‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 2 sur 196 · MOI I -U · texte numérisé non relu

MOI I -U

FKANI t

Henri II, duc de Montmorency, par l.u Nain (Louvre).

Louis de Bourbon, comte de Soissons, grave par H ubbt.

Maurice de La Tour, duc de Bouillon, grave par Nanteuil.

Louis de Marillac, gravé par Michel Lasne.

maison de ville, malgré les supplications de la cour et du peuple de Toulouse, qui criait en vain miséricorde sous les fenêtres de Louis XIII (30 octobre 1632). Richelieu l'immola moins à ses vengeances qu'à sun système politique de nivellement. « Il voulait, dit Michelet, faucher ce dernier rejeton du monde féodal et chevaleresque. » Gaston fut épargné parce qu'il «était du sang de France qu'il faut respecter », mais exilé à Hlois. Ce fut le duc de Lorraine, son beau-frère, qui paya les trais de la guerre : son duché fut confisqué et le roi lit son entrée à Nancy le 2o septembre 1633. Puylaurens, Favori de Gaston, en récidive d'intrigues el de correspondance avec l'étranger, fut arrêté' le 14 février 1635 el mourut dans sa prison de Vincennes.

Conspiration du comte de Soissons (1641). — Les efforts de Richelieu pour faire triomphera l'extérieur les armes de la France n'arrêtèrent pas les complots de l'intérieur contre sa personne. Jamais il ne courut de plus grand danger qu'au moment où les Espagnols envahissaient la Picardie 163(3). Le comte de Soissons, d'accord avec le duc d'Orléans, avait projeté de faire poignarder le cardinal à Amiens; mais, au moment de donner le signal à ses complices, le cœur faillit à Gaston.

Lu 1641, le comte de Soissons leva de nouveau l'étendard de la révolte; il s'était retiré à Sedan, dans la principauté du dur de Bouillon, qui fit cause commune avec lui, ainsi que le jeune el téméraire Henri II, duc de Guise. Le maréchal de Châtillon, envoyé contre les rebelles, qu'appuyaient 7 000 Impériaux commandés par le général Lamboi, leur livra bataille près du bois de la Mariée pies Sedan . Châtillon fut battu, mais la victoire des rebelles se changea bientôt en défaite. Le comte de Soissons eut la tète cassée d'un coup de pistolet 6 juillel 1641 .

Conspiration de Cinq -Mars (1642). — Richelieu avait placé, en 1638, auprès du roi, pour faire contrepoids ù l'influence de M,,e de Hautefort, un nouveau favori, un jeune homme de dixhuit ans, Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars, fils du feu maréchal d'Effiat, brillant cavaliei donl Louis Mil lit un grand écuyer en 1639, el qui de- 1040 ne mettait plus de bornes à sa

copie de la convention fut livrée à Richelieu par Anne d'Autriche, qui avait pris part à la conspiration et qui, pour ne pas être perdue, se laissa arracher la pièce compromettante. Le cardinal l'envoya à Louis XIII, qui lui écrivit : << Je vous aime plus que jamais, il y a trop longtemps que nous sommes ensemble pour être jamais séparés. » Cinq-Mars fut arrêté à Narbonne 13 juin 1642 . Richelieu, mourant, traîna son prisonnier à sa suite, de Tarascon à Lyon, dans un bateau remorqué par le sien. Condamné par une commission extraordinaire, Cinq-Mars fut décapité à Lyon, sur la place des Terreaux, en même temps que son ami et conlide.it, François de Thon, fils de l'historien (12 septembre 1642). Tous deux firent preuve à l'heure suprême d'une noble résignation (1). Bouillon perdit cette fois sa principauté : Sedan fut réuni à la couronne.

