SURTOUT DE TABLE DE CHARLES X
par Odiot.
Musique. — Do 1820 à 1850, l'opéra et l'opéra-eomique subirent principalement l'influence de Rossini {Guillaume Tell), de Meyerbeer (Robert le Diable, les Huguenots, le Prophète) et de Weber (Freischùtz) au détriment de celle de Méhul, de Lesueur, de Berton, de Boieldieu. En même temps que les Italiens Bellini, Donizetti et Verdi, on applaudissait à l'Opéra : Auber (la Muette de Portici, dont un morceau, le duo .1 mour sacré de la patrie, donna le signal de la révolution belge), Halévy (la Juive, Guido et Genevra, Charles VI), Niedermeyer.
LES SCIENCES
Berlioz, photographie Reutlinger.
Félicien David, photographie Goupil et C"
A l'Opéra-Comique, Boieldieu donnait la Dame blanche; Hérold, le Pré aux Clercs, Zantpa; Carafa, le Solitaire, Masaniello; Halévy, l'Éclair, le Val d'Andorre, les Mousquetaires de la Reine; Auber, la Fiancée, les Diamants de la couronne, la Neige, le Maçon, Fra Diavolo, le Domino unir, le Cheval de bronze, l'Ambassadrice, Haydée; Adam, le Chalet, le Postillon de Longjumeau; Grisar, les Porcherons.
Dans le temps même où un public nombreux recherchait le spectacle et l'audition de ces œuvres brillantes, dont quelques-unes ont une véritable puissance dramatique, il se préparait une évolution de l'école musicale française.
Avec Haydn, Mozart et Beethoven était née la symphonie : Berlioz (1803-1869) et Félicien David (1810-1876) créèrent l'ode-symphonie et la symphonie dramatique. Au lieu d'émouvoir par les aventures ou les passions des personnages et de s'en tenir à l'expression narrative, ils voulurent, dégagés des préoccupations dramatiques et renouvelant l'esprit comme la facture de la musique française, mettre en jeu nos sentiments par la seule puissance de la mélodie, de l'harmonie et des « couleurs » de l'orchestre, sans le secours d'aucun artifice étranger à la musique pure; ils s'approprièrent la symphonie allemande en y ajoutant le drame, en y développant le pittoresque. Les premières œuvres de la nouvelle école, qui participait du mouvement romantique, furent : de Félicien David, le Désert (1844); de Berlioz : Benvenuto Cellini (1838), Roméo et Julie/te (1839) et la Damnation de Faust il846), l'œuvre la plus caractéristique du
maître, l'n genre nouveau allait disputer la scène aux conceptions propre ment narratives, dont la principale préoccupation musicale était la recherche d'une ligne mélodique très accusée.
Le restaurateur de l'ordre de Sainl-Benoil en France, dom Guéranger, abbé de Solesmes 1806-1875 . l'auteur des Institutions liturgiques 1840-1842 , inspira les recherches d'où devaient sortir les Mélodies grégoriennes 1880 el VAntiphonaire 1884 de Joui Pothier, la Paléographie musicale 1889) de dom Mocquereau : ainsi fut restitui e à l'Église une musique Sacrée aussi représen ta Boieldieu. tive ,lu génie médiéval que
(Estampe de la Bibliothèque nationale.) les cathédrales où elle résonna.
Histoire de France. — II.
Le Verrier, lithographie de Maurin.
Le mouvement scientifique qui au xixe siècle modifia les conditions de la vie sociale a un caractère européen : nous n'avons donc pas à le retracer ici, mais seulement à enregistrer la part qu'y prirent les savants français.
Sciences mathématiques. — A.-L. Caucby (1789-1857) apporta d'utiles contributions dans presque tous les domaines mathématiques : en algèbre, il paracheva la théorie des déterminants ébauchée par Vandermonde, appliqua l'analyse mathématique à la mécanique céleste et donna une théorie originale des mouvements planétaires.
Le Verrier (1811-1877), qui reprit les théories des planètes, est surtout connu par sa découverte à priori de Neptune, dont il détermina la place et la grandeur par la seule puissance du calcul.
Sciences physiques. —
Optique. — Avec Fresnel (1788- 1827) l'optique s'enrichit de découvertes insoupçonnées. Ses premières recherches se rapportent à la double réfraction.
