LA DÉFENSE NATIONALE
Entrevue de Ferrières. Continuation des hostilités. — Le gouvernement de la Défense nationale lit appel à 1' « union in lime de l'année et du peuple » pour la défense du pays : « Soldats! en acceptant le pouvoir dans la crise formidable que nous traversons, nous n'avons pas fait œuvre de parti. Nous ne sommes pas au pouvoir, mais au combat. » Et Jules Favre, dans une circulaire aux agents diplomatiques de la France à l'étranger, rappelait que l'opposition, aujourd'hui au pouvoir, avait « hautement condamné la guerre »; que le roi de Prusse avait déclaré « qu'il faisait
cimetière de Saint-Privat, par A. de Neuville
la guerre, non à la France, mais à la dynastie impériale » ; que, maintenant, rien ne s'opposait donc plus à la paix : « Le roi de Prusse veut-il continuer une lutte impie qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous?... Libre à lui; qu'il assume cette responsabilité devant l'histoire! Si c'est un défi, nous l'acceptons. Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses » (6 septembre 1870).
Thiers, qui, quoique député de Paris, était resté en dehors du gouvernement, reçut la mission de conférer avec les chancelleries : à Londres, Saint-Pétersbourg, Vienne et Florence. L'Autriche, bien disposée, se déclara impuissante ; l'Angleterre crut n'avoir pas d'intérêt à prendre parti pour nous, et la Russie avait pris des engagements avec la Prusse. Victor-Emmanuel et ses ministres ne se laissèrent pas davantage fléchir.
Le 48 septembre, Jules Favre eut au château de la Haute-Maison, près de Meaux, une entrevue avec Bismarck, qui lui déclara « que les deux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, une partie de celui de la Moselle avec Metz, Château-Salins et Soissons lui étaient indispensables ». Jules Favre lui fit remarquer que le droit public
Les dernières cartouches, par A, le Neuville.
HISTOIRE DE FRANCK
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Plan de bataille de Sedan (1" septembre 1870).
I,a bataille commence le i" septembre, à 4 heures du matin, par l'attaque de Bazeilles, où se concentre tout l'effort des Français, particulièrement de la division d'infanterie de marine (général de Vassoignc), du 15' corps d'armée (général Lebrun). « Pour continuer à nous défendre plus avantageusement, écrivait le commandant Lambert dans son rapport au général de Vassoigne, nous nous retirâmes dans une maison isolée située au point culminant de Bazeilles. J'avais avec moi les capitaines Aubert, Bourgcy, Picard et Delaunay, les lieutenants Kscoubet et Saint-Félix et à peu près une centaine d'hommes. Grâce surtout à l'activité du capitaine Aubert, la maison fut rapidement mise en état de défense ; ce brave officier, prenant un fusil, se plaça ensuite à l'une des fenêtres et, grâce à sa merveilleuse adresse, il amena chez les hommes une émulation qui fut loin d'exclure le calme. Cependant, malgré les pertes considérables qu'il éprouvait, l'ennemi avançait toujours. Voyant que notre maison allait être cernée et me trouvant dans l'impossibilité de marcher, j'engageai les officiers qui étaient avec moi à me laisser avec quelques hommes et à se retirer sur le gros de la division. Pas un ne voulut y consentir et tous me déclarèrent qu'ils se défendraient avec moi jusqu'à la fin. Au bout de deux heures, nous fûmes complètement cernés par le 15° régiment bavarois. Bientôt notre maison se trouva dans le plus piteux état : les portes et les fenêtres étaient percées à jour, notre toiture à moitié enlevée par un obus qui nous blessait quatre ou cinq hommes. Malgré cela la lutte continuait toujours avec acharnement. Elle ne cessa qu'avec nos munitions. » L'héroïque petite troupe dut alors se rendre. Le commandant Lambert, étant parvenu à s'évader de captivité, alla se mettre à la disposition du gouvernement.
Pendant ce temps, le prince royal de Prusse s'empare des défilés de Vrigne-aux- Bois, qui lui livrent Sedan au nord.
Mac-Mahon a été blessé par un éclat d'obus au début de l'action, avant d'avoir donné à ses subordonnés aucun ordre d'ensemble, et le commandement a passé au général Ducrot, qui ordonne la retraite sur la Belgique, pays neutre. Mais le général de Wimpfen exhibe un arrêté du ministre de la Guerre lui conférant le commandement en cas de blessure du maréchal. Wimpfen, convaincu que la route deMézières est coupée, est d'avis de résister jusqu'au bout. « Que Votre Majesté, s'écrie-t-il à Napoléon, vienne se mettre au milieu des troupes : elles tiendront à honneur de lui ouvrir un passage. » Il ramène les troupes devant Bazeilles, dans l'espoir de percer les lignes de l'ennemi, dont le mouvement de retraite commandé par Ducrot a fortifié les positions.
Au nord, vers le plateau d'Illy, les chasseurs d'Afrique de la division Margueritte se sacrifient pour retarder la marche des Prussiens. Margueritte reçoit une balle dans la gorge en allant reconnaître les abords du plateau et est remplacé par le colonel de Galliff"t, à qui Ducrot donne l'ordre de charger : alors commence cette héroïque chevauchée qui arrache au roi Guillaume, posté sur les hauteurs de Fresnois, le cri d'admiration resté célèbre : « Oh ! les braves gens ! » Galliffet va reconnaître le terrain au petit trot, posément, revient de même, puis enlève ses escadrons. Lorsque sa brigade a été réduite à une poignée do cavaliers, il répond au général Ducrot qui lui demande un nouvel effort « pour l'honneur des armes» : «Tant que vous voudrez, mon général, tant qu'il en restera un ! » Il en restait bien peu lorsque la dernière charge vint s'arrêter à quelques mètres des rangs ennemis. Les survivants crièrent, le sabre haut :
■ Vive li- nipereur ! » Du côté prussien, les officiers firent arrêter le feu et ren dirent le salut.
européen ne permettait pas de se passer de l'assentiment des populations et qu'il appartenait
.i Assemblée nationale de
nommer un gouvernement définitif pour traiter de la paix.
l.e lendemain, dans une nouvelle entrevue au château de Ferrières, il insista sur la néité de convoquer une Assemblée à Paris; mais, le 20,
Çp7
Mac-Mahon, photographie V. Franck.
Galliffet.
(Cliché Bergur-Levrault et C'".)
Jules Favre, photographie Pierre Pktit.
Bismarck lui demanda pour gage l'occupation de Strasbourg, de Toul, de Phalsbourg et d'un fort dominant la capitale, par exemple le mont Valérien. C'était obliger l'Assemblée française à délibérer sous le canon prussien, et Jules Favre proposa alors de réunir les députés à Tours. Le roi Guillaume, consulté, y consentit, mais exigea que la garnison de Strasbourg se rendit prisonnière de guerre. « J'étais à bout de forces, a écrit Jules Favre, et craignis un instant de défaillir. Je me retournais pour dévorer les larmes qui m'étouffaient et, m'excusant de cette faiblesse involontaire, je prenais congé. » Ainsi le gouvernement de la Défense nationale avait cherché la paix : il rencontrait une volonté inllexible de conquête. Après le désastre de Sedan, la France devait-elle s'avouer définitivement vaincue ou continuer la guerre? La réponse à cette question, demeurée pendant longtemps l'objet de discussions passionnées, se trouve dans les nombreux documents diplomatiques et militaires publiés depuis 1870, dans la correspondance du maréchal de Mollke, dans les Mémoires de Bismarck. 11 y avait d'abord à sauver l'honneur de la patrie. Il fallait ensuite essayer à tout prix d'empêcher l'annexion de l'Alsace-Lorraine, annexion déjà réclamée en 1815 par la diplomatie prussienne, prêchée depuis lors comme une nécessité historique dans toutes les universités d'outrelihin, passée à l'état d'idée fixe après Sadowa chez les meneurs de la politique allemande, pour être finalement dénoncée à Jules Favre dans l'entrevue de Ferrières comme l'objectif immédiat de la guerre en cours. La fameuse carte dite au « liséré vert » et sur laquelle l'état-major allemand avait marqué la frontière qu'il souhaitait fait ressortir avec beaucoup de force que, dès le mois d'août 1870, on entendait nous priver de l'Alsace et de la Lorraine, en y comprenant Belfort et Nancy. « L'histoire, a dit Ghanzy en parlant de la défense nationale, rendra justice à ce grand effort : c'a été la gloire de la France. »
La guerre de sièges en Alsace et en Lorraine. — Pendant que les 111e et IVe armées, victorieuses à Sedan, se dirigeaient sur Paris, le reste des forces allemandes s'employait à faire tomber les places fortes de l'Alsace et de la Lorraine.
