‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 158 sur 196 · IV. — L'EMPIRE LIBÉRAL · texte numérisé non relu

IV. — L'EMPIRE LIBÉRAL

La politique italienne de l'empereur, qui ne donnait satisfaction ni aux Italiens ni au Saint-Siège, lui fit perdre les sympathies des premiers et lui aliéna le parti catholique. D'autre part, le traité de commerce franco-anglais du 23 janvier 1860 détourna de lui les protectionnistes, c'est-à-dire les grands producteurs, et il fut ainsi conduit par sa politique étrangère autant que par les progrès de l'opposition à détendre les ressorts du gouvernement autoritaire.

L'amnistie. — Lorsqu'il eut résolu de remplacer par des éléments démocratiques les éléments conservateurs qui faisaient défection, il accorda « l'amnistie pleine et entière à tous les individus qui ont été condamnés pour crimes et délits politiques, ou ayant été l'objet de mesures de sûreté générale » (16 août 1859). Un grand nombre de proscrits refusèrent le bénéfice de cette mesure et, parmi eux: Madier de Montjau, Louis Blanc, Schœlcher, Charras, qui écrivit à l'empereur : « Le jour où la liberté, le droit, la justice, ces augustes proscrits, rentreront en France pour vous infliger le plus mérité des châtiments, j'y rentrerai; ce jour-là est lent à venir, mais il viendra, et je sais attendre. » Victor Hugo, s'engagea à ne jamais rentrer en France tant que régnerait Napoléon : Et, s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!

Concessions au régime parlementaire. — Le décret du 24 novembre 1860, dont l'initiative revient à Morny et à Walewski, est le premier acte de l'évolution qui transforma progressivement l'Empire en gouvernement libéral et parlementaire. Il restitua aux Chambres le droit d'adresse, au Corps législatif le droit d'amendement sous certaines réserves, et il institua des ministres sans portefeuille pour soutenir devant les Chambres, concurremment avec les membres du Conseil d'État, les projets du gouvernement.

Le sénalus-consulte du 2 février 1861, modifiant l'article 42 de la Constitution, autorisa la publication in extenso au Journal officiel du compte rendu sténographique des débats parlementaires, mit à la disposition de la presse le compte rendu analytique et permit aux journaux de reproduire ces documents.

Enfin, aux termes du sénatus-consulte du 31 décembre 1861, le budget des dépenses fut présenté au Corps législatif avec ses divisions en sections, chapitres et articles, et le budget de chaque ministère fut voté par sections; la répartition par chapitres et les virements de chapitre à chapitre durent être autorisés par décrets en conseil d'État; les crédits supplémentaires et extraordinaires ne purent être accordés qu'en vertu d'une loi.

Ces concessions favorisèrent considérablement l'action du parti républicain. Autour des « Cinq » on vit se grouper Gambetta, Jules Ferry, Clément Laurier, Charles Floquet, Hérold, Clément Duvernois, dont le Courrier de Paris et le Temps propageaient les idées.

In a accusé Lopez d'avoir trahi Maximilien. Il s'en est défendu sans parvenir à convaincre les « impérialistes » ni à se justifier aux yeux des républicains, qui le méprisaient tout en ayant profilé de l'acte contraire à l'honneur qu'on lui reprochait.

L'exécution de l'empereur Maximilien, par Jean-Paul Laurens (Galerie Tretiakof, Moscou).

LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

Les élections de 1863. — La politique étrangère du gouvernement fut nécessairement très discutée à l'approche des élections générales des 30 et 31 mai 1863, qui n'étaient pas sans préoccuper l'empereur. Ce n'était pas seulement l'entreprise du Mexique qui provoquait les critiques de l'opposition. La « question romaine » — c'est-à-dire la question de savoir si Rome deviendrait la capitale de l'Italie unifiée — se posait avec une acuité grandissante. La Sardaigne, qui avait en 1800 annexé une partie de l'État pontifical, ne

Le duc de Persigny, photographie Braun et C"

Rouher, photographie Cl. La grippe.

cessait d'en convoiter l'autre partie, encore occupée par les troupes françaises. L'empereur avait essayé de déterminer le pape à un sacrifice volontaire, mais après la tentative faite par Garibaldi pour pénétrer en armes sur le territoire du Saint-Siège, il s'était rapproché des partisans de Pie IX et de la paix avec l'Autriche (octobre 1862).

