II. — LA POLITIQUE DES NATIONALITÉS ET LA GUERRE D'ITALIE
On a exposé plus haut (Voir p. 404) les principes dont s'inspira la politique extérieure de Napoléon III. Dès que la situation de la Fiance le lui permit, l'empereur voulut en faire l'application et, ayant vainement proposé à l'Angleterre (août 1857) la revision des traités de 1815, il se rapprocha de la Russie.
Au lendemain du congrès de Paris, il avait envoyé comme ambassadeur extraordinaire, pour le représenter au couronnement du tsar, le duc de Morny, qui s'acquitta de sa mission avec habileté, fut bien accueilli par la haute société de Saint-Pétersbourg et de Moscou, se maria même en Russie, et trouva dans le chancelier Gortchakof un partisan de l'alliance française. L'entente des deux cabinets se manifesta très nettement sur la question de l'union des principautés moldo-valaques (1), et publiquement par l'entrevue de Stuttgart octobre 1857), où les deux empereurs convinrent de ne rien faire en Europe sans s'être mis préalablement d'accord : Napoléon s'engagea à soutenir la politique du tsar en Moldo-Valachie, le tsar à laisser l'empereur libre au delà des Alpes.
Intervention de la France en Italie. Entrevue de Plombières (1858). — C'est alors que Napoléon tourna sa pensée comme ses efforts vers l'entreprise qui allait devenir la principale préoccupation de sa politique : la libération de l'Italie.
Cavour avait forcé l'entrée du Piémont dans les conseils de l'Europe par l'envoi en Crimée d'un corps expéditionnaire. Admis au congrès de Paris, il adressa, le 27 mars 1856, au comte Walewski
(1) Le premier essai de la politique impériale eut lieu en Orient, de concert avec la Russie, contre la Turquie, l'Autriche et l'Angleterre. Les puissances devaient fixer le régime définitif de la Moldavie et de laValachie, que li- traité de Paris avait soustraites au protectorat russe. Napoléon, désireux à la fois de l'aire en Orient une application du principe des nationalités el d'j créer un État vassal delà France, voulait, contrairement aux vœux de l'Angleterre, réunir ces deux provinces en une seule souveraineté. L'empereur cul n\ ec la reine Victoria \'eniri-ru<> i/'Os/junic, après laquelle s'oui rirent les conférences de Paris 'il mai 1869). Elles aboutirent à une solution bâtarde : le rapprochement des principautés sous la forme d'une union personnelle et non d'une union réelle.
Le duc de Morny, gravure d'AuDiBHAj.
une note qui fut communiquée aux plénipotentiaires el par laquelle la question italienne se trouva officiellement posée devant la diplomatie européenne. L'Autriche protesta contre les prétentions italiennes et, en 1857, les relations furent rompues entre les Cours de Vienne et de Turin.
A celle époque la Lombardie et la Vénétie appartenaient depuis 1815 à l'Autriche, qui comptait en outre pour alliés dans la Péninsule les duchés de Panne et de Modène et le grand-duché de Toscane. Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, qui régnait sur l'ile (le ce nom, sur le Piémont, Gênes, la Savoie el le comté di- Vice, ('lait l'adversan e naturel de l'Autriche : poussé el secondé par sou ministre le comte de Cavour, il projetai! en effel île faire à son proli I i unité italienne. La maison de Savoie devail avoir conl re elle le pape et les Bourbons de Naples, puisque l'unification de la Péninsule ne pouvail être parachevée que par l'annexion des Étals de l'Église et des Deux-Siciles.
Le Piémont se prépara à la guerre el, comme il lui fallait des alliés, Cavour s'adressa à la France. Sur l'invitation du D" Conneau, il vint trouverl'empereur à Plombières et arrêta secrètement avec lui (conversation du 21 juillet 1858) les conditions d'une alliance contre l'Autriche : en retour de l'appui qu'elle donnerait à Victor-Emmanuel pour lui permettre de s'agrandir dans la Péninsule, qui formerait une confédération sous la présidence du pape, la France recevrait Nice et la Savoie, et Victor- Emmanuel donnerait sa fille Clotilde au prince Napoléon, cousin de l'empereur. Un traité formel fut signé le 10 décembre et, aux réceptions du Ie1' janvier 1859, aux Tuileries, l'empereur déclara à l'ambassadeur autrichien, baron de Hùhner, que les relations entre les deux Cours étaient moins bonnes que par le passé.
