HISTOIRE DU COSTUME EN FRANCE
Louis XIII et Louis XIV.
Pendant les dix premières années du règne de Louis XIII, la mode évolue lentement. On porte le pourpoint tailladé, avec bourrelets aux épaules et ailerons flottants (I, 2). La fraise à plusieurs rangs est toujours en vogue, mais deux formes nouvelles commencent à lui faire concurrence : le col raide en rolonde (I, 5), particulier au costume bourgeois, et le large col de lingerie, dentelé sur ses bords, serré haut sur le cou et couvrant l'épaule, qui va devenir la forme-type de l'époque I, I. î : II, i à 6). Des bottes longues, extrêmement ajustées, serrent les jambes jusqu'au haut-de-chausses il, i\. Les cheveux se portent frisés dru, avec une longue mèche, dite moustache oiv cadenelte, tombant d'un seul côté (I, 4). Le chapeau de feutre, à plume tombante, est toujours gris ; seuls, les faillis réhabilités, par une coutume bizarre, se coiffent d'un chapeau vert (l, ;>)• Le costume féminin reste semblable à celui du règne précédent : mais le vertugadin diminue de dimension, et la robe de dessus, relevée en retroussis, contribue à en masquer l'ampleur. Les cheveux, crêpés et relevés très haut, donnent à la coiffure l'aspect d'un bonnet de fourrure (I, 3).
Vers 1625, le vêtement se simplifie, en raison des prohibitions dont Richelieu frappe les objets de garniture : dentelles, passements de soie, d'or et d'argent. La lutte qu'il soutient contre l'importation étrangère profite à l'industrie nationale : les points-coupés, les galons de soie commencent à se fabriquer en France ; encore ne peut-on les employer que dans une mesure restreinte et, comme toujours, la mode ne fait que gagner à cette simplicité forcée. Le pourpoint raide et fermé perd sa forme et jusqu'à son nom : c'est maintenant un justaucorps finissant en basques longues, ornées d'aiguillettes à leur point de jonction (I, 1, -\), ou taillé d'une seule pièce, s'évasant sur les hanches, ouvert sur le bouffant de la chemise. Les manches, larges, sont fendues dans toute leur longueur : le bas-dechausses, ou canon, est fendu de même dans son tiers inférieur, laissant paraître la fine toile d'une genouillère dont la garniture de dentelle retombe sur le revers d'une botte très basse (II, 2, 7, 8). Le chapeau, de forme basse, a ses bords retournés ou étalés à plat, toujours garnis de longues plumes retombantes (II, 3 à 8). Le manteau à collet très large flotte sur une épaule (I, 1) ou se drape autour du buste, à la Balagnie (II, 7, 8). A ce moment, il n'y a pas de différence entre la tenue de la noblesse et celle de la bourgeoisie élégante. Le costume militaire ne se différencie pas davantage du costume civil. L'écharpe, en ceinture ou en sautoir, est un insigne de commandement. Quant aux soldats, nous retrouvons chez eux l'équipement ancien : cuirasse, morion, chausses bouffantes pour les hommes de pied. Le justaucorps de buffle se porte sous la cuirasse. Les bottes évasées ont de larges surpieds découpés en quatrefeuille 1, 9, 10, Il ; II, 3, 5, 6).
La coiffure haute, le vertugadin et la grande collerette disparaissent du costume féminin. La silhouette en est simple et remarquablement élégante. La robe, largement décolletée, collant sur le buste, très étoffée sur les hanches, tombe par derrière en grands plis droits. Elle laisse, par devant, apparaître dans toute sa longueur la robe de dessous, qui prend le nom de jupe. Le corps de jupe, lacé ou agrafé sur la poitrine, se termine par de courtes basques. Le bas de jupe descend à plat jusqu'à ras de terre. Les manches, très larges, sont ouvertes par une longue fente, retenue par un point en son milieu (II, 1). De coupe analogue, mais plus simple, la robe des bourgeoises se compose d'un corsage à basques et d'une jupe droite, à manches bouffantes et fendues (I, 6). Les unes et les autres portent le col large, rabattu sur les épaules, et dont les revers s'arrêtent au défaut de l'épaule I, 6, 8; II, l).
La coiffure basse, h sarcelles, se compose de deux masses de frisures, ou bouffons, encadrant le visage, et d'une troisième roulée en torsade sur la nuque : un rang de cheveux coupés court borde le haut du front. Sur cette coiffure est parfois posée une coiffe ou petit bonnet rond : les femmes du peuple et les servantes y ajustent une pièce d'étoffe carrée s'avançant jusque sur le front (I, 6, 8 ; II, 1).