Strasbourg. — Après la bataille de Reichshoffen, la division badoise fut détachée pour aller cerner Strasbourg. Gomme Bismarck le déclara à Jules Favre lors de l'entrevue de Ferrières, c'était la clef de la maison, et tout allait être mis en œuvre pour l'arracher de nos mains. Bien n'avait été fait pour protéger la place contre une attaque régulière tentée avec des pièces rayées, ni pour mettre la ville à l'alni d'un bombardement parla construction de forts avancés.
La garnison se composait, sous les ordres du général Uhrich, rappelé du cadre de réserve, de 17 000 hommes environ, dont 3000 seulement avaient une instruction militaire sérieuse. La division badoise du général de Beyer, ministre de la Guerre du grand-duché, se présenta devant Strasbourg le 9 août; elle fut renforcée par la 1re division de réserve de la" III" armée (général de Werder) et par la Iandwehr de la garde, en tout 60000 hommes, disposant de 350 pièces d'artillerie. Dès le 16, la place fut entièrement investie, après une inutile sortie sur l'Ill. A partir du 23 commença le bombardement méthodique de la ville, Uhrich ayant refusé de capituler. Le 24, l'artillerie badoise brûlait jusqu'au dernier parchemin de la bibliothèque de Strasbourg. L'hôpi-
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
tal militaire fut évacué et les malades transportés dans les salles basses de l'évêché; le feu ne cessa sur la cathédrale qu'à la demande de l'évèque, Msr Raess. Dans la nuit du 25 au 26, Strasbourg ressemblait à une mer de ilammes.
Le siège régulier commença le 26 août. La résistance se prolongea un mois encore : le gouverneur ne rendit la ville démantelée, à demi minée et incendiée, que lorsqu'il eut jugé impossible de résister victorieusement à un assaut de la brèche du bastion 11. La garnison fut prisonnière de guerre et tout le matériel dut être livré à l'ennemi (28 septembre .
Dans les derniers jours du siège, un proscrit de décembre, Edmond Valentin, nommé par le gouvernement de la Défense nationale préfet du Bas-Rhin, réussit à rejoindre Strasbourg assiégé à travers mille dangers et entra dans la ville sous le feu de l'ennemi. Cet acte d'héroïque dévouement devait malheureusement rester stérile.
Metz. — Enfermé dans Metz après les batailles de Borny, de Mars-la-Tour et de Saint-Privat, Bazaine fut aussitôt bloqué par 200000 Allemands, aux ordres du prince Frédéric-Charles. Il ne devait faire aucune tentative sérieuse pour rompre les lignes d'investissement.
L'armée assiégée fit une première sortie du côté de Servigny le 26 août, mais les troupes reçurent l'ordre de reprendre leurs positions sans avoir rien fait. Le 31, à la nouvelle de la marche de l'année de Chàlons, Bazaine prescrivit, dans la même direction, une nouvelle opération ayant pour but de rompre les lignes allemandes et de gagner Thionville. IS'oisseville, pris parla brigade Clinchant, fut repris par les Allemands dans la soirée du 31. Le lendemain matin les Français réussirent de nouveau à s'emparer du village et soutinrent victorieusement plusieurs assauts; mais, les Prussiens ayant reçu des renforts, la position fut définitivement abandonnée.
Lorsque Bazaine eut appris la révolution du 4 septembre, au lieu de tenter un suprême effort, il entama des pourparlers avec Bismarck, accepta l'intermédiaire d'un louche aventurier du nom de Régnier, envoya le général Boyer au quartier général allemand et auprès de l'impératrice Eugénie. Pendant qu'il faisait ainsi le jeu de l'ennemi, il ne permettait que de menues opérations pour faire des vivres et du fourrage : à Ladonchamps (26 septembre, 2 et 7 octobre), à Peltre (27 septembre), à Lessy (1er octobre); l'armée s'épuisait dans l'inaction et dans la maladie. Le 24 octobre, le prince Frédéric-Charles écrivit à Bazaine que, les négociations politiques n'ayant pas abouti et « l'avenir de la cause impériale n'étant nullement assuré par l'attitude de la nation et de l'armée française, » il ne pouvait plus être question pour l'armée de Metz de jouer le rôle qu'on lui destinait dans la restauration de l'Empire.
Bazaine, qui n'avait plus de vivres, signa la capitulation du 27 octobre, aux termes de laquelle toutes ses troupes (180000 hommes), la place et les forts de Metz devaient être livrés au prince le 29 octobre à midi. L'article 2 stipulait spécialement qu'il serait fait remise au vainqueur des armes ainsi que de tout le matériel de guerre. Les procès-verbaux officiels constatent qu'il fut livré à l'ennemi : 1665 bouches à feu, 8922 affûts de voitures, 3230225 projectiles, 419285 kilogrammes de poudre, 23 .millions de cartouches, 124177 fusils Chassepot, 154152 fusils de divers modèles, 53 drapeaux qui n'avaient pu être brûlés par leurs régiments.
D'intelligence médiocre et dépourvu de sens moral, l'homme dont la nomination avait été chaudement accueillie par tous les partis avait trahi les espérances de la patrie. Si Bazaine avait pour lui la bravoure purement physique, il était incapable de diriger une nombreuse armée et de prendre une initiative sérieuse. Mais son insuffisance comme chef d'armée ne justifie pas cette inertie calculée, persistante, que ne vint troubler pendant deux mois ni la conscience de sa responsabilité, ni le spectacle des souffrances morales de ses troupes immobilisées malgré elles. Soit qu'il ait
considéré comme non avenue Bazaine.
la révolution du 4 septembre et (D'après une photographie.)
que, Napoléon étant prisonnier, il ait estimé qu'il appartenait à l'impératrice régente de signer les préliminaires de paix, soit qu'il ait, comme au Mexique, rêvé de se saisir à la faveur des événements d'une haute situation dans l'Etat, il est impardonnable d'avoir fait passer son intérêt personnel avant celui de son armée et de son pays et de s'être mis en relations avec, l'état-major ennemi, qui le berna. Le conseil de guerre, présidé par le duc d'Auniale, qui, à Trianon, le condamna, en 1873, à la peine de mort,
jugea à l'unanimité qu'il était coupable d'avoir capitulé en rase campagne (Metz n'était pas en état d'être considéré comme camp retranché) et d'avoir traité « sans avoir fait préalablement tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur ». Et comme Bazaine objectait qu'il n'y avait plus, depuis le 4 septembre, de gouvernement régulier, le duc d'Aumale lui répondit : « II y avait la France ! »
Les places secondaires. — Après Strasbourg et Metz succombèrent les forteresses secondaires de l'Alsace et de la Lorraine. Phalsbourg, Bitche, Toul, Verdun, Montmédy, Thionville, Belfort surtout, ne se Denfert-Rochereau. rendirent qu'après une glo-
(Édition Fayard.) rieuse résistance. Belfort fut
assiégé parles troupes du général de Treskow pendant cent troisjours (4 novembre 1870-18 février 1871). La garnison, commandée par le colonel Denfert-Rochereau, repoussa les attaques de l'armée prussienne avec une telle énergie que la ville fut surnommée par l'ennemi « la fabrique de morts ». La population, de son côté, supporta avec héroïsme ce long siège, malgré un bombardement de soixante-treize jours qui jeta dans la place 98000 obus. Enfin, le 18 février 1871 , sur l'ordre du gouvernement de la Défense nationale, Belfort se rendit et la garnison sortit avec les honneurs de la guerre. Grâce à cette belle résistance et aux efforts de Thiers, Belfort devait rester à la France (1).