On sait quels furent les préliminaires de la campagne d'Italie : armements et provocations réciproques, proposition par la Russie de l'ouverture d'un congrès (mars), refus par l'Autriche d'y prendre part si le Piémont n'en était exclu et ne désarmait pas immédiatement, ultimatum de la Cour de Vienne (23 avril) et refus de Cavour d'y obtempérer (26 avril). Napoléon avait déclaré qu'il considérait le passage du Tessin comme une déclaration de guerre : le feld-maréchal Giulay ayant franchi celte rivière, la guerre fut déclarée à l'Autriche le 3 mai et Napoléon prononça la phrase célèbre : « L'Italie sera libre des Alpes à l'Adriatique. »
La campagne d'Italie (1859). — Napoléon, dont les connaissances militaires étaient surtout théoriques, n'était pas un grand homme de guerre; mais, Castellane étant trop âgé, Bosquet malade, Pélissier destiné, le cas échéant, à opérer sur le Rhin, l'empereur faisait preuve de bon sens en se réservant le commandement en chef, prévenant ainsi des rivalités possibles entre ses généraux. Pendant la campagne il se montra actif et confiant, assista personnellement aux opérations, contribua aux victoires de Magenta et de Solferino et finalement l'emporta avec wn [dan critiquable, grâce à la précision de ses ordres exécutés par des soldats animés de l'espril d'offensive. Du côté autrichien, l'intervention à distance de l'empereur François-Joseph, entraînant une dualité de cm ande-
ment, fut, avec la composition hétérogène des divisions, une cause constante de faiblesse.
La campagne d'Italie comporte deux séries d'opérations. En premier lieu, l'armée française, jointe à l'armée sarde, trompe les Autrichiens par une démonstration vers le sud (combat de Montebello), entre <n Lombardie par le nord (combat de Palestro , et conquiert Milan par la victoire de Magenta. Elle se heurte ensuite, pies du Mincio, à l'armée autrichienne, qui s'est réorganisée en Vénétie et, reprenant l'offensive, triomphe à Solferino.
Des le :; mai, cinq corps d'armée français (Canrobert, Baraguey d'Hilliers, .Nul, Mac-Mahon, prince Napoléon étaient concentrés dans la pli l'Alexandrie.
Batailles de Montebello et de Palestro. — Le 20, le corps autrichien de Stadion (3500U hommes , qui couvrait Plaisance et qui était en
reconnaissance sur la rive gauche du Pô, fut défait à Montebello après un combat corps à corps et l'enlèvement du village, maison par maison, par la division Forey, du 1er corps. Après quoi l'armée française prit l'offensive, franchit le Pô à Casai et joignit son action à celle de Victor-Emmanuel. Celui-ci, avec les Piémontais et un détachement fiançais, remporta la victoire de Palestro (31 mai) : le 3e zouaves fiançais chargea à la baïonnette les batteries autrichiennes protégées par le canal de Scotti, et nos soldais décernèrent à Victor-Emmanuel sur le champ de bataille les galons de caporal des zouaves. Les combats de Montebello et de Palestro dégageaient le Piémonl.
Combat de Turbigo. — Tandis que s'insurgeaient, sur la gauche des Autrichiens, la Toscane, les Légations, les duchés de Parme et de Modène, et que Garibaldi, sur leur flanc droit, triomphait à Varèse (30 mai) et à Côme, l'empereur et la garde impériale franchissaient le Tessin en face d'eux (4 juin), près de Buffalora. Mac- Manon qui, le 2 juin, avait passé la rivière plus au nord, se heurta à Turbigo, ou plutôt à Robecchetto, aux Autrichiens campés autour de Magenta, et, le lendemain, il les délogea après un court engagement dans lequel les turcos se signalèrent.
Bataille de Magenta. — Pendant ce temps, l'empereur était attaqué par des forces supérieures : les généraux Mellinet, Clerc et de Wimpfen tinrent assez longtemps pour permettre à Mac-Mahon de remporter, à Magenta, un succès un peu désordonné, sanglant, mais décisif (4 juin), qui lui valut le bâton de maréchal.
