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I. — LES DÉBUTS DE L'EMPIRE ET LA GUERRE DE GRIMÉE

L'histoire intérieure du second Empire se divise en deux périodes. Pendant la première (Empire autoritaire), qui s'étend de 1852 à 1860, les libertés publiques sont suspendues, l'empereur et ses conseillers gouvernent sans contrôle, la Chambre des députés et le Sénat obéissent sans réserve à Napoléon. Pendant la seconde (Empire libéral), des concessions successives sont faites au contrôle parlementaire, à la presse et à l'opinion.

Une Constitution dont toutes les dispositions étaient calculées de manière à rendre illusoire le contrôle des Chambres; une législation sur la [uesse qui, par le système de l'avertissement, entravait son indépendance et, par le droit de suspension, pouvaitmettre fin à son existence même; l'assujettissement de l'Université aux prescriptions d'une tyrannie mesquine; des rigueurs contre les chefs républicains, déportés, internés ou bannis, aboutissant à l'ostracisme de très bons Français, au grand dommage du personnel politique et administratif : tels sont les caractères essentiels de l'Empire à ses débuts. I.a Constitution du 14 janvier 1852 reconnaissait àl'empereur des pouvoirs presque souverains : des actes ultérieurs les augmentèrent encore. Notamment le budget fut voté par ministère, la répartition par chapitres étant faite par décret en conseil d'État et les virements de chapitre à chapitre pouvant être autorisés dans la même forme (sénatus-consulte du 25 décembre 1852); l'empereur reçut même le droit d'ouvrir des crédits extraordinaires (sénatus-consulte du 14 janvier 1853). Le procès-verbal des séances du Corps législatif se borna à constater « les opérations et les votes » et, avant sa publication, les journaux durent le soumettre à une commission composée du président de l'Assemblée et des présidents des bureaux (sénatus-consulte du 25 décembre 1852). Le gouvernement choisissait les présidents, vice-présidents et secrétaires des conseils généraux et d'arrondissement. L'empereur avait la nomination des maires et adjoints des communes de plus de 3000 habitants; les préfets, la nomination des maires et adjoints des autres communes : ces officiers municipaux pouvaient être pris en dehors du conseil municipal, comme sous le Consulat (loi du 5 mai 1855 . Le décret-loi du 25 mars 1852 délégua aux préfets, dans un grand nombre de cas, l'exercice du droit de tutelle administrative, mais c'était là une mesure de « déconcentration » bien plus qu'une mesure de décentralisation.

La reconnaissance du second Empire. — Le coup d'État du 2 décembre ne pouvait déplaire aux souverains de la vieille Europe, qui y voyaient une défaite de l'esprit révolutionnaire; mais le passé du prince-président ne leur inspirait aucune confiance et son nom seul les inquiétait. Le tsar Nicolas ne reconnut Napoléon que le jour où l'Angleterre rendit impossible une coalition efficace dis Cours du Nord, et l'on remarqua que, dans les lettres de créance remises aux Tuileries par l'ambassadeur russe, le tsar se servait des mots « bon ami » au lieu de la formule « mon frère », consacrée entre souverains.

L'empereur se vengea par cette jolie épigramme : « On subit ses frères, on choisit ses amis. » Et supposant la Prusse, la Russie et l'Autriche à l'état de coalition permanente contre lui, il se tourna vers l'Angleterre, qui l'avait immédiatement reconnu. Il eut l'habi-

Sceau de Napoléon III.

leté de rassurer l'Europe et de diviser les puissances hostiles à son avènement en entreprenant une guerre conservatrice, la guerre de Crimée, et en la terminant par le traité de Paris, où il ne revendiquait pour la France aucun avantage direct.

La guerre d'Orient (1854-1856). — La guerre d'Orient eut pour cause les projets sur la Turquie du tsar Nicolas et son objet fut d'empêcher l'établissement à Constantinople d'une puissance redoutable pour l'équilibre méditerranéen. Elle eut pour prétexte la Question des Lieux saints.

Les religieux latins de la Terre sainte, dépossédés d'une partie de leurs droits par les moines grecs, sujets spirituels du tsar, s'en

plaignirent au sultan Abd-ul- Medjid, en se réclamant du protectorat français. Le sultan, pressé par la diplomatie russe, rendit un firman favorable aux Grecs, et cet acte de condescendance encouragea Nicolas à envoyer à Constantinople le prince Mentchikof, pour inviter la Sublime-Porte à reconnaître le protectorat du tsar sur tous les chrétiens grecs de l'empire ottoman : le 5 mai 1853, Mentchikof présenta dans ce sens un ultimatum à la Sublime-Porte, qui le repoussa, et Nicolas fit envahir les Principautés danubiennes par ses troupes (3 juillet 1853).

