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HISTOIRE DU COSTUME EN FRANCE

De la Restauration à nos jours

Le premier Empire avait été le règne de l'uniforme : sa chute amena, comme on pouvait s'y attendre, une réaction dans la mode. Non qu'elle retrouva de suite un caractère vraiment féminin ; niais, du moins, la raideur des lignes, le bariolage sans goût des nuances s'atténuèrent peu à peu. Des applications de passementerie et des crevés de couleur tranchée furent l'ornement ordinaire des robes, toujours très simples de silhouette : une écharpe drapée autour du corps, des panaches de plumes au chapeau rappelèrent l'époque précédente. La petite fraise tuyautée fit place aux collerettes de lingerie (I, 2, 4). Une coiffure très en vogue fut le turban, avec ou sans panache, enroulé autour des cheveux disposés en bandeaux (I, '»)•

Les hommes ne portent plus ni bottes, ni galons, ni brandebourgs. La culotte, courte (I, :i ou descendant aux chevilles ([. 1 , s'attache sur des bas de soie ou de fil blanc. Le type du vêtement est toujours le frac boutonné, mais à basques très flottantes, avec de larges revers et des parements de manches en velours ou drap de couleur I. 1).

Le costume militaire varie peu. Les légions départementales arborent l'uniforme blanc (I, 7 . Le bicorne reparaît momentanément dans certains corps d'infanterie I, G).

Vers 1820, la jupe droite et raide, héritage du Directoire, a fait son temps : le système des cages va reparaître. Comme les paniers du XVIIIe siècle (voir la planche VI), comme les vertugades du XVIe voir la planche IV), leur ampleur va suivre une progression constante, — élégante au début, poussée peu à peu jusqu'à l'extravagance. La bourgeoise de 1820 porte une robe en entonnoir sobrement ornée, un corsage très ajusté, une collerette de toile empesée affleurant l'épaule. Les manches se terminent à mi-bras par un large épanouissement en éventail, d'où émerge une manchette bouffante qui couvre l'avant-bras. Si l'ensemble n'était déparé par un chapeau qui emprisonne la tête comme au fond d'un éteignoir démesuré, cette silhouette ne manquerait pas, dans sa mièvrerie bizarre, d'une réelle élégance I, 8 . Mais cette élégance s'alourdit et se perd bien vite. La cage, plus ample, ballonne la robe; la collerette engonce les épaules; le chapeau élargit son ouverture, devient un monument surchargé de rubans et de fleurs ; une écharpe nouée en fichu et formant tablier dissimule mal la maigreur des manches; des mitaines déforment le galbe des mains (I, 9). Les innovations du costume masculin ne sont pas plus heureuses : ce sont le large pantalon à pont et à sous-pieds, la cravate à trois tours montant jusqu'aux oreilles, le chapeau évasé descendant jusqu'aux yeux, et les manches de l'habit, a l'imbécile, formant moignon sur l'épaule I, lu . La tenue du bourgeois de 1830, disgracieuse à souhait, explique et fait excuser le sans-gêne débraillé, les pantalons en tire-bouchon, les gilets à ramages, les larges feutres cabossés que la jeunesse romantique oppose à sa laideur solennelle et gourmée I, Il .

L'élégant de 1845 a reconquis le sens de l'élégance. Il porte la redingote à manches étroites, ajustée par un rang de boutons, évasée du collet et des basques; le pantalon, ample sur les hanches, se rétrécit vers le bas et se fixe par des souspieds. Le chapeau haut de forme, légèrement effilé, repose par de larges ailes sur les cheveux, qu'on porte longs et bouffants II. i . Dans le costume des femmes, le développement de la cage a subi un temps d'arrêt. La robe est évasée sans excès; le chapeau, revenu à des proportions raisonnables, encadre joliment la figure ; un châle à franges légères flotte sur les épaules (II, b). C'est une de ces périodes de bon goût et de juste mesure dont la durée n'est jamais bien longue, et très

rapidement, en effet, commence avec le second Empire le règne de la crinoline. La robe est tendue sur une cage d'acier semblable au grand panier de 1780, mais dont l'ampleur est rejetée en arrière et sur les côtés. Le goût est aux étoffes de couleurs vives, sans atténuation de tons, aux garnitures à plusieurs rangées de volants, aux passementeries disposées en formes géométriques, aux chapeaux très petits fixés sous le menton par de larges rubans, aux cheveux encadrant la figure de lourdes papillotes, ou roulés sur la nuque dans une résille (II, 9, m. Les costumes officiels comportent le frac et la culotte courte II, S). Le costume du bourgeois n'a pas notablement changé depuis 1845 ; mais le « gandin », toujours préoccupé de se distinguer du vulgaire, prend le contre-pied de tcut ce qui faisait l'élégance de cette mode; les manches de sa jaquette sont courtes et larges, laissant passer de grandes manchettes en entonnoir ; le pantalon s'évase sur les chaussures en pied d'éléphant, et le chapeau, très haut, cylindrique et à bords minuscules, justifie le sobi'iquet de décalitre qu'on lui donne plaisamment (II, 11).

L'expédition d'Algérie apporte au costume militaire quelques éléments nouveaux : le képi remplace dans la tenue de campagne le lourd shako, dont il a au début la forme élevée. L'infanterie légère est vêtue de la capote gris bleu, à collet et épauleltes jaunes, du pantalon garance et des guêtres de cuir ou de toile blanche (II, 1 . On crée pour le nouveau corps indigène des zouaves un uniforme à veste courte, turban vert, large ceinture et pantalons rouges bouffants (II, 2). La cavalerie porte de larges pantalons terminés par une basane de cuir (II, H . De 7850 à 7870, le képi devient minuscule. Les divers uniformes reprennent le caractère de parade qu'ils avaient sous l'Empire : chaque régiment possède un tambour-major gigantesque et empanaché ; chaque bataillon a sa cantinière, dont l'uniforme enjuponné copie celui du corps auquel elle appartient (III, ! à :> .

// serait inutile de suivre dans son détail l'évolution du costume depuis 1870 jusqu'à nos jours. Elle obéit à une tendance constante qu'il suffit d'indiquer : tendance à la simplification et à la commodité. Le vêtement masculin s'est limité à un certain nombre de types que l'on peut considérer comme définitifs. Suivant les circonstances, l'usage prescrit le port de l'habit, de la redingote, du smoking, de la jaquette ou du veston. La culotte est réservée à la tenue de cheval. Le chapeau haut de forme, obligatoire afec l'habit et la redingote, est de plus en plus remplacé, dans les autres cas, par le chapeau de feutre mou ou rigide, ou le chapeau de paille (III, 9 à 11; IV, 4 h 'M.

De cette tendance unanime au commode et au pratique est né le costume tailleur, — jupe simple et redingote ou jaquette boutonnée, — qui est le type le plus caractéristique du vêtement féminin moderne. Quant à la mode proprement dite, elle devient insaisissable dans la rapidité fébrile de ses transformations. Bien des causes concourent à ce résultat : progrès des industries mécaniques, qui permet de se procurer à prix réduit tout ce qui simule le beau : étoffes, dentelles, fourrures, bijoux; tendance, par suite, à un luxe plus apparent que réel et, trop souvent, de mauvais goût; concurrence effrénée de la production à bon marché et préoccupation de varier sans cesse en exploitant les modes anciennes au hasard de l'actualité : d'une saison à l'autre on voit se succéder ou s'amalgamer les modes du Directoire, de Louis XVI ou de la Renaissance. En art, du reste, la vulgarisation excessive des choses du passé tend à paralyser l'esprit d'invention.

Sceau de la République de 1848.

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