l'étude de l'histoire et des sciences, ou pour suivre les cours de l'école d'artillerie de Thunn, où il reçut les leçons du général Dufour. Cette vie solitaire, une éducation étrangère, un caractère tranquille, une certaine timidité d'allures semblaient devoir l'éloigner de la vie publique; mais sa mère sut lui inspirer une foi aveugle et comme fataliste dans l'étoile napoléonienne. Affilié au carbonarisme, il prit part en 1831 au soulèvement des Romagnes contre le Saint-Siège et perdit son frère Napoléon-Louis dans cette aventure. L'année suivante, la Chambre des députés ayant renouvelé la loi de bannissement contre la famille Bonaparte, il se fit naturaliser citoyen de Thurgovie.
La mort du duc de Reichstadt (1832) fit de lui le chef de la famille
1 Les attentats n'en continuèrent pas moins : 25 juin 1836, attentat (l'Ali baud; 27 décembre 183G, de Meunier; i :> octobre 1810, de Darmès; 10 avril el 20 juillet 184G, de Lecomte et de Joseph Henri.
Bonaparte, l'héritier de la couronne impériale. Vers cette époque, il reçut la visite d'un maréchal des logis réformé, nommé Fialin, qui devint dans la suite duc de Persigny, et qui lui offrit de se consacrer à la propagande des idées napoléoniennes, favorisée par la captivité de Sainte-Hélène et par les chansons de Béranger, le poète du « Napoléon des bonnes gens ».
Il avait exposé ses doctrines dans des opuscules où il se prononçait au dehors pour la politique des nationalités, au dedans pour l'amélioration du sort des masses. Il se persuada qu'il n'aurait qu'à paraître en France pour rallier le peuple et l'armée, et le 30 octobre 1836, il tenta de soulever la garnison de Strasbourg. Il gagna à sa cause le colonel Vaudrey, du 4e régiment d'artillerie à cheval, et essaya, grâce à la complicité de cet oflicier supérieur, de soulever aussi le 46e, mais il fut arrêté et embarqué pour l'Amérique. La cour d'assises ayant acquitté ses complices, le gouvernement présenta la lui de disjonction, qui avait pour but, lorsque des militaires et des civils seraient impliqués dans les mêmes poursuites, de soustraire les militaires au jury pour les traduire devant les conseils de guerre. Cette loi d'exception, combattue par Berryer, fut rejetée par la Chambre qui, de plus en plus hostile au ministère, refusa la dotation demandée pour le duc de Nemours, et vigoureusement critiquée par le pamphlétaire du temps, le vicomte de Cormenin. Guizot se retira et Mole reconstitua le ministère, le 15 avril 1837, avec Barthe, Montalivet et Salvandy. Ne pouvant triompher de l'opposition coalisée, il obtint du roi la dissolution de la Chambre, mais les élections lui furent défavorables, et l'opposition revint siégeravec 80 voix de majorité. Mole donna sa démission [2 février 1839] (1), et Louis- Philippe rappela le maréchal Soult (12 mai 1839) qui se trouva, dès son arrivée au pouvoir, aux prises avec une émeute socialiste et, à l'extérieur, avec les complications orientales.
Le parti socialiste. Insurrection du 12 mai 1839. — L'encombrement du marché après la chute de Napoléon, puis les premiers progrès du machinisme avaient produit une crise économique intense : l'abaissement des salaires et le chômage coïncidant avec l'augmentation du prix de la vie, les théories socialistes recrutèrent de nombreux adeptes sous l'influence des écrits de Saint-Simon, Fourier, Proudhon, mais surtout sous l'action de Barbes, Blanqui et Martin Bernard, qui dirigeaient la Société des Saisons, et qui, le 12 mai 1839, firent à Paris une tentative d'insurrection armée. Profitant d'une revue des troupes au Cbamp-de-Mars, le chef du mouvement, Barbes, enfonça, à trois heures et demie du soir, la boutique de l'armurier Lepage, distribua des armes, emporta le poste du Palais de Justice, revint sur la rive droite et marcha sur l'Hôtel de Ville avec Blanqui; cerné par les troupes, il ne put que prolonger la résistance dans les rues Beaubourg, Transnonain et Grenéta. Il fut condamné à mort ainsi que Blanqui, mais bénéficia d'une commutation de peine. Les autres chefs de l'insurrection furent envoyés aux travaux forcés.