Le 25 septembre, l'ordre fut envoyé à la flotte anglo-fran-

Le tsar Alexandre II.

(Estampe de la Bibliothèque nationale.

çaise de franchir les Dardanelles et le lendemain la Porte déclara la guerre à la Russie. Le 30 novembre, la flotte russe de la mer Noire, sortie de Sébaslopol, détruisit une escadre turque dans le port de Sinope.

Des conférences s'étaient ouvertes à Vienne, mais le tsar repoussa l'ultimatum que lui adressa directement Napoléon, le 29 janvier 1854, et refusa d'évacuer les Principautés danubiennes. Le 6 février 4854, la Fiance et l'Angleterre rompirent leurs relations diplomatiques avec la Russie, et, le 10 avril, elles se lièrent par un acte formel, après avoir au préalable, le mois précédent 12 mars;, signé avec la Turquie un traité d'alliance offensive et défensive garantissant l'intégrité de l'empire ottoman et imposant au sultan des réformes en faveur de ses sujets non musulmans. La Russie avait compté sur l'appui de la Prusse et de l'Autriche, qui gardèrent la neutralité.

Le 23 mars, les Russes envahirent la Dobroudja; le 28, la France et l'Angleterre lancèrent leur déclaration de guerre.

Expédition de la Dobroudja. — Pendant que la flotte anglo-française bombardait Odessa dans la mer Noire (22 avril 1854) et que le général Baraguey-d'Hilliers réussissait à occuper Bomarsund dans la Baltique (8-16 août), une armée française de 50000 hommes, commandée par le maréchal de Saint-Arnaud, et une armée anglaise de 25(100 hommes, commandée par lord Raglan, débarquaient à Gallipoli (mai 1854), puis à Varna. Les Russes levèrent alors (23 juin) le siège de Silistrie, qu'ils investissaient depuis le 14 avril et qu'était venu secourir Omer-pacha, et évacuèrent les principautés danubiennes, qui furent neutralisées et confiées à la garde de l'Autriche.

L'armée franco-anglaise prit ses cantonnements dans les marais de la Dobroudja, mais elle y fut bientôt décimée par le typhus et le choléra. Le concours de l'Autriche leur faisant défaut, les gouvernements alliés transportèrent les hostilités du Danube en Crimée et décidèrent d'assiéger Sébastopol, le grand arsenal de la Russie sur la mer Noire. Les troupes reprirent la mer et débarquèrent à Eupatoria (14 septembre 1854). Le feld-maréchal lord Raglan commandait le corps expéditionnaire anglais (21000 hommes); le contingent français (20000 hommes) était aux ordres du maréchal de Saint-Arnaud qui, mort d'épuisement le 29 septembre, fut remplacé par le général Canrobert; 7 000 Ottomans s'étaient joints aux alliés (1).

Siège de Sébastopol (octobre 1854-septembre 1855). — Sébastopol, assis au fond d'un golfe profond, pourvu d'une très forte garnison,

i Les effectifs successivement envoyés en Crimée s'élevèrent à 310 ooo Français, 98000 Anglais et 21000 Piémontais.

LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

Infanterie russe

— ■ française

, — anglaise

Cavalerie russe

1 — anglaise

Artillerie russe

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Kilomètres

Plan de la bataille de l'Aima (1854).

Le 20 septembre 1854, Saint- Arnaud et lord Raglan remportèrent sur les Russes la victoire de l'Aima à la suite d'une imprudence du général russe, le prince Mentchikof, qui dédaigna l'offensive de l'aile droite de l'armée française. Celle-ci décida cependant de la journée en escaladant les pentes rapides, sillonnées de profonds ravins, qui protégeaient les positions russes. Elle commença ensuite la canonnade, et, en luttant intrépidement, sous les ordres du général Bosquet, contre les efforts des Russes, elle permit aux troupes du général Canrobert d'escalader à leur tour le plateau de l'Aima. Les Anglais parvinrent ensuite, non sans peine, à gagner les positions qu'il leur était assigné d'occuper, et dès lors la bataille fut gagnée. Cette victoire et l'occupation de Balaklava par les Anglais (26 septembre) conduisirent les alliés devant Sébastopol, dont l'investissement commença le 30 septembre.

difficile à investir complètement, mais mal fortifié, eût pu sans doute être enlevé d'assaut dès les premiers jours du siège. Le maréchal Canrobert, soucieux jusqu'au scrupule de la vie de ses soldats, n'osa brusquer l'attaque, et les alliés se décidèrent pour un siège en

Plan de la bataille de Balaklava et d Inkermann (1854;.

