‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 27 sur 196 · AH · texte numérisé non relu

AH

HT

ï *-^D Bf -*

Ébt&v:-

Antoine Heinsius (Lithographie de la Biblioth. nat.).

Espagnols, qui se félicitaient d'avoir échappé au démembrement. Les jours suivants, on reçut à la Cour de France les meilleures nouvelles des gouverneurs des Pays-Bas, du Milanais et de Naples. Le i décembre, le nouveau roi parti! pour prendre possession de ses États. Il avait une suite brillante et magnifique, commandée par le duc de Beauvilliers, et emportait des instructions curieuses, où son grand-père avait réuni tous les principes de l'art de régner. 11 fit son entrée solennelle à Madrid le 21 avril.

Troisième coalition contre la France. La Grande alliance de La Haye (1701).

— Si l'acceptation du testament agréait aux Espagnols, elle risquait d'irriter les autres puissances, et surtout les puissances maritimes envers lesquelles Louis XIV avait pris des engagements par le traité de partage.

Pour se disculper, il adressa à son ambassadeur en Angleterre [h décembre 1700) un long mémoire justificatif. Il fit remarquer : d'une part, que refuser la couronne d'Espagne c'eût été la donner à l'archiduc Charles

et qu'on eût été forcé de lui déclarer la guerre pour lui faire exécuter le traité de partage; d'autre part, que les deux monarchies de France et d'Espagne devaient rester séparées. « Cette balance égale, disait-il, désirée de toute l'Europe, subsiste bien mieux que -i la France s'agrandissait par l'acquisition des frontières de l'Espagne, par celle de la Lorraine, par celle enfin du royaume de .Naples et de Sicile. » Guillaume III parut d'abord se contenter des explications du roi de France. Les Provinces-Unies gardèrent également une altitude conciliante. Le seul souverain qui protesta immédiatement contre le testament fut l'empereur Léopold.

La guerre, au moins la guerre générale, eût donc pu être évitée si Louis XIV ne se fût définitivement aliéné les puissances maritimes par des mesures impolitiques : c'est ainsi qu'il conserva à Philippe V, par des lettres patentes de décembre 1700, des droits au trône de France entre le duc de Bourgogne et le duc de Berry, disposition qui pouvait avoir ce résultat de réunir les deux monarebies dont Charles II avait voulu la séparation perpétuelle. Quand cette nouvelle fut connue, les Hollandais, mis en défiance, commencèrent des préparatifs de guerre : Louis XIV en tira prétexte pour prendre une décision qui parut menacer leur indépendance. En vertu d'un arrangement conclu avec l'Espagne après la paix de Ryswick, les Provinces-Unies tenaient garnison dans les villes de Luxembourg, Namur, Charleroi, Mons, Atb, Oudenarde et Nieuport, que l'Espagne ne pouvait plus défendre 'Ile-même et qui servaient aux Hollandais de barrière contre la France. Louis XIV, jugeant cet 'Hat de choses offensant pour le nouveau roi, mit garnison le même jour l) février 1701 dans toutes l'-s villes de la barrière et renvoya les détachements hollandais. La Hollande, comme l'Angleterre, reconnut néanmoins Philippe V, paraissant se contenter des expli-

Le prince Eugène de Savoie, gravure de Van G un st.

Le duc J. de Moilbor l Galerie des

cations de Louis XIV; mais, à la demande des Étals généraux, des négociations s'ouvrirent à La Haye entre l'envoyé anglais Stanhope, le comte d'Avaux etles députés des États, qui réclamèrent le retour de leurs troupes dans les places de la barrière, la remise des villes d'Ostende et de Nieuport à l'Angleterre, enfin l'abandon du Milanais et des Pays lias espagnols à l'empereur. Le plénipotentiaire français proposa simplement le retour à L'observation du traité de Ryswick.

A cette nouvelle, l'empereur partit en guerre et commença les hostilités en Italie contre le Milanais. Louis XIV répondit à cette attaque en cherchant des alliances. Il oblint en Italie celle du duc de Savoie (qui demanda en échange la main de Philippe V pour sa seconde fille), et celle du duc de Mantoue; en Allemagne, celles de l'électeur de Bavière et de son frère l'électeur de Cologne; celles enfin du roi de Portugal et de l'électeur de Saxe, roi de Pologne.