Les affaires d'Orient. — Depuis 1836, l'alliance franco-anglaise s'était desserrée peu à peu par suite des rancunes nationales des deux peuples et de la tendance de Louis-Philippe à se rapprocher des puissances de l'Est, tendance affirmée par le mariage du duc d'Orléans avec la princesse Hélène de Mecklembourg. Les affaires d'Orient achevèrent de brouiller les deux gouvernements.
Le sultan Mahmoud, qui voulait sa revanche contre Mébémet-Ali, lui avait déclaré la guerre. Battu à Nézib par Ibrahim-pacha, il mourut sur ces entrefaites (30 juin 1839), laissant pour successeur le jeune Abdul-Medjid. Ibrahim marcha sur Constantinople et la flotte ottomane se rendit au vice-roi.
D'accord avec l'Angleterre, et pour empêcher la Bussie d'intervenir, comme le traité d'Unkiar-Skélessi (1833) lui en donnait le droit, le cabinet Soult déclara au sultan (note du 27 juillet 1833) que son différend nouveau avec Méhémet-Ali serait réglé par le concert des cinq grandes puissances. Mais, sur les conditions à faire prévaloir, l'accord se rompit, l'Angleterre tenant par-dessus tout à l'intégrité de l'empire ottoman. La France proposa de donner à Méhémet-Ali la souveraineté héréditaire de l'Egypte et de la Syrie : l'Angleterre refusa son adhésion, et Soult, accusé de condescendance envers l'Angleterre, fut remplacé par Thiers, président du Conseil pour la seconde fois (1er mars 1840).
Thiers, né à Marseille, avait fait ses études à Aix avec Mignet, en
Thiers, médaillon de David d'Angers.
compagnie de qui il vint à Paris et dont la gravité discrète contrastait avec l'exubérance de son ami. Supérieurement intelligent, avocat actif, polémiste inlassable,, brillant dans les salons par ses connaissances variées autant que par son esprit, soutenu par une assurance imperturbable, il avait, jeune encore, un passé bien rempli : il avait écrit l'Histoire de la Révolution française, déterminé la chute des Bourbons en rédigeant, au National, la protestation des journalistes, suggéré la candidature du duc d'Orléans et triomphé
des dernières hésitalionsde Louis- Philippe. Le roi redoutait ce farouche partisan de la responsabilité ministérielle qui, pénétré de son importance, disait à la tribune : « La couronne et moi. »
Thiers chercha la solution du conflit oriental dans un accord direct entre la Porte et l'Egypte.
Pal merston" n'hésita pas à se retourner vers la Bussie, désireuse de ne point voir se fonder un Etat musulman puissant au moment même où la Turquie se décomposait. De cet accord sortit le traité de Londres (15 juillet 1840), qui réglait la question d'Egypte en dehors de la France.
L'Angleterre, l'Autriche, la Bussie et la Prusse, après avoir reconnu les droits de la Turquie sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles, s'engageaient à agir de concert contre Méhémet-Ali, dans le cas où celui-ci refuserait d'accepter les arrangements que lui proposait le sultan. Par ces arrangements, le vice-roi devait conserver, pour lui et ses descendants, l'administration du pachalik d'Egypte et, pendant sa vie, le gouvernement de Saint-Jean-d'Acre, ainsi que l'administration de la Syrie méridionale. Il devait immédiatement remettre au sultan la flotte turque, lui payer un tribut annuel, appliquera l'Egypte les lois et les traités de l'empire ottoman et mettre son armée d'une façon permanente à la disposition du sultan. Si Méhémet-Ali n'acceptait pas ces conditions dans les vingt jours, le sultan aurait la liberté de suivre la politique que ses intérêts et les conseils de ses alliés pourraient lui suggérer. Le traité de Londres fut notifié le 16 août suivant au vice-roi, qui, comptant sur l'appui de la France, refusa de l'accepter.