François-Joseph I", photographie Ch. Jacotin.
Plan de la bataille de Magenta (1859).
Après les combats de Palestro et de Turbigo, Mac-Mahon, chef du 2« corps, reçut l'ordre de se porter de Turbigo sur Magenta par Buffalora, que devait aborder de front la division des grenadiers et des zouaves de la garde impériale (général Mellinet) établie en face, à San Martino. Le 4 juin, au point du jour, le i" corps se mit en marche sur deux colonnes : la première (division Espinasse) se dirigea à gauche, vers Magenta; la seconde (division La Motterouge), conduite par Mac-Mahon, descendit sur Buffalora, où ses tirailleurs débouchèrent vers une heure. Mac-Mahon, ayant cru apercevoir devant lui des forces ennemies importantes, fit arrêter le mouvement de la colonne en attendant que celle d'Espinasse sur la gauche fût arrivée à hauteur. Mais déjà, Napoléon, entendant le canon de Mac-Mahon sur sa gauche et jugeant le moment favorable, avait lancé Mellinet contre Buffalora et Ponte Nuovo. Cette dernière position fut enlevée par les grenadiers et les zouaves de la garde ; mais ceux-ci, écrases par le nombre, durent repasser le Naviglio Grande après une lutte acharnée, ou périt le général Clerc. Pendant ce temps, à Ponte Vecehio, la brigade Picard et la division Vinoy contenaient la gauche autrichienne. Enfin, à quatre heures, Mac-Mahon, sur l'ordre de l'empereur, reprit vigoureusement l'offensive, emporta Buffalora, dégagea la division Mellinet et poussa droit sur Magenta, qu'Espinasse attaquait par le nord. Après une série de combats sanglants qui se poursuivent jusqu'à la nuit dans les rues et les maisons de Magenta, et où périt le général Espinasse, Mac-Mahon finit par saisir la victoire. Elle lui valut le bâton de maréchal et le titre de duc de Magenta. Les Français avaient perdu 4 500 hommes et les Autrichiens 10 000. Le retard apporté dans l'attaque du village avait eu pour cause le déploiement prématuré des divisions Espinasse et La Motterouge sans que la situation de l'ennemi l'imposât.
Bataille de Melegnano. — Le 7 juin, Napoléon III et Victor-Emmanuel firent à Milan une entrée triomphale. Dès le lendemain, l'armée française s'engagea sur la roule de I.odi par Melegnano, d'où elle délogea une division autrichienne (8 juin).
La division autrichienne du général de Bodan s'était retranchée à Melegnano : une barricade coupait la route de Milan; des batteries avaient été installées derrière les murs du cimetière et à la hauteur des premières maisons ; le vieux château servait de réduit à la défense. Chargé de déloger l'ennemi, le général Baragueyil Milliers, commandant le 1er corps français, fit envelopper Melegnano par ses trois divisionnaires : Forey, Ladmirault et Bazaine. Arrivé à cinq heures et demie du soir devant la place, celui-ci reçut l'ordre d'attaquer de front. Appuyé à droite par l'artillerie du général Forgeot, il lança ses zouaves contre la barricade, qui fut emportée d'assaut ; puis le cimetière fut dégagé. A la suite des Autrichiens, les zouaves et le 33" de ligne se précipitèrent dans Melegnano et arrivèrent au pied du château. Mais là ils se heurtèrent à une résistance désespérée. Un combat violent s'engagea, où le colonel des zouaves, Paulze d'ivoy, fut tué, et le colonel du 33e grièvement blessé. Enfin la victoire nous resta. Les Autrichiens battirent en retraite sur Lodi, sauvés de notre poursuite par une pluie battante. Ils laissaient 900 prisonniers entre nos mains; nos pertes en officiers furent considérables : 15 tués et 56 blessés.
Bataille de Solferino. — Restait à conquérir la ligne du Mincio : ce résultat fut obtenu dans la journée du 24 juin où, après un combat de seize heures, les généraux Niel et Karaguey-d'Hilliers mirent en déroule, à Solferino, les Autrichiens commandés par l'empereur François-Joseph en personne. Napoléon, qui était dès huit heures à cheval, sur le terrain, donna des ordres sensés et opportuns, qui assurèrent le gain de la bataille.