Siège de Paris. — C'est le 18 septembre 1870 que les avantgardes des Ire et IIIe armées prussiennes, victorieuses à Sedan, apparurent dans la banlieue est et sud de Paris, sous le commandement du roi Guillaume, du maréchal de Moltke et du prince royal de Prusse. Le roi de Prusse établit à Versailles son quartier général.
A la fin d'octobre, l'assiégeant disposait de 170000 hommes d'infanterie, 12 000 cavaliers et 680 pièces de campagne. Les troupes de la défense comprenaient : le 13e corps d'armée (général Vinoy), échappé au désastre de Sedan (28 000 hommes); le 14e corps (général Renault, 30000 hommes); un certain nombre d'unités de marche formées à l'aide des douaniers, forestiers, gendarmes, etc., soit 12 000 hommes; 4 brigades de cavalerie, 135 000 homme de la garde nationale mobile, des marins venus des ports et des escadres et qui furent utilisés au service de l'artillerie des forts (15000 hommes) ; enfin, la garde nationale sédentaire (330000 inscrits), composée de 270 bataillons environ, encadrés de chefs élus. Le général Ducrot, arrivé le 16 septembre de Pont à-Mousson, prit le commandement des 13e et 14e corps. Sauf pour le 13e corps, l'instruction et l'encadrement des troupes, particulièrement dans les bataillons parisiens, étaient des plus défei tueux. Les fortifications de Paris dataient du règne de Louis-Philippe : elles formaient une enceinte continue (94 bastions) protégée par 17 forts détachés et qui fut divisée en 9 secteurs.
Sous le titre de président du gouvernement de la Défense nationale, le général Trochu fut véritablement investi de la dictature. Sa situation lui permettait de tout oser dans l'intérêt du salut public. Il n'osa pas assez. Il s'occupa consciencieusemenl de La défensive, mais il s'y confina, ne se décidant à tenter des sorties que suis la pression énergique de l'opinion, peu confiant dans la valeur des moyens dont il disposait, ajournant indéfiniment
(1) C'est en l'honneur des défenseurs de Belfort que Bartholdi sculpta le lion gigantesque adossé au rocher a pic du château. Sur la place d'armes, Quand même! groupe en bronze de Mercié, rappelle aussi le souvenir du siège.
l'exécution de son fameux « plan » (1), comptant peu sur le succès en dehors d'un miracle, car «il poussait la foi religieuse jusqu'au mysticisme ». (Général du Barail.) Officier de mérite, brave, intelligent, mais irrésolu, il était d'une nervosité extraordinaire, pérorant à loul propos, exposant à tout moment ses idées, qu'il appuyait de préceptes et de maximes, éprouvant l'irrésistible besoin de « s'épanclier sans jamais tarir, ainsi qu'une source abondante », ce
Trochu, photographie Braun et C"
Vinoy.
(D'après une gravure.)
qui a fait dire de lui plaisamment qu il « était moins un général qu'un robinet». La confusion entre ses mains de deux fonctions d'objet très différent devait donner de mauvais résultats: le président du gouvernement, préoccupé de conserver les sympathies de Paris, empêcha, dans une certaine mesure, le chef de la défense de faire régner dans tous les quartiers de la capitale la discipline rigoureuse qui aurait imposé la trêve des partis. En somme, du côté des troupes l'instruction, du côté des chefs la confiance faisaient défaut. Les assiégés s'efforceront, tout en résistant, de rompre par des sorties le cordon d'investissement pour seconder l'action des armées de province, dont l'objectif sera de débloquer la capitale.
Combatsde Châtillon (19 septembre), de Villejuif (22-23 septembre), de Chevilly (30 septembre), de Bagneux (13 octobre), de La Malmaison (21 octobre), du Bourget (28-30 octobre). — Le 19 septembre, le général Ducrot résolut de s'établir sur le plateau de Châtillon, afin d'arrêter la marche des Prussiens sur Versailles : ce premier combat se termina par une panique, et le 14e corps se relira en désordre devant les Bavarois (2e corps) et les Prussiens (5e corps) commandés par von Hartmann.
Le 23, du côté de Saint-Denis, le général de Bellemare poussa une vigoureuse reconnaissance jusqu'à Pierrefitte, dont il chassa les ennemis après leur avoir infligé des pertes sérieuses. En même temps, la division Maud'huy, qui avait déjà occupé la veille le Moulin-Saquet et le village de Vitry, se portait sur Villejuif et enlevait, à droite du village, la redoute des Hautes-Bruyères.
Le 30, tandis que les 35e et 45* de ligne (général Guilhem) refoulaient vigoureusement l'ennemi hors de Chevilly, la tète de colonne du général Biaise, de la division Maud'huy, pénétrait dans le village de Thiais et s'emparait d'une batterie de position qu'on ne put enlever faute d'attelages.
Le 13 octobre, le général Vinoy (13e corps) exécuta une sortie ayant pour objet de déblayer le plateau de Châtillon des masses ennemies qui l'occupaient. Clnmnrt fut aisément enlevé. La brigade du général de La Charrière se porta rapidement en avant, soutenue par le feu du fort de Montrouge, et enleva le village de Bagneux, défendu par un bataillon de chasseurs bavarois; ce hardi coup de main coûta la vie au chef de bataillon de DampieiTe, mort à la tête des mobiles de l'Aube. A droite, la brigade du général Susbielle était moins heureuse dans son attaque sur Châtillon, dont elle ne put enlever le réduit. Des renforts considérables étant parvenus aux Prussiens, le général Vinoy donna l'ordre de la retraite, ayant perdu inutilement 200 hommes.
(1) D'après le « plan de Trochu », il aurait fallu porter nos troupes dans la direction de Rouen, leur faire traverser la Seine et les ramener par la rive droite sous les murs de Paris. L'exécution de ce plan fut jugée, sinon impossible, du moins très dangereuse.
Comme suite à la reconnaissance offensive tentée vers Bagneux, le gouvernement projeta une nouvelle sortie sur Rueil. Elle eut lieu le 21 octobre et aboutit au combat de La Malmaison.
Le général Ducrot, chargé de l'expédition, avec inooo hommes et 23 bouches à feu, divisa ses troupes en trois colonnes, commandées par le général Berthaut, le général Noël et le général Cholleton. Les deux premières devaient marcher sur La Malmaison, à droite, la troisième sur Buzcnval, à gauche. A 1 heure, elles se mettent en mouvement, soutenues par notre artillerie, qui, rangée en un vaste demi-cercle, de Rueil à la ferme de la Pouilleuse, couvre d'obus les avant-postes de La Malmaison, Buzenval, la Jenchère et Bougival. Vers 2 heures, elle débouche en face des positions à atteindre. La colonne Berthaut déloge l'ennemi du parc de La Malmaison; un moment arrêtée par deux batteries prussiennes, elle revient au combat, sous la protection de nos pièces de campagne. Pendant ce temps, la colonne Noël gravit les pentes de la Jonchère et, pénétrant dans le parc de Buzenval, refoule l'ennemi vers Saint-Cucupha. Mais les Allemands se sont ressaisis : à 4 heures, une furieuse mèlee s'engage dans le parc do La Malmaison entre quatre compagnies de zouaves (sous le commandant Jacquot) et le 50' régiment pruss en. Presque tous nos officiers sont tués ou blessés. Knfin, à 5 heures, des renforts arrivent de touies parts aux Allemands qui, après une lutte acharnée, reconquièrent tout le terrain perdu. La lutte étant devenue par trop inégale, Ducrot ordonna la retraite sur Rueil etCourbevoie; elle s'effectua en bon ordre, à la nuit touillante, sans que l'ennemi osât inquiet er notre arrière-garde. L'affaire de La Malmaison nous coûtait plus de 500 hommes et 30 officiers; les Prussiens perdaient 390 hommes et 21 officiers.
