‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 3 sur 196 · RICHELIEU ET MAZARIN · texte numérisé non relu

RICHELIEU ET MAZARIN

par Richelieu en mission dans les Etats slaves el Scandinaves pour y affermir l'influence française. L'année suivante le président de Bellièvre se rendit en Italie pour engager les ducs de Parme, de Mantoue, de Modène, le grand-duc de Toscane, le pape Urbain VIII, les républiques de Venise el de Gènes à entrer dans une ligue qui aurait pour but l'affranchissement de la péninsule; il n'y réussit qu'imparfaitement, dépendant, ees laborieuses négociations aboutirent en lti.'i'i à la conclusion d'importants traités d'alliance : traité de Saint-Germain ("28 octobre 1635) avec Bernard de Saxe-Weimar, lieutenant de Gustave-Adolphe, qui tenait la campagne en Alsace avec une armée aguerrie; moyennant 4 millions par an et la promesse du landgraviat d'Alsace à titre de fief français, s'il en faisait la conquête, Bernard devait entretenir contre la maison d'Autriche 6000 cavaliers et 12000 fantassins (1); — traité de Compiègne avec la Suède; — traité de Paris (8 février 1635) avec les Provinces- Unies pour lutter de concert et partager à la paix les Pays-Bas espagnols :

l'Artois, la Flandre, le Hainaut, Namur et le Luxembourg formaient la part de la France; — traité de Ricoh (11 juillet 1635) avec le duc de Savoie Victor-Amédée Ier, dont on achetait l'appui par la promesse du duché de Milan et auquel accédèrent bientôt les ducs de Parme et de Mantoue.

C'était une véritable ligue qui se formait contre la maison d'Autriche et, pour la soutenir, Richelieu mit sur pied 15000O combattants qui furent dirigés à la fois vers les Pays-Bas, le Rhin, l'Allemagne, l'Italie et les Pyrénées.

La guerre commença presque simultanément sur la frontière du Nord, d'Alsace et de Franche-Comté, et s'étendit ensuite en Italie, en Espagne et sur mer.

Au nord, la brillante victoire d'Avein, près de Liège mai 1635 . fut suivie d'un retour offensif des Espagnols qui pénétrèrenl en France jusqu'à Corbie (1636), jetèrent l'alarme dans Paris, mais s'arrêtèrent devant l'élan patriotique que Richelieu avait su inspirer à la population soulevée, à qui il se montra sans suite et sans gardes. Louis XIII se trouva à la tête de 40000 hommes: Corbie lui repris (14 novembre 1636) et les Espagnols repoussés loin de la frontière.

A l'est, une tentative d'invasion en Bourgogne est brisée par l'héroïque résistance du comte de Rantzau à Saint-Jean-de-Losne (1636:. Peu à peu la France reprend l'avantage. Arras est assiégé et pris par les maréchaux de laMeilleraie,deChâtillon etdeChaulnes 9 août 1640 : c'est une perte irréparable pour l'Espagne et le prélude de la conquête définitive de l'Artois; mais nos progrès s. .m entravés de ce côté par les dissensions intestines des Provinci L'nies, où tout un parti se montrait hostile j noire alliance.

En Alsace, Bernard de Saxe-Weimar se signale pai de rapid succès ; après avoir battu les Impériaux à liheinfeld, il pi end Vieux- Brisach, sur la rive droite du Rhin. 11 commençait a supporter

Le maréchal de Guébriant, gravure de Givg. Huret.

(1) Le P. Joseph, discutant avec Bernard de Saxe-Weimar les mouvi de l'armée qu'il commandait et montrant du doigt sur la carl>- l'endroit où il fallait traverser le Rhin, Rernard l'interrompit en lui disant : « Mais, mon Père, votre doigt n'est pas un pont ! »

Le mérite des négociations qui firent passer les Weimariens à la soldi la France revient aussi au Béarnais Jean de Gassion, le futur marécha France, qui avait servi sous Gus ivi Vdolp i la télé du il de

Gassion », et sous Bernard de Saxe-Weimar. iroulut l'attacher .

personne, mais le P. Joseph, qui le redoutait, s y oppo i

impatiemment la tutelle de Richelieu, quand la i vint l'em-

porter, à trente-huit ans 1639 . Le cardinal traite aussilôl avec ses lieutenants, qui lui rendent convention de Brisach,9 octobre 1639)

ses tl'OUpeS el ses cnliquéles. L'année \ve i ma I leilllo . a la l'Ie de

laquelle i] net un chef habile, le maréchal île Guébriant, conserve à la France l'Alsace, les villes frontières, Fribourg-en Brisgau, pénètre en Allemagne, impose au landgravial de liesse un pacte d'alliance

(1640 el, réunie au Suédois Banner, occupe Ratisboi Banner

succombe abus aux suiies d'une hlessurr, mais ce grand capitaine rencontre un successeur digne de lui dans un soldat de fortune,

élève comme lui de Gustave- Adol phe, ïorstenson. Guébriant gagne sur l'archiduc Léopold - Guillaume , frère de l'empereur, el surPiccolomini, général des Impériaux, la bataille de \\ oll'enbuttel ("duché de Brunswick, sur POcker, 25 juin 16 'il ; puis, dans l'électoral de Cologne, une autre victoire plus importante encore, celle de Kempen ( 17 janviei 1642) sur lé général Lamboi, qui est envoyé prisonnier à Paris avec 160 drapeaux et cornettes. 8 000 à 9 01 III Impériaux avaient été pris ou tués.