Le 25. octobre I8r,s. le général russe Liprandi attaqua le corps turc à Balaklava et fut repoussé par deux charges désespérées de la cavalerie anglais.' des généraux Scarlctt et Cardigan.

Le 5 novembre, la bataille d'Inkermann fut livrée par les généraux Mcntcbikof et Liprandi : les Russes, profitant du brouillard, attaquèrent à l'aube les deux brigades anglaises qui gardaient le plateau. Celles-ci, faisant preuve d'une froide bravoure, purent résister sur place assez longtemps pour donner au général français Bosquet le temps d'amener sur le plateau nue partie des brigades Bourbaki Uv de ligne et 7e léger) et d'Autemarre r zouaves et turcos), et de rejeter les Russes, par de furieuses charges à l'arme blanche, au pied des escai-pements dénommés depuis l'Abattoir, en raison de l'effroyable carnage qui s'y fit. Les Français avaient perdu environ 13 000 hommes, les Anglais 2S00, et les Russes près de 20 000.

Le maréchal Pélissier.

(D'après une lithographie.)

règle, dirigé par le général Bizot, puis par le général Nid. Les Russes eurent donc le temps de parfaire leurs travaux de défense; l'amiral Komilof coula ses bâtiments à l'entrée de la rade pour éloigner la Hotte française, et l'ingénieur ïodtleben couvrit au loin les fortifications régulières par un réseau d'ouvrages en terre qui devaient tenir à distance le corps de siège et imposer au front d'attaque un énorme développement. Le bombardement commença le 17 octobre. En môme temps, les assaillants devaient se prémunir contre les tentatives de secours venues de l'extérieur.

Les opérations furent interrompues par les rigueurs de l'hiver qui devait être pour les alliés un adversaire plus redoutable que les hommes par les privations qu'il leur imposa; le choléra, le scorbut, la fièvre d'hôpital éclaircissaient peu à peu leurs rangs, sans lasser leur patience. De leur côté les Russes ne se laissaient décourager, ni par l'entrée en ligne du Piémont (26 janvier 1855), qui envoya, sous le commandement de La Marmora, un corps d'armée aux alliés (mars 1855), ni par la mort du tsar Nicolas (2 mars), auquel succéda Alexandre II, ni par la victoire remportée à Eupatoria par les Turcs d'Omerpacha (17 février). Le maréchal Canrobert, toujours hésitant devant la responsabilité d'un assaut, abandonna son commandement au général Pélissier, dont la hardiesse et l'énergie allaient donner au siège son dénouement.

Prise du Mamelon-Vert et de Ma.lak.of. Évacuation de Sébastopol. - 11 fallut ce pendant, pour terminer la guerre, un second bombardement de Sébastopol (9 avril), la prise du Mamelon-Vert (7 juin), suivie d'ailleurs, le 18, d'un assaut manqué sur Malakof, la défaite des Russes à Traktir, sur la Tchernaïa (16 août), l'assaut général du 8 septembre et la prise de Malakof (1).

Le front sud de la place, en face duquel campaient les armées alliées, était défendu par lebastiondu Mât, le Grand-Redan, le bastion de Malakof et le Petit-Redan; de ces ouvrages, le plus important était la tour Malakof, commandant la ville et la baie de Sébastopol. Le chef de la défense, Todtleben, en avait fait une immense redoute, protégée par deux lignes do retranchements, et sa possession devint le principal objectif du général Pélissier. Le 7 juin, le commandant en chef des troupes françaises fit enlever par le 2' corps (général Bosquet) les Ouvrages-Blancs et le Mamelon-Vert; puis, le 18, Malakof fut à. son tour attaqué par les divisions Mayran. Brunct et d'Autemarre : l'échec fut complet, et l'armée française perdit 3 000 hommes, parmi lesquels les généraux Brunet et Mayran ; les Anglais, en même temps, échouaient au Grand-Redan. Mais, le 16 août, l'armée russe de secours était battue au pont de Traktir, sur la Tchernaïa, par les Français et les Piémontais. Pélissier dut se borner à poursuivre méthodiquement ses cheminements vers Sébastopol.