Écarté par l'Angleterre du concert européen, le gouvernement français, joué et isolé, eut quelques velléités de prendre en main la cause de Méhémet-Ali ; il porta l'effectif de l'armée à 500000 hommes, augmenta le nombre des unités navales, décréta d'urgence la construction des fortifications de Paris, fit décider le retour des cendres de Napoléon (1). On put croire un instant qu'une guerre générale allait s'allumer en Europe. Mais, le 20 octobre 1840, le roi ayant refusé de proposer la guerre, Thiers démissionna; il fut remplacé par notre ambassadeur à Londres, Guizot, qui n'avait connu le traité du 15 juillet qu'après sa signature. L'amour-propre national recevait une blessure d'autant plus profonde que le patriotisme français avait approuvé la politique de Thiers.
Tentative bonapartiste de Boulogne (1840). — A la faveur de l'émotion produite par le retour des cendres, Louis-Napoléon Bonaparte fit une seconde tentative pour renverser la monarchie de Juillet. Bevenu à Arenenberg pour recevoir le dernier soupir de sa mère (1837), il s'était fixé à Londres, où il publia, sous le titre d'Idées napoléoniennes, un programme dont il attribuait à son oncle
(1) En 1838, le contre-amiral Leblanc conduisit une expédition à la Plata contre le dictateur Rosas, dont les Européens avaient à se plaindre, et, pour les mêmes motifs, le contre-amiral Baudin bombarda le fort de Saint-Jean d'Ulloa, qui commande le port de la Vera-Cruz, au Mexique.
(1) La Belle-Poule fui envoyée à Sainte-Hélène. L'exhumation eu! lieu en présence du prince de Joinville et du général Bertrand. Le corps de l'empereur était intact et son visage reconnaissable. Une chapelle ardente fut disposée dans l'entrepont; elle était tendue de velours noir et argent, éclairée par quatre ifs de cinquante-deux bougies, entre lesquels fumaient des cassolettes d'encens. Un cénolaphe, semé d'abeilles d'or et surmonté d'embh mes Impériaux, avait été préparé par l'arsenal de Toulon; le cercueil, trop grand, n'y put jamais entrer et resta simplement couvert, pendant la traversée, d'un drap de velours noir avec galon d'or et croix de satin blanc. La Belle-Poule était de retour à Cherbourg au mois de décembre 1840 et le cercueil fut transporté à Paris sur un bateau à vapeur qui remonta la Seine. Là, on le déposa sur un grand char de velours et d'or, et avec une pompe solennelle, au milieu d'un immense concours de population, il fut conduit aux Invalides où le roi l'attendait en personne. « Sire, dit le prince de Joinville, je vous présente le corps de l'empereur Napoléon. — Je le reçois au nom de la France », répondit Louis-Philippe. Un somptueux mausolée fut élevé dans la suite par Visconti aux restes de l'empereur.
Guizot, par Paul Del a roche.
l'inspiration primitive. Il essaya de gagner à sa cause le général Magnan, commandant la division militaire de Lille, mais il ne put que s'assurer le concours d'Aladenise, lieutenant au 42e de ligne, dont deux compagnies tenaient garnison à Boulogne : c'est là que le prétendant débarqua sans encombre le 6 août 1840, à minuit, avec cinquante-six hommes, pour la plupart anciens officiers, commandés par le général de Montholon. La petite troupe pénétra, vers cinq heures du matin, dans la caserne du 42e de ligne, où Aladenise fit acclamer le prince par les soldats ; mais le capitaine Puygelier rappela ceux-ci au devoir, expulsa les conjurés et donna l'alarme. La garde nationale prit les armes : le prince et ses amis, poursuivis, criblés de balles, furent obligés de se rendre. Le 2 octobre suivant, Louis-Napoléon, traduit devant la Chambre des pairs, fut condamné à la détention perpétuelle et enfermé au fort de Ham (Somme). 11 s'échappa en 1846 et retourna à Londres.