Le 28 octobre, un corps de francs-tireurs, dépendant de la brigade du général de Bellemare, à Saint-Denis, réussit à déloger du Bourget un détachement prussien. 11 fut aussitôt renforcé par deux autres bataillons, mais le lendemain l'ennemi revint en grand nombre et surtout avec une très forte artillerie qui, pendant deux jours, ne cessa de bombarder le village : nos troupes durent battre en retraite après avoir été cruellement décimées.
Dès les premiers jours du siège il s'était formé un « Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris », composé de délégués nommés par les compagnies de la garde nationale. Le 20 septembre 1870 ces délégués votèrent la guerre à outrance, la remise immédiate entre les mains de la Commune de Paris de la police municipale, l'élection à bref délai de la municipalité.
Ils se présentèrent à l'Hôtel de ville et firent connaître à Jules Ferry, représentant le gouvernement provisoire, leurs revendications, qui contenaient déjà en germe la future Commune.
Le 5 octobre, Gustave Flourens descendit avec ses bataillons en armes sur la place de l'IIôtelde-Ville et somma le gouvernement d'agir. A la suite de l'insuccès de l'attaque du Bourget et de la nouvelle de la capitulation de Metz, les chefs de la Commune rentrèrent en scène :
des bataillons de la garde nationale envahirent l'Hôtel de ville pour s'emparer du pouvoir (31 octobre); mais d'autres bataillons délivrèrent les mem- photographie V. Franck.
bres du gouvernement.
Ce même jour Thiers arrivait à Paris, retour de sa mission, et entamait bientôt à Versailles avec Bismarck des pourparlers qui échouèrent, sur le refus du chancelier d'accorder un armistice avec ravitaillement de Paris. « Nous étions tout disposés à faire des sacrifices, dit Bismarck; mais l'insurrection de Paris nous fait perdre tout espoir. »
Le gouvernement avait ajourné les élections, parce que la nécessité lui semblait s'imposer d'éviter tout conflit en face de l'ennemi et, en ce qui concerne spécialement l'élection des municipalités, il craignait qu'une Commune de Paris n'entravât son action et son initiative. Mais, après lajournée du 31 octobre, pour couper court au reproche de n'avoir pas fait confirmer ses pouvoirs par le suffrage universel, il se décida à se faire plébisciter et à soumettre à l'élection les maires et adjoints des vingt arrondissements de Paris; en même temps, il révoqua les chefs de bataillon de la garde nationale particulièrement compromis. Le 3 novembre, 557 996 électeurs contre 66638 le maintinrent en fonctions. A la suite des élections des maires et adjoints, Jules Ferry fut délégué à l'Hôtel de ville pour remplacer le maire de Paris et le préfet de la Seine.
Les sorties. Batailles de Villiers et de Champigny (30 novembre, 2 décembre). — Dans cette nouvelle période du siège, l'objectif de Trochu et de Ducrot fut de combiner dans une action commune les efforts de l'assiégé avec ceux des armées de province. On
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO- ALLEMANDE
constitua trois armées, placées respectivement sous 1rs ordres du général Clément Thomas, du général Ducrot (secondé par les généraux Renault, Exéa, de Champéron , et du général Troehu, commandant en chef. La première (130000 gardes nationaux) devait principalement garder l'enceinte; la seconde (100000 hommes des 13e et 14° corps et des bataillons de mobiles) tenterait les sorties et les opérations actives; la troisième (70000 hommes, dont une division de cavalerie) serait chargée des opérations destinées à faire diversion. Si l'on ajoute à ces trois années le corps de 35000 hommes commandé à Saint-Denis par le vice-amiral I.a Roncière l.e Noury et 00000 mobiles dans les forts, on arrive à un effectif de 400000 hommes.
Troehu et Ducrot avaient choisi Rouen pour objectif (Voir p. 438, note 1); mais, quand on apprit à Paris la victoire de Coulmiers, le gouvernement, cédant à un mouvement d'opinion, prescrivit une sortie dans la direction supposée de l'armée de la Loire.
Ducrot décida de passer la Marne à Joinville; puis, pendant que Vinoy ferait diversion vers Ghoisy et La Roncière vers Épinay, il attaquerait de front les hauteurs de Villiers et de Cœuilly, occupées par les Wurtembergeois.
Le passade de la Marne à Joinville fut fixé au 29 novembre au soir. Malheureusement, l'ingénieur Ivrantz ne put jeter à temps son pont de bateaux (ce qu'un avis officiel attribua à la crue de la rivière, et l'opération fut remise au lendemain. Le général Vinoy, qu'on avait oublié de prévenir, enleva la Gare aux Bœufs devant Choisy, et les Prussiens, l'ayant refoulé, se trouvèrent, le soir du 29. plus près du champ de bataille. Le lendemain, pendant que Ducrot enlevait Champigny, le 2e corps attaqua les hauteurs de Villiers-Cœuilly , unis il ne put, faute d'artillerie, venir à bout des Allemands abrités derrière les murs du parc de Villiers. A droite, la division Susbielle avait occupé les hauteurs de Montmesly entre la Seine et la Marne et La Roncière s'était replié, après une fausse attaque, sur Épinay, dont il s'était emparé. Gambetta, prévenu, crut qu'il s'agissait d'Épinay-sur-Orge et donna l'ordre à l'armée de la Loire de s'engager entièrement pour opérer sa jonction avec Ducrot : d'où le désastre de Loigny en Beauce.
Le l" décembre. Ducrot laissa reposer ses troupes, qui souffrirent horriblement du froid; car, dans la nuit, le thermomètre marqua 10°. Le 2, les Allemands prirent l'offensive, sans résultat décisif, il est vrai ; mais Ducrot, qui avait trouvé peu de concours chez certains de ses lieutenants, comprit qu'il ne pourrait percer les lignes ennemies et ramena ses troupes derrière la Marne. Ce sanglant effort, le plus énergique de tous, nous coûtait 12 000 hommes, dont 2000 tués et 2000 disparus.
Malgré la défaite de l'armée de la Loire, que les Allemands firent connaître à Paris, une nouvelle sortie fut tentée par Vinoy, le 21 décembre, au nord-est : ce fut la seconde et inutile bataille du Bmirget, livrée par un froid de 14°.
Bombardement de Paris. — Le 27 décembre, sans avertissement ni sommation préalable, les Allemands commencèrent le bombardement de nos forts : àsept heures du matin, 12 batteries allemandes, composées de 76 canons de fort calibre, ouvrirent le feu, sous les yeux du prince de Saxe, contre le plateau d'Avron et les forts de Noisy, de Rosny etdeNogent. Le 29, Troehu prescrivit l'évacuation du plateau d'Avion, craignant de voir les 74 pièces d'artillerie qui le garnissaient désorganisées par ce feu terrible.
Le 4 janvier, Montreuil, Bondy et tous les forts de l'est recevaient une pluie d'obus. Le 5 janvier, avec les 275 pièces de leurs batteries de Chàlillon, de Bagneux, de Meudon, les Allemands commencèrent à cribler de leurs projectiles les forts d'Issy, de Vanves et de Montrouge, ainsi que les quartiers de Paris situés sur la rive gauche de la Seine.
Pendant ce temps, les vivres s'épuisaient : on dut rationner le pain et la viande. Les subsistances étaient hors de prix : un œuf fiais coûtait 1 franc, et le beurre 5 francs la livre. On ne mangeait plus seulement du cheval, mais aussi du chien, du chat et du rat. Le 27 décembre un chat valait jusqu'à 8 francs et un ours du Jardin des Plantes fut vendu 30 francs. Le 2 janvier, les restaurateurs payaient l'éléphant 30 francs le kilogramme. Les femmes, les pieds dans la neige, attendaient devant les boucheries ou les boulangeries la maigre ration de viande et de « pain de siège » qu'on leur dis tribuait chaque jour. Le froid était excessif; les ambulances regorgeaient de malades et aussi de blessés; la mortalité augmentait dans d'effrayantes proportions.
