‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 25 sur 196 · GUERRE DE LA LIGUE I» AUGSBOURG · texte numérisé non relu

GUERRE DE LA LIGUE I» AUGSBOURG

La Ligue d'Augsbourg (1686). La terreur qu'inspiraient les armes de Louis XIV ne pouvail prévaloir toujours sur l'indignation que soulevaient les excès de sa politique, principalement inspirée par Louvois. La révocation de l'édil de Nantes 1685 lui aliéna le monde protestant ; l'affaire de la succession palatine, la nomination d'un archevêque à Cologne, le maintien du droil d'asile à Rome poussèrent l'Europe à bout.

L'électeur Palatin élant morl sans postérité (18 mai 1685), l'électoral lui dévolu a la branche collatérale de Neubourg. Mais In duchesse d'Orléans, sœur unique du de cujus, réclama une partie de la succession, et lé roi soutint les prétentions de sa belle-sœur. Cette attitude ressuscita les défiances de l'Allemagne tout entière et le stathouder en profita pour organiser, d'un bout de l'Europe à l'autre, un vaste mouvement diplomatique contre la France. La Ligue d'Augsbourg, qui réunit tous les grands États de l'Europe contre la France, fut l'œuvre de Guillaume d'Orange, désireux d'occuper assez fortement Louis XIV sur le continent pour que le grand roi apportât moins d'obstacles à ses projets sur l'Angleterre. La révocation de l'édit de Nantes i liiXo) lui fournit à propos le moyen de nouer ses intrigues, par la fermentation qu'elle produisit dans tous les pays protestants, et de raviver les haines de 1672. Dès le commencement de 1686, la Hollande et la Suède renouvelèrent leurs anciens traités d'alliance défensive; le 7 mai suivant, l'empereur et l'électeur de Brandebourg contractèrent de semblables engagements et, par un étrange renversement de la politique, on comptait sur l'Autriche et sur la Bavière pour défendre les traités de Westphalie contre la France elle-même, dont il avait été la gloire. Pendant l'été, Guillaume sut réunir à Augsbourg, soit

Guillaume 111 gravure

roi d'Angleterre , de Pi car t.

Réception du roi d'Angleterre par Louis XIV, à Saint-Germain (1689) [Estampe de la Bibliothèque nationale].

en personne, soit par leurs ambassadeurs, les alliés de la dernière guerre, les effrayer ou les séduire, et les amener à signei . le 9 juillet 1686, un traité secret par lequel l'empereur, les mis d'Espagne et de Suède, l'électeur de Bavière, les princes de la maison de Saxe et ceux du haut Rhin, s'unissaient pbur assurer le respecl des traités de Westphalie et de Nimègue ef de la trêve de Ratisbonne. La Ligue d'Augsbourg devait mettre sur pied une armée de 60000 hommes, sur lesquels 16 000 fournis par les différents États, proportionnellement à leurs ressources. La direction suprême Mes ii oupes, commandées par le duc de Bavière, appartiendrait à l'empereur, el aucun des contractants ne pourrait négocier séparément avec l'ennemi une lois la guerre déclarée.

L'électeur palatin et le duc de Holstein-Gottorp adhérèrent à la Ligue les 2 el 7 septembre, et, ultérieurement, l'empereur Léopold conclut contre la France, avec les Provinces-Unies, l'alliance de Vienne (42 mai 1689), à laquelle accédèrenl successivement le roi de Danemark Christian V, le roi d'Angleterre Guillaume III, le duc de Savoie Victor-Amédée, le roi d'Espagne Charles II, et plusieurs princes allemands. Le prince d'Orange ne tenta pas d'amener immédiatement la Hollande à servir ses vues, estimant que les Étals généraux ne se résigneraient pas à une résolution aussi grave sans provocation préalable de la part de Louis XIV. .Mais il avait coalisé l'Europe contre le grand roi, qui , un peu plus tard, instruit en partie des clauses de la Ligue d'Augsbourg, se décida brusquement, par l'envoi d'une armée en Allemagne, à commencer la guerre dite de la Ligue d'Augsbourg. qui se termina en 1697 par le traité de Ryswick.

