‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 166 sur 196 · LES ARMÉES IMPÉRIALES · texte numérisé non relu

LES ARMÉES IMPÉRIALES

La France pouvait mettre en ligne 375000 hommes, plus 175000 de réserve; mais les effectifs présents à la frontière n'étaient, le 1er août, que de 200000 hommes, le 6 août que de 275000 hommes, 65000 chevaux et 92'i canons. Toutes ces forces furent réunies en une armée unique, l'armée du Rhin, sous le commandement supérieur de Napoléon III, avec le maréchal Le Bœuf comme chef d'état-major. L'armée du Rhin fut divisée en sept corps (1), qui furent disséminés tout le long de la frontière, de Belfort à Thionville; ils devaient être facilement rompus, en raison de leur infériorité de nombre et de position. L'armée avait des chassepots au début de la campagne; mais tout le reste faisait défaut : cartouches, munitions de toutes sortes, voitures, équipages, moyens de transport, cacolets, vivres, fours de campagne. Quant à notre artillerie, elle était d'une infériorité absolue sous le double rapport du nombre et de la portée.

Les Allemands, dès le début du mois d'août, avaient concentré entre le Rhin et la Moselle 460000 hommes et 1500 canons, soit treize corps d'armée répartis en quatre groupes (2). La direction effective des opérations avait été confiée au feld-maréchal de Moltke.

Le 28 juillet, Napoléon III, après avoir investi de la régence l'impératrice Eugénie, arriva au quartier général de Metz.

L'invasion de l'Alsace. — Une première affaire eut lieu, le 25 juillet, à Schirlenhof, près Niederbronn, où le 5° escadron du 12e chasseurs (capitaine Chabot) attaqua victorieusement la reconnaissance allemande du capitaine von Zeppelin.

Le 2 août, le général Frossard, passant la Sarre, chassa de Sarrebruck un bataillon d'infanterie et trois escadrons d'artillerie de l'armée du prince Frédéric-Charles; ce succès sans portée, mais auquel l'empereur et son fils avaient assisté, fut célébré par le gouvernement comme une victoire.

Bataille de Wissembourg (4 août). — Le surlendemain 4 août, l'armée du prince royal de Prusse, groupée à Landau, prit à son tour l'offensive et surprit la 2e division (Abel Douay) du 1er corps d'armée (Mac-Mahon), isolée autour de Wissembourg.

Les Français, ne s'attendant pas à une attaque, vaquaient aux corvées et faisaient fa soupe, lorsque, à 8 heures du matin, le canon tonne sur les hauteurs dominant la ville. Bien que n'ayant que 6 000 hommes à opposer à 40 000, le général Abel Douay croit devoir engager la bataille, au lieu de se replier sur le gros du 1" corps, qui est à Strasbourg : le général Pelle et ses tirailleurs, à la gare, un bataillon en ville, résistent cinq heures durant; mais Abel Douay est mortellement frappé, sur le Geisberg. Ni Mac-Mahon, qui n'est qu'à une heure de chemin de fer, ni Ducrot, qui n'est qu'à 16 kilomètres, ne viennent au secours de la division. Pelle se résigne à la retraite ; le bataillon de Wissembourg est fait prisonnier. L'action se concentre alors sur le Geisberg, où, retranché dans le vieux château de Sebaffenburg, le reste de la division lutte encore. Le régiment de grenadiers du roi vient s'y briser; mais nos soldats sont accablés par le nombre, et la bataille de Wissembourg est le douloureux prélude du désastre de Wœrth (6 août), qui va ouvrir l'Alsace à l'invasion.

Bataille de Wœrth (6 août). — Mac-Mahon accourt et essaye d'arrêter l'ennemi, mais son armée est écrasée après une lutte formidable (6 août), sur le plateau de Frœschwiller, et, débordé sur ses deux ailes, il doit se replier sur Châlons. Pour couvrir la retraite, il lance d'abord sur Morsbronn la brigade de cuirassiers Michel, puis sur la route de Reichshoffen les cuirassiers de la division Bonnemains. L'Alsace était perdue et, l'état- major français ayant négligé de faire sauter le tunnel de Saverne, les Vosges mêmes ne devaient pas arrêter l'invasion.