Politique extérieure de Richelieu. — État de l'Europe en 1624. — L'état de l'Europe, lors de l'avènement de Richelieu, esl caractérisé par la prédominance des deux branches de la maison d'Autriche, séparées depuis l'abdication de Charles Quint, mais unies par la communauté d'origine et d'intérêts. La branche espagnole, représentée par Philippe [V (1621-166S),

possédait, sans c pter d'immenses colonies, la péninsule Ibérique

tout entière, le Portugal, les Pays-Bas, le Luxeml 'g, la franche- Comté, le duché de Milan, les Deux-Siciles, les présides ou places fortes de Toscane. Les papes lui accordaient leur appui : les maisons

de Savoie et de l'arme lui avaient, fourni des généraux:

Gênes, des amiraux. Toutefois celle appareille grandeur cachai! des causes 1 1 1 'I . I o II 1 1 es (le

décadence. Les Pro\ incës-Unies s'étaient soulevées el leur marine disputait à l'Espagne l'em pire de l'Océan. La Catalogne, le Portugal et les Deux-Siciles s'agitaient.

La branche allemande i lail représentée en 1624 par Fei di

Henri d Elïiot, marquis de Cinq-Mars.

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HISTOIRE hl. Il: WCI'

Richelieu remontant le Rhône, par Delà roiu E.

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naud II (1G17-1G37), à la fois archiduc d'Autriche cl empereur d'Allemagne. Comme archiduc d'Autriche, il était souverain absolu en Haute et Basse-Autriche, en Styrie, en Istrie, en Tyrol, en Carniole, en Carjnthie, en Bohême, en Silésie, en Moravie, en Hongrie, clans le Brisgau et dans l'Alsace. Comme empereur d'Allemagne, il était le chef nominal d'une hiérarchie de princes, d'électeurs, de seigneurs et de villes libres. 11 comptait sur l'appui de la Bavière et des princes catholiques, mais il rencontrait l'opposition des princes protestants et leur résistance à ses desseins absolutistes.

Malgré tout, les maisons d'Autriche et d'Espagne représentaient une puissance formidable, dominant l'Europe, menaçant notre frontière du nord par les Pays-Bas, le Luxembourg et la Franche-Comté, possédant en Ilalie le Milanais et Naples, alliée à la Savoie qui nous fermait le chemin de l'Italie, tenant l'Alsace qu'administrait un archiduc autrichien.

Lutte contre la branche espagnole de la maison d'Autriche.

■ — Abaisser la maison d'Autriche pour empêcher la reconstitution de l'empire de Charles Quint, tel fut le premier but de la politique extérieure du cardinal de Richelieu.

Agrandir la France jusqu'à ses frontières naturelles, tel a été le second.

« Le but de mon ministère, lit-on dans son Testament politique, a été de rendre à la Gaule les frontières que lui avait laissées la nature, d'idenlilier la Gaule à la France et de rétablir la nouvelle Gaule partout où a été l'ancienne. » Et il disait en conseil « qu'il fallait avoir un dessein

perpétuel d'arrêter les progrès d'Espagne et que la France ne devait penser qu'à se fortifier en elle-même et s'ouvrir des portes pour entrer dans tous les Etats de ses voisins et les pouvoir garantir de l'oppression de l'Espagne quand l'occasion s'en présenterait; que pour cet effet la première chose qu'il fallait faire, c'était de se rendre

puissant sur la mer, qui donnait entrée à tous les États du monde ; qu'ensuite il fallait penser à se fortifier à Metz et s'avancer jusqu'à Strasbourg pour acquérir une entrée dans l'Allemagne »; qu'il fallait en outre avoir une porte ouverte sur la Suisse par Genève, se concilier les princes italiens, enlretenirune (bille puissante sur la Méditerranée, songer pour plus tard à l'annexion de la Navarre et de la Franche-Comté.

On peut distinguer trois parties dans ce programme : entretenir des forces militaires et maritimes redoutables; avoir des alliances; opérer des conquêtes territoriales.

Guerre de /a Valteline (1624). — Richelieu tint constamment son alliance et ses secours à la disposition de tous ceux qui avaient intérêt à combattre l'Autriche. Dès son avènement, il renouvela les Irailés avec la Hollande pour empêcher celte protégée de la France de faire la paix avec l'Espagne (1024). Pour prévenir l'alliance possible de l'Espagne, des Pays-Bas et de l'Angleterre, il conclut le mariage d'une fille de Henri IV (I) avec Charles Ier, malgré l'opposition des « dévots » et de la Cour

Philippe IV, roi d'Espagne, par Velasquez (Galerie des Offices, à Florence)

(1) IlenricLlc-Maric de France, née au I. ouvre le 2G novembre 1609, morte à Colombes le 10 septembre 1669, mère de Henriette d'Anglelerre, duebesse d'Orléans.