Préliminaires de Villafranca (11 juillet 1859). — Traité de Zurich (10 novembre 1859). — Après Solferino, l'importance des pertes subies, l'attitude menaçante de la Prusse qui mobilisait, l'irritation des catholiques français sur laquelle l'impératrice avait appelé l'attention de l'empereur, déterminèrent Napoléon III à ne pas pousser plus loin ses avantages. Il eut avec François-Joseph, à Villafranca, une entrevue où furent arrêtées les bases de la paix, et le traité de Zurich, conclu le 10 novembre 1859 entre l'Autriche d'une part, la France et la Sardaigne de l'autre, prépara l'unité territoriale de l'Italie. L'empereur d'Autriche renonçait, pour lui et ses descendants, à ses droits sur la Lombardie et la cédait à l'empereur des Français, qui devait la remettre au roi de Sardaigne. L'Autriche et la France reconnaissaient la nécessité d'une confédération italienne, sous la présidence honoraire du pape; la Vénétie devait en faire partie, tout en restant sous la souveraineté de l'empereur d'Autriche.
Progrès de l'unité italienne. — Le traité de Zurich, à peine signé, fut ouvertement violé. Déçus par les préliminaires de Villafranca, qui les avaient arrêtés au seuil de la Vénétie, entraînés par Garibaldi et les révolutionnaires, les Italiens poursuivaient non la fédération, mais l'unité, et demandaient leur annexion à la Sardaigne. Ils la réalisèrent en deux étapes : l'une pacifique, l'autre belliqueuse. Modène, Parme, la Toscane, les Romagnes demandèrent leur annexion au royaume de Sardaigne (mars 1860), et le plébiscite par lequel les habitants de ces pays exprimèrent leur volonté fut ratifié par les puissances. Napoléon demanda alors et obtint comme compensation Nice et la Savoie [traité du Turin, 24 mars 1860] (1).
(1) La Savoie avait déjà été française, depuis le mois d'octobre 1792 jusqu'au premier traité de Paris de 1814. Après la paix de Villafranca, Napo-
Victor-Emmanuel II, photographie Alinari.
Cavour, photographie Brogi.
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
Plan de la bataille de Solferino (1859).
Après leurs défaites do Mngenta et de Melegnano, les Autrichiens avaient renoncé à défendre les lignes de l'Adda, de l'Oglio et de la Chiese pour se réfugier derrière le Mincio, c'est-à-dire dans l'intérieur du quadrilatère vénitien. Le 17 juin, l'empereur François-Joseph prenait le commandement en chef de son armée, partagée en deux groupes, aux ordres des généraux Wimpfen et Schlick ; quelques jours plus tard, il prenait, sur la nouvelle des dispositions hostiles de la Prusse à l'égard de la France, la décision de faire tête de nouveau aux alliés, Français et Italiens, et il donnait à son armée l'ordre de repasser le Mincio et de se porter vers l'ouest, sur Pozzolengo. Cette détermination rendait inévitable une rencontre avec l'armée franco-piémontaise. Celle-ci mal informée d'ailleurs de la reprise du mouvement offensif des Autrichiens, s'avançait en effet vers le Mincio, la gauche en avant, en trois groupes imparfaitement liés : au nord, les Piémontais marchant d'Fssenta sur le plateau de San Martino; au centre, les l", 2e et 4e corps français et la garde impériale, ayant pour objectif Pozzolengo, Solferino, Cavriana et Guidizzolo sur la route de Mantoue; au sud, le 3e corps (Canrobert), couvrant la droite de l'armée contre une attaque que Napoléon III redoutait du côté de Mantoue. De là, dès le début de la rencontre, des actions fragmentaires et peu décisives : à gauche, les Piémontais livrent à San Martino un combat isolé, et qui reste toute la journée sans résultat. D'autre part, le 1" corps français (Bara'guey-d'Hilliers) enlève les hauteurs de Solferino, mais doit s'arrêter devant le village lui-même, fortement organisé, et la fameuse tour qui le domine, l'Espionne de l'Italie. Le 2e (Mac-Mahon) conquiert, grâce à la puissance de son artillerie rayée, Casa Morino, mais éprouve bientôt de grandes difficultés devant Cavriana. Le 4e enfin iNieli, malgré l'appui des divisions de cavalerie Partouneaux et Desvaux, éprouve de grandes pertes autour de la Casa Nova et de Medoleno, où la supériorité numérique des Autrichiens est considérable. C'est seulement à deux heures du soir que le 3e corps lui vient en aide (ce retard faillit, après la bataille, motiver une rencontre entre les deux chefs de corps) et que l'empereur, rassuré sur sa gauche, peut, vers quatre heures, faire appuyer son centre par la garde impériale, enlever Solferino, Cavriana et Cassiano, enfin Guidizzolo, tandis qu'un orage violent interrompt le combat et protège laretraite des Autrichiens. L'emploi que le général Le Bœuf lit pour la première fois des canons rayés avait contribué à la victoire. Les pertes, des deux cotés, étaient considérables : 17 000 Français et 22 000 Autrichiens.