Pendant ce temps, Guillaume III qui, au fond, désirait la guerre, parvenait au terme de ses désirs. Le 7 septembre 1701, il signait avec l'empereur, au nom de l'Angleterre et des Provinces-Unies, un pacte qu'on appela la Grande alliance pane qu'il devait en deux années grouper huit nations contre la France. L'empereur devait de gré ou de force s'emparer du Milanais, des Deux-Siciles et des présides de Toscane; le roi de la Grande-Bretagne et les États généraux se partageraient les colonies espagnoles; la barrière serait assurée aux Hollandais. Les couronnes de France et d'Espagne ne pourraient jamais être réunies sur la même tète. C'était là un nouveau .raité de partage dans lequel '" l'Autriche avait la part la plus considérable.

Jacques II étant tombé dangereusement malade, Louis XIV alla le voir à Saint-Germain et lui promit que, s'il décédait, le prince de Galles, son fils, serait reconnu comme roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande (13 septembre). Il tint parole après la mort de Jacques II (18 septembre), mais cet acte chevaleresque était une erreur politique. Guillaume y vit uneoITcnse personnelle, le peuple anglais un défi à son indépendance, et les protestants une menace pour leur cause. La guerre générale, depuis longtemps inévitable, éclata presque aussi bit.

Guillaume III ne devait pas assisterait triomphe de sa politique, car il mourut le 19 mars 1701 des suites d'une chute de cheval.

Marlborough, le prince Eugène, Heinsius. Situation des belligérants. - La coalition était dirigée avec une habileté supérieure et un ensemble admirable par un triumvirat composé de Heinsius, d'Eugène de Savoie et de Marlborough, tous trois animés d'une haine irréductible contre la France, mais aussi poussés par le désir de venger des griefs particuliers.

Le premier, grand pensionnaire de Hollande, ne pardonnait pas à Louvois d'avoir voulu le faii e m. lire à la Bastille, quand il avait i té envoyé en France après la

jugh, par Van DUH \* tCRFF i . Klorcncej.

Histoire de France.— II.

HISTOIRE DK FHA.XCE

paix de Nimègue. Le prince Eugène de Savoie, dernier enfanl d'Olympe Mancini, ;i\.iii quitté la France en même temps que sa mère, ulcéré de n'avoir pu j obtenir, à vingl ans. une situation en rapport avec ses mérites. Entré au service de l'Autriche, il avail fait ses premières armes contre les Turcs, combattu vaillamment à Staffarde IH9II , délivré Coni 1691 , pris Carmagnole, contribué ;'i l'invasion <lu Dauphiné, et, par la victoire <!<• Zentha sur les Ottomans

1696), préparé la paix de Carlowitz. Churchill, duc de Marlborough, donl la cupidité explique ses nombreuses palinodies, va s'a charnel* par amour de l'argenl à mie guerre féconde en profits.

Marlborough et le prince Eugène ('•(aient, des hommes de guerre de premier ordre :

« Marlborough, puissante incarnation des qualités britanniques : la netteté et l'étendue du regard, la hardiesse réfléchie, la volonté tenace et persévérante; Eugène, l'héroïque rejeton de la Hère maison de Savoie, ayant à un haut degré ses audaces, sa souplesse, son élégante bravoure; tous deux guidés et soutenus par l'union des volontés, la communauté des ambitions et des haines. »

(Marquis de Vogué.)

Quels généraux la France avait-elle à leur opposer?« C'étaient, dit Saint-Simon, des généraux de goût, de fantaisie, de faveur, de cabinet, à qui le roi croyait donner, comme à ses ministres, la capacité avec la patente. » Cependant, si Marsin, Tallard et Villeroi méritent leur mauvaise renommée, Villars, Vendôme et Berwick allaient défendre, non sans gloire, l'honneur français. Il faut plutôt chercher la cause de nos désastres dans la prétention du souverain de tout conduire du fond de son cabinet, dans la faiblesse de l'administration financière et militaire, dans les difficultés d'une lutte qu'il fallait soutenir suides champs de bataille multiples et lointains contre huit Étals coalisés; enfin dans cet état d'épuisement général qui, en France, devait, suivre forcément une période d'activité excessive : la révocation de l'édit de Nantes a appauvri la production économique; l'agriculture est en souffrance; l'industrie et le commerce languissenl ; le peuple ploie sous le faix de l'impôt. L'Espagne enfin a besoin d'être protégée : elle ne renforce pas nos régiments.

Divisions de la guerre. — On peut distinguer dans la guerre de la Succession deux grandes périodes. De 1701 à 1707, elle a lieu en Europe et a pour objet la défense de nos alliés et de notre protégé Philippe V; de 171)7 à 1714, elle est défensive et tend à repousser l'ennemi du sol national. I.a première période s'ouvre par des succès (1701-1704) et se termine par des revers; pendant la seconde, au contraire, une suite de désastres 1708-1710) précède une phase de relèvement (1711-1714).