LA M0NARCH1F. ABSOLUE. - RICHELIEU ET M AZARIN

de Rome. Enfin, il intervint avec vigueur dans la Valteline voir p. 12), remise entre les mains du pape sur les réclamations mêmes îles Grisons, qui espéraient qu'un prince de l'Église n'oserait s'attaquer au Saint-Siège. C'était, au fond, une victoire de la diplomatie autrichienne. Richelieu, estimant que « ces passages entre les mains de l'Espagne peuvent être dits les fers à ceps de la chrétienté el voyant le pape Urbain VIII hésiter entre la Fiance et l'Espagne, écrivit à notre ambassadeur à Rome : « Le roi a changé de conseil et le ministère de maxime ; on enverra une armée ('ans là Valteline, qui rendra le pape moins incertain et les Espagnols pins Imitables. » A la tèle de 10 000 Français et Suisses, le marquis de Gœuvres, plus tard duc d'Estrées (1573-1670), battit les troupes espagnoles (février 1625). Le souverain pontife montra beaucoup de modération, et l'Espagne reconnut, par le traité de Mom on, en Aragon (3 mars 1626), le droit des (■lisons sur la Valteline.

Guerre de la succession de Mantoue (1629- 1630). — Un événement inattendu força Richelieu à intervenir personnellement au delà des Alpes. Vincent II, duc de Mantoue et marquis de Montferrat, était mort en décembre 1627, ne laissant qu'une tille, fiancée au duc français Charles de Gonzague, duc de Nevers, grandoncle des trois derniers ducs; mais les droits que faisaient valoir Charles-Emmanuel, duc de Savoie, et César, duc de Guastalla, étaient appuyés par la maison d'Autriche, et les Etats du duc de Mantoue furent aussitôt convoités et envahis par l'Espagne et la Savoie, dont les troupes réunies assiégèrent Casai.

Richelieu attendit impatiemment la fin du siège de La Rochelle pour intervenir par « une action qui passerait toutes les plus belles expéditions des Romains ». En plein hiver, une puissante armée fut rassemblée au pied des Alpes, sous les yeux du roi lui-même et du cardinal, pour aller au secours de Casai. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel (1), lui ayant refusé le passage, le pas de Suse fut forcé (1 1 mars 1629), le duc céda la ville et les Espagnols effrayés abandonnèrent le Montferrat.

La nécessité d'aller réduire Rohan et les protestants du Languedoc obligea Richelieu à revenir en France, mais il repassa les Alpes l'année suivante. Comme il le disait, le duc de Savoie « n'avait traité avec le roi que l'épéè à la gorge et crevait de dépit d'y avoir été forcé1 ». L'empereur Ferdinand II, alors à l'apogée de ses succès, envoya 30000 hommes dans le Mantouan, fief de l'Empire, et le marquis de Spinola réoccupa le Montferrat avec 15 000 Espagnols (octobre 152'.» .

Laissant Louis XIII à Paris, le cardinal accourut à Lyon avec le titre de lieutenant général du roi et conduisit au Piémont une armée de 40000 hommes, ayant sous ses ordres les maréchaux Schomberg, de La Force et Créqui. Il franchit la Doire en mars 1630, à la tête des troupes, à cheval et l'épée au côté, et enleva Pignerol, le Gibraltar de l'Italie (23 mars 1630). Puis il attendit que la question eût été tranchée diplomatiquement par la diète de Ratisbonne. Ses envoyés obtinrent traité du 13 octobre 1630 que l'empereur donnât réellement l'investiture du Mantouan et du Montferrat au duc de Nevers et évacuât ces territoires. Mais comme on prétendait obliger les Français à évacuer également la Savoie, Richelieu menaça de désavouer le traité et lit marcher des troupes sur Casai. La médiation du souverain pontife, qui se lit représenter en cette circonstance par Jules Mazarin, amena un accord aux termes duquel les deux armées sortirent du territoire litigieux.