Le ministre de l'Intérieur, Persigny, pratiqua avec une extrême vigueur le système de la candidature officielle. Dans une circulaire du 28 mai, il recommanda à ses préfets de signaler aux populations la << coalition des hommes de 1815, de 1830, de 1848, qui essayaient sur plusieurs points de surprendre la bonne foi du pays, pour tourner contre l'empereur les libertés mêmes qu'il a données récemment ». Mais républicains et royalistes, groupés sous le titre d'Union libérale, luttèrent énergiquement contre la pression administrative. Les républicains avaient encore un programme dont le caractère leur permettait de s'entendre avec les autres membres de l'opposition : Jules Vallès collaborait au même journal que Laboulaye (Courrier de l'intérieur); Edouard Hervé rencontrait Ranc au Journal de Pari'.; Gambetta, dont Thiers faisait grand cas, était en relations avec Casimir Périer, et le comte de Paris lui offrait un exemplaire de son ouvrage les Associations ouvrières en Amérique. Le programme décentralisateur dit de Nancy réunit les signatures républicaines de Carnot, Gârnier-Pagès, Jules Simon, Vacherot, Pelletan, Hérold, Ferry, Clamageran et celles de Montalembert, de Falloux, de Berryer, de Guizot.

L'opposition de toutes nuances obtint, dans les villes, environ 2 millions de suffrages; elle échoua dans les départements, mais sa liste passa tout entière à Paris : le nombre des députés qu'elle parvint à faire élire au scrutin des 30-3 1 mai 1803 s'éleva à trente-cinq, dont dix-sept démocrates, les autres constituant l'embryon du futur tins parti. Un seul légitimiste, Berryer, fut envoyé à la Chambre, et parmi les catholiques combattus par le ministre de l'Intérieur, le plus célèbre de tous, Montalembert, avaitéchoué à la fois dans les Côtes-du-Nord el dans le Doubs. Treize républicains (GaTnier-Pagès, Carnot, Floquet, Gambetta, Jules Ferry, etc.) furent poursuivis pour infraction à la loi sur les réunions publiques : le « procès des treize » n'eut d'autre résultat que d'appeler sur les délinquants, condamnés chacun à 500 lianes d'amende, l'attention publique et de fournir à Jules Favre l'occasion de plaider la cuise de la liberté avec une telle force que Berryer, qui avait accepté de défendre Jules Ferry, déclara inutile de prendre la parole après lui. Persigny fut éloigné du ministère de l'Intérieur et reçut le titre de duc.

Un décret du 23 juin institua, pour défendre la politique de l'empereur devant les Chambres, un ministre d'État, secondé par le ministre présidant le Conseil d'Etat; Napoléon désigna pour remplir ces fonctions Billault et Rouher. Ce dernier, qui remplaça Baroche à la tête du Conseil d'État, prit peu à peu, surtout sur l'esprit

de l'impératrice, une influence qui deviendra prépondérante : par son action sur le Corps législatif, par son habileté à éloigner tous ceux qui ne voulaient pas accepter sa tutelle, par sa persistance à se poser aux yeux du souverain comme l'homme nécessaire, il resta le maître du gouvernement jusqu'au jour où Emile Ollivier, se ralliant à l'« empire libéral », eut raison de celui qu'il désignait sous le nom de « vice-empereur ».

Le portefeuille de l'Instruction publique fut confié à un jeune membre de l'Université, Victor Duruy, qui ouvrit l'ère des réformes libérales en matière d'enseignement (Voir plus loin). L'orientation donnée par ce ministre à l'instruction publique alarma le parti catholique, et il dut se retirer en 1869.

Dès l'ouverture de la session, les deux hommes les plus en vue de l'Assemblée, Berryer et Thiers, prononcèrent des discours très écoutés : le premier, sur la nécessité d'une sage politique financière et d'une diplomatie prudente; le second, sur ce qu'il appela les libertés nécessaires : liberté individuelle, liberté de la presse, liberté de l'électeur et de l'élu, droit pour la majorité « de diriger la marche du gouvernement ».

Thiers, mûri par l'étude et l'expérience, mènera désormais à la tribune la campagne en faveur du parlementarisme : dans un langage d'une claire précision encadrant une argumentation merveilleusement solide, il critiquera la fiction de la « responsabilité de l'empereur » exclusive de toute responsabilité gouvernementale; il opposera à la politique aventureuse du souverain les conseils de la circonspection; il se placera habilement sur le terrain du «bon sens », de 1' « instinct national », et autour de lui se serreront tous les partisans des libertés revendiquées par l'ancien ministre de Louis- Philippe.

Au cours des débats sur la « loi des coalitions » (1864), Emile Ollivier, qui s'était rapproché de Morny et de l'empereur, se sépara définitivement de la gauche.

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