‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 26 sur 196 · RHIN · texte numérisé non relu

RHIN

- Echelle -

s'étendre au Palatinat, Louvois 01 donna encore la destruction de Spire el de Worms (juin L68U , les vieilles villes impériales îles bords du Rhin. Ces inutiles cruautés éveillèrent en Allemagne d'éternelles rancunes contre la France.

La guerre aux Pyrénées (1689). Noailles, utilisaul le mécontentement .les Catalans contre les Espagnols, prii Campredon (mai hiN'. i el s'avança jusqu'aux environs de Girone, mais les difficultés île terrain l'empêchèrent d'aller plus [ < > i 1 1 .

Négociations avec les Turcs et avec la Pologne (1689).

Pour entraver les progrès ilu smilèvement de l'Allemagne, Louis XIV négocia avec les Turcs afin de les empêcher de conclure la paix avec l'empereur.

Agissant sur La Pologne dans le même sens, il réussit à prolonger les hostilités entre ce royaume et l'Allemagne.

Opérations aux Pays-Bas et en Allemagne. Celle activité n'entravait pus les progrès des coalisés. Aux Pays-Bas, d'Humières se taisait sottement battre par le prince de Waldeck devant la petite place île Valcourl août I68U .

Sur le Rhin, l'électeur de Brandebourg el le dur de Lorraine faisaient des progrès auxquels Duras opposait eu vain de nouvelles dévastations. A Mayence, le marquis d'IIuxelles, enfermé dans la place avec 9 00U hommes, exécutait vingt-deux sorties, épuisait toutes ses munitions, mais devait capituler Kl septembre , après quarante-six jours de tranchée ouverte. Le baron d'Asfeld, assiégé dans lîonn, montrait la même bravoure, mais éprouvait le même sort (lu octobre . Ainsi, le cardinal de Furstenberg, notre protégé, perdait les derniers restes de son électorat de Cologne.

Aux Pyrénées, Noailles rétrogradait ; dans le Midi, les protestants s'agitaient. La situation était aussi grave qu'en 1673.

Louvois el Louis XIV imprimèrent doue une vigoureuse impulsion aux préparatifs militaires. L'armée fut portée à 112 000 fantassins et 52 000 cavaliers; Seignelay mil à la mer 80 vaisseaux, 20 frégates, 30 brûlots, munies par SU 000 hommes. Des mesures financières furent prises pour donner à l'État des ressources extraordinaires; le nu et beaucoup de gentilshommes envoyèrent leur argenterie à la Monnaie pour qu'elle lui convertie eu espèces.

Luxembourg et Catinat. — De i\ eaux chefs furent appelés aux hauts commandements :

Luxembourg aux Pays lias, Câlinai à la frontière des Alpes.

Saint-Simon, tout en reconnaissant que François de Montmorency , duc de Luxembourg, avait n un feu, une noblesse et des grâces naturelles qui brillaient dans toutes ses actions », en fait un aventurier dissipé', inégal, corrompu el parfois négligent. La vérité est que les irrégularités de son caractère

Carte pour suivre les campagnes de Louis XIV sur le Rhin.

pliquent par les agitations de sa jeunesse. .V en 1628, lils de ce Monlmorency-Boutlevillc

Le duc de Luxembourg, gravure d ' K i> u 1. 1 n ck .

qui lui exécuté pour avoir transgressé les édits contre les duels, il avait débuté en Catalogne el en Flandre, aux i ôtés. du grand Condé, ettil s'était attaché à la fortune de son chef. Il commanda alors l'armée qui conquit la Franche- Comté. A ce moment, Luxemboui g est désigné pour jouer un grand rôle. Le lieutenant de Condé, le Boutleville des guerres de la Fronde, retrouvera, au jour du destin, les hautes qualités d'autrefois, l'entrain, l'activité, L'audace, Le mépris du danger, L'inspiration soudaine qui saisit le point juste et le moment précis, lu foudre de l'exécution après l'éclair de la pensée. Aux dons heureux de sa jeunesse s'ajoutera l'apport des années, l'expérience, la mesure, la sagesse prévoyante, l'autorité du commandement, la juste confiance en sa force que donne l'habitude

du succès. l'ierie DE SÉGUR.

Après la paix de Nimègue, sa fortune est mise en péril. Louvois, qui le déleste, cherche à le compromettre dans l'affaire des Poisons voir p. 106 . Le magicien Lésa ge, poussé par le ministre, accuse Luxembourg de complicité avec la Voisin, el son mémoire a pour effet de faire jeter à la Bastille le maréchal, qu'on veut convaincre non seulement de maléfices, mais encore de concussion el de fabrication de fausse monnaie. Mis enfin hors de cause, il est rappelé à la Cour, mais Louvois persiste à L'exclure de l'armée. Cependant les failles d'Humières el de Duras excitent un déchaînement tel que Luxembourg est nommé commandant en chef de l'armée de Flandre et, par son adroite tactique, ses hautes conceptions, son sang-froid dans le danger, il va se couvrir de gloire a Fleurus, à Steinkerque, à Neerwinden.

C'est que le maréchal de Luxembourg est, après Coud''' el Turenue, le premier homme de guerre du xvnc siècle. Nul plus que lui ne posséda la confiance de ses troupes. Sur le champ de bataille, il avait le coup d'oeil rapide et infaillible, et, au milieu des plus grandes complications, il conservait une netteté d'esprit, une sûreté' de jugement auxquelles il dut de si glorieuses journées. ■ On l'appela le Tapissier dr Notre-Dame. Nul en efl'el ne lit à la cathédrale de Paris si belle draperie, car il la tapissa du haut en bas d'enseignes ennemies. Drapeaux et étendards, il les envoyait par brassées; en grande

pompe, les gardes suisses ou les archers de la ville les portaient à l'église métropolitaine; on les apposait aux piliers, on les suspëndait aux voûtes, el le peuple curieux venait interroger ces soies multicolores; il découvrait entre leurs plis la bigarrure féodale, la diversité des emblèmes, ces aigles, ces lions, ces tours, tout cel arrogant sj nibolisme ; il contemplait avec orgueil ces écussons captifs, cel armoriai vaincu. Au bout de quelque temps, les drapeaux déjà perces de coups dans le combat se déchiquetaient et achevaient de périr. On en éloignait les restes, mais une floraison nouvelle venait remplacer l'ancienne, car Luxembourg était toujours là pour faire récolte de dépouilles

Nicolas de Catinat, ennemies el raviver le merveil-

gravure de J.-U. WlLL. b'UX décor. » (Paul HoUKUliT.)