François Annibal, marquis de Cœuvres, duc d'Estrées.

L'année suivante, une série de traités signés à Cheraseo (31 mars et 6 avril 1631 réglèrent le conflit: Charles de Nevers l'ut reconnu somme duc de Mantoue, et Victor-Amédée l"\ qui avait succédé' à son père, mort de chagrin de ses nombreux revers 26 juillet 1630 , abandonna l'alliance espagnole, livrant en otage à Louis XIII ses deux frères. Les conquêtes réciproques étaient restituées, mais Pignerol, « porte de l'Italie », restait aux français. I.a puissance de la maison d'Autriche était tenue en échec en Italie, et la France avait la ciel' des Alpes.

Richelieu et la maison de Savoie. — L'Espagne s'était acquis à Milan et à Naples, pressurées pour faire face aux dépenses de la Cour, une impopularité dont Richelieu ne manqua pas de profiter. S'il ne réussit pas à entraîner dans une coalition le Saint-Siège, Venise, la Toscane, il signa un traité avec les ducs de Savoie, de Modène, de Parme et de Mantoue (1635;. Victor-Amédée était le beau-frère de Louis XIII, mais il n'avait pas encore pris son parti de la cession de Pignerol et il fallait l'empêcher de prêter l'oreille aux conseils de l'Espagne. Richelieu plaça donc auprès du duc de Savane une de ses créatures, Michel Particelli d'Hé. mery, qui avait été plusieurs fois déjà envoyé en mission dans le pays et qui connaissait assez la cour ducale pour manœuvrer au milieu des intrigues, les déjouer au besoin, retenir la duchesse, partagée entre les conseils du comte d'Aglié et ceux de son confesseur, le père Monod, ennemi de Richelieu et partisan déterminé de l'alliance espagnole. D'Hémery n'eut pas seulement à faire œuvre de diplomate; il eut aussi à triompher du mauvais vouloir du surintendant Rullion, qui faisait exprès de ne pas envoyer régulièrement la solde des troupes françaises cantonnées en Piémont. Il dut venir de Turin, pour éclairer le cardinal, et il n'y réussit pas sans peine, la duchesse, par l'organe du père Monod, s'efforçant de le discréditer sous main. Victor-Amédée étantvenu à mourir sur ces entrefaites (1637), l'attitude de la duchesse lut. de plus en plus inquiétante : l'inlluencede son confesseur s'exerçait avec une ténacité déconcertante contre la France en général et en particulier contre d'IIémery, dont la duchesse demanda le rappel. Richelieu comprit qu'il fallait en finir : il obligea la régente à renouveler les engagements pris par son mari; il lit emprisonner le père Monod, convaincu de complicité avec l'Espagne; il mit garnison dans un certain nombre de places piémontaises; il menaça la duchesse d'une rupture avec son frère. La régente céda, et l'influence française fut enfin incontestée en Savoie, dont la possession était indispensable pour empêcher la jonction des deux branches de la maison d'Autriche.

Victor-Amédée de Savoie, par Dupré

(1) Marguerite, duchesse de Berry, fille de François Ier el de Claude de France [1523-1574 , avait épousé [559) Emmanuel-Philibert, dinde 1 -553 à 1580, père de Charles-Emmanuel Ier le Grand, duc 'le Savoie de 1580 à 1630. Charles-Emmanuel avait épousé Catherine, Illle 'la roi d Philippe II et d'Elisabeth de France 1545-1568), fille elle mêmedeHen II et de Catherine de Médicis. Son fils Victor-Amédée Ier, dui 1630

à 1637, épousa en 1619 Christine de France, sœur de Louis XIII.

HiSTOiriE vk France.