Dans les Deux-Siciles, l'insurrection éclata à Païenne le 3 avril 1860. Garibaldi, à la tête de ses fidèles volontaires, — les mille ou
h > thé,, uses rouges, — s'embarqua à Gênes dans la nuit du 5 au 6 mai,
léon III traversa la Savoie et constata que ses habitants ne désiraient pas être rattachés au nouveau royaume d'Italie : malgré l'action des fonctionnaires piémontais et les intrigues de l'Angleterre, il se produisait un mouvement annexionniste. Quarante notables furent envoyés à Paris, et, le il mars 1860, l'empereur annonça que la Savoie serait réunie à la France, sous réserve du librq consentement des populations. Los troupes sardes évacuèrent le duché et furent remplacées par dos troupes françaises ; le i\ mars, à Turin, Cavour signa le traité de cession. J.e vole par oui ou par non eut lieu au scrutin secret, le ii avril. Le 2'J, la cour d'appel de Ghambéry en proclama le résultat : 130 839 votants, sur 135 449 électeurs répondirent à la question posée, 130 533 par oui, 235 par non ; il y eut 71 bulletins nuls. Le traite déposé au Parlement sarde le 25 mai fut adopté le i'.i par il'.) voix contre ;s.i et 23 abstentions; il lui sanctionné le 12 et célébré en Savoie par des fêtes, du 14 au 18 juin.
Garibaldi, photographie D u r o m .
débarqua à Marsala, battit un corps napolitain à Calatafimi, entra dans Païenne le 27, gagna la bataille de Milazzo (17-18 juillet), reçut la capitulation de Messine (28 juillet) et se prépara à envahir les Calabres. A la nouvelle des événements de Sicile, le roi François II avait accordé une Constitution à ses sujets et proposé son alliance au Piémont. Mais Garibaldi, franchissant le détroit de Messine, arriva à Salerne le 6 septembre, entra le lendemain à Naples et, après un échec à Cajazzo (22 septembre), battit l'armée napolitaine sur le Volturne (1er octobre), menaçant Capoue etGaèle. C'est alors que Victor-Emmanuel intervint dans la lutte engagée par Garibaldi, secrètementd'accord avec Cavour.
Le Saint-Siège avait fait des armements et groupé, sous le commandement du général Lamoricière, de nombreux volontaires venus de tous les pays catholiques. Après avoir envoyé à Pie IX un ultimatum demandant le désarmement des étrangers, Victor-Emmanuel entra en campagne le 11 septembre : Lamoricière, battu à Castellidardo le 18, se retira dans Ancône, où il capitula le 28.
Marchant alors au secours de Garibaldi, le roi de Sardaigne pénétra dans les Abruzzes, reçut la capitulation de Capoue le 1er novembre et entra à Naples le 7. Le 21 octobre, les populations des Deux-Siciles et, le 5 novembre, celles des Marches et de l'Ombrie, provinces pontificales, avaient voté leur annexion au Piémont. Gaète, où s'était réfugié François II, se rendit le 13 mars 1861.
Le lendemain (14 mars), le Parlement italien proclamait Victor- Emmanuel roi d'Italie : il était certain maintenant que la maison de Savoie s'emparerait de la Vénétie et détruirait le pouvoir temporel pour faire de Rome la capitale du royaume. La formation de l'unité italienne posait donc la question romaine, qui devait avoir sa répercussion sur la politique intérieure et extérieure de Napoléon III.