Combats de Buzenval et de Montretout (19 janvier 1871). — Pour donner satisfaction aux Parisiens, mais sans confiance, le gouvernement ordonna, le 19 janvier, une sortie dans la direction de Versailles, sous la protection du mont Valérien : 90000 hommes y prirent part.
D'après le plan du général Troehu, les troupes françaises massées au pied du mont Valérien devaient marcher à l'ennemi sur trois colonnes, commandées parles généraux Ducrot à droite, Bellemare au centre, Vinoy à gauche. Cette dernière avait pour objectif Sainl- Cloud et les hauteurs fortifiées de Montretout. Le général Noël se porta, au point du jour, sur la redoute de Montretout, que les francstireurs des Ternes enlevèrent avec l'aide du 139° régiment de mar-
Ducrot.
{Monde illustré.)
che. Quelques instants plus tard, le 2° bataillon delà Loire-Inférieure, aux ordres du commandant de l.aieinly, emportait d'assaut la ville et la terrasse de Montretout et s'y maintenait jusqu'au soir. Au centre, Cane de Bellemare s'empara de Buzenval, mais il ne fut rejoint par Ducrot que quelques heures plus tard et ne put aller [dus loin. Le peintre Henri Regnault, l'explorateur Gustave Lambert, le vieux marquis de Coriolis, engagé volontaire malgré ses soixante-dix ans, le colonel de Rochebrune, ancien commandant
des « zouaves de la mort » pendant la dernière insurrection polonaise, perdirent la vie dans cette sanglante et inutile journée. L'émeute qui suivit l'échec de Buzenval obligea Troehu à abandonner ses fonctions de gouverneurde Paris (22 janvier), qui furent confiées à Vinoy.
Capitulation de Paris (28 janvier 1871). — Les vivres allaient manquer. On ne pouvait plus compter sur les armées des départements, avec lesquels on ne communiquait qu'au moyen de ballons et de pigeons voyageurs : le gouvernement se résolut à traiter.
Lorsque Jules Favre se présenta devant Bismarck, à Versailles, le chancelier l'accueillit par ces mots : « Je vous attendais. » Le 28 janvier, il fut stipulé qu'un armistice général de vingt et un jours, sur toute la ligne des opérations militaires en cours d'exécution, commencerait le jour môme pour Paris, dans un délai de trois jours pour les départements. Les armées belligérantes conserveraient leurs positions respectives, mais Belfort et les départements du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône et de la Côte-d'Or étaient exclus de l'armistice. Le gouvernement de la Défense nationale convoquerait une Assemblée qui se réunirait à Bordeaux et se prononcerait sur les conditions de la paix ou la continuation de la guerre.
Il fut fait remise à l'armée allemande, par l'autorité militaire française, de tous les forts formant le périmètre de la défense extérieure de Paris, ainsi que de leur matériel de guerre; l'enceinte fut désarmée. L'armée de ligne, la garde mobile et les marins des forts furent prisonniers de guerre, sauf une division de 12000 hommes conservée par l'autorité militaire pour le service intérieur. La ville était astreinte au payement d'une contribution municipale de guerre de 200 millions de francs à effectuer avant le quinzième jour de l'armistice.
Le siège de Paris avait duré quatre mois et douze jours; le bombardement, un mois entier. Depuis le 15 janvier, la ration de pain avait été réduite à 200 grammes; la ration de cheval, depuis le 15 décembre, n'était plus que de 30 grammes (25 grammes dans certains quai tiers). La mortalité avait plus que triplé.
Le 26 février fut signée, entre Bismarck et Jules Favre, une convention prolongeant l'armistice et portant cette condition : « La partie de la ville de Paris, à l'intérieur de l'enceinte comprise entre la Seine, la rue du Faubourg-Saint-Honoré et l'avenue des Ternes, sera occupée par les troupes allemandes, dont le nombre ne dépassera pas 30000 hommes. » C'est au prix de cette humiliation que nous conservions Belfort.
Le 1er mars, à 8 heures 55 minutes, les éclaireurs du corps d'occupation, sous les ordres du général de Kammecke, débouchèrent sur le rond-point de l'Etoile. L'entrée du gros des troupes n'eut lieu que vers 3 heures. Toutes les maisons s'étaient fermées sur leur passage; de l'intérieur des Champs-Elysées, les Allemands purent voir les statues de la place de la Concorde voilées de noir; ils n'eurent pas la satisfaction de défiler sous l'arc de triomphe de l'Étoile soigneusement barricadé. Le soir, Paris revêtit une physionomie sinistre: pas une lumière, pas une voiture. Une clause purement verbale avait stipulé' le droit pour les Allemands de \ isiter le Louvre et les Invalides, par petits détachements et sans armes. Le 2, le conflit, si redouté faillit éclater à la vue de quelques officiers prussiens aux fenêtres du musée et à la colonnade du Louvre, et surtout à la vue de quelques soldats qui pénétrèrent en armes .•i j cheval sur la place du Carrousel. Le général Vinoy s'empn aussitôl (le faire prévenir le généra] de K< ike que, les ten
de la convention étant violés, il s'opposait à ce que les visites au Louvre et aux Invalides fussent continuées, ajoutant que, dans le cas contraire, il ne répondait plus de la tranquillité de la ville.
L'occupation de Paris prit fin dès l'acceptation des préliminaires de paix par l'Assemblée nationale.
La guerre en province. La Délégation du gouvernement.
— Le gouvernement de la Défense nationale, se voyant sur le point
Gambetta, photographie Carjat.
De Freycinet, photographie Nadak.
d'être investi, décida l'envoi à Tours d'une Délégation chargée d'organiser la défense en province. Crémieux, l'un des délégués, quitta Paris le 12 septembre 187U; Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon le suivirent le 16, et Gambetta partit sur le ballon Armand-Barbes, le 8 octobre. Après l'évacuation d'Orléans et le dédoublement de l'armée de la Loire, le siège de la Délégation fut transféré à Bordeaux (décret du 8 décembre 1870).
Léon Gambetta fut l'âme de la résistance. Ministre de l'Intérieur et ministre de la Guerre, il créa des armées, lutta jusqu'au bout sans perdre jamais confiance dans l'avenir. Les revers, comme il le disait, devaient être plus propres à enflammer les courages qu'à les abattre, et il espérait toujours un revirement favorable de la fortune. Il pensait que, même après la chute de Paris, on pouvait utilement prolonger la guerre et, par une résistance inlassable, fatiguer l'ennemi au point d'obtenir de lui des conditions moins rigoureuses, sauver peut-être l'intégrité du territoire. Son activité dévorante fut secondée par un ingénieur d'un esprit lucide et ferme, Charles de Freycinet, qui fit les plus grands efforts pour soutenir et encourager la résistance, lever, équiper, encadrer et instruire les troupes qui tinrent la campagne pendant cinq mois, au grand étonnement des armées allemandes et de l'Europe. Les fautes et l'inexpérience de la Délégation doivent être excusées en considération de son admirable dévouement patriotique.
Pour empêcher l'envahissement du centre de la France par les armées allemandes et débloquer Paris, elle improvisa trois armées : l'armée du Nord, Y armée des Vosges, l'armée de la Loire, qui après la défaite de Loigny fut dédoublée pour former l'armée de l'Est et la seconde armée de la Loire.
La première armée de la Loire. — Prise d'Orléans par les Allemands (11 octobre 1870). — La première armée de la Loire (15° corps), commandée par le général de LaMotterouge, se concentrait à Orléans. Le général von der Tann reçut l'ordre de marcher d'Étampes sur cette ville avec deux brigades bavaroises soutenues par la 22e division prussienne (général von Wittich). Écrasé à Toury et à Arthenay (10 octobre), La Motterouge, qui n'avait que 25000 hommes à opposer aux 40000 ennemis qui le menaçaient, préféra se retirer derrière la Loire, ne laissant en avant d'Orléans qu'une arrière-garde de 7000 hommes pour protéger sa retraite. Le 11 octobre, l'ennemi prit l'offensive et, non sans rencontrer sur sa roule une vigoureuse résistance, réussit, le soir, à s'emparer d'Orléans.
