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INDUSTRIE, COMMERCE, AGRICULTURE

Ce qui caractérise, au point de vue économique, la période comprise entre 1815 et le second Empire, c'est la transformation de l'industrie et du commerce par les multiples applications de la science. A l'industrie domestique se substitue la grande industrie, disposant d'un puissant outillage mécanique et poussant très loin la division du travail, qui centuple les forces de la production. C'est un marché de plus en plus vaste que vise le fabricant et, autour des machines, au détriment des campagnes, se groupe une population de plus en plus nombreuse. Celle-ci constitue un quatrième « état » qui, en 1848, entre définitivement dans l'histoire, a ses théoriciens et ses chefs, formule ses revendications et cherche à les faire triompher par la force.

La production industrielle, qui était de 2 milliards à la fin de l'Empire, s'élevait à la fin de la monarchie de Juillet à 4 milliards, représentant une somme de marchandises d'autant plus considérable que le machinisme avait entraîné la diminution des prix.

En même temps que se développaient l'industrie minière, l'industrie métallurgique (qui substituait la houille aux combustibles végétaux) et surtout l'industrie textile, le trafic intérieur était favorisé par l'amélioration ou la création des voies de communication : loi du 31 mai 1836 sur les chemins vicinaux, lois du 23 mars 1842 sur la police du roulage, les travaux de canalisation ; lois du 1 1 juin 1842 et du 15 juillet Ï845 sur les chemins de fer d'intérêt général, loi du 7 juillet 1833 sur l'expropriation pour cause d'utilité publique, remplacée par celle du 3 mai 1841, encore en vigueur aujourd'hui.

La politique commerciale de la France fut, après 1815 comme sous l'Empire, essentiellement protectionniste. En ce qui concerne les céréales, le système dit de V échelle mobile entravait l'exportation au moyen de droits de sortie gradués, facilitait l'importation par la diminution des droits d'entrée lorsque les prix du marché intérieur étaient élevés et favorisait au contraire l'exportation par la diminution des droits de sortie; il permettait de ralentir l'importation grâce à l'augmentation des droits d'entrée dans les années d'abondance, où l'avilissement des prix pouvait menacer les intérêts des cultivateurs. Cette double gradation en sens inverse (d'où le nom d'échelle mobile) devait, dans la pensée des auteurs de la loi du 16 juillet 1819, assurer aux agriculteurs la vente de leur blé à un prix suffisamment rémunérateur, mais en même temps protéger la consommation contre l'abus des prix.

Les découvertes scientifiques trouvèrent de nombreuses applications en agriculture, et l'outillage agricole se transforma rapidement. Au vieil araire en bois du xvme siècle, Mathieu de Dombasle substitua une charrue en bois et en fer, en attendant la charrue à avant-train et la charrue à vapeur que devait bientôt inventer Fowler ; il inventa son rouleau-squelette, et Valcourt perfectionna la herse. En 1843, les tuyaux de drainage furent importés d'Angleterre en France et perfectionnés par Laurent. Les forêts furent affranchies des droits d'usage dontellesétaientrestéesgrevées, et le 21 mai 1827 fut publié le Code forestier. La loi du 27 avril 1835 réglementa les irrigations. D'autre part, la chimie permit d'accroître le rendement du sol au moyen des engrais artificiels.

Pour répondre aux exigences de la consommation, l'initiative privée, puis l'État entreprirent d'acclimater en France les races anglaises de boucherie, mieux douées que les nôtres au point de vue de la précocité. En 1833, Auguste Yvart, professeur à l'École d'Alfort, fut chargé d'acquérir pour le compte de l'État un troupeau de moutons de la race de Dishley, en vue d'expériences de reproduction et de croisement : ce troupeau fut la souche première de notre race de Dishley-mérinos. Nos meilleurs animaux de boucherie, les

grands bœufs du Charolais et du Cotentin, ne pouvaient être livrés à l'abattoir qu'à six ou sept ans : on les croisa avec des bœufs anglais de la << race Durham ».

Le développement de l'industrie sucrière eut pour conséquence l'extension de la culture de la betterave à sucre : la production du sucre, qui était de 6 millions de kilogrammes en 1830, atteignait 38 millions cinq ans plus tard.

La sériciculture accusa des progrès marqués : vers la fin de la Restauration, la vallée du Rhône, notamment, était couverte de plantations de mûriers entourant de nombreuses magnaneries.

L'enseignement agricole fut organisé par l'initiative de quelques agronomes : ferme-école, dite Institut de Roville; école de Grignon, ferme-école de Grand-Jouan et des Trois-Croix, près Rennes; école de la Saulsaie, sur le plateau des Dombes.

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