Intervention de la France dans la guerre de Trente ans. — Rassuré du cet.' de l'Italie, Richelieu se proposa de « remettre l'Allemagne en la juste balance en laquelle elle devait être, et partout rétablir les princes dépouillés de leurs États ». Il reprit la politique de François Ier, de Henri II, de Henri IV; il prit parti pour les protestants contre la maison d'Autriche, bien qu'il lut prince de l'Eglise et premier ministre d'une monarchie catholique.

I,i guerre de Trente ans eut lieu, de 1618 à 1648, entre les princes protestants d'un côté, l'empereur et les princes catholiques de l'autre.

Nous rappellerons que la guerre de Trente ans se divise en quatre grandes périodes, dites respectivement palatine, danoise, suédoise, < e. Dans la première (1618-1623), Frédéric V, électeur palatin, élu loi de Bohême par les Tchèques révoltés contre Ferdinand, proi lamé empereur le 26 août 1619, est à la tète des calvinisti s; 1 es) vaincu à la Montagne-Blanche (1620) et dépouillé de ses États, qui -oui prives .le toute autonomie. Frédéric est dépo

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Maximilien de Bavière, dont le concours avait as-un I 1 1 rasemenl de l'électeur palatin. Malgré les effoi tsdu général Ernest de M.

cl du comte Christian de Brunswick, la victoire de l'Autriche est complète (1).

Dans la seconde période (1625-1629), [es protestants appellent à leur aide le roi de Danemark, Christian IV : le sou lèvemenl des huguenots de France ne lui permettant pas de s'engager dans une guerre étrangère, Richelieu se contente de donner des secours en argent à Mansfeld et à Christian IV. Les catho lii|ucs l'emportent encore, grâce à Maximilien de l!;i\ ière, au tacticien Tilly el au généra] de l'empereur, Wallenstein.

La défaite du Danemark paix de Lubeck, 1629 fut suivie de Védit de restitution, par lequel l'empereur annulait toutes les sécularisations faites depuis 1555. La ruine du parti protestant engagea Richelieu à agir plus activement. Informé par un gentilhomme français, Charnacé, qui vint le voir au camp de La Rochelle, des forces dont disposait le roi de Suède Gustave- Adolphe, le cardinal détermina ce dernier à signer une trêve avec la Pologne (trêve d'Allmorssen, 1629) et à accepter des subsides pour attaquer l'empereur (janvier 1630). En même temps un agent français, Marheville, se rendait en Allemagne et faisait aboutir les négociations ouvertes depuis cinq ans avec le duc de

Bavière et la Ligue catholique pour obtenir leur neutralité. La même année Richelieu remportait une véritable victoire diplomatique : l'empereur avait convoqué une diète à Ratisbonne pour y faire élire son fils roi des Romains, c'est-à-dire lui assurer la succession de l'Empire; sur les conseils, et peut-être grâce à l'activité des envoyés français, le P. Joseph et Brûlait de Léon, les électeurs

Gustave- Adolphe, par Van Dyck (M

roi de Suède, usée do Munich).

(1) La guerre de Trente ans. — La guerre de Trente ans fut comme la liquidation de la Réforme en Allemagne, où la paix d'Augsbourg (1555) n'avait institué qu'un équilibre instable entre catholiques et protestants. Parmi ces derniers, les luthériens seuls bénéficiaient de la liberté religieuse à l'exclusion des calvinistes, qui cependant dominaient dans lePalatinat. Les catholiques, depuis la réforme réalisée par le concile de Trente et la création de l'ordre des jésuites, avaient repris une 1res grande influence en Autriche et en Bavière, et l'université d'Ingolstadl était devenue comme leur citadelle. Quant aux protestants, ils avaient, malgré les prescriptions de la paix d'Augsbourg, multiplié les sécularisations, d'où des conflits incessants entre eux et les catholiques. Enfin, le duc de Styrie, Ferdinand, petit-neveu de Charles Quint, chef de la branche autrichienne de la maison de Habsbourg, très attaché à la foi romaine, qu'il considérait comme la base du droit public, soutenait de toutes ses forces les catholiques : la reconstitution de l'unité religieuse devait, dans sa pensée, rétablir son hégémonie dans l'Allemagne fédérale et fonder l'unité dans ses Étals héréditaires peuplés de nationalités hétérogènes. Les calvinistes menacés formèrent sous l'autorité de l'électeur palatin Frédéric V une Union évanoélique, à laquelle les catholiques opposèrent l'année suivante une Sainte Ligue présidée par le duc Maximilien de Bavière el encouragée par l'Autriche. Le conflit entre les deux ligues faillit éclater à l'occasion de la succession de Clèveset de Juliers (voir t. 1er, p. 400), mais la mort de Henri IV (1610) suspendit l'ouverture des hostilités qui n'éclatèrent que dix ans plus tard et sur un point opposé, en Bohême.