La guerre s'engagea à la fois aux Pays-Ras, en Allemagne, en Italie, eu Espagne, sur nier et à l'intérieur.

Le maréchal de Villeroi, gravure de A. Leclkrc.

retrani le e et dm battre en retraite api es avoir perdu 2000 hommes. Le duc de Savoie, qui méditait une trahison, avait contribué à cet échec en renseignanl le prince Eugène sur les opérations proj< par \ illeroi.

Le duc de Vendôme remplace Villeroi. Bataille de Luzzara(1702). Nos armes se relevèrent heureusement l'année suivante. Au début (lep février 1702), un hardi coup de main du prince Eugène valut un succès a notre armée et la débarrassa de son chef. Ayant réussi à taire entrer la nuit, par un égOUt, 5000 hommes dans Crémone, il surprit la garnison, enleva Villeroi, mais dut se retirer avec de grosses pertes quand nos troupes se furent ressaisies. A l'armée comme à Paris, on chansonna la captivité de i e général incapable :

Français, rendez imiter ,i lîellone .

Voire bonheur est >un< é^al, Vous avez conservé Crémone, Et perdu votre général.

Villeroi fut remplacé par l'audacieux Vendôme, que la destinée mettait ainsi en présence de son cousin germain, et par Philippe V. qui venait défendre son héritage d'Italie. Le premier commença par débloquer Mantoue 24 mai et par réduire son adversaire à la défensive. Il fut rejoint par le second au moment où il venait de remporter une victoire de cavalerie à Santa-Vittoria 27 juillet .

Le 15 août, tous deux livrèrent une sanglante et heureuse bataille à Luzzara. Gagnant toujours du terrain, Vendôme ferma aux Autrichiens la route du Milanais. Guastalla se rendit le 9 septembre.

Après avoir reconquis tout le terrain perdu, Vendôme prit l'offensive en 1703, remonta l'Adige pour seconder l'expédition que Villars dirigeait au même instant contre le Tyrol, et bombarda Trente septembre).

Défection du duc de Savoie (1703). — A ce moment il fut ramené en arrière par la défection définitive du « renard de Savoie » qui, au risque de dépouiller sa propre fille, la reine d'Espagne, passa dans le camp de la coalition, en se faisant promettre secrètement par l'empereur (traité de Turin, 25 octobre 1703) le Montferrat, la province d'Alexandrie et toutes les conquêtes à faire en Dauphiné et en Provence. Revenu à la hâte en Piémont, où il fut rejoint par le maréchal de 'fessé, gouverneur du Dauphiné, Vendôme ne put empêcher Victor-Amédée de faire sa jonction avec le général autrichien Stahrenberg (16 janvier 1704'. De ce côtéj la situation militaire et surtout politique était donc fort compromise.

2° Pays-Bas. — Aux Pays-Ras, la guerre fut presque constamment défensive et se réduisit, pendant cette période, à des manœuvres stratégiques. En 1702, une grande armée française, commandée par le duc de. Bourgogne, que secondait Roufflers, ne sut ni secourir utilement Kaiserswerth , qu'assiégeait Marlborough et qui capitula le 15 juin, ni faire diversion dans le Brabant hollandais. Marlborough, après avoir passé la Meuse à Grave, occupa presque entièrement la Gueldre espagnole, ainsi que la ville de Liège. En 17(1.3, il faisait capituler Bonn (15 mai), dernière ville de l'électoral de

Érhelle

PREMIERE PERIODE (1701-1707). lu Italie. Combats de Carpi et de Chiari (1701). Les hostilités com-

nièrent en Italie dès le mois de mai I70I. Dans le

Milanais, Catinat commandait les contingents francoespagnols, auxquels le duc de Savoie, sollicité par 'fessé, limi par joindre le sien, à condition qu'il serait généralissime et que sa seconde fille épouserait Philippe V. Il défendait la ligne (le l'Adige contre les Impériaux du prince Eugène, qui descendaient du Tyrol. Il ne put les empêcher de surprendre le passage à Carpi (9 juillet ef de s'ouvrir la roule du Milanais.

Catinat ayant jugé prudent de reculer jusqu'à l'Oglio, le roi lui adjoignit Villeroi, qui ordonna, au nom du roi, .. de passer les rivières, de chercher l'ennemi, de faire l'impossible pour combattre plutôt que d'avoir la honte de voir les Impériaux hiverner en Italie ». Celte précipitation eut un effet fatal : en marchant sur Chiari, qu'il croyait inoccupé, Villeroi y rencontra l'armée ennemie

♦ Villes tenant garnison hollandaise = PRCfiVIWCE!

et formant la « Barrière" BarîeÀ °^#Af!

Page 1