LA MONARCHIE ABSOLUE

Câlinât, lils d'un conseiller au Parlement de Paris, officier de fortune peu connu .jusqu'alors, était digne du premier rang par sa connaissance de l'Italie, sa grandeur modeste, sa compétence technique. Il acquit dans l'armée el dans les pays qu'il occupa une véritable popularité par la simplicité de ses manières, la hauteur de son caractère, sa sollicitude pour le bien-être des soldats, qui le surnommèrent le Père lu pensée : ce fui à lui que les circonstances donnèrenl d'abord l'occasion de se distinguer.

DEUXIÈME PHASE (1690-1693). - Guerre en Savoie et en Piémont. Bataille de Staffarde (1690). — Le duc de Savoie, Victor-Amédée, ambitieux, dissimule, avait traité avec l'empereur et l'Espagne juin 1690 , tout en amadouant la France et en fortifiant Turin. Quand il eut levé le masque, Catinat, prenant l'offensive, l'attira dans une position choisie à l'avance, à Staffarde, près de Saluées 18 aoùl . La gauche piémontaise fut surprise et enfoncée par trois bataillons qui avaient franchi des marais requîtes infranchissables; le centre fut rompu par une charge brillante. Pour son début. Victor-Amédée perdait 4000 morts et toute son artillerie; sa retraite fut couverte par le général que lui avait envoyé l'empereur, le prince Eugène de Savoie, qui avait jadis fui la France à la suite de sa mère Olympe Mancini.

Iteux mois après, Catinat prenait Suse (13 novembre). Puis, recommençant la campagne en plein hiver, il se jetait brusquement sur le comté de Nice, dont il enlevait la capitale (25 mars 1691). L'année suivante, en mai, il prenait Veillane, Carmagnole (juin), et investissait ("oui, dont il ne put s'emparer par suite de la maladresse d'un de ses subordonnés. Cet échec, coïncidant avec l'arrivée du duc de Bavière .n Savoie, changeait la face de la guerre el réduisait les Français à la défensive.

Un moment, Louis XIV, un peu inquiet, lil une première tentative pour détacher le dur de Savoie de la coalition : le duc refusa. En vain le roi essaya-t-il de faire sentir à l'Italie, par un manifeste solennel "25 mais 1692 , le danger de la domination autrichienne : la peur «le ses armes remportait sur tout autre sentiment.

Le duc de Savoie en Dauphiné. — Tandis que Catinat, avec une armée insuffisante, gardait les places conquises en Piémont, Victor- Ainédée, par une marche hardie, entrait en Dauphiné le jour même <\r la bataille de Steinkerque 3 août 1692) et reprenait Briançon et Gap. L'invasion échoua heureusement devant les obstacles de la nal nie, l'arrivée de renforts conduits par Vauban en personne et l'héroïsme communicatif d'une illustre famille dauphinoise, celle des La tour «lu Pin La Chaire.

Bataille de la Marsaille (1693). — En 1693, Catinat prit une éclatante revanche ; parti de Fenestrelle, il courut brûler près de Turin le château de Victor-Amédée, le força ainsi à accourir et l'attendit dans une position choisie, à la Marsaille (4 octobre). Une charge à la baïonnette décida de la victoire. L'armée du duc, sorte d'« abrégé de la coalition » où se trouvaient des Impériaux, des Espagnols,

I'Ium d.: I.i bataille de I leuius 1690;.

des Piémontais et des réfugiés français, perdit 8000 hom s,

2000 prisonniers. .'!ii canons, 103 drapeaux. Victor-Amédée était pour Longtemps réduit à l'impuissance.

Guerre dans les Pays-Bas. Bataille de Fleurus (1690).

Le 1" juillet 1690, Luxembourg (35000 h les) livra aux troupes

austro-hollandaises (50000 hommes commandées par le prince de Waldeck la bataille de Fleurus. Les Impériaux étaient établis en arrière de Fleurus, sur les hauteurs qui s'étendent d'Heppignies à Wangenies, protégés contre une attaque de front par le ruisseau aux bords escarpés qui descend dans la direction de Saiut-Amand. Luxembourg réussit, à les tourner en faisant une démonstration du côté de Fleurus pour occuper l'attention de Waldeck, tandis qu'il tilait avec sa cavalerie derrière le rideau de collines qui dominaient la droite du champ de bataille, traversait le ruisseau de Ligny et. débouchait tout à coup sur les derrières de l'ennemi. Menacé' d'être enveloppé, le généralissime autrichien se retira en toute hâte vers Charleroi, perdant o 000 à 6 000 tués ou blessés, près de !• 000 prisonniers, 53 canons el plus de 100 drapeaux.

L'effet moral fut plus grand encore. « Ne trouvez-vous pas, écrivait Sévigné, que Dieu prend toujours le parti du roi, et que rien ne pouvait être plus glorieux à la réputation de ses armées, ni mieux placé que cette pleine victoire? » Luxembourg ressaisit la faveur, à la grande colère de Louvois.

Prise de Mons (1691). — L'année suivante (1691) fut signalée par un coup de maître. Après de mystérieux préparatifs, Louvois vint subitement assiéger Mons, devant laquelle Louis XIV parut en personne (21 mars) et qui capitula le 8 avril, presque en même temps que Nice. Puis il ordonna de reprendre au nord la guerre de dévastation. « Ce genre de mal, écrivait-il, est celui que les peuples appréhendent davantage. »

A la lin de cette campagne, il mourut presque subitement (10 juillet), 'fous les grands ministres manquaient à Louis XIV : après Colbert, Seignelay; après Seignelay, Louvois. Celui-ci lui remplacé à la guerre par son lils, l'incapable marquis de Barbezieux.

Cependant Luxembourg continuait à justifier les espérances que le pays avait mises en lui. Le 18 septembre, il remporta un brillant combat de cavalerie à Leu/.e.

Prise de Namur (1692). — En 1692, le roi veut frapper les alliés par une entreprise éclatante : la prise de Namur, ville .située au confluent de la Sambre et de la Meuse, formidablement défendue par la nature, clef du pays de Liège, des Provinces-Unies el de la liasse-Allemagne. Le 10 mai, Louis XIV quittait Versailles; il passait près de Mons une revue de 120 000 hommes, dont Racine, historiographe royal, nous a laissé le récit; le 3 juin, tous les abords de la place étaient emportés à la suite d'une furieuse canonnade dirigée par Vauban en personne. Le 30 juin, le château capitulait .