Un corps prussien fut envoyé vers Chartres par Chdteaudun, ville ouverte qui s'exposa héroïquement à la destruction : 1 300 gardes nationaux de la ville, francs-tireurs parisiens ou nantais, commandés par Testanières et Lipowski, et secondés par la population, disputèrent Châteaudun pendant dix heures à 5 000 Allemands munis
de trente pièces de canon. La ville, bombardée, livrée au pillage, perdit par le feu 225 maisons, la plupart enduites de pétrole par les vainqueurs (18 octobre).
Le successeur de La Motterouge, le général d'Aurelle de Paladines, réunit toutes ses forces en Sologne, au camp de Salbris, et en forma deux corps d'armée : le 15e, sous ses ordres direcls; le 16% sous les ordres de Chanzy, 11 ramena l'ordre et la discipline dans l'armée, avec une énergie qui ne recula pas devant les exemples.
Victoire de Coulmiers (21 octobre). — D'Aurelle reçut l'ordre de tourner l'armée bavaroise par l'ouest, puis de se rabattre sur Orléans. Le 27 octobre, son avant-garde, commandée par Martin des Pallières, se porta sur Mer, en aval d'Orléans; puis l'armée franchit la Loire. Refoulés le 7 novembre à Vallières, battus complètement à Coulmiers le 9, les Bavarois de von der Thann évacuèrent Orléans et toutes les positions qu'ils occupaient autour de la ville, laissant entre nos mains 2 000 prisonniers, sans compter les blessés.
Malheureusement d'Aurelle, au lieu de poursuivre son succès, perdit son temps à faire d'Orléans un camp retranché, et le prince Frédéric-Charles, libre par suite de la capitulation de Metz, put arriver sur la Loire.
Batailles de Beaune-la-Rolande (28 novembre) et de Loigny (2 décembre). — Le gouvernement de la Défense nationale opposa à Frédéric-Charles trois nouveaux corps d'armée : le 17° (général de Sonis), entre Orléans et Blois ; le 18e (général Billot), et le 20e (général Crouzat). Ce dernier arrêta l'avant-garde prussienne, du 28 novembre au 1er décembre, à Beaune-la-Rolande, mais ne put prendre la ville.
La nouvelle de la grande sortie de Paris, annoncée par le général Trochu, arriva le 30 novembre; il y avait six jours qu'elle était partie de Paris, le ballon ayant pris terre en Norvège. Il n'en fut pas moins décidé que l'armée de la Loire (15°, 16e, 18e et 20e corps, ensemble 200 000 hommes) se mettrait en marche sans retard, pour donner la main au général Ducrot (Voir : Siège de Paris). En même temps le général Faidherbe, qui commandait à Lille, recevait l'ordre de marcher sur Paris pour favoriser l'action commune du général Ducrot et de l'armée de la Loire. Les opérations commencèrent le 1er décembre, jour où eut lieu à Villepion (Eure-et-Loir) un vif combat entre la division Jauréguiberry (du corps de Chanzy) et les Bavarois de von der Thann, qui subirent un sanglant échec. Ce fut le prélude de la grande bataille du lendemain qui commença dès le matin. Tous les efforts des deux armées se concentrèrent autour de Loigny et du château de Goury. Loigny, pris et repris plusieurs fois, resta définitivement aux Allemands. Le général de Sonis (17e corps), à la tète d'un bataillon de zouaves pontificaux, de deux compagnies de mobiles des Côtes-du-Nord et de quelques francs-tireurs de Tours et de Blida (en tout 800 hommes), se porta bravement au secours de deux bataillons du 37e de marche, qui, dans le cimetière, se défendaient à outrance.
La ligne de bataille de l'armée française était tellement étendue que les 18e et 20e corps n'avaient pris aucune part à l'affaire, alors que leur coopération eût pu être, au dernier moment, des plus efficaces. — Du côté de Poupry, l'engagement avait été également vif et meurtrier.
L'ennemi reprit bientôt Orléans, après avoir coupé en deux l'armée française. Chanzy, avec l'aile gauche, établit son quartier général à Josnes et organisa la deuxième armée de la Loire, formée des 16e et 17e corps (Jauréguiberry, de Colomb), auxquels fut adjoint le 21e (Jaurès).
L'aile droite, sur la rive gauche, constitua l'armée de l'Est, sous Bourbaki, avec les 15e, 18e et 20e corps (Martin des Pallières, Billot, Crouzat).
La deuxième armée de la Loire. — Durant deux mois, au cœur de l'hiver, Chanzy, par son activité tenace et la fécondité de ses ressources, tint tête aux trois corps d'armée qui le harcelaient de toutes parts :
ceux du général bavarois von der Tann, le vaincu de Coulmiers; du duc deMecklembourg et du prince Frédéric-Charles.
Il sut obliger les Allemands à mettre en ligne contre lui jusqu'à
Chanzy, photographie Goupil.
LE SECOND EMPIRE ET LA G L'EURE ERANCO-ALLEM-ANDE
Français Allemands Cavalerie allemande
7o 000 hommes pour le forcer à reculer.
Clianzy parvint à se retirer derrière la Mayenne, après deux combats d'arrière - garde livrés le 15 janvier à Sillé-le- Guillaume et le 18 à Saint-Melaine, près de Laval. C'est dans ces positions que le trouva l'armistice du 28 janvier.
L'armée du Nord. — Dès la capitulation de Metz, Frédéric- Charles (IIe armée) s'achemina sur la Loire, tandis que Manteuffel (Ire armée) se dirigeait vers le Nord, afin de disperser les forces que nous commencions à grouper sur ce point, et qui reçurent un commencement d'organisation, au mois d'octobre 1870, par les soins de Testelin, délégué du gouvernement de la Défense nationale, et du colonel du génie Farre, directeur des fortifications à Lille. Elle se composait de soldats d'infanterie tirés de tous les dépôts de la région et de bataillons de mobiles; des officiers et des sous-officiers échappés de Metz et de Sedan formèrent ses premiers cadres; les places fortes du Nord lui fournirent l'artillerie et le matériel nécessaires. La cavalerie seule lui manquait ou à peu près. Le général Bourbaki, sorti de Metz, fut mis à la tète de l'armée du Nord (22 octobre); mais, le 19 novembre, il fut envoyé sur la Loire, et son chef d'état-major, le colonel Farre, promu général, le remplaça provisoirement. Il avait sous ses ordres trois brigades (23000 hommes).
Combats de Villers-Bretonneux et de Pont-Noyelles (27 novembre et 3 décembre 1870). — La chute de Melz inaugura la période d'action de l'armée du Nord. Après la capitulation, tandis que la IIe armée allemande (prince Frédéric-Charles) marchait sur Orléans, la lr* armée (général de Manteuffel) se porta sur Amiens avec 3-5 001) hommes. Sa première rencontre avec l'armée du Nord eut lieu le 27 novembre, près de cette ville, à Villers-Bretonneux : nos soldats soutinrent vaillamment la lutte et purent se retirer en bon ordre derrière la Somme ; niais Amiens tomba au pouvoir de l'ennemi le 30 novembre et, le 5 décembre, les Allemands occupèrent Rouen.
Manteutfel allait enfin rencontrer un adversaire redoutable dans
Histoire de France. — II.
Plan de la bataille da Mans (10- H janvier 1871).
C'banzy essaya do couvrir Tours, où s'était transportée la Délégatiou du gouvernement do la Défense nationale ; mais, poursuivi par Frédéric-Charles et le grand-duc de Mecklembourg.il dut, après une série de combats à Josnes (7 décembre;, à Viilarceau (8 décembre), se replier sur la Loire ; puis, délogé dcFrétevaletde Vendôme (14 et 15 décembre), il recula lentement derr.ère la ligne de la Sarlhe et de l'Huisne pour protégei Le Mans, nœud de tou'es nos communications avec le nord et l'ouest de la France. Avec les renforts de mobiles qu'il avait reçus du camp de Conlie, il disposait de 90 ooo hommes. Il établit sus trois corps sur les collines qui dominent le conlluent de l'Huisne : le 16" (Jauréguiberry), à droite, s'appuyait à la Sartbe ; le \T (général de Colomb), au centre, occupait le Tertre et Changé; le 2i« (général Jaurès) défendait le plateau d'Auvours et les hauteurs de Montfoit.