Opérations en Lorraine. — Bataille de Forbach ou de Spickeren (6 août 1870). ■ — Le jour même de la bataille de Wœrth, le

(1) 1er corps, Mac-Mahon, à Strasbourg; 2e, Frossard, à Sainl-Avold; :r, Bazaine, à Metz; 4e, Ladmirault, à Thionville; 5e, de Failly, h Bilche; 6e, Canrobert, au camp de Châlons; 7", Félix Douay, à Belfort. La garde impériale (Boui'baki) est à Nancy, puis à Melz. Trois divisions de cavalerie indépendante sont aux ordres des généraux du Barail, de Bonnemains, de Forton. La réserve d'artillerie est à Châlons.

(2) I''° armée (Sleinmetz, sur la Sarre); IIe, au centre, prince Frédéric- Charles, neveu du roi de Prusse; IIIe, sur la Lauler (dont faisaient partie les corps bavarois, badois et wurtembergeois), prince royal de Prusse, Frédéric. Réserve générale (dont faisait partie le corps saxon), autour de Mayence.

LE SECOND G MPI 11 E ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

Le prince royal Frédéric Guillaume.

Photographisrhe Gesellschaft.

2° corps (général Frossard), trop en flèche et mal éclairé, était attaqué par les avant-gardes des I,e et IIe armées allemandes, bientôt renforcées par leurs corps respectifs. Après dix heures de lutte dans les bois, sur les hauteurs de Forbach et de Spickeren, le 2e corps (30000 hommes contre 70000) se replia en désordre, sans être poursuivi.

Le maréchal Bazaine était resté immobile à Saint-Avold, à lti kilomètres du champ de bataille.

Les batailles sous Metz.

— La Chambre des députés renversa le ministère Ollivier, et l'impératrice régente chargea le général Cousin-Montauban, duc ■de Palikao, du ministère de la Guerre et de la présidence du Conseil (9 août).

Une nouvelle répartition de nos forces militaires fut décidée : l'armée du Rhin passa sous les ordres du maréchal Bazaine, et le maréchal de Mac-Mahori fut mis à la tête de Y armée de Chdlons, que l'empereur rejoignit le 14 août.

Au lieu de prendre une résolution ferme — vigoureuse offensive ou retraite immédiate — le grand quartier général de Metz gaspilla en discussions stériles un temps précieux, pendant lequel les Allemands préparèrent le mouvement tournant qui allait les conduire sur la rive gauche de la Moselle. Aussi lorsque Bazaine se replia sur Châlons par Verdun pour couvrir Paris, le prince Frédéric-Charles avait-il passé la Moselle au sud de Melz avec l'intention de couper l'armée du Bhin de sa ligne de retraite.

Bataille de Borny (14 août 1870). — Le matin du 14 août 1870, l'armée française commence à passer la Moselle. Elle est suivie à quelque distance par une partie de la I" armée allemande. A 3 heures de l'après-midi, il ne reste sur la rive droite de la Moselle, en fait de troupes françaises, que le 3e corps (Deeaèn), le 4" corps (Ladmirault), et la garde impériale. C'est alors que le général von der Goltz, commandant la brigade d'avant-garde du 7e corps allemand, se résout à se jeter en travers pour la retarder et lance ses deux uniques régiments, au risque de les faire écraser avant l'arrivée des renforts. Nos régiments font volte-face et se déploient rapidement autour de Borny, en un demi-cercle. Cruellement décimés par le feu des chassepots, les bataillons de von der Goltz sont ramenés en arrière. A 8 heures, la nuit met fin au combat.