Louis-Philippe et Guizot.
— Du 29 octobre 1840 au 23 février 1848, il y eut deux ministères : le maréchal Soult, appelé au pouvoir pour la troisième fois, ne céda la présidence du Conseil à Guizot que le 19 septembre 1847; mais, en réalité, pendant cette période de huit ans, le vrai chef du gouvernement fut constamment le ministre des Affaires étrangères, qui ne cessa d'être en parfait accord avec le roi.
Politique extérieure. L'entente cordiale. — Le premier soin du nouveau cabinet fut d'acquiescer au traité du l'a juillet 1840, puis à la Convention des Détroits, qui fermait les Dardanelles aux vaisseaux de guerre de toutes les puissances et garantissait l'intégrité de l'empire ottoman : moyennant quoi la France fut admise à rentrer dans le concert européen.
L' « entente cordiale » avec l'Angleterre, base de la politique extérieure de Guizot, fut publiquement scellée par les visites qu'échangèrent Louis-Philippe et la reine Victoria. Elle fut impopulaire dans le pays, qui n'oubliait pas l'humiliation de 1840 et qui trouvait blessantes pour sa dignité les concessions que Guizot lit au maintien de l'alliance anglaise, détruite pourtant par les incidents mêmes qui motivaient ces concessions :
affaire du droit de visite, affaire Piilchard et mariages espagnols.
Le traité de Paris du 30 mai 1814 (art. 1er additionnel) avait indiqué la nécessité d'un accord international pour prohiber la traite des noirs, que condamna le congrès de Vienne. Le 30 novembre 1831 et le 23 mars 1833, la Fiance conclut avec l'Angleterre des conventions permettant d'exercer, dans des parages déterminés de la côte occidentale d'Afrique, le droit de visite réciproque à bord des navires de l'une ou l'autre nation. Le 29 mai 1841, Guizot permit à l'Angleterre d'exercer ce droit dans des parages plus étendus et d'y employer un nombre de croiseurs plus grand que celui des croiseurs français. L'opposition des commerçants français finit par faire rapporter cette concession et, en 1815, la vérification du pavillon fut substitué.; à la visite.
En 1845, Gui/.ot eut la faiblesse d'allouer une indemnité de 25000 francs au missionnaire Pritchard, que l'amiral Dùpetit-Thouars avait expulsé de Tahiti
comme excitant les indigènes contre nous (Voir p. 382). Ce fut en France un toile général contre le ministre.
Les incidents du droit de visite et de Tahiti, dans lesquels notre diplomatie s'était pourtant montrée très conciliante, avaient ébranlé l'entente cordiale : l'affaire des mariages espagnols la brisa. L'Angleterre aurait voulu que la reine d'Espagne épousât un prince de Saxe-Cobourg, et l'Autriche qu'elle devînt la bru de don Carlos. Louis-Philippe décida Isabelle à épouser un de ses cousins, don François d'Assise, duc de Cadix, pendant que la sœur de la reine, Luisa-Fernanda, devenait la femme du duc de Montpensier. Lord Palmerston reprocha à notre gouvernement, comme un manque de foi, les mariages espagnols, qui pouvaient asseoir notre influence à Madrid, et il nous chercha querelle, désormais en toute circonstance : c'est ainsi qu'il refusa à Guizot d'intervenir en faveur de la petite république de Cracovie, qui fut détruite par la Russie, la Prusse et l'Autriche et annexée à. ce dernier État (11 novembre 1846). A la fin de son règne, Louis-Philippe accentua donc son évolution, vers les puissances conservatrices de l'Est; il se montra hostile aux mouvements nationaux et libéraux qui se dessinaient en Italie, en Suisse et en Hongrie. Son rêve aurait été d'unir au duc d'Orléans une archiduchesse d'Autriche.
Politique intérieure. — Le roi et Guizot avaient la conviction commune que le parti du mouvement avait obtenu de suffisantes satisfactions. Et de même que le gouvernementevitatout.es complications extérieures pour assurer la paix nécessaire au progrès économique du pays, de même il se refusa, dans le même but, à toute réforme d'ordre intérieur.