L'ennemi, qui lui opposait les 10', 3" et 13« corps (75 noo hommes), avançait sur deux colonnes commandées par le prince Frédéric-Charles et par le duc de Mecklembourg, tandis que des troupes lancées le long du Loir manœuvraient pour s parer du reste de l'année les généraux Jouffroy, de Curlin et Cléret. L'action dura jusqu'à la nuit close et fut des plus vives à Montfort, à Champagne, à Parigné-1'Évêque, à Jupille et à Changé. L'ennemi ne put nous déloger de nos positions : la journée du il fut marquée par de nouvelles attaques infructueuses du 3e corps contre notre centre, par la perte du plateau d'Auvours, abandonné à la sui.e d'une panique delà division Paris, et sa reprise par la division Gougeard (volontaires de l'Ouest et mobiles bretons). A la nuit tombante nous étions victorieux sur toute la ligne, lorsqu'un incident imprévu vint transformer nos succès en un désastre irréparable. Surprise et assaillie brusquement à 7 heures du soir par un bataillon prussien du 10e corps, la brigade de mobilisés bretons du générai Lalande, qui gardait l'importante position de la Tuilerie à notre droite, fut saisie de panique et céda le terrain à l'ennemi. Tous les efforts pour le reprendre furent inutiles : les Prussiens, débordant par cette trouée, parvinrent aux portes du Mans.
Faidherbe,
photographie Appert.
Manteuffel, photographie Weidenei
le général Faidherbe, qui opposa son énergique intrépidité et sa science d'organisateur à la supériorité numérique de l'ennemi. Ayant à lutter, avec des troupes jeunes et inexpérimentées, il appliqua la méthode de guerre qu'il avait éprouvée au Sénégal et qui consiste à fatiguer un ennemi supérieur en nombre, à l'attirer pour ne le frapper qu'à coup sûr, à lui échapper pour revenir à la charge, à alterner les attaques et les trêves, de manière à aguerrir les troupes et à les reposer de leurs efforts.
Faidherbe arriva le 3 décembre à Lille : il disposait de 30000 hommes. Sur la Somme, il envoya la division Lecoinle s'emparer de Ham (9-10 décembre) et tenta de faire diversion en occupant Amiens. Il était posté derrière la rivière Hallue lorsqu'il fut abordé par Manteuffel : pendant toute la journée du 23 décembre, les deux généraux se disputèrent Pont-Nuyelles, et Faidherbe, par 8° de froid, bivouaqua sur ses positions; après quoi il ramena ses troupes derrière la Scarpe pour les faire reposer.
Bataille de Bapaume (3 janvier 1871 ). — Manteuffel, pour s'assurer complètement la ligne de la Somme, assiégea Péronne. Une partie de l'armée (corps du général de Mirus, 3° division de réserve du général de Senden) commença l'investissement de cette ville, le 27 décembre. Protégé contre un coup de main plutôt par les marécages qui l'entourent que parles fortifications de Vauban, Péronne avait une garnison insuffisante (3 500 hommes environ) pour occuper les hauteurs boisées des environs et faire obstacle à un bombardement. La défense, dirigée par le chef de bataillon du génie Garnier, ne put être que passive. Du 27 au 30, dix mille obus s'abatlirent sur la ville et y allumèrent plusieurs incendies, notamment celui de l'hôpital. Le commandant Garnier repoussa néanmoins, toutd'abord, l'idée d'une capitulation, et tenta même, le 31 décembre, une offensive, d'ailleurs malheureuse. Il comptait sur l'arrivée de Faidherbe, qui effectivement se porta, le 30 décembre, au secours de Péronne et, malgré un froid excessif, reprit l'offensive.
La bataille de Bapaume (3 janvier 1871) ne fut qu'une victoire stérile, puisque Faidherbe battit en retraite sans essayer de délivrer Péronne et que Garnier, cédant à la pression des habitants, rendit la place le 9 janvier 1871. Celte capitulation malheureuse mettait aux mains de l'ennemi le boulevard de la Somme, le pivot de la défense de la région du Nord.
Bataille de Saint-Quentin (18 janvier 1871). — Après avoir fait reposer son armée pendant quelques jours, le général français reprit, le 12 janvier 1871,1e cours de ses opérations et se dirigea sur Paris, par Saint-Quentin, avec 50000 hommes. Le 8 octobre précédent, le préfet de l'Aisne, Anatole de la Forge, et les gardes nationaux avaient repoussé un détachement ennemi, qui était entré par surprise dans la ville; mais, le 21, les Prussiens étaient revenus en force et la ville avait dû capituler. Le 19 janvier 1871, l'armée du Nord eut à lutter, à Saint-Quentin, contre l'armée du général von Gœben, sans cesse renforcée dans l'après-midi par des troupes fraîches arrivant de Paris en chemin de fer, et qui, à mesure qu'elles descendaient des wagons, allaientimmédiatementse mettre en ligne. Gœben attaqua Faidherbe par l'ouest et par l'est pour l'envelopper, pendant que sa cavalerie couperait au nord la ville de Cambrai. Apres la résistance la plus énergique, Faidherbe, écrasé par le nombre, dut ordonner la retraite.
La bataille de Saint-Quentin mit fin aux opérations de l'armée
du Nord, après six semaines d'une campagne des plus rudes, car le froid descendit jusqu'audessous de 20°.
L'armée se retira vers les places du Nord et se cantonna autour d es villes de Cambrai, Douai, Valenciennes, Arras et Lille.
Plan de la bataille de Bapaume (3 janvier 1871).
La guerre dans l'Est. —
Par suite de nos premières défaites en Alsace et en Lorraine, les départements de l'Est étaient sans défense. Des corps francs s'étant organisés pour gêner les communications de l'ennemi, le gouvernement de la Défense nationale envoya dans l'Est le général Cambriels pour leur donner la cohésion qui leur manquait et diriger leur action. Cambriels fondit ensemble les troupes régulières, corps francs, mobiles, et constitua une armée de 40000 hommes environ, avec laquelle il tenta de défendre les défilés des Vosges et de fermer la vallée de la Saône aux Allemands. Ceux-ci lui opposèrent le général de Werder, qui venait de prendre Strasbourg et, après plusieurs combats dans les massifs vosgiens, il se replia sur Besançon (12 octobre).
Varmée des Vosges se disposait à prendre l'offensive, quand son chef, dont la blessure reçue à Sedan s'était rouverte et lui causait des souffrances atroces, dut abandonner le commandement. 11 eut pour successeur le général Michel, qui fut bientôt lui-même remplacé par le général Crouzat.