Sur aucun point la ligne française n'est entamée, et, au point de vue tactique, les Allemands sont, vaincus. Mais von der Goltz, en se sacrifiant, a retardé d'un jour la retraite des Français et donné le temps à la II! armée allemande (prince Frédéric-Charles) d'accourir pour barrer la route de Verdun. Contre 60000 Français, 70 000 Prussiens avaient été engagés : ils perdirent 5 000 hommes. Du côté des Français, il y eut 3 400 bomnies hors de combat. Le général Decaèn fut blessé mortellement, et les généraux Duplessis, de Castagny et Clérembaut plus ou moins grièvement atteints. Bazaine fut contusionné à l'épaule par un obus; il n'avait su ni conduire la retraite ni prendre l'offensive contre les avant-gardes imprudemment jetées en avant.

Après la bataille du 14 août, l'armée de Lorraine aurait dû gagner la Meuse au plus vite et se réunir à l'armée de l'intérieur pour livrer bataille dans des conditions favorables. Mais Bazaine, ignorant de la grande guerre et incapable de diriger les mouvements de plusieurs corps d'armée, perdit encore du temps. Le 16 au matin, l'avant-garde de l'armée française était encore à Vionville et l'arrière-garde à Melz. Le prince Frédéric-Charles, qui avait eu le temps de franchir la Moselle à Pont-à-Mousson, remonta vers le nord et réussit, après deux jours de combats sanglants et acharnés Mars-la-Tour et Saint-Privat, 16 et 18 août), à occuper la route de Verdun et à bloquer les Français dans Metz.

L'armée de Châlons. De Metz à Sedan. — Après la bataille de Wœrth, le maréchal de Mac-Mahon, obligé d'abandonner l'Alsace, s'était replié sur Châlons, où il fut rejoint par l'empereur. Vnrmée de Chdlons (140000 hommes avait été formée des 1er, 5e, 7e et 12e corps (Ducrot, Failly, Félix Douay, Lebrun), et le Lic corps (Vinoy) devait la rejoindre.

La première idée du maréchal et de l'empereur avait, été de se replier sur Paris pour livrer bataille avec l'appui des forts de la capitale déjà menacée. Mais, dans la crainte que ce mouvement de recul ne provoquât des troubles, le ministre de la Guerre, cédant aux observations d'ordre dynastique opposées par l'impératrice, donna à Mac-Mahon l'ordre de marcher sur Metz pour délivrer

Histoire ue F rance. — II.

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Plan de la bataille de Wœrth ou de Frœschwiller (6 août 1870).

Le maréchal de Mac-Mahon, après Wissembourg, décide de se reporter un peu en arrière, sur la magnifique position de Wœrth, entre la Sauer et l'Eberbach, de Neeliwiller au nord àMorsbronn au sud, de manière à couvrir à la fois les trois routes de Haguenau, Saverne et Bitche; en même temps, il rappelle à lui, par des ordres à la vérité trop peu catégoriques, le 5e corps (de Failly), échelonné autour de Bitehe. Il dispose de 41 ooo hommes et de 119 canons. De leur côté, les Allemands, qui, après lajournée de Wissembourg, ont perdu le contact de la division battue, marchent vers la Sauer, le centre en avant; ils sont deux fois plus nombreux et leur artillerie est forte de 212 canons.

La bataille s'engage, le 6 au matin, contre les prévisions des deux généraux en chef, le maréchal de Mac-Mahon et le prince royal de Prusse, commandant la IIIe armée. Elle débute par une série de violentes, mais infructueuses attaques de front des reconnaissances prussiennes du 5e corps allemand sur Wœrth. Cette fusillade d'avant postes attire sur la gauche française, à, Langensoultzbach, les reconnaissances du 2e corps bavarois.