La France bénéficia effectivement, dans les dernières années du règne, d'une remarquable prospérité matérielle : l'organisation des chemins de fer (1842) favorisa les transports, l'agriculture se développa grâce au concours du machinisme, le travail des enfants dans les manufactures fut réglementé, la création des caisses d'épargne (1835) encouragea l'esprit d'économie ; l'enseignement public, à tous les degrés, reçut une extension notable.
Guizot, dans un voyage ministériel à Cherbourg, avait prononcé la formule célèbre : « Enrichissez-vous! » Or, un régime fondé trop exclusivement sur la richesse acquise, si prospère qu'il soit, n'est pas sans développer les appétits matériels et l'abaissement moral de ceux qui n'ont pas, comme Guizot, un caractère impeccablement honnête. Le ministère avait une majorité soumise, mais la corruption s'était introduite dans les mœurs électorales: il obtenait des
Le duc d'Orléans, par Ingres (Musée de Versailles).
La duchesse d'Orléans, par Wi NTERii ai.ter (Musée de Versailles).
voix en promettant des places et des faveurs, et le nombre des fonctionnaires députés, malaisément indépendants, était supérieur à celui des représentants dépourvus d'attaches officielles. Le « pays légal » ne formant qu'une minorité restreinte, il arriva que la Chambre ne fut pas la représentation fidèle des intérêts généraux, que le conllit s'aggrava entre les députés et le pays, qu'une agitation très vive se manifesta en faveur d'un élargissement de la loi électorale.
La mort imprévue du duc d'Orléans, le 13 juillet 1842, avait déjà affaibli la monarchie de Juillet. Le duc d'Orléans était, avec le duc d'Aumale, le plus remarquable des fils de Louis-Philippe, et le parti libéral fondait sur lui de grandes espérances. Il avait occupé dans les rangs de l'armée d'Afrique la place éminente que lui désignaient son caractère chevaleresque et ses sentiments patriotiques. Il était intelligent, gracieux, instruit, sans grande sensibilité, mais pourtant généreux, s'inclinant devant les supériorités vraies, très soucieux des responsabilités du pouvoir, capable d'enthousiasme, volontaire sans entêtement et circonspect. Il voulut un jour protester à la Chambre des pairs contre l'assassinat du maréchal Ney et demander la revision du procès, au grand mécontentement de Thiers et au grand scandale du roi, qui lui défendit de donner suite à son projet. Sa disparition imprévue fut ressentie par le peuple, précisément à cause de ces « affectations libérales » où les écrivains du parti adverse voyaient comme un péché de jeunesse dont on se corrige avec les années.
Il y a toujours quelque puérilité à vouloir prédire ce qu'aurait pu être l'histoire, mais il paraît bien que l'accident de voiture qui, à Neuilly, coûta la vie à l'héritier du trône, enleva à la monarchie constitutionnelle sa meilleure chance de salut. Après la mort du duc d'Orléans, les légitimistes se rendirent à Londres pour faire au comte de Chambord (1843) une visite que la majorité blâma par un ordre du jour de flétrissure inséré dans l'adresse de 1844; mais Berryer et ses amis se représentèrent devant les électeurs et furent tous renvoyés à la Chambre.
En 1845, Guizot offrit à Montalivet, qui la refusa, la succession de Villemain au ministère de l'Instruction publique. L'impopularité du premier ministre grandissait chaque jour. Le prince de Joinville et le duc d'Aumale étaient au loin ; Madame Adélaïde, la conseillère si sûre de Louis-Philippe, venait de mourir; Montalivet seul luttait contre l'obstination du roi, qui subissait de plus en plus l'ascendant de Guizot.
La Révolution de 1848. Chute de la monarchie de Juillet.