En Italie, les opérations militaires sont d'abord conduites avec vigueur et succès,et le duc de Savoie Victor- Amédée gai: ne sur Legangez la bataille du ïessin (juin 1636 .

Après sa mort, sa veuve Christine, Mlle de Henri IV, implore le secours de la France contre ses beaux-frères, le prince Thomas de Carignan et le cardinal Maurice, qui lui disputent le pouvoir avec l'aide de l'Espagne. Richelieu i ni donne comme défenseur Henri de. Lorraine, comte d'Harcourt, qui bat les Espagnols à Casai (1640), reprend Turin, et est encore vainqueur à Ivrée. Au centre de l'Italie, le cardinal envoie à Rome Hugues de Lionne, neveu d'Abel Servien, pourtenter de réconcilier le pape Urbain VIII avec le duc de Parme, qui lui disputait le duché de Castro, et de les tourner tous deux contre la maison d'Autriche. L'Espagne perd encore la Catalogne, le Portugal, le Roussillon. I.es Catalans, dont les privilèges étaient méconnus, massacrent leur vice-roi, le comte de Santa-Colonna, el se donnenl à la fiance par le traité île Barcelone, en haine des Castillans 1 1 > décembre L640 . En même temps le Portugal, que Philippe II a incorporé à la monarchie espagnole, s'arrache à soixante ans d'oppression et se déchue indépendant en proclamant roi le duc de Bragance, sous le nom de Jean IV : Richelieu se hâte de reconnaître le nouveau souverain et de s'allier avec lui (1er juin 1641 . Enfin Louis Mil, accompagné de -.m favori Cinq-Mars et suivi de Richelieu, se rend dans le Roussillon ; il j est témoin de la [irise de Perpignan qu'investi! le maréchal do la Meilleraie : le Roussillon est définitivement acquis à la. France septembre 1642).

Pendant que nos armées étaienl victorieuses sur le Rhin comme aux Pyrénées, sur mer, Sourdis, archevêque de Bordeaux, commandait une flotte qui remporta une victoire Davale en vue de Fontara bie léé;s ri ravagea les côtes do l'Espagne el de Naples. La France devenait une puissance maritime.

La situation à la mort de Richelieu. Unsi en 1642 la

France était victorieuse sur les bords du Rhin, retenait dans son alliance la Suède, les Provinces-I nies el le Portugal, protégeai! la

maison de Savoie. La conquête d ^rras s ouvrai! le chemin dos

Flandres, el la possession de Pignerol nous donnai! une portt l'Italie 1632), cependant que la révolte de Gaston d'Orléans ivait provoqué l'occupation do la Lorraine 1634), et, depuis la mort di

Bernard de Saxe-Weimar, la France avait, « une entrée en Allemagne »

par Brisach 1 1635). Enfin, à défaut de la Navarre, le Roussillon était entamé, lui 1642, il ne manquait donc à la réalisation du plan formé drs 1629 que des détails insignifiants. Aussi la postérité a-t-elle ratifié le jugement que Voiture portait sur Richelieu : « Tant <|iie le cardinal a présidé à nos affaires, il n'y a pas un voisin sur lequel la France n'ait gagné des places et des batailles. Tous ceux qui ont quelques gouttes de sang français dans les veines et quelque amour pour la gloire de leur pays ne pourront lire ces choses sans s'affectionner à lui. »

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<• Il y a longtemps, écrivait-il le 9 juin 1626 au cardinal, que je vous ai dit qu'il fallait fortifier mon conseil ; c'est vous qui avez toujours 1 1 culé, <le peur des changements; mais il n'est plus temps de s'amuser à touf ce qu'on vous en dira; c'est as- Bez que c'est moi qui le veux... Ne vous amusez point à tout ce qu'on vous en dira; je dissiperai toutes les calomnies qu'on saurait dire contre vous, taisant connaître que c'est moi qui veux que ceux qui sont dans mon conseil aient habitude avec vous.

Assurez-vous que je ne changerai jamais et que quiconque vous attaquera, vous m'aurez pour second. »

Richelieu fut secondé dans son

Louis XIII, portrait gravé d'après Pli. de Champaigne.

Louis XIII, par un artiste inconnu (Galerie des Offices, Florence).

Anne d'Autriche (Galerie des Offices, Florence).

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