Aux 5e et IIe corps prussiens, renforcés du 2S et d'une partie du 1er corps bavarois et de la division wurtembergeoise, soit un effectif total de 90000 combattants, les Français ne peuvent opposer que 38 000 hommes du 1" corps (moins un régiment laissé à Strasbourg), dont la 2e division (Abel Douay) avait été battue l'avant-veille à Wissembourg, et, en plus de la cavalerie du 1" corps (général Duhesme), la l" division de cavalerie de réserve (général de Bonnemains). Une des divisions du 7" corps (général Conseil-Dumesnil) est arrivée la veille de Belfort et on compte sur l'intervention du 5e corps (général de Failly), cantonné à proximité, à Bitche.

Au début de l'action, la 1" division (général Ducrot), à, gauche, repousse vigoureusement dans les bois les Bavarois, en avant de Neeliwiller, tandis qu'au centre, à Frœschwiller, la 3e division (général Raoult) contient et refoule à diverses reprises les attaques des Prussiens du 5e corps, gênés par le passage de la Sauer, au débouché de Wœrth, sur des ponts étroits et tenus sous son feu. Mais bientôt des groupes du 15e corps surviennent par Gunstett et- tournent la droite, où la 4" division (général Lartigue) fait très bonne contenance, mais doit céder au nombre ; le 3e zouaves est admirable dans la défense du Nieder Wald.

Le mouvement enveloppant s'accentue, l'artillerie prussienne fait preuve d'une énorme supériorité ; des charges de cavalerie prescrites par Mac-Mahon, fournies d'abord par les 8e et 9e cuirassiers et le 8e lancers (général Michel), puis par les cuirassiers de la division Bonnemains ( 1er, 2e, 3e et 4' régiments1, exécutées, à travers des houblonnières. sur le village de Morsbronn sont désorganisées en raison du terrain peu favorable et détruites par le feu violent des tirailleurs ennemis. .Sous peine d'être cerné, Mac-Mahon prescrit d'opérer la retraite parRèiehshoffen sur la Petite-Pierre et Phalsbourg. La division Raoult la couvre en se cramponnant a. l'éperon de Krœschwillcr, où son chef est tué héroïquement ; Ducrot évacue Neeliwiller; Lartigue lutte avec obstination, secondé par la division Conseil Dumesnil, dans Elsasshausen en flammes, pour assurer la retraite du centre français. Les troupes d'Afrique, zouaves et tirailleurs algériens, qui forment, la majorité du 1er corps, sont, malgré leur valeur, écrasées sens les obus et sous l'assaut îles masses formidables dressées contre elles la cavalerie se sacrifie avec courage et abnégation, tandis que le ."■" corps s'attarde et que sa 3" division (général Guyot de Lespart) n'arrive enfin le soir auprès de Niederbronn que pour apercevoir la retraite du 1" corps. Le général de Failly n'avait pas bougé.

Les Français perdaient dans celte bataille environ 6000 hommes, tués ou blessés,

dont trois généraux tués, Raoult, Colson et Maire, et on\ in m 1 prisonniers; les

Allemands avaient près de 11000 hommes hors de combat, dont les deux généraux en chef des 5e et 11e corps, Kirchbach et Bose, blessés.

Bazaine et prendre les Prussiens entre deuxfeux. Mac-Mahon ne se mit en route que le "2.'i août, exécutanl mollement le plan audacieux du ministre. La marche vois l'est se lit lentement, sans que dos précautions suffisantes eussent été prises du côté du sud. Mac Mahon croyait n'avoir devant lui que le corps du prince royal de Saxe, chef de la IVe armée allemande [armée de la Meuse), récem mont formée au moyen des 4" et 12e coips et de la garde puis sienne (90000 hommes). Or, dès le 26 août, la IIIe armée prince

Plan de la bataille de Mars-la Tour (16 août 1870).