Bataille de Steinkerque (1692). — Guillaume III, qui cherchait à débloquer Namur, était contenu par Luxembourg. Irrité de son impuissance, il tenta une revanche. Le 3 août 1692, il surprit près de Steinkerque l'armée de Luxembourg; la présence d'esprit de ce dernier, la nature du terrain coupé de haies et de marais, la ténacité des Français l'empèchèrenl de pousser plus bon ses avantages.

Guillaume d'Orange ayant, feint de vouloir reprendre la place de Namur, le maréchal de Luxembourg envoya Boufllers avec 20OOO I nés pour la soutenir, et Guillaume profita de cet affaiblissement de l'armée française pour l'attaquer avec toutes ses forces, soit. 80000 hommes. Luxembourg n'en avait plus que

30 000 el manquait d'artillerie. Pour comble de malheur, i spion,

que le général français entretenait au camp de la coalition, lui

démasqué et dut, pour avoir la vie sauve, envoyer à Luxeml rg de

Taux avis. La surprise des Français fut c plèle lorsqu'ils furent

attaqués au petit pair par l'armée de Cuillaume. Mais le coup d'u'il el l'énergie de Luxembourg, la promptitude avec laquelle chargèrent furieusement les gentilshommes île la maison du nu, sauvèrent bientôt la situation. L'ennemi avait dû faire halle dans une petite

plaine où il ne pouvait se déployer, el Luxembourg, c prenant

qui' le terrain était trop resserré | r que sa cavalerie pût agir, lil.

charger à pied les dragons et [a maison du roi. Lui-inù se mit.

,i leur tète avec quatre princes du sang : Chartres, Hourbon, Couli ei Vendôme. Les troupes, qui avaient d'abord fléchi ■< droite el au centre, ressaisirent l'avantage el, à gauche, lioufllers, rappelé pur Luxembourg, acheva la défaite de Guillaume. L'ennemi battit en

retraite à se pi heures du soir, laissant In non bon s sur le champ

de bataille, s drapeaux, lo pièces de ca i el 1300 prisonniers.

Luxembourg perdait environ 7 000 hommes.

B.itaille de Neerwinden (1693). Le début de 1693 fut marqué par de grands efforts de lu pari de Louis \l\ : cinq armées furent

HISTOIRE DR FRANCE

Plan de la bataille de Neerwinden (1693).

formées et leur total atteignit 3o0 000 hommes. Dans le Nord seul, 150000 hommes furent réunis, et le roi n'y parut (juin) que pour décider de porter les coups décisifs en Allemagne; mais son absence n'empêcha pas un nouveau succès En allant assiéger Huy, Luxembourg emporta d'assaut les retranchements qui protégeaient l'armée de Guillaume 111 dans le village de Neerwinden (29 juillet 1693). Deux attaques furent repoussées, malgré l'impétuosité de l'infanterie, malgré l'intrépidité de la cavalerie qui, d'abord condamnée à 1 inaction par la nature du terrain, arrachait à Guillaume le cri demeuré célèbre : <■ oh ! l'insolente nation! » Une troisième charge, avec la maison du roi, finit par emporter la position. Les premiers résultats delà victoire paraissaient éclatants : 20000 hommes tués à l'ennemi et 80 drapeaux enlevés. Le u novembre 1693, à son entrée à Notre-Dame, où il vint assisler à un Te De/un, Conti salua Luxembourg, en montrant les innombrables drapeaux de la voûte, du nom de « Tapissier de iV.otre-Dai , el la foule émue répéta celte appellation, qui consacrail les tri plies du maréchal. Toutefois, on

s'aperçut bientôt, à connaître les pertes (7 000 hommes) el à voir Guillaume se reformer, que celle victoire n'était pas plus décisive que les précédentes La guerre (raina désormais dans le Nord.

Guerre sur le Rhin. — Sur le Rhin, les hostilités n'avaient jamais été très actives. En 169M, le Dauphin et le maréchal de Lorges restèrent sur la défensive, [-'année suivante, Louis XIV attendit l'en nemi et ne vit rien venir. En 16.1-2, l'armée d'Allemagne remporta un léger avantage à Pforzheim. En 1693, elle s'empara d'IIeidelberg par un coup de main hardi 22 mai el y renouvela les violences du premier ravage du Palatinat; les tombeaux mêmes des électeurs palatins furent livres à la dévastation.

Opérations en Catalogne. En Catalogue, Noailles s'empara de llosas (9 juin 1693), opération à laquelle coopéra par mer Victor- Marie d'Eslrécs. u Ce succès, écrivit Louis XIV à Noailles, est fait pour étonner l'Espagne el peul produire des effets merveilleux par L'apport aux affaires générales. »

Opérations sur mer et en Irlande. Bataille du cap Bévéziers (1690). — Le 1U juillet 1699, Tourville, Châlcau-Renaull el d'Estrées, fils du vieux maréchal Jean, croisèrent sur les côtes d'Angleterre et remportèrent sur l'amiral Herbert el la lloltc anglo-hollandaise, à la hauteur du cap Bévéziers Beachy-head , une grande victoire à laquelle prirent part Jean Rarl, Coëllogon, Amlïevillc, Pointis, Eorbin, et qui excita en France un grand enthousiasme.

Bataille de la Boyne (1690). — Malheureusement, le jour même de cette bataille, Jacques II essuyait une défaite retentissante; pendant qu'il gâtait tout par sa légèreté el son incurie, Guillaume III débarquait en personne en Irlande el fonçait vivement sur son adversaire, qui, après avoir vainement assiégé Loudonderry avec le

secours de nombreux catholiques, l'attendait prés de Drogheda, derrière la Boyne. Le '.'. eul lieu une première escarmouche au cours de laquelle Guillaume, blessé d'un coup de canon, s'affaissa sur son cheval, ce. qui fil i roirc a -a mort. Le 10, il étail rétabli <-t il tentai! avec ses 36000 soldats le passage de la rivière. Le vieux Schombcrg commandai! dans l'armée de Guillaume des réfugiés

calvinistes, el le i .• sque Lauzun était à la tète des français.

L'élan des orangistes lui lellcmenl irrésistible qu'il mil en déroute l'infanterie irlandaise, força Jacques II a se rembarquer pour la France el permit a Guillaume d'entrei iup férir à Dublin

16 juillet . Le vaincu semblait d'ailleurs peu digne d inlérêl : '-u traversant la France, il frappa plus les courtisans pai -a proverbiale gloutonnerie que par sa douleur. On n'en '-ni pas moins une cruelle déception en France, ou l'on avail l'ait des feux de joie sur h- Pont- Neuf à la nouvelle de la morl du prince d'Orange.