— En 1847, la Chambre des députés, d'accord avec le ministère, rejeta les propositions de Duvergier de Hauranne et de Rémusat
La duchesse d'Orléans à la Chambre des députés, le 24 février (D'après une photographie allemande de Kollabz.)
relatives à la réforme électorale par l'abaissement du cens et l'adjonction des capacités. Les « réformistes », faisant appel à l'opinion, organisèrent la mémorable campagne de banquets qui, contrairement aux prévisions de son promoteur, Odilon Barrot, chef de l'opposition dynastique, aboutit non à une réforme, mais à une révolution, lorsque les républicains se furent emparés du mouvement.
Un banquet, organisé dans le XIIe arrondissement pour le 22 février, ayant été interdit par le préfet de police, la foule se porta dans le voisinage des Champs-Elysées, là où les adhérents avaient pris rendez-vous pour se diriger en corps vers la salle du banquet. Quelques postes furent attaqués et il y eut des rassemblements tumultueux. Louis-Philippe hésitait à prendre des dispositions répressives : « Je ne veux pas, disait-il, que le sang coule : c'est inutile; vous verrez que tout cela va se dissiper de soi-même. »
Le lendemain, commençant à douter de la fidélité de la garde nationale, il se résigna à renvoyer Guizot. A cette nouvelle les boulevards et les rues avoisinantes furent parcourus par des manifestants, criant : « Les lampions! les lampions! » pour protester contre l'abstention des Parisiens qui n'avaient pas illuminé. Paris, semblait-il, allait rentrer dans le calme, lorsqu'un incident fortuit, qui se produisit à dix heures du soir boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères, déchaîna tout à fait l'agitation populaire. Un coup de feu étant parti de la foule, les soldats du poste ripostèrent par une décharge qui fit de nombreuses victimes : on plaça les cadavres sur un tombereau et on les promena à la lueur des torches. Dans les quartiers ouvriers on s'arma, on dressa des barricades.
Le 24, dans la matinée, la reine conseilla à Louis-Philippe de monter à cheval avec ses deux fils, les ducs de Nemours et de Montpensier, et de passer la revue des troupes qui gardaient les Tuileries, ainsi que des légions de la garde nationale rassemblées devant le château. Le roi suivit ce conseil; mais, en entendant des gardes nationaux crier : «Vive la Réforme! », il tourna bride.
Les troupes restées fidèles et les insurgés furent aux prises sur divers points, particulièrement au poste du Chàteau-d'Eau. Le maréchal Bugeaud, chargé de réprimer l'émeute, avait répondu au roi du succès. Mais Thiers, à qui Louis-Philippe avait confié le pouvoir après le refus de Mole, prescrivit d'éviter l'effusion du sang et de faire replier les troupes sur les Tuileries. D'ailleurs beaucoup de soldats levaient en l'air la crosse de leur fusil.
Pendant le déjeuner de la famille royale, le député Emile de Girardin, accompagné de deux de ses collègues, dont Crémieux, vint supplier le roi d'abdiquer. Louis-Philippe se retira dans un salon voisin pour tenir conseil, et, cédant aux avis de la duchesse d'Orléans et du duc de Montpensier, se décida, malgré l'opposition de la reine, à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Il put gagner Honfleur, s'embarqua sur un navire anglais, YExpress, et s'établit dans le château de Claremont, appartenant à son gendre le roi des Belges.
La duchesse d'Orléans, suivie de ses deux enfants et de son beau-frère, le duc de Nemours, se rendit à la Chambre pour essayer de faire proclamer roi, sous sa régence, le comte de Paris. Mais pendant que l'Assemblée délibérait, une colonne, précédée d'élèves de l'École polytechnique et d'officiers de la garde nationale, arrivait au Palais-Bourbon, aux cris de : « Vive la Réforme ! A bas Guizot ! » et envahissait l'enceinte législative. Lamartine était à la tribune. Après le départ du président Sauzay, menacé d'un coup de fusil et remplacé au fauteuil par Dupont de l'Eure, l'orateur reprit son discours, demandant la proclamation de la République et le suffrage universel. La Rochejaquelein, chef des royalistes, félicita la justice populaire d'avoir frappé Louis-Philippe, mais déclara que l'on porterait atteinte au droit du peuple en établissant la République sans le consulter. Celte opinion fut accueillie par des protestations, et Ledru-Rollin donna lecture de la liste des membres du gouvernement provisoire, qui se rendirent à l'Hôtel de Ville, où s'était organisé simultanément un autre gouvernement : tous deux fusionnèrent. Les membres du premier étaient : Lamartine,
Arago, Ledru-Rollin, Dupont de l'Eure, Marie, Garnier-Pagès et Crémieux ; ceux du second : Louis Blanc, Armand Marrast, Flocon et l'ouvrier Albert. Le gouvernement provisoire siégea à L'Hôtel de Ville. La duchesse d'Orléans et son fils purent quitter la Chambre sans être inquiétés et se réfugièrent en Allemagne.