Le 15 novembre, Crouzat reçut de Freycinet l'ordre de se porter immédiatement sur la Loire, où la présence du prince Frédéric- Charles nécessitait un effort considérable. Après son départ, les Allemands ne furent arrêtés dans leur marche vers le Sud-Ouest que parles 15 000 hommes du général Cramer, par lescorps francs et par les troupes hétérogènes de Garibaldi, qui était venu mettre son épée au service du gouvernement de la Défense nationale. Werder, passant les Faucilles, s'était avancé dans la vallée de la Saône et. malgré l'énergique défense du colonel Fauconnet, avait occupé Dijon le 30 octobre, obligeant nos troupes à se replier sur Beaune. Il pouvait de là surveiller les communications entre Orléans et Belfort, marcher sur Lyon, couper la retraite à l'armée qui occupait Besançon et au corps de Garibaldi. Non content de harceler l'envahisseur en lançant des colonnes légères — dont l'une, conduite par son fils Ricciotti surprit, dans la nuit du 18 au 19 novembre, un détachement ennemi à Châtillon-sur-Seine — Garibaldi projeta de reprendre Dijon. Il eut le tort de ne pas combiner ses mouvements avec ceux de Cremer et des francs-tireurs, et il dut se replier sur Autan. Les Allemands, qui l'y poursuivirent, en furent repoussés le 1er décembre, et ils allaient revenir à l'assaut le lendemain quand
Le 2 et le 3 janvier eut lieu la bataille de Bapaume, où l'armée française se mesura avec les troupes du général von Gœben. Dans la première journée, la 2e division du 22" corps, sous les ordres du général du Bessol, enleva les villages d'Achièt-le-Grand et de Bihucourt, poursuivant l'ennemi jusqu'au delà de Biefvillers; en même temps une division du 23" corps essayait de s'emparer de Béliagnies, mais sans succès, malgré la valeur de nos soldats; néanmoins cette attaque ne fut pas inutile, car l'ennemi évacua le village pendant la nuit suivante, craignant de se voir tourné par Achiet-le-Grand. Le lendemain, à la pointe du jour, le combat recommença avec un nouvel acharnement sur toute la ligne. Vers 11 heures, l'ennemi était déjà refoulé à 6 kilomètres; à 11 heures et demie, l'armée prussienne semblait en pleine retraite, lorsque tout à coup elle tenta un retour offensif. Le village de Biefvillers, qui formait la clef de la position au centre, fut vigoureusement attaqué par les Prussiens et intrépidement défendu par le 1" bataillon du 43" de ligne et trois compagnies du 20" chasseurs. La 1" division du 23" corps, appuyée à sa gauche par la division des mobilisés du Nord, s'empara des villages de Sapignies et de Favreuil; en même temps, la division du 22" corps enlevait les positions prussiennes en arrière de Biefvillers, ainsi que la ville d'Avesnes-le-Bapaume. « A 6 heures du soir, dit le général Faidherbe, nous avions chassé les Prussiens de tout le champ de bataille, couvert de leurs morts; de très nombreux blessés prussiens restaient entre nos mains dans les villages où l'on avait combattu, ainsi qu'un certain nombre de prisonniers. Quelques pelotons, emportés par leur ardeur, s'engagèrent sans ordre dans les faubourgs de la ville de Bapaume, où les Prussiens s'étaient retranchés dans quelques maisons. Comme il n'entrait pas dans nos vues de prendre cette ville, ces pelotons furent rappelés à la nuit. » Nos pertes s'élevaient à 183 tués, dont 3 officiers, et à l 13S blessés, parmi lesquels 41 officiers; quant à celles de l'ennemi, elles durent être, d'après Faidherbe, bien plus considérables.
leur chef les rappela, une reconnaissance ennemie ayant été assaillie à Nuits (30 novembre) par la brigade Cremer, qui fut attaquée à son tour au même lieu le 18 décembre.
Bataille de Nuits (18 décembre 1870). — "Vers la mi-décembre, Werder envoya dans la direction-de Beaune deux brigades badoises qui se heurtèrent, à Nuits, aux troupes de Cremer, à peu près égales (15 000 hommes), et massées, partie à Boncourt et dans la tranchée du chemin de fer, à droite de la ville, partie sur le plateau de Chaux, à gauche. Malgré l'énergique résistance de ses défenseurs, Boncourt fut pris à midi par Glumer, mais un combat acharné eut lieu devant la tranchée. A 2 heures les Badois tentèrent une attaque générale. Successivement Glumer et son lieutenant, le prince Guillaume de Bade, furent blessés; le colonel Renz fut tué. Mais à gaucho nos positions avaient été forcées. A 4 heures, l'ennemi, ayant réussi à tourner la tranchée, pénétra dans Nuits, où s'engagea aussitôt une terrible bataille de rues. Vers 5 heures, Cremer, se voyant débordé par le nombre, donna l'ordre de la retraite sur Beaune. Il avait perdu 1 200 hommes, mais les Badois furent aussi cruellement éprouvés : ils eurent 55 officiers, dont 2 généraux et 2 colonels, et 885 hommes hors de combat. Les mobiles de la Gironde, sous les ordres de Carayon-Latour, et les mobilisés de la 1" légion du Rhône se couvrirent de gloire. L'ennemi ne put conserver la ville et se replia sur Dijon, tant ses pertes avaient été grandes.
Gambetta et Freycinet avaient élaboré un plan ayant pour objet de débloquer Belfort pour couper les Allemands de leurs communications et les obliger indirectement à lever le siège de Paris pour protéger l'Allemagne du Sud. La première armée de la Loire, commandée par Bourbaki (15e, 18° et 20° corps, plus une division de réserve), se réunit à la division Cremer, concentrée à Beaune, et au 24e corps (général Bressolles), concentré à Lyon : Yarmée de VEst, ainsi constituée, compta environ 140000 hommes et 400 canons, s'opposant aux 60000 hommes de Werder.
Bataille de Villersexel (9 janvier 1871). — Dès que l'armée de l'Est se fut formée à Besançon (5 janvier), Werder massa ses forces à Vesoul : pour l'en déloger etl'isoler de Belfort, Bourbaki décida l'attaque de Villersexel, où les troupes ne parvinrent qu'à grand'peine. Le froid était tel que le 18e corps put franchir l'Ognon sur la glace et qu'il fallut constamment relever les chevaux, qui glissaient sur le verglas. Le village, pris et repris, resta finalement entre nos mains.
Bataille d'Héricourt (15, 16 et 17 janvier 1871). — Bourbaki, obligé d'attendre ses approvisionnements, ne put empêcher Werder de se fortifier sous la Lisaine el de rester en communication avec le général de Treskow, qui assiégeait Belfort.
Pendant trois jours, les 15, 16 et 17 janvier, on se battit sur les bords de la Lisaine et autour des villages de Chagey, Héricourt, Chénebier. Le premier jour, les Français soutinrent la lutte sans plier, mais le général Billot (18" corps), par suite de l'état des routes, ne put coopérer à l'action. Dans la nuit du 15 au 16, le thermomètre marquait 18° au-dessous de zéro, et la neige, balayée parle vent, s'amassait sur nos soldats, qui, pour no pas mourir de froid, durent allumer des feux de bois, malgré la proximité de l'ennemi. Le 16, adroite et au centre, nos positions furent maintenues; à gauche, la division Cremer et une partie du 18° corps obligèrent l'ennemi à reculer : les mobiles résistèrent pendant sept heures à un feu des plus violents. Le 17, Bourbaki ordonna une attaque générale contre le front ennemi, mais l'artillerie allemande la fit échouer. D'ailleurs le général de Manteuffel arrivait subitement sur nos derrières et se portait sur Dôle pour nous couper de Lyon : Bourbaki commença sa retraite, ayant perdu 6 000 hommes, tués, blessés ou prisonniers. Les Allemands avaient 700 tués et 1500 blessés.
Pendant que Manteuffel envoyait vers Dijon une brigade qui attaqua les garibaldiens pour les empêcher d'intervenir (combats des 21 et 23 janvier), le gros des forces ennemies occupait le pays au sud île Besançon et coupait la retraite à l'armée de l'Est. Bourbaki lui donna l'ordre de se diriger sur Pontarlier (26 janvier); puis, redoutant bientôt pour ses troupes, prises entre la frontière et les Allemands, le sort de l'armée de Metz, il tenta de se donner la mort.
Le général Clinchant, qui lui succéda, espérait gagner Bourg et rentrer à Lyon, quand il reçut avis de la signature de l'armistice.
La dépêche de Jules Favre à la Délégation ayant omis de signaler que les opérations devaient se poursuivre dans l'Est, les Allemands continuèrent leur inarche en avant, et l'armée de l'Est, après plusieurs engagements meurtriers, n'eut d'autre ressource que de franchir la frontière. La division de réserve (Pallu de la Barrière) se maintint au défilé de la Cluse pendant toute la journée du 1er février et, appuyée par le canon du fort de Joux, permit à 90000 hommes, 12000 chevaux, 300 canons, 3 000 voitures, de passer en Suisse. Le combat de la Cluse fut le dernier que les armées françaises livrèrent Bourbaki, en rase campagne aux armées
photographie Braun et C'«. allemandes.
LE SECOND EMPIRE ET LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
Thiers, photographie Pierre Petit.