La résistance à Guillaume III se prolongea cependant quelque temps encore; l'armée irlandaise, sous le commandement d'un officier français, Boisseleau, se défendit héroïquement dans Liinerick (août-septembre el lii même lever le siège aux troupes an:iai^'s. Mais, l'année suivante, la prise de cette place 9 septembre 1691) consomma sa ruine; elle émigra en grande partie en France, le pays fut conquis el la cause des Sluarts perdue sans retour.

Cependant, sur mer, la suite >\r la guerre devail être, malgré l'affaire de La Ilougue, féconde en glorieux exploits 1 .

Bataille de La Hague et affaire de La Hougue (1692). — Malgré l'échec de son expédition en Irlande, Louis XIV imagina uni1 tentative de débarquement en Angleterre, et réunit à cet effet, dans le Cotentin, les Irlandais réfugiés. Pour dégager le passage, loin ville, qui n'avait que 44 vaisseaux, moulés par 2il(inil hommes et armés de 3114 canons, reçut l'ordre d'attaquer, sans attendre d'Estrées, la llolle anglo-hollandaise, forte de 90 vaisseaux, montée par 40000 hommes d'équipage el armée do 7 154 canons. Tourville avait pour lieutenants d'Amfreville. Gabaret, Pannelier, Coëllogon. Le 19 mai, au point du jour, il rencontra, en face de La Elague, la flotte alliée, commandée par liussol. Tourville, obéissant aux ordres du roi, accepta la bataille; les Anglais se nièrent immédiatement sur le vaisseau-amiral français, le Soleil Royal, qui eul à soutenir à lui seul le feu do seize bâtiments, pendant qu'une partie de la flotte anglaise tournait l'arrière-garde française. Celle-ci, dégagée par une attaque de Coëllogon, se jeta sur le centre ennemi el les Anglais durent reculer. La nuit mil lin à cette bataille do dix heures, à l'issue de laquelle tous 1rs bâtiments français étaient saufs. Les Anglais en avaient perdu deux; leur contre-amiral Carter ''lait blessé à mort.

Tourville battit en retraite sur Brest et Sain t-Malo, mais tousses navires ne purent le rejoindre : trois, parmi lesquels le Soleil Royal, vinrent s'échouer sur la plage dr Cherbourg; douze autres se réfugièrent dans le poil, sans défense, do La Hougue. Tourville reçut là du maréchal de Bellefond, qui lui était adjoint pour le commande-

La maréchal de Tourville Château-Renault

(Estampes do la Bibliothèque nationale;.

ment (d qui voyait la défense impossible, l'ordre de les faire échoiiei avec toul leur armement. I. ennemi en profita pour venir les brûler (•Z'.l mai-3 juin 1692 .

(1) Louis l'lirly|ieau\ dfi Ponlcharl rain avail remplacé au département de la marine Coîlirrl de Sri-ielay (morl le 3 novembre 1690 sans avoir aucune connaissanve parlicutii re des choses de la marine.

LA MONARCHIE AHSOLUE

SI

Jean Bart, gravure de René Bradel.

Victoire de Lagos (1693). — Ce malheur, dont la gravité fut exagérée, puisqu'il n'atteignait qu'une minime partie de la flotte française, fut vengé par la victoire de Lagos ou du cap Saint-Vincent, où Tourville détruisit à moitié, en bataille rangée, la flotte de l'amiral Rooke, qui escortail en Angleterre les quatre cents vaisseaux marchands qu'on appelail la (lotte de Smyrne, infligeant à l'ennemi une perte de 70 millions (26-29 mars 1693 .

Lu guerre de course. — A ce moment, la guerre navale change de caractère : d'uni' part, Louis XIV renonce à combattre sur l'Océan et, dans l'espoir de réduire le roi d'Espagne el le duc de Savoie, il concentre particulièrement ses efforts sur la Méditerranée; d'autre part, la guerre de course se substitue à la guerre régulière.

Les corsaires, qu'il ne faut pas confondre avec les pirates, armaient à leurs frais leurs bâtiments et combattaient en volontaires à leurs risques el périls, mais ils devaient être autorisés par le roi. Ils parcouraient les mers et ruinaient le commerce de l'ennemi en -'emparant des navires marchands qu'ils rencontraient. Le métier de corsaire était devenu, au xvii0 siècle, un métier régulier, consacré par l'usage et garanti en quelque sorte par les souverains. Aussitôt que la guerre était déclarée entre deux

puissances maritimes, les plus hardis des marins recevaient, pour la durée des hostilités, des lettres de marque, qui leur donnaient officiellement le droit de capturer les vaisseaux de commerce de la nation ennemie, de mettre en vente les marchandises enlevées, et leur réservaient la plus grosse partie des bénéfices. Ces lettres de inarque, appelées également lettres de représailles, étaient délivrées dans les ports de France par le ministre de la marine et parles gouverneurs dans les colonies. La course était réglementée par un tribunal de conservateurs de la paix, qui devaient trancher dans le délai de deux mois toutes les contestations nées à l'occasion de la guerre de course. Les corsaires furent alors non seulement tolérés, mais honorés pour leurs exploits. La course formait d'excellents marins, car elle exigeait une énergie, une activité, un déploiement d'adresse fort rares dans la marine de l'État à cette époque. Jean Bart, Duguay- Trouin, Forbin, Pointis, étaient, des corsaires. Rien qu'en 1689, ils enlevèrent aux Anglais plus de \ 200 navires. Pendant toute la guerre d'Augsbourg, Seignelay et Louvois firent faire la course pour leur compte et encaissèrent des bénéfices. Vauban, lui-même, dont on connaît pourtant les scrupules de conscience, écrivaitau roi : « Il faut de toutes manières Favoriser la course tant que durera la guerre. »'

Les alliés, qui croyaient avoir gagné l'empire de la mer, reconnurent bientôt l'insuffisance de leurs victoires; les corsaires s'étaient multipliés et ne laissaient ni liberté- ni sécurité au commerce anglais. C'étaient chaque jour des traits d'audace désespérants, des prises énormes. Jean Bart ramenait d'un seul coup à Dunkerque 'l'A vaisseaux de blé provenant de Dantzig, et le jeune l)uguay-Trouin allait ravager les châteaux qui bordaient le Shannon. Les coalisés en perdaient la tète el ne savaient comment se défendre. Saint-Malo, surtout, était devenue fameuse par ses prises; c'était la ville maritime la plus riche de France. Elle avait capturé en neuf ans 262 \ai-~. -aux de guerre et 3380 vaisseaux marchands. Une tentative des Anglais pour l'aire sauter la place par une machine infernale échouait piteusement. Le roi pouvait à juste titre distribuer aux marins une médaille avec cette' inscription : Splendor rei navalii [Eclat de la marine .