L'artisan et le paysan suivent, dans ses lignes générales, l'évolution de la mode : chapeau à larges bords, justaucorps ouvert, chausses bouffantes du temps de Henri IV, ou serrées en forme d'amples culottes ; bas-de-chausses ou guêtres à bords retombants I, 7 : 11. 1 1 .
La mode avait escompté la mort de Richelieu : elle trouve en Mazarin un censeur plus sévère encore, et pendant la Fronde la simplicité du costume s'accentue. La dentelle en est à peu près exclue ; les rubans ne sont tolérés que pour servir d'attaches ; aussi n'en met-on que là où ils paraissent pouvoir remplir cet office : à la ceinture, au point de jonction des canons et des bas. La forme du chapeau s'élève, ses bords se rétrécissent ; les cheveux tombent sur les épaules en boucles abondantes (III, l, 2). Le jeune roi doit donner l'exemple et se montre en public sans autre ornement qu'un baudrier de cuir sur son justaucorps de velours noir uni. Mais dès que Louis XIV est devenu son maître, c'est une révolution. Le vêtement prend un caractère de luxe théâtral, et très vite il le pousse jusqu'au ridicule. La perruque devient une crinière, tombant en cascade jusque dans le dos: des flots de rubans garnissent les épaules, s'étalent en tablier devant la ceinture, rejoignent au bas des canons les dentelles qui remplissent l'évasement exagéré des bottes (III, 3 ; le linge de la chemise bouillonne dans l'ouverture du justaucorps et sur les bras, que les manches ne recouvrent plus que jusqu'au coude III. 'i . Enfin, avec sa veste étriquée jusqu'au niveau des côtes, sa chemise débordant sur les hanches et les avant-bras, sa rhingrave, cotillon court bridant les chausses bouffantes que terminent des canons de dentelles, le courtisan de cette époque arrive au dernier degré de l'extravagance (III. 6 .
Ce dévergondage de la mode est. il est vrai, particulier à la Cour; il s'explique par la rage d'ostentation et de mise en scène qui caractérise les années de splendeur du règne de Louis XIV.
Le costume féminin conserve les éléments anciens; mais le corps de jupe s'allonge en pointe; les manches se terminent au-dessus du coude par un fouiiiis de dentelles d'où émerge le bras nu; la robe de dessus prend le nom de manteau; e//e se prolonge en une trame dont l'étiquette règle la longueur. Les bords libres du manteau sont relevés et drapés par des ferrets de distance en distance III, 3 : 1Y. 3 . La coiffure est basse, les cheveux disposés en accroche-cœur sur le front, tombant sur les côtés en longues boucles.
Louis XIV réglemente avec rigueur ce luxe ruineux; il renouvelle jusqu'à onze fois ses ordonnances somptuaires; en 1661. il fixe la forme et la couleur du justaucorps à brevet, que certains privilégiés auront seuls le droit de porter IV. 2).
La Cour prend l'habitude de se plier à tous les caprices du roi ; aussi, dès qu'il en donne le signal, passe-t-elle sans effort de l'extravagance à l'austérité. Le justaucorps reprend ses longues manches, garnies d'un grand parement retroussé. Il s'allonge, s'étoffe par le bas et, sous cette nouvelle forme, prend le nom d'habit. En dessous, la veste courte, boutonnée haut, jusqu'à la cravate flottante de dentelles; la culotte ajustée, les jambes prises dans des bas de soie ou de coton ; les souliers hauts, assujettis par une bride ornée d'une boucle ; le chapeau à larges bords retroussés sur trois côtés, garni de plumes, et plus tard d'un simple galon : tel est le vêtement nouveau, qui fixe le type dès lors définitif du costume moderne IV. 5). L'hiver, les hommes portent un ample manchon 'IV, 2). Les femmes exagèrent la raideur étriquée du corsage et la lourdeur des jupes trop étoffées, qui s'alourdissent de garnitures à volants ou falbalas IV, l), ou forment des amas de plis drapés, soutenus par une tournure intérieure IV, 11. On a des écharpes de taffetas pour garantir sa tête de la pluie : elles sont parfois taillées de manière à couvrir les épaules et garnies de falbalas: on les appelle alors des capes IV, II).
Pendant tout le règne de Louis XIV. la chevelure s'accompagne de rubans disposés suivant les modes les plus diverses, et dont le type le plus connu est la fontange, dressée en éventail sur le sommet de la tête (IV, 1, 11).
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