Au temps de Huyghens on connaissait deux cristaux, le spath d'Islande et le quartz, doués de biréfringence. Fresnel imagina des procédés expérimentaux propres à déceler la double réfraction dans les cristaux, où elle pouvait exister sans avoir été aperçue, par suite de la trop faible divergence entre les rayons ordinaires et extraordinaires; puis, en comprimant un prisme de verre, il provoqua une biréfringence accidentelle : de la sorte, il expliqua cette propriété commune à presque tous les cristaux en la rapportant à l'inégale composition qu't»ffrent leurs éléments linéaires pris dans des orientations différentes. Pour augmenter la puissance des phares, il imagina l'emploi des lentilles à échelons, qui jouissent des mêmes propriétés que les lentilles simples, mais sont plus achromatiques, plus légères, plus faciles à construire, — parlant moins coûteuses; il munit d'autre part les lampes de mèches concentriques à double courant d'air. Dès 18:23, le phare de Gordouan fut doté de ces deux perfectionnements.
Fresnel entreprit ses dernières recherches en collaboration avec François Arago (1786-1853), qui fit de l'optique son étude de prédilection. Il construisit un photomètre pour mesurer les intensités lumineuses des astres et put, grâce à cet instrument, vérifier le principe énoncé par Fresnel : la lumière polarisée réfractée est complémentaire de la lumière réfléchie. En collaboration avec Biot, il mesura l'indice de réfraction de l'air etde plusieurs autresgaz. Il découvrit les principes fondamentaux de la polarisation chromatique, que Fresnel compléta immédiatement par celle de la polarisation circulaire produite à l'aide d'un cristal dom'' de biréfringence et convenablement taillé. 11 tira du principe des interférences, découverl pré cédemment, une explication ingénieuse de la scintillati les étoiles.
Fresnel, par David d'Anj
Fr. Arago, par David d'Aï
Ghevreul (1786-1889) étudia le contraste simultané des couleurs (1839). Si deux couleurs juxtaposées sont complémentaires, chacune d'elles parait plus vive et plus pure. Si l'on juxtapose une couleur à du blanc ou à du noir, elle semble entourée d'une auréole de sa couleur complémentaire et apparaît avec plus de vivacité. Ces impressions visuelles se produisent encore, niais atténuées, lorsque les objets colorés sont placés à une certaine dislance. Ghevreul déduisit de ses expériences des résultats pratiques importants.
Râë
Chevreul, par David d'Angers.
Ampère, par David d'Angers.
Électricité et magnétisme. — Le Danois Oersted avait démontré que, si l'on approche une aiguille aimantée d'un fil métallique traversé par un courant électrique, celle-ci perd sa position d'équilibre. Ampère (1775-1836) formula peu après la loi générale de Y électromagnétisme, d'après laquelle l'aiguille tend à se mettre en croix avec le courant, de manière que son pôle nord soit à la gauche de ce dernier. Puis, multipliant ses expériences, ii découvrit (1822) que les courants électriques agissent les uns sur les autres, créant ainsi V électrodynamisme. Il contribua à édifier la théorie mathématique des différents phénomènes magnétiques, électromagnétiques et électrodynamiques, et les T'amena tous à l'action mutuelle de deux courants. On lui doit encore le principe de la télégraphie électrique, mais l'Angleterre nous devança dans l'application.
Photographie. — L'année 1802 vit les premières ébauches photographiques : un potier anglais, Wegdwood, obtint alors de véritables reproductions d'images par la lumière, des silhouettes, sur un papier imprégné de nitrate d'argent; mais, aussitôt que le modèle se retirait, le portrait s'effaçait et le papier devenait noir.
Nicéphore Niepce (1705-1833) parvint en 1824 à fixer l'image des objets sur une plaque de métal recouverte de bitume de Judée et disposée au fond de la chambre noire. En 1829 il s'associa avec Daguerre (1789-1851), et tous deux inventèrent un nouveau procédé, la daguerréolypie, annoncé par Arago à l'Académie des sciences le 7 janvier 1839, mais divulgué seulement le 19 août suivant, lorsque le gouvernement en eut acquis la propriété. Ils soumettaient aux vapeurs d'iode une plaque d'argent poli et exposaient la couche d'iodure d'argent ainsi obtenue dans la chambre noire; ils développaient ensuite au moyen des vapeurs de mercure, puis fixaient dans le chlorure de sodium, remplacé peu après par l'hyposulfite de soude, qu'Herschel employa le premier dans ce but.
Niepce.
(Estampe de la Bibliothèque nationale.)
Daguerre.
(Estampe de la Bibliothèque nationale
De cette mémorable découverte sortirent une multitude d'applications. Niepce de Saint-Victor (1803-1870) découvrit la photographie sur verre (1847). Il étalait sur une plaque de verre une légère couche d'albumine, qui y formait un enduit homogène, lisse et parfaitement apte à être soumis dans de bonnes conditions à l'action de la fixation des images. Pour sensibiliser celte couche d'albumine, il l'imbibait d'iodure d'argent; à cet effet, il la plongeait d'abord dans un bain d'iodure de potassium, puisdansune dissolution de nitrate d'argent; une fois sèche, la plaque de verre sensibilisée servait à obtenir une image négative au foyer de la chambre noire; le cliché fixé permettait de reproduire sur papier des épreuves positives.