TROISIÈME PHASE (1693-1697). -Jusqu'en 1693, la guerre avail été heureuse, mais sans être jamais décisive. Nos vii toires presque constantes élargissaient notre frontière sans forcer nos ennemis à traitei-. Enfin, la misère augmentait à l'intérieur. En préseno

• situation, Louis XIV fit une tentative ] r traiter, sous la médiation du roi de Suède juillel 1693 . Les négociations i i lioui renl parce que leS alliés demandaient et qu'il ue pouvait accepter le rétablissement pur el simple du traité de Nimèguc. Il re< omirn donc la guerre, mais avec moins de vigueur. Luxembourg, Lorges

et Câlinai reçurent et, exécutèrent, l'ordre de se tenir sur la défensive. Mais aux Pyrénées, Noailles, réduit jusque-là à une guene de par tisans, prit une vigoureuse offensive, avec 26000 hommes, pour réduire l'Espagne à la paix 1694 . Sur mer, l'amiral anglais Berkeley, qui tenta un débarquement pies de Brest, dut reculer devant l'élan patriotique des populations et se venger en bombardant Dieppe,

Dunkerqi t Calais.

Perte de Namur et de Casai (1694). - Luxembourg étant mort le 4 janvier 1694, son successeur, l'incapable Villeroi, ne put empêcher

Duguay-Trouin, gravure de René Bradel.

Claude Forbin, gravure de Pierron.

l'infatigable Guillaume III de se jeter sur Namur, héroïquement défendue par Boufllers, et d'enlever la place grâce aux travaux de l'ingénieur Cohorn (21 août). Il s'en vengea en couvrant de bombes Bruxelles. « Jamais, écrivit Berwick, on ne vil u\\ spectacle plus affreux, et rien ne ressemblait mieux à ce qu'on nous raconte de l'embrasement de Troie. »

En Italie, Casai avait capitulé (juillet).

Paix avec la Savoie (1696). — La situation financière de la

France devenait de plus en plus critique, mais les alliés étaient de leur côté si épuisés par nos corsaires que la campagne de 1698 se passa sans événement d'importance, sauf en Italie. Câlinât avait reçu 50000 hommes qui en imposèrent au duc de Savoie; Louis XIV était disposé à des sacrifices pour le gagner. Ceux qu'il consentit par une convention secrète, dont les clauses lurent confirmées par le traité de Turin (29 août 1696), étaient considérables : c'étaient l'abandon de Pignerol, française depuis 1632, la restitution de la Savoie et de Nice, le mariage de la fille aînée du duc avec le duc de Bourgogne; en retour, Victor-Amédée joindrait ses troupes à celles de Louis XIV pour faire prévaloir la neutralité de l'Italie. Ce traité, qui détachait de la coalition un de ses membres les plus ardents, a été souvent célébré comme un acte d'habile politique. Il avait sans doute1 des avantages immédiats, mais il créait un précédent fâcheux en accordant des concessions importantes à un prince qui s'était signalé comme l'adversaire toujours ardent et toujours malheureux de la France; il inaugurait pour la maison de

Savoie cette politique équivoque qui consistait à s'agrandir SUCI es-

sivement à l'aide et aux dépens de tout le inonde et à tirer de ses défaites plus de parti que de ses victoires.

Paix de Ryswick (1697). ■ Les succès du prince Eugène en

Hongrie sur les troupes ottomanes et l'avène ni de l'électeur de

Saxe au Irène de Pologne I , double ectiec pour la poliiique fran- ■ aise, ne suffirent pas à maintenir aux côtés de l'empereui les An- lis el les Hollandais. La défection du duc de Savoie l< s i ngagea i cessi i les hostilités cl Louis Xl\ consentit à prendre pour base des négociations le traité de Nimègue, sauf quelques réserves pour

Luxerai 'g et Stras! g, et ù reconnaître Guillaume lit comme

roi il Angleterre. Sous la médiation de la Suède, un congrès se t i 1 1 1 ,i Ryswick, près de La Haye. La paix, rendue nécessaire par l'épuisement du royj el l'ouverture prochaine de la success

d'Espagne, facilitée en outre par les succès inattendus de Pointis,

(1) Au lieu du prince de Conli, candidal français, dont le cardinal di Poli gnac, noire ambassadeur, avail beui préparé le m i i

BISTOIRE DE FRANCE

Charles II, par Coello Cl au

qui le 3 mai 1697 pril Carthagène dans la Nouvelle-Grenade, el d

Vende , qui prit Barcelone 10 aoûl 1697), lui conclue entre

1" la France el les Provinces I nies; 2° la France el la Grande Bre tagne;3°la France el l'Espagne; i° la France, l'empereur el l'em pire. L'opposition il<' l'empereur, désireux de maintenir la coalition jusqu'à la mort ilu roi d'Espagne, avail retardé l'ouverture des négociations générales jusqu'au mois de mai Di'.tT.

La France était représentée au congrès de Ryswick par de Callières, son pi'emier négociateur, assisté de Harlay de Bonneuil et de Verjus de Crécy. Les négociations se prolongèrent jusqu'au •Jit septembre, mais les concessions faites par Louis XIV amenèrent enfin la conclusion de la paix.

Par le traité cuire la France et les États généraux, << lous les pays, villes, places, terres, forts, îles et seigneuries, tant au dedans qu'au dehors de l'Europe, qui pourraient avoir été pris et occupés depuis le commencement de la présente guerre, seront restitués de part et d'autre;... et nommément le fort et habitation de Pondichéry sera rendu à la Compagnie des Indes orientales établie en Fiance ». Le traité politique fut suivi d'un traité de commerce qui devait durer vingt-cinq ans; il reproduisait dans la plupart de ses articles le traité de Nimègue, mais il accordait aux Hollandais de nouvelles concessions; ils pourraient l'aire le commerce du Levant à Marseille aux mêmes conditions que les Français, c'est-à-dire sans payer le droit

de '20 pour 100 qui se levait à cette occasion; ils importeraient librement dans nos ports le hareng salé; le droit de oO sous par tonneau était aboli en faveur des navires hollandais et le tarif prohibitif île 1667 devait être remplacé par un tarif plus avantageux, ou, à défaut d'un nouveau tarif, par celui de 1664.