Bernard de Saxe-Weimar, gravé par Wolkgang Kilian.

exigèrent le renvoi préalable de Wallenstein et de son armée, puis refusèrent leur voix au lils de Ferdinand (juillet-novembre 1630). L'année suivante Richelieu, en signanl avec Gustave-Adolphe le traité de Berweld janvier 1634), trouva un nouvel adversaire à opposera l'empereur, sans avoir besoin d'intervenir Lui-même.

Gustave-Adolphe, qui s'était illustré déjà par trois guerres glorieuses contre le Danemark, la Russie el la Pologne, Rengageait à descendre en Allemagne avec 30000 fantassins el 61 00 chevaux; le roi de France promettait de contribuer à l'entrel ien de cette armée pour 400000 écus par an. Le ■• roi de neige . comme l'appelait Ferdinand II. ne fondit pas, ainsi que s'en flattait l'empereur, « à l'approche du soleil impérial » . Gustave-Adolphe inaugure une tactique nouvelle : il fait la guerre à coups de foudre. Il débarque en Poméranie, s'empare des places fortes de cette province etde celles du Mecklembourg, remporte près de Leipzig la grande victoire de Breitenfeld (7 septembre 1631), bat sur le Lech Tilly. qui est tué avril 1632 , et se trouve maître de l'Allemagne depuis la Baltique jusqu'en Bavière, depuis le Rhin jusqu'en Bohème. La Saxe devient le principal théâtre de la guerre. A la bataille de Lulzen, qu'il gagna contre Wallenstein (16 novembre 1632;, il s'élance, à la tête de sa cavalerie, au plus fort de la mêlée, sans autre armure pour le couvrir qu'une simple casaque de buffle. Il tombe, « emportant dans le tombeau le nom de Grand, les regrets du Nord et l'estime de ses ennemis ». (Voltaire.)

A la période suédoise de la guerre de Trente ans (1030-1635) va succéder la période française.

Première partie de la période française (1635-1643). Alliances et forces de la France. — Jusque-là, Richelieu avait évité de « lever le masque » et lutté indirectement avec la maison d'Autriche; mais quand Gustave-Adolphe eut été tué à Lutzen, que la maison d'Autriche eut été débarrassée, par la mort de Wallenstein, d'un serviteur gênant (février 1634), que les Suédois eurent été écrasés à Nordlingen (septembre 1634), que les électeurs de Saxe et de Brandebourg eurent signé la paix de Prague, le moment parut venu où la guerre directe de la France contre l'Empire et l'Espagne ne pouvait plus être retardée. L'indépendance de l'Allemagne et la liberté de l'Europe étaient à ce prix.

Prévoyant la guerre comme inévitable, Richelieu s'était employé à s'assurer des alliances. En 1633, le marquis de Feuquières signa à Heilbronn

avec les représentants de la Ligue protestante d'Allemagne un traité par lequel elle s'engageait à mettre sur pied, moyennant un subside d'un million de livres, 30000 hommes d'infanterie et 6000 cavaliers ; puis il alla visiter les électeurs de Saxe et de Brandebourg, qui s'étaient rangés du côté de l'empereur par crainte de la Suède : n'ayant pu les ramener, il s'attacha du moins celte dernière puissance. En 1634, un autre diplomate, le comte d'Avaux, fut envoyé

Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, grave d'après Mioxakb.

LA MONARCHIE ABSOLUE

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