Ainsi tombait la monarchie de Juillet, après une insurrection qui avait coûté peu de sang (1) et dont la bourgeoisie elle-même avait assuré le succès.
La Révolution avait laissé des traces profondes. En Europe, elle avait provoqué, dans des pays morcelés, comme l'Allemagne et l'Italie, le réveil de la conscience nationale. En France, les Bourbons avaient dû accepter la Charte et le régime parlementaire : les tentatives de réaction n'eurent d'autre effet que de ressusciter l'esprit de liberté politique. Le premier coup d'État de la royauté provoqua la l'évolution de 1830 qui, détournée au profit du gouvernement de Juillet, se renouvela en 1848.
La révolution de 1830 avait été faite de concert par la bourgeoisie et les ouvriers; mais celle-là fit prévaloir sur les instincts républicains du peuple son idéal de monarchie parlementaire et libérale : « la meilleure des républiques », affirmait La Fayette. Or, durant les dix-huit années de la monarchie de Juillet, l'industrie acheva de changer de caractère. Aux petits ateliers d'autrefois, où le patron travaillait à côté de quelques ouvriers et apprentis, se substituèrent d'immenses ateliers et de vastes chantiers, vers lesquels commença la migration des travailleurs ruraux ; les campagnes commencèrent à se dépeupler au profit des villes et, dans celles-ci, se forma une classe ouvrière de plus en plus nombreuse, qui se trouva soumise à toutes les vicissitudes de l'industrie ellemême, à la concurrence entre patrons et même entre nations, à la baisse des salaires, aux chômages, et rendit la monarchie responsable de ses souffrances : de là la fréquence des grèves et les émeutes sanglantes comme celles de Lyon et de Paris. Contre la bourgeoisie se dressait un quatrième état. Des théoriciens étaient apparus qui condamnaient l'organisation sociale, opposaient le travail au capital, s'attaquaient au principe même de la propriété (Voir p. 390).
Dès la fin de 1847, la monarchie de Juillet était menacée par trois groupes d'adversaires : ceux qui préconisaient une réforme électorale et une orientation plus libérale de la politique officielle; ceux qui projetaient de renverser la monarchie; ceux qui ne voyaient dans la République elle-même qu'un moyen pour obtenir la transformation totale de la société. Les premiers commencèrent l'agitation par les << banquets réformistes » ; les seconds poussèrent la révolution du 24 février jusqu'à la proclamation de la République et l'établissement du suffrage universel; les troisièmes tentèrent de greffer sur la révolution bourgeoise une révolution sociale : d'où les journées de juin 1848.
Ce n'est pas à dire que, pendant le règne de Louis-Philippe, la France n'ait réalisé aucun progrès : tout au contraire, et sous un régime de paix qu'on a reproché au roi d'avoir conservé par une diplomatie trop complaisante, la prospérité économique du pays fut considérable. Le gouvernement de Juillet encouragea le commerce, ■ l'industrie et l'agriculture par l'organisation des Expositions nationales à partir de 1834, la législation des chemins vicinaux (1836) et des chemins de fer (1842), l'installation du télégraphe électrique à partir de 1842. Il donna aux communes, en 1837, une Charte qui a vécu jusqu'en 1884. Il réorganisa l'enseignement primaire élémentaire et créa l'enseignement primaire supérieur [loi du 28 juin 1833] (2). Il introduisit dans notre législation pénale des adoucissements et le droit pour les juges de tenir compte des circonstances atténuantes. Le préfet de la Seine, Rambuteau, agrandit les anciens hôpitaux, en créa de nouveaux (entre autres Lariboisière), ouvrit nombre d'écoles, fonda des cours d'adultes, développa les institutions de prévoyance et de secours mutuels, fut l'initiateur des premières grandes opérations de voirie parisienne (système des égouts, plan des quartiers suburbains, trottoirs, construction des quais, percement des rues Rambuteau et La Fayette, prolongement de la rue
(1) 72 soldats et 289 insurgés.