Par le traité entre la France et la Grande-Bretagne, Louis XIV reconnaissait Guillaume d'Orange comme roi d'Angleterre et s'engageait « à ne le troubler ni inquiéter en quelque façon que ce soit dans la possession de ses royaumes, pays, terres ou États ». La navigation et le commerce devaient être libres entre les sujets des deux royaumes. Les deux rois se restituaient réciproquement « tous les pays, îles, forteresses et colonies qu'ils possédaient avant la guerre ». Des commissaires devaient être nommés pour étudier et juger « les droits et prétentions réciproques des deux royaumes sur les places et lieux de la baie d'Hudson ». La principauté d'Orange était rendue au roi d'Angleterre telle qu'il la possédait en vertu du traité de Nimègue; on lui restituait aussi les revenus perçus à son détriment.

Par le traité entre la France et l'Espagne, Louis XIV rendait Girone, Rosas, Belver, Barcelone, ainsi que toutes les places dont il s clail. emparé pendant la dernière guerre dans les Pays-Bas espagnols : Luxembourg, Charleroi, Mons, Ath, Courtrai; toutes les villes qu'il avait occupées et réunies, depuis le traité de .Nimègue, dans les provinces de Luxembourg, Namur, Brabant, Flandre, Hainaut, à l'exception de quatre-vingt-deux villes, bourgs et villages qu'il considérait comme dépendances des villes de Charlemont, de Maulieiige et autres, qui lui avaient été cédées par les traités d'Aix-la- Chapelle et de Nimègue. Le commerce redevenait entièrement libre entre les sujets des deux royaumes.

Le traité entre l'empereur et Louis XIV ne fut signé que le 30 octobre, parce que l'empereur espérait toujours obtenir des conditions meilleures; mais, délaissé de tous ses alliés, Léopold dut se résigner à accepter les avantages, d'ailleurs inespérés, que lui accordait Louis XIV. Les traités de Westphalie et de Nimègue étaient reconnus comme bases du traité de Ryswick. La France resliluait tous les territoires qu'elle avait occupés en vertu des arrêts des chambres de réunion. Elle gardait Strasbourg; elle rendait le fort de Kehl, Fri bourg, Brisach, Philippsbourg; les fortifications de Huningue et de Fort-Louis, sur la rive gauche du Rhin, devaient être démolies. La Lorraine, occupée militairement par la France depuis 1634, était restituée à son duc. Louis XIV se réservait cependant Sarrelouis et Longwy. Le protégé de Louis XIV, Furslenberg, renonçait définitivement à l'électoral de Cologne.

roi d'Espagne,

dio (Prado, Madrid).

Celle paix causa en Angleterre une vive explosion de joie el, en

France, une ■ espi le honte . Le roi essaya de la justifier en

van tan I sa générosité, en alléguanl son soui i de la paix générale el son désir de soulager la misère de son peuple, mais personne ne

s'y trompa : Louis \|\ reculai) de vingt ans et la paix de Ryswick inaugurai! la décadence du règne.

G i ERRE DI-: LA si CCESSION d'eSPAGN l.

Les prétendants à la succession.

— La paix de Westphalie avait abaissé la maison d'Autriche, le traité des Pyrénées avait assuré l'hégémonie de la France en Europe. La maison de Habs-

1 g, si puissante au temps de Charles

Quint, s'était divisée en deux branches, et la branche espagnole était si faible que, si la branche autrichienne venait à l'absorber, la France pourrait de nouveau courir les dangers dont avaient triomphé Richelieu et Mazarin. Ce dernier, en négociant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, voulut préparer la liquidation de la succession d'Espagne dans un sens national. Après le traité de Ryswick, le moment de pourvoir à cette succession parut arrivé. Charles II avait toujours semblé si faible que, dès 1668, Louis XIV et l'empereur Léopold, chel de la branche cadette des Habsbourg, avaient conclu un accord pour se partager son héritage. Marié une première fois à Marie-Louise, tille du duc d'Orléans et nièce de Louis XIV, morte en 1689 ; une seconde fois, à Marie-Anne de Neubourg, belle-sœur de l'empereur, très influente sur son esprit et tout acquise à la maison d'Autriche. Charles II n'avait pas eu d'enfants, et paraissait, à trente-six ans, menacé d'une fin prématurée. Les deux maisons de France et d'Autriche pouvaient prétendre à sa succession, parce que deux fois, clans le cours du siècle, une alliance matrimoniale les avail unies à l'Espagne. Anne d'Autriche, fille aînée de Philippe III, avail épousé Louis XIII; Marie-Anne, fille cadette de Philippe III. avail épousé l'empereur Ferdinand III. Plus tard Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV. avail épousé Louis XIV; Marguerite-Thérèse, fille cadette de Philippe IV, avait épousé l'empereur Léopold. Louis XIV et Léopold étaient donc fils

de deux sœurs, maris de deux sœurs, cousins germains et beaux- frères ; mais, dans les deux cas.

les princes français avaient épousé les aînées.

Ainsi qu'il vient d'êlre dit, l'empereur Léopold avait d'abord admis la validité des droits de la maison de France en signant avec son chef un traité de partage de la monarchie espagnole (1668). Trente ans plus tard, il modifia ses vues en voyant Louis XIV, donl il avait d'ailleurs à se venger, isole en Europe. Dans l'intervalle, il avait eu de l'infante Marguerite-Thérèse une fille, Marie-Antoinette, mariée à l'électeur de Bavière, et de la princesse Eléonore de Neubourg deux fils, les archiducs Joseph et Charles. Il revendiqua la Léopold I", empereur d'Allemagne totalité de l héritage, en

(Estampe de la Bibliothèque nationale). faisant valoir qu'Anne

L \ MON MICIIIi: AliSOU R

d'Autriche et Marie-Thérèse avaient, en se mariant, solennellement renoncé à leurs droits en faveur de

leurs sœurs cadettes ; la première cadette par rang de proximité, Margueriter Thérèse, femme de Léopold,

étant morte, ainsi que sa fille, Marie-Antoinette mariée en 1685* au prince électoral de Bavière . c'est son fils, le jeune prince électoral de Bavière, qui liéritail des droits de sa grand'mère.

Mais, pour empêcher l'héritage de passer dans la maisonde Bavière. Léopoldavait exigé que sa tille, en épousant l'électeur, renonçât à tous ses droits sur l'Espagne. Les filles de Philippe IV

étant de ce l'ait déchues de toute prétention, la postérité de Philippe III lestait seule à l'aire valoir ses droits, et, comme dans celleci Louis XIV «'tait exclu par la renonciation d'Anne d'Autriche, le Dauphin par la renonciation de Marie-Thérèse, Léopold seul recueillait tout l'héritage. Il le destinait à l'archiduc Charles, le cadet des fils qu'il avait eus de son mariage avec Éléonore de Neubourg.