Affaires du droit d'asile et de l'Électorat de Cologne. — Au moment même où il apprenait cette inquiétante nouvelle,

Louis XIV provoquait un nouvel incident. Le pape Innocent XI avait entrepris d'abolir le droit de franchise en vertu duquel les ambassadeurs donnaient asile aux criminels dans leur hôtel et même dans leur quartier.

Tous y avaient renoncé de bonne grâce, et comme le nonce à Paris invoquait leur exemple, le roi répondit v. que sa couronne ne s'était jamais réglée sur l'exemple d'autrui, mais que Dieu l'avait établie pour servir d'exemple aux autres et non pour le recevoir ». Le pape ayant aboli la franchise d'aulorilé, le roi envoya comme ambassadeur à Rome le marquis de Lavardin, qui y lit son entrée à. la tète de 801.) hommes armés novembre 1687 , annonça une expédition, lit protester au Parlement par l'avocat général Denis Talon contre les prétentions pontificales, en appela au futur concile, et finit par occuper Avignon, qui appartenait au Saint-Siège septembre 1688).

Les péripéties de cette affaire se mêlèrent à celle de l'archevêché de Cologne. Désireux de maintenir l'électorat sous son influence, Louis XIV avait l'ait élire comme coadjuteur

LA MONARCHIE ABSOLUE

de l'archevêque-électeur, vieux et malade, une de ses créatures, le cardinal de Furstenberg, évêque de Strasbourg juin 1688); mais ce dernier n'ayant pu, après la mort de l'électeur, obtenir une majorité suffisante sur son compétiteur, le prince Clément de Bavière, la décision revint en dernier ressort au pape, qui refusa de placer à Cologne un agent de la France et nomma le Bavarois.

L'Angleterre devenait le centre de la coalition, le foyer de l'opposition antifrançaise.

Les hostilités eurent cinq théâtres principaux : I" l'Irlande et la mer; 2° le Rhin et l'Allemagne; 3° l'Italie; 4° les Pays-Bas; li0 l'Espagne. Louis XIV avait déjà déclaré la guerre à la Hollande, soute-

Prise de Philippsbourg- (1688). A la suite de cet échec, Louvois, dans le but de prévenir la coalition, avait porté l'effectif de l'armée à 208 000 hommes. 11 lit occuper Cologne militairement et, le 24 septembre 1688, Louis XIV adressa à l'Allemagne un manifeste pour lui faire connaître que sa sûreté l'obligeait à occuper toutes les villes du Rhin. Une armée, sous les ordres du Dauphin en personne, vint assiéger Philippsbourg, dont Vauban conduisit le siège et qui capitula le 26 octobre. La guerre de la Ligue d'Augsbourg commençait et aussi la deuxième partie du règne de Louis XIV, aussi funeste, aussi désastreuse que la première avait été brillante et glorieuse. Colbert est mort en 1683, Louvois en 1691.

Après eux les ministres qui dirigent les affaires sont ou incapables ou Insouciants; l'industrie et le commerce vont sans cesse décroissant

tandis que les impôts augmentent; les rapports des intendants constatent que la misère est très grandi' dans toutes les provinces : la euerre de la Liuue d'Augsbourg et la guerre de la Succession d'Espagne vont achever d épuiser le pays.

Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697). La

guerre de la Ligue d'Augsbourg devait durer huit ans, être encore glorieuse el conservera la France la réputation de ses armes grâce aux élèves de Condé et de Turenne, Luxembourg et Catinat, à Tourville qui continua d'illustrer la marine, à Vauban qui fortifiait le pays pour les temps de revers. Mais si Louis XIV ne cessa pas encore de vaincre, il ne put désormais s'agrandir. La révolution d'Angleterre, qui remplaça son allié Jacques II par son implacable ennemi Guillaume d'Orange, rendit la lutte trop inégale '■util' lui et la coalition.

La guerre, à l'origine, rappela les alternatives de 1672; le roi débuta par l'agression el par un succès rapide, prit viiii:) vilb-s en un mois, mais se vit arrêté par un événement inattendu : la conquête de l'Angleterre par Guillaume d'Orange.