Un assaut général fut donné, le 8 septembre. Tandis que les Anglais attaquaient le Grand-Redan, la division Mac-Mahon, soutenue par la brigade Wimpfen, sejetail sur Malakof. Amidi, les zouavesbondissaient hors des tranchées et, escaladant te parapet, plantaient leur drapeau sur le bastion. On se battit corps à corps, à coups de crosses, de pioches et d'écouvillons. Mais, malgré l'arrivée des réserves lusses, malgré l'avertissement queMalakof était miné, Mac-Mahon tint lion, avec un calme superbe. « J'y suis, j'y reste I », répondit-il à. l'aide de camp du commandant en clef venu pour lui porter l'ordre de se retirer. A quatre heures, Malakof .'■tait définitivement au pouvoir des Français. Le lendemain, les liasses évacuaient Sébastopol après avoir lait sauter les arsenaux et les casernes (9 septembre). Pélissier avait 8600 hommes hors de combat, dont 5 généraux tués, et Bosquet était grièvement blessé', lie leur côté, les Russes perdirent 14000 hommes. Pélissier rcçui le bâton de maréchal de France et le titre de due de Malakof.

Le Congrès et le traité de Paris (1856). — Après la prise de Sébastopol, un congrès s'ouvrit à Paris (23 février 1856) pour débattre les préliminaires arrêtés dans les conférences de Vienne et, le 30 mars suivant, le canon des Invalides annonçait la signature de la paix -1 .

l Les pertes subies en Grimée s'élevèrent, en totalité, à 254991 hommes environ: Français, 95615; Anglais, 22182; Piémontais, 2194; Russes, 100 000 j Turcs, 3-iOOO.

-i Plénipotentiaires <les Puissances au Congrès de Paris: comte Walewski et baron de Bourqueney pour la France, comte 'le Buol-Schauenstein et baron de Hûbner pour 1 Autriche, comte de Clarendon el lord Cowley pour la Grande-Bretagne, baron de ManleufTel et comte de Hatzfeld pour la Prusse, comte Orlof et baron de Brurinow pour la Russie, comle de Cavour et marquis de Villamarina pour la Surdaigne, Ali-pacha et Méhemmed-bey pour la Turquie.

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IIISTOIHK DE FRANCE

Prise de la tour Malakof, par Yvon (Musée do Versailles).

La Turquie était admise à participer aux avantages du droit public européen et les puissances contractantes s'engageaient à garantir en commun l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'empire ottoman. Le sultan promettait d'octroyer aux populations chrétiennes de ses États un firman améliorant leur situation. La Convention du 13 juillet 1841, relative à la clôture des détruits du Bosphore et des Dardanelles, était renouvelée par un acte annexé au traité, et la mer Noire neutralisée. Les principautés de Valachie et de Moldavie continueraient à jouir, sous la suzeraineté de la Porte et sous la garantie des puissances, de leurs privilèges et immunités, d'une administration indépendante et nationale, ainsi que de la pleine liberté du culte, de la législation, du commerce et de la navigation. La principauté de Serbie continuerait à relever de la Sublime Porte, mais ses droits et immunités seraient placés désormais sous la garantie collective des puissances. Enfin, la Déclaration du 16 avril proclama entre les États adhérents l'abolition de la course, l'immunité du pavillon et de la marchandise neutres et le principe qu'un blocus, pour être obligatoire, devait être effectif.

En résumé, le traité de Paris plaçait la Turquie sous la sauvegarde des grandes puissances, en même temps qu'il commençait à constituer, dans la péninsule balkanique, des États-tampons destinés à amortir les chocs entre Constantinople et la Russie.

Puissance du gouvernement impérial après la guerre de Crimée. Etat des partis d'opposition. — Le second Empire

- était, pour son début, signalé au monde parla guerre de Crimée et par le traité de Paris. L'une en prouvant comme il savait combattre, l'autre comme il savait traiter, le mirent à la première place en Europe. » (Etienne Lamy.)