Ch. Cros et Ducos du Hauron imaginèrent Vhéliochromie ou procédé indirect de photographie en couleurs (1830) à l'aide de trois tirages photographiques monochromes.
Chimie. — Jean-Baptiste Dumas (1800-188 'i) attacha principalement son nom à la théorie des substitutions, qu'il appuya de nombreux mémoires sur les types chimiques.
Chevreul (1786-1889), dans ses Iiecherches sur lescorpsgras d'origine animale (1823), assimila ces corps aux éthers; il fit voir que la glycérine existe dans toutes les matières grasses et s'en sépare par la saponification. Il fut ainsi conduit à découvrir l'acide sléarique, puis à distinguer les acides gras les uns des autres. D'autre part, il établit l'industrie de la teinture sur des données scientifiques. Attaché pendant plus de cinquante ans à la manufacture des Gobelins, il put appliquer avec succès ses méthodes, détrônées seulement de nos jours par l'adoption des produits dérivés de la houille.
Sciences naturelles. — Zoologie. — Georges Cuvier continuait sa brillante carrière scientifique par la publication de son liègne animal (1816), pendant que son frère Frédéric écrivait Y Histoire naturelle des mammifères (1819-1842), en collaboration avec Etienne Geoffroy Saint-Ililaire. Il introduisit en zoologie le principe de la subordination des organes, qui lui permit d'établir une classification : en recourant aux caractères fournis par le système nerveux, il partagea tous les êtres en quatre embranchements primordiaux (vertébrés, mollusques, articulés, zoophytes) ; il put ainsi décrire et classer plus de 5 000 espèces. Dans sa Philosophie anatomique (1818), É. Geoffroy Sainl-Hilaire s'efforça de prouver Yunité de composition organique de tous les animaux. A ce sujet une polémique s'éleva entre lui et Cuvier qui tenait pour la pluralité.
Les recherches expérimentales de P.-J.-M. Flourens (1794-1867) sur les propriétés et les fonctions du sgstème nerveux sont très importantes; il émit l'idée des localisations cérébrales et il considéra le cervelet comme un centre d'équilibration et de coordination des mouvements. Ses découvertes sur le périoste et le développement des os permirent à la chirurgie les plus heureuses applications.
Géologie. — La figure qui domine cette période au point de vue géologique est Élie de Beaumont (1798-1874). Sa doctrine dite stratigraphique, aujourd'hui complètement abandonnée, expliquait tous les changements survenus à la surface de la terre par des révolutions subites qui seraient venues presque périodiquement renouveler l'état de la croûte du globe.
François Beudant ( 1787- 1850), qui avait succédé à Haùy à la Faculté des sciences de Paris, formula, dans son Traité de minéralogie (1844), la loi connue sous son nom et concernant la configuration des cristaux formés de substances différentes susceptibles de se réunir en un même cristal.
Charles Sainte-Claire Deville (1814-1876) se consacra plus particulièrement à l'étude des théories volcaniques.
Voyages scientifiques.
Louis-Claude de Freycinet, sur YUranie, et l'enseigne de vaisseau Duperré, sur la Coquille, firent de 1817 à 1820 un voyage de navigation autour du monde.
Dumont d'Urville (1790-1842) prit paît tout d'abord aux deux campagnes hydrographiques de la Chevrette dans l'Archipel et la mer Noire et signala la découverte de la Vénus de Milo au gouvernement français, qui la fit
Dumont d'Urville.
(D'après une estampe du temps.)
entrer au Louvre. II accomplit un premier voyage de circumnavigation comme commandant en second de la Coquille, puis dirigea l'expédition chargée de reconnaître la Polynésie et de rechercher les traces de La Pérouse : parti de Toulon sur Y Astrolabe en 1826, il rentra à Marseille (1829) après avoir effectué un voyage fructueux et recueilli à Yanikoro des reliques de La Pérouse. En 1836, il soumit à Louis-Philippe le plan d'une exploration des régions australes; grâce à l'appui personnel du roi, il partit de Toulon en 1837 avec l' Astrolabe et la Zélée, et découvrit les terres de Louis-Philippe et de Joinville; puis, en 1840, les terres Adélie et Clarie. Deux ans plus tard, il périt dans une catastrophe de chemin de fer, entre Paris et Versailles.
Jacquemont (1801-1832) parcourut l'Amérique, l'Himalaya, le Thibet, le Cachemire, les Indes. Dans son Voyage de l'Amérique méridionale, Alcide d'Orhigny (1802-1857) nous dévoila les oiseaux, les insectes, la géologie d'une partie du nouveau monde.