Eu face de ces prétentions, Louis XIV soutenait : 1° que les renonciations qu'on lui opposait n'étaient pas valables, ayant été subordonnées à des conditions qui n'avaient pas été remplies; 2° que l'empereur lui-même en avait décliné le bénéfice, en signant autrefois un traité de partage. Le roi de France revendiquait donc la totalité de l'héritage; toutefois, pour ne pas effrayer l'Europe parla perspective de la réunion de ses deux plus grands empires, il le destinait, non à être annexé à la France, mais à former un État distinct sur lequel régnerait un prince français, écarté de la succession au trône de France. Ainsi l'équilibre actuel des puissances serait maintenu au détriment de la maison d'Autriche.

Au milieu de toutes ces intrigues, le principal intéressé n'avait qu'un souci : celui de maintenir après sa mort l'intégrité de sa monarchie en la léguant à un prétendant dont le choix aurait le moins de chance de provoquer une guérie et un partage. Aussi avait-il, dès lii'.Hi. l'ait un testament par lequel il instituait le prince électoral de Bavière comme son héritier universel. Mais, cédant à la pression de la reine, sa femme, acquise à la politique impériale, il révoqua les dispositions qu'il avait prises, sans toutefois tester on laveur de l'archiduc Charles, comme l'empereur le lui demandait.

Traité de partage de 1698. — La période active des négociations commença en 1698. A ce moment, Louis XIV, désespérant de vaincre la résistance de la maison d'Autriche, imagina de chercher un allié auprès du plus tenace de ses ennemis. Il demanda l'appui de Guillaume III. lui offrant, en retour, de si' contenter d'une partie seulement de l'héritage et de partager le reste avec les autres compétiteurs. Guillaume resta d'abord stupéfait de cette modération de l.iiuis XIV. dont les offres étaient trop belles pour qu'il les refusai : les 'lx septemhre-1'1 octobre 1698, un liait''- de partage, signé a La Haye entre les plénipotentiaires de la Grande-Bretagne, <lr> Pro-

Le duo d'Anjou reconnu roi d'Espagne par Louis XIV, à Versailles (Estampe de la Bibliothèque nationale).

vinçes-Unies et de Louis XIV, répartit ainsi qu'il suit 1rs Etats de Charles II : au prince de Bavière, l'Espagne, les Pays-Bas, la Sardaigne et les Indes; au dauphin de France, le royaume de Naples, la Sicile, les présides de Toscane et le Guipuzcoa : à l'archiduc Charles, le Milanais. Bien que la France laissât échapper encore une luis les Pays-Bas espagnols, dont elle poursuivait depuis si longtemps la possession, sa part était formidable : elle tiendrait par la Sicile tout le commerce du Levant, et par le Guipuz.coa une porte ouverte sur l'Espagne.

Ce traité devait être tenu secret. Des indiscrétions hollandaises le divulguèrent, et l'Espagne apprit qu'on l'avait démembrée sans la consulter : l'indignation fut si vive à Madrid que Charles II institua le prince électoral de Bavière son héritier universel par un testament nouveau, solution qui lui paraissait la plus propre à maintenir la paix, puisque le prince électoral de Bavière n'était en situation d'inquiéter persoi .Mais ce prétendant, que la Cour de France

elle-même, de l'aveu de Dangeau, regardait « comme le fondement de la paix de l'Europe », mourut brusquement à Bruxelles, à l'âge de sept ans, le 6 février 1699. Saint-Simon accusa la maison d'Autriche de n'être pas étrangère à une mort qui servail si opportunément ses intérêts.

Traité de partage de 1700. — Tout se trouvant remis en question, Louis XIV reprit les négociations avec les puissances maritimes et l'Espagne. Le 3 mars 1700, après un an de difficultés, un traité conclu à Londres entre Louis XIV, Guillaume III et le grand pensionnaire llemsius, partagea encore une fois la succession d'Espagne entre la France et l'Autriche. L'archiduc Charles eut, comme la première fois, l'Espagne, les Pays-Bas, la Sardaigne et les Indes, et la part du Dauphin s'accrut des duchés de Lorraine ei de Bar, le duc de Lorraine recevant le Milanais en compensation de ses États héréditaires. Louis XIV manquait les Pays-Bas, mais il fermait par la Lorraine la trouée restée ouverte sur la frontière de l'Est, et le Milanais se trouvait isolé. Il négocia aussitôt avec tous los princes de l'Europe pour leur faire approuver ce partage et offrit notamment

au duc de Savoie, qui se pesait aussi c le prétendant, le royaume

de Naples en échange de .Nier ei de la Savoie; le succès de cette

TABLEAU DES PRETENDANTS A LA SUCCESSION D'ESPAGNE Philippe III. roi d'Espagne de 1598 à 1621.

Anne d'Autriche, mariée 1615 •i Louis XIII, roi de France.

Louis XIV.

roi de France.

Philippe IV, roi d'Espagne de 1621 à 1665.

Marie-Thérèse d'Aï triche,

mariée 1660 ;'i Louis XIV, coi

grand Dauphin de France 1661-171 1 .

Louis, Philippe, duc d'Anjou Charles,

duc (Philippe Y . duc de Berri,

de Bourgof roi d'Espagne m. en 1714.

(1682-1712;. de 17U0 a 1746.

i Ih vri.es 1 1.

roi d'Espagne de 1 ;i 1700.

M \l(l'.UF.IUTK-Tlll !:l SE ,

mariée b l'empereur l pold.

M VRIl -An rOINETTE,

n iriéi à l'éli i Leur de Bavière Max-Emmanuel

Joseph I

prince électoral de l '• iviôre.

Marie-Anne, mariée à Ferdinand lit. empereur.

I ,i opold I"1 , empereur,

époux en premières noces

de Marguerite Thérèse,

remarié à Éléonore de Neubourg.

i !••' . Chari es Vl .

Si

ilISTolKK DR FRANCE

J.-B. Colbert de Torcy, gravure do Desrochers.

négociation aurail donné à la France, dès celte époque, sa frontière du sud est.

L'empereur, irrité contre l'Angleterre et la Hollande, offril alors à Louis XIV d'adhérer publiquement au traité du •'! mais 1700, el même de lui céder 1rs Pays Bas avec les I m 1rs en échange du Mila nais, mais le roi de France ne voulu! pas provoquer, par son acceptation, une guerre certaine avec l'Angleterre el les Provinces- Unies; il répondit à Léopold qu'il ne négoi ierail que d accord avec

les signataires du traité de pai'tage, condition à laquelle l'empereur ne voulul pas souscrire.