I.e Dauphin, alors âgé de vingt-sept ans, avait le commandement supérieur des opérations avec Duras, Vauban, Catinat, Chamlay et Saint- Pouange comme conseillers.

I.,- siège île Philippsbourg dura un mois, pendant lequel toutes le» plai es secondaires des bonis du Rhin lurent facilement occupées. La prise de la ville 29 octobre lut accueillie avec

une grande joie à la Cour. Quand Mannheim eut capitulé, pbin revint à Versailles jouir de sa popularité.

I n mois après, Jacques II > arrivai! en fugitif, et le -21 avril Guillaume I i I el Marie étaient proclamés roi et reine d'Angleterre, de France •■( d'Irlande », formuli qui faisail revivre les prétentions des Planlagenêls. Trois moi- après, l'Ecosse offrait aussi la couronne à Guillaume : l'Irlande seule restait fidèle à Jacques IL

Jacques II, roi d'Angleterre, gravure de Pinssio.

I lait-

Incendie de Heidelberg (Collection Hennin).

nue par la Suède 1 16 novembre 1688) ; la diète de Ratisbonne la lui déclara au nom de l'Empire, y compris son allié- l'électeur de Bavière ; enfin le roi d'Espagne, libéré, par la mort de sa femme (février DiS'.i , du seul lien qui le rattachât à la fiance, n'allait pas tarder à faire de même.

Pour frapper la coalition à ses points faibles, Louis XIV résolut de tenter le rétablissement de Jacques II par l'Irlande catholique, d'appauvrir l'Allemagne en dévastant le Palalinal, d'encourager les Turcs à ne pas traiter de la paix avec l'empereur, enfin de faire une diversion sur les Pyrénées. Aucun de ces projets ne réussit complètement.

PREMIÈRE PHASE (1688-1690). — Expédition de Jacques II en Irlande. — Bataille de Bantry-bay (1689). — Jacques II, bien fourni d'argent et de munitions par son hôte, partit de Saint-Germain le 25 février 1089. Quand Louis XIV prit congé' du monarque détrôné : « Ce que je puis vous souhaiter de mieux, lui dit-il, c'est de ne jamais vous revoir. » Et, en signe de confraternité royale, il lui donna sa propre cuirasse. Jacques II débarqua à ICinsale le 22 mars et entra triomphalement à Dublin le,'! avril. Sessuccès s'arrôtèrent là. Bien que Château-Renault, qui lui amenai! dt-x renforts, eût battu la Hotte anglaise de l'amiral Herbert dans la baie de Bantry 11 mai 1689), il négligea les avis de son conseiller français, d'Avaux, perdit du temps, laissa à un général incapable le soin d'assiéger la place de Londonderry el ne put empêcher l'armée anglaise de Schomberg de débarquer dans l'île août 1689 .

Opérations sur le Rhin. — Incendie du Palatinat. Loin ois ordonnait en 1688 une opération qui est restée comme une tache sur sa mémoire. Craignant de ne pouvoir préserver contre l'effortde l'Allemagne sa nouvelle c [Uète du Palalinal, il résolut de l'abandonner, mais aussi i\'r[\ faire un déserl qui ne pût servira l'ennemi ni d'avant-poste, ni de citadelle. Après avoir fait raser et piller plusieurs villes du Wurtemberg el du Neckar, il prit prétexte de quelques représailles individuelles pour anéantir les villes de Heidelberg el de Mannheim : dans la première, le i hâteau fui détruit par la mine el on nul le feu a quatre cents maisons. La seconde fut enlièremenl rasée I .

Les Ulemands furent indignés el l'électoral de i ologne se donna au prune Clément de Bavière. Pour empêcher le mouvement de

i Primo Visconli raconte que la princ e palatine, seconde ducbi d'Orléans, apercevant Louvois m la procession du Saint Esprit, revêtu insignes de chancelier, e serait écriée : Voyez, dit-elle, comme il a l'air bourgeoi ' L'Ordre ne peul cacher sa condition « C'est pour punir ce mot delà Palatine que le minisire aurait fait ravager le Palatinat.

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