I.a bataille de Mars-la-Tour est connue également sous le nom de bataille de Rezonviile, de Vionville ou de Gravelotte. Klle mit aux prises l'armée de Bazaine, engagée sur la route de Metz à Verdun (136 000 hommes, 420 canons), et 92000 hommes (avec 220 canons) des I" et II" armées prussiennes (Steinmetz et Frédéric-Charles), qui cherchaient à nous devancer sur notre ligne de retraite. La bataille se divise en deux phases, dont l'une s'étend avant et l'autre après 4 heures du soir.

Le 16 août au matin, le général prussien Alvensleben, après avoir franchi la Moselle à Novéant, remonte par Gorze vers le nord, surprend le 2" corps français de Frossard, qui occupe Vionville, Flavigny, Rezonviile et Gravelotte, et lui enlève les deux premiers de ces villages.

Le combat est rétabli du côté français par l'arrivée en ligne du 6" corps (Canrobert), puis du 4" (Ladmirault), qui ont marché au canon. Menacés à leur tour d'être débordés sur leur gauche, les Allemands ont sacrifié, dans une charge désespérée (la chevauchée de la mort), la brigade de dragons Bredow. Un vigoureux effort pourrait peut-être écraser et isoler Alvensleben sur la rive gauche de la Moselle, mais Bazaine ne l'ordonne pas. Vers 4 heures du soir le combat change de face : le prince Frédéric-Charles et Voigts-Retz, avec le 10" corps (Fransecki), arrivent au secours d' Alvensleben. L'offensive prussienne reprend avec une nouvelle vigueur. Tandis qu'à droite, Alvensleben contient Frossard, à gauche Voigts-Retz échoue devant Rezonviile et couvre cet échec en jetant sur le plateau de Mars-la-Tour une masse de cavalerie qui se heurte à la nôtre. A 7 heures du soir, Alvensleben, grossi par quelques brigades de renfort, tente une attaque infructueuse sur les bois de Saint-Arnould. Depuis la matinée les Français ont repoussé victorieusement toutes les attaques, mais ils ont laissé échapper l'occasion de remporter une grande victoire et se sont vu couper la route de Marsla-Tour. Leurs pertes à peu près égales à celles des Allemands ont été. de 16000 hommes environ. La clairvoyance et la ténacité indomptable d'Alvensleben avaient fait de la journée de Rezonviile, bien qu'elle fût le résultat d'une surprise stratégique, lacté décisif de la guerre.

Le lendemain, 17 août, les Allemands s'emparent de la route de Metz à Briey. A aucun moment de la journée, le maréchal Bazaine n'a essayé de profiter des réserves de sa gauche pour transformer en une victoire décisive cette sanglante journée, qui va permettre à l'armée allemande de prononcer son mouvement enveloppant autour de Metz.

royal de Prusse) [160000 hommes], qui avait connu par la presse le mouvement de l'armée française, cherchaàlatourner sur sa droite par une conversionverslenord, pour l'empêcher dépasser la Meuse. Le 30 août, notre aile droite (5e corps, de Failly) fut défaite à Beaumont-Mouzon et toute l'armée se retira derrière la Meuse, à Sedan (31 août).

Bataille et capitulation de Sedan (1" et 2 septembre 1870).

Napoléon III prisonnier. — Le lerseptembreles Allemands, par un double mouvement tournant, enveloppèrent les Français:

passant la Meuse, les uns à Bazeilles, les autres à Donchery, ils se rejoignirent au plateau d'Illy, et les chasseurs d'Afrique se sacrifièrent pour retarder la marche de l'ennemi, qui avait pour objectif la route de Mézières, seule ligne de retraite qui nous restât. La bataille, commencée à quatre heures du matin,

Le prince Frédéric-Charles.

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fut signalée par la belle défense de Bazeilles et la chevauchée héroïque des chasseurs de Galliffet au plateau d'Illy. Vers cinq heures, l'armée de Châlons était prise au fond d'un entonnoir et enserrée de tous côtés par des troupes numériquement plus fortes. A onze heures et demie, l'empereur, pour ne pas sacrifier inutilement des milliers de vies humaines, rentra dans Sedan, et à deux heures, de sa propre autorité, il fit hisser le drapeau blanc.