Avènement du duc d'Anjou (1700). - A Madrid, la reine, belle-sœur de Léopold, toute-puissante sur l'esprit de son mari, secondée d'ailleurs par l'ambassadeur impérial, le comte de Harrach, et par les troupes allemandes qui tenaient garnison en Catalogne, éclata en menaces à l'annonce du traité i mai 1700). Par ses violences mêmes elle dépassa et manqua smi but. En Espagne, grands el peuple détestaienl les Allemands, qui s'étaienl rendus insupportables par leur arrogance, à tel poinl que, lorsqu'il fut question d'un testament en faveur de l'archiduc Charles, l'Aragon parla de se donner un roi particulier. De plus, le parti national, dirigé par le cardinal Porto Carre ro, tenait par-dessus tout à l'intégrité de la monarchie et devait favoriser le prétendant qui serait le mieux en mesure de la maintenir. La question ainsi posée ne comportait qu'une réponse. La France était une grande puissance militaire, voisine de l'Espagne sur toutes ses frontières; elle avait accès au nord dans les Pays-Bas, au sud dans la Péninsule, à l'est dans le Milanais, et ses côtes la mettaient en communication avec les deux Siciles et les Indes. La France devant s'efforcer de conquérir par la force la monarchie espagnole si celle-ci était donnée à l'Autriche, il valait mieux l'abandonner de bon gré à un prince français, mais en stipulant que celui-ci ne pourrait porter en même temps la couronne de France. Telle fut la solution qui finit par prévaloir. Charles II, hésitant entre ses inclinations de famille et les sollicitations de ses peuples, consulta les jurisconsultes, les théologiens d'Espagne et de Naples, plusieurs évêques, el finit par s'en remettre au pape; tous lui conseillèrent spontanément de se prononcer en faveur d'un prince français: le 2 octobre 1700 il signa enfin un testament, resté d'abord secret, par lequel il instituait Philippe, duc. d'Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin de France (1), comme son héritier universel; à défaut du duc d'Anjou, il appelait au trône le duc de Berry; à défaut du duc de Berry, l'archiduc Charles, et à défaut de l'archiduc Charles, le duc de Savoie. La netteté de ces dispositions ne laissait aucune place à l'équivoque ni aux; chicanes. Vingt-huit jours après (1er novembre), Charles II mourut, et, le 9 novembre, Louis XIV reçut à Fontainebleau communication du testament.

Le roi de France, engagé par un traité de partage avec les puissances maritimes, ne pouvait, sans manquera sa parole, accepter l'héritage entier que lui attribuait Charles II. D'autre part, le traité n'était-il pas plus avantageux, puisqu'il assurait la suprématie de la France politiquement dans la Méditerranée, commercialement, dans l'Europe méridionale, et que, vers le Rhin, il lui garantissait un agrandissement tei'ritorial ? Le testament, au contraire, lui interdisait tout agrandissement ultérieur du côté des Pays-Bas, puisqu'il devrait respecter l'intégrité de l'Espagne le jour. où elle serait gouvernée par un prince de sa maison. Pour sortir de perplexité; le roi réunit eu conseil le Dauphin, le chancelier de Pontchartrain, le dinde Beauvilliers, président, du conseil îles finances, et le marquis de Torcy, secrétaire d'État des affaires étrangères. « Il s'agissait de prendre la plus grande résolution du siècle. Louis XIV avait à choisir entre une couronne pour son petit-fils ou un agrandissement pour

ses États, entre l'extension de son système au delà des Pyrénées et des Alpes par l'établissement d'une branche de sa maison en Espagne el en Italie, el une extension de sa propre puissance; entre l'honneur de la royauté el l'avantage de son royaume; entre sa famille et la France. Mignet.] Tony | , .pu ppina le premier, préconisa l'acceptali lu testament. Sans doute, la guerre s'ensuit rail avec l'Angleterre et les Provinces-Unies; mais si l'on prenait la décision contraire, il faudrait quand même la faire avec l'Autrii lie, qui ne voudrai I rien céder, el avec les Espagnols, qui ne voudraient pas être démembrés : mieux valail alors lutter pour le tout que pour la partie. Le duc de Beauvilliers fut d'un avis opposé. Il invoqua les

dangers d' • guerre européenne el le peu de sûreté d'une union

de famille avec l'Espagne, qui tiendrail à peine au delà de la première génération. Le chancelier Pontchartrain récapitula les axis sans se prononcer, mais le Dauphin, poussé par une sorte d'orgueil de famille, sortit de son apathie accoutumée et se déclara avec ardeur favorable à l'acceptation. Louis XIV mûrit encore trois jours sa décision. Le l'i novembre, il lit introduire l'ambassadeur d'Espagne et lui dit en lui désignant le due d Anjou : - Vous pouvez le saluer connue votre roi. » puis s'adressanl au duc en présence des courtisans : « .Monsieur, le roi d'Espagne vous a fait roi. Les grands vous demandent, les peuples vous souhaitent, et moi j'y consens. Songez seulement que vous êtes prince de fiance. ,, il le présenta ensuite à la Cour en disant : « Messieurs, voilà le roi d'Espagne ■■ 2 . La décision de Louis XIV fut accueillie avec enthousiasme par les

i En 1696, Jean-Baplisle Colbert, marquis de Torcy, gendre d'Arnauld <le Pomponne, remplaça son père Charles Colberl de Croissy à la lête du département îles affaires étrangères, qu'il géra conjoinlemenl avec son beaupère de 1696 à 1698, puis seul jusqu'à 1715.

(2) Il n'y a plus de Pyrénées. — Ce mot. placé dans la bouche de Louis XIV au moment où il embrassait son petit-fils, qui allait prendre possession de la couronne d'Espagne, n'a jamais été prononce. L'ambassadeur d'Espagne dit tout simplement: « Les Pyrénées sont abîmées. » On a arrangé le mot et ou l'a attribué ù Louis XIV.

(1) Philippe V, né à Versailles, mort à Madrid (1689-1746), épousa, en octobre 1701, Marie-Louise de Savoie, en qui il trouva une compagne vaillante

et d( i conseil, qui soutint son courage au cours de la longue guerre de

la Succession d'Espagne

Philippe V, roi d'Espagne, par Hyacinthe Ri g au d (Louvre).

LA MONARCHIE ABSOLUE

Héy

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