A l'intérieur, l'opposition était encore impuissante. Les complots de YHippodrome 7 juin 1853) et de Y Opéra-Comique (5 juillet), les attentats de Pianori et de Bellemare (1855) n'avaient eu d'autre résultat que de motiver de nouvelles mesures de compression et d'accroître l'effectif de la police politique. La peine de la déportation avait frappé les ouvriers républicains affiliés à la société' secrète la Marianne, qui s'étaient soulevés à Angers aoûl 1855 . L'empereur restait fidèle à sa politique autoritaire, qu'il avait motivée en 'es termes, à l'ouverture de la session législative de 1853 : « A ceux qui regretteraient qu'une part plus large n'ait pas été faite à la liberté, je répondrais : la liberté n'a jamais aidé à fonder

d'édifice politique durable. Elle le couronne quand le temps l'a consolidé, »

Les orléanistes et les légitimistes, séparés par la question du drapeau, ne faisaient à l'Empire, en l'absence des prétendants, qu'une opposition mondaine, qui se manifestait particulièrement par les élections à l'Académie française et les discours des récipiendaires. Le parti républicain, décimé, désorganisé, s'était, de parti pris, réfugié dans l'abstention, dont il ne sortit qu'en 1857, pour prendre part aux élections législatives. Sur 212899 volants, les candidats de l'opposition obtinrent 96 299. Hénon, Curie, le général Cavaignac, Emmanuel Arago, Garnier-Pagès, Goudchaux, Carnot, Emile Ollivier, Darimon, Jules Favre, Ernest Picard furent élus : le parti organisa dès lors la résistance légale et la revendication des libertés publiques par l'organe du comité des Cinq (Jules Favre, Emile Olli— vier, Ernest Picard, Darimon, Hénon).

Attentat d'Orsini. Loi de sûreté générale (1858). — Les

unitaires italiens étaient convaincus que Napoléon s'opposerait à leurs desseins en assurant le maintien du pouvoir temporel : de là les attentats de Pianori (1855), de Tibaldi (1857) et enfin d'Orsini.

Le 14 janvier 18o8, l'empereur et l'impératrice se rendaient à l'Opéra. Au moment où la voiture des souverains s'engageait dans le passage réservé à l'extrémité du péristyle, trois détonations (I) se firent entendre. Ni l'empereur ni l'impératrice n'avaient été atteints, bien que la voiture eût reçu une grêle de projectiles, mais cent cinquante-six personnes furent plus ou moins grièvement blessées.

L'attentat avait été commis par Félix Orsini, Pieri, Carlo de Rudio et Gomez. Le premier, défendu par Jules Favre, fut, ainsi que Pieri, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, Gomez aux travaux forcés à perpétuité, où le suivit Rudio, qui bénéficia d'une commutation de peine. Orsini, au moment de livrer sa tête au bourreau, s'écria : Vive l'Italie!

Le ministre des Affaires étrangères, Walewski, ayant dans une dépêche en date du 20 janvier critiqué l'abus du droit d'asile, cette sorte de protestation fut le point de départ d'une agitation très vive en Angleterre et d'une tension dans les rapports diplomatiques des

(I) On a dit que la troisième bombe avait été lancée par Crispi, le futur ministre du roi Humliert l*r.

LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

La reine Victoria, par Winterhaltek (Versailles).

deux gouvernements; mais le cabinet de Paris apaisa le différend par son attitude conciliante. Le voyage du duc de Malakof en Angleterre et la visite de la reine Victoria à Cherbourg mirent lin à l'incident.

A la suite de l'attentat d'Orsini, la loi de sûreté générale (1er février 18,58 donna au gouvernement le droit d'emprisonner, d'exiler ou de déporter sans jugement tous ceux qui avaient subi déjà une condamnation à l'occasion des journées de juin 1848 et 1849 ou de décembre 1851, et d'interner ou d'expulser toute personne qui subirait à l'avenir une condamna lion pour les mêmes motifs. L'application de cette loi fut confiée au général Espinasse, ministre de l'Intérieur, qui prescrivit aux préfets de procéder, chacun dans son département, à une moyenne d'arrestations : six cents suspects furent déportés en Algérie et à la Guyane. Les républicains furent impitoyablement frappés, quoique manifestement étrangers à la tentative des unitaires italiens.

De sa prison, Orsini avait écrit à l'empereur une lettre où il lui rappelait ses anciens serments carbonaristes et le conjurait de rendre à l'Italie l'indépendance que lui avait fait perdre l'intervention française en 1849. Napoléon, qui avait autorisé Jules Favre à lire cette lettre au jury, aurait voulu gracier le conspirateur; ses ministres lui représentèrent que le sang versé était du sang français et il céda finalement à leur opposition persistante; mais peu après l'exécution (13 mars 1858), il fit sienne la cause de l'Italie.

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