Le soir, à huit heures, le général de Wimpfen se rendit au quartier allemand de Donchery pour y conférer avec de Moltke et, devant l'attitude impassible du maréchal, la capitulation fut signée le lendemain : l'ar-

mée, avec tout son matériel (500 canons), était prisonnière de guerre, les officiers restant libres sur parole. L'empereur, qui avait fait auprès du roi de Prusse une tentative personnellepour obtenir des conditions moins dures, se retira au château de Wilhelmshôhe, près de Gassel.

La nuit, les Prussiens, célébrant leur victoire, entonnèrent le Choral de Luther, et, dans le silence, l'écho des collines répercuta le bruit de leurs cent mille voix. Mais si l'héroïsme honore le malheur et la défaite, la France vaincue peut être fière des « braves gens » dont le monument élevé en 1910, près de Sedan, sur le plateau de Floing, perpétuera la mémoire.

Proclamation de la République (4 septembre 1870). — La capitulation de Sedan eut pour conséquence immédiate la chute du gouvernement impérial.

Cette révolution politique s'accomplit sans grands désordres et sans effusion de sang; elle fut surtout une insurrection du sentiment national. Dans la journée du 3, une dépêche de Bruxellesannonçale désastre de Sedan avec toutes ses consé-

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Plan de la bataille de Saint-Privat (18 août 1870).

Après la sanglante journée de Mars-la-Tour (16 août 1870), au lieu de poursuivre sa marche sur Verdun, le maréchal Bazaine, sous le prétexte, d'ailleurs inexact, d'un ravitaillement nécessaire, ramène, le lendemain, son armée sous Metz, dans les positions où doit se livrer, le 18, la bataille de Saint-Privat. Il se borne à donner aux troupes l'ordre de se fortifier.

Le 18 août, l'armée française occupe, face à l'ouest, les positions suivantes : a. gauche, le 2e corps (Frossard), appuyé à la Moselle, en face de Gravelotte; au centre, le 3e corps (Le Bœuf), à Chàtel-Saint-Germain, et le 4" corps (général Ladmirault) à Amanvillers ; à droite, le 6* corps (maréchal Canrobert) à Saint-Privat. La garde impériale (Bourbaki) et la réserve générale d'artillerie se tiennent en arrière, à Plappeville, où se trouve le quartier général du commandant en chef (Bazaine). Les Français sont au nombre de 125 000 avec 400 bouches à feu, et les Allemands au nombre de 180 000 avec 600 canons.

Le plan du maréchal de Moltke et du prince Frédéric- Charles est d'attaquer do front notre gaucho et notre centre, puis de continuer leur mouvement tournant vers le nord pour déborder notre droite et nous rejeter sous Metz. Du côté français l'ordre est de garder la défensive, et le front de l'armée est protégé par des tranchées-abris. L'armée allemande se compose des 7e, 8% 9" et 12" corps et de la garde royale, les 2e, 3" et 10e corps restant en seconde ligne. Vers 11 heures et demie du matin, le 9" corps prussien engage l'action, qui bientôt s'étend de notre gauche à notre droite sur toute la ligne. De midi à 3 heures, tous les efforts de l'ennemi contre notre gauche et notre centre (2", 3" et 4e corps) restent infructueux et lui coûtent des pertes énormes. Il masse alors près de cent mille hommes contre notre droite, c'est-à-dire contre Saint-Privat. Canrobert (4" corps) qui n'en a que trente mille avec des munitions insuffisantes, lui oppose une résistance désespérée. A 5 heures du soir, la garde prussienne réussit à s'emparer sur le 94" de ligne de Sainte-Marie-aux-Chênes, en face de Saint-Privat, qu'elle couvre alors de feux convergents. Puis elle tente l'attaque de la position. Mais en une demi-heure les feux rasants de l'infanterie française couchent plus de 6 000 Prussiens, dont 240 officiers, sur le long glacis découvert qui précède le village. Enfin, à 7 heures, le 12e corps (saxon) parvient à déborder notre flanc droit. Canrobert, abandonné par Bazaine qui s'est tenu toute la journée au fort Saint- Quentin, à 5 kilomètres du champ de bataille, continue à se défendre héroïquement dans le cimetière de Saint-Privat, surnommé depuis le tombeau de la garde. Mais les renforts prussiens grossissent à chaque instant. A 9 heures les Prussiens réussissent à pénétrer dans Saint Privât. I.e village, écrasé sous le feu de trois cents pièces de canon, est en flammes, les caissons sont vides : Canrobert se voit forcé de donner le signal de la retraite, qui est protégée par l'artillerie de la garde impériale. Peu après le 4c corps, pris de flanc par les batteries ennemies qui couronnent Saint-Privat. se replie à son tour sous Metz. La bataille était perdue. Elle coûta la vie à 20000 Allemands et à 12000 Français.