(2) La loi du 28 juin 1833, complétée par l'ordonnance du 26 juillet suivant, organisa l'instruction primaire publique, qu'elle dota à' écoles primaires supérieures, et proclama le principe de la liberté pour ce degré d'enseignement : l'exercice de la fonction d'instituteur ne fut soumis qu'à la production d'un brevet de capacité, et les instituteurs libres ne purent être privés du droit d'exercer que par les tribunaux. L'ordonnance du 23 juin 1x36 subordonna l'ouverture des écoles primaires privées à une autorisation valable pour une localité déterminée; elle jeta les bases de l'enseignement primaire des jeunes filles. Le projet Guizot sur l'enseignement supérieur (1836) fut volé seulement par la Cbambre des députés.
de Rivoli). « Le préfet, disait-on, aime mieux se faire arracher une dent que de laisser arracher un arbre. » Quand les insurgés envahirent l'Hôtel de Ville, ils ne touchèrent pas au portrait du préfet, que les faubourgs appelaient « le père aux ouvriers ».
Enfin, la conquête de l'Algérie commença brillamment la reconstitution de notre empire colonial, que devait achever la troisième République.
BIBLIOGRAPHIE
Sources : Aumale (duc d'), Correspondance du duc d'Aumale et de Cuvillier-Fleury, Introd. par R. Vallery-Radot. T. Ier, 1840-1848 (1910). — Barrot (Odilon), Mémoires (1875-1876). — Circourt (Adolphe de), Souvenirs, publ. par Georges Bourgin (1909). —Cuvillier-Fleury, Journal et Correspondance intimes, publ. par Ernest Bertin (1901-1902). — Dino (duchesse de), Chronique de 1831 à 1862, publ. par la princesse Radzivvill (t. I-1V, 1909-1910). — Guizot, Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps; — Correspondance avec Léonce de Lavergne, publ. par Ernest Cartier (1910). — Montalivet (comte de), Fragments et souvenirs (1899). — Tali.eyrand, L'Ambassade de Talleyrand à Londres, 1830-1831, publ. par G. Pallain (1891).
Ouvrages à consulter : Blanc (Louis), Histoire de dix ans, 1830-1840. — Courson (A. de), Le Dernier Effort de la Vendée, 1832 (1909). — Daudet (Ernest), La Révolution de 1830 et le procès des ministres de Charles X. — Driault (Ed.), La Question d'Orient. — Du Bled, Histoire du gouvernement de Juillet. — Duvergier de Hauranne, Histoire du régime parlementaire en France de 1814 à 1848. — Festy (Octave), Le Mouvement ouvrier au début de la monarchie de Juillet, 1830-1834 (1908). — Gruyer (Anatole), La Jeunesse du roi Louis-Philippe (1908). — Haussonville (comte d'), Histoire de la politique extérieure du gouvernement français de 1830 à 1848. — Laumann, Le Retour des cendres (1904). — Lecanuet (E.), Berrger (1893). — Montalivet (de), La Politique conservatrice de Casimir Périer (« Revue des Deux Mondes », 1er février 1882). — Pelletan, Histoire des trois journées de février 1848. — Regnault (Elias), Histoire de huit ans, 1840-1848. — Sauzet, La Chambre des députés et la révolution de Février. — Tchernoff (G.), Le Parti républicain sous la monarchie de Juillet (1901). — Thureau-Dangin, Histoire de la monarchie de Juillet (1884-1892, 7 vol.).