De Moltke n'avait pas donné d'ordres, et chacun, dans l'armée ennemie, avait été livré à sa propre initiative. Un moment la panique régna dans les rangs prussiens et faillit enlever le roi Guillaume lui-même dans le torrent des fuyards.

quences, et les

députés de la gauche l'apprirent en même temps que le ministère. La nouvelle, aussitôt répandue, excita l'indignation, et l'on commença à crier : « Déchéance! » Dans une séance de nuit, à une heure du matin, le ministre de la Guerre dut avouer officiellement la situation aux députés réunis dans le salon de la présidence.

LE SECOND EMPIRE ET LA GUERKE FRANCO-ALLEMANDE

Canrobert, photographie Braun et C".

Jules Favre déposa alors une proposition tendant à déclarer déchus Napoléon Bonaparte et sa dynastie.

L'impératrice répondit à la proposition de Jules Favre par la nomination pure et simple d'un conseil de gouvernement Le

et de défense nationale (4 septembre). La gauche et le centre

protestèrent : de nouveau la déchéance fut proclamée dans des termes plus mesurés que la veille, sur le conseil de Thiers, qui, sollicité par Mérimée, avait refusé de prendre le ministère que lui offrait l'impératrice.

Pendant que les députés délibéraient, la Chambre fut envahie par la foule et par les gardes, nationaux. Après avoir publiquement annoncé la déchéance, Gambetta entraîna les manifestants à l'Hôtel de Ville pour y proclamer la République. L'impératrice, devant le fait accompli, prit le bras du prince de Metternich jusqu'à la colonnade du Louvre, monta dans un fiacre, se fit conduire chez le docteur Evans, avenue Malakoff, sortit par la porte Maillot, qu'obstruait déjà une barricade, arriva à Deauville le 6 septembre au soir, s'embarqua sur un yacht appartenant à sir John Burgoyne et entra dans le port de Ryde le lendemain au petit jour.

Le soir même, le Gouvernement de la Défense nationale était constitué avec Emmanuel Arago, Grémieux, Jules Favre, Jules Ferry, Gambetta, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Pelletan, Ernest Picard, Henri Rochefort, Jules Simon. Le général Trochu fut appelé à la présidence du gouvernement et << chargé des pleins pouvoirs militaires ». Enfin un ministère fut immédiatement formé. Il se composait de : Jules Favre (Affaires étrangères), Léon Gambetta (Intérieur), général Le Flô (Guerre), amiral Fourichon (Marine), Ad. Crémieux (Justice), Ernest Picard (Finances), Jules Simon (Instruction publique et cultes), P. -F. Dorian (Travaux publics), Magnin (Agriculture et Commerce). Etienne Arago devint maire de Paris, avec Charles Floquet, Henri Brisson, J. Clamageran, Emile Durier pour adjoints; la Préfecture de police fut confiée à A. de Kératry. Les fonctionnaires furent déliés de leur serment politique.

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