HOCHSTEDT-BLENHEIM
13 Août I70<i
Français et Bavarois ^m Inf'.e «sa Cavel'-'
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Plan de la bataille de Hochsteat '1704;.
successivement tous les avant-postes de son royaume : l'Allemagne en 1704 par la bataille de Hochstedt, les Pays-Bas et l'Italie en 1706 par les batailles de Ramillies et de Turin.
Prise de Gibraltar par les Anglais (1704). Par suite de l'incurie du gouvernement espagnol, la forteresse de Gibraltar
dure sans combattre « l'horrible capitulation » dont parle Saint- Simon : vingt-six bataillons d'infanterie française el vingt-deux
escadrons de dragons mirent bas les aimes.
La défaite d'Hoclistedt était la plus complète que les armées de Louis XIV eussent essuyée depuis trente ans. L'effet moral en fut désastreux ; les conséquences matérielles plus considérables encore.
Bataille de Ramillies (23 mai 1706) [Estampe de la Bibliothèque nationale].
n'avait, d'après Saint-Simon, « quoi que ce soit pour la défendre et pour toute garnison qu'une cinquantaine de gueux ». Elle fut rapidement enlevée par l'amiral Iîooke, qui y planta le drapeau anglais au lieu de la remettre à l'archiduc Charles (4 août 1704), jetant ainsi les bases de la suprématie anglaise dans la Méditerranée.
Seconde bataille de Hochstedt ou de Blenheim (1704). - Peu après on apprenait la dispersion de l'armée d'Allemagne, la ruine de l'électeur de Bavière, la supériorité définitive des alliés.
A la fin de 1703, Marsin était toujours dans le bassin du Danube, isolé- par le prince de Bade qui tenait la forêt Noire. Tallard, chef de l'armée du Ittiin, réussit à grand'peine à lui conduire 10 000 hommes de renfort, 800 officiers, des munitions et de l'argent (mai 1704) Ce succès détermina les alliés à tenter un coup décisif. Tandis que le prince Eugène venait d'Italie rejoindre le prince de Bade, Marlborough, opposé à Villeroi dans les Pays-Bas, décidait de venir écraser entre son armée et celle de son allié les Français el les Bavarois. Il put réaliser un plan aussi hardi, grâce à l'incapacité des généraux de Louis XIV. Trompant la surveillance de Villeroi, Marlborough remonta successivement le Rhin, de Maastricht à Mayence, puis le Necker et le Mein, et rejoignit le 22 juin le prince de Bade, près d'Ulm. Le 2 juillet, il força le passage du Danube à Donawerth, et se répandit en Bavière, où il exerça, écrivait Tallard, >< des cruautés que les Turcs ne voudraient pas commettre ».
Tallard accourut du Rhin avec 30 000 hommes, mais trop lard pour empêcher la jonction des deux masses ennemies, qui se heurtèrent contre les Français le 13 août 1704, dans les plaines de Hochstedt, illustrées l'année précédente par le succès de Villars. Les Français prirent position derrière un ruisseau marécageux, formant deux groupes séparés : à gauche, l'électeur avec Marsin; à droite, Tallard, qui commit encore la faute d'immobiliser vingtsept bataillons et quatre régiments de dragons a pied dans le village de Blenheim. Le premier, opposé au prince Eugène, repoussa d'abord toutes les attaques, pril huil canons et trente drapeaux, et crut un instant la bataille gagnée. Le second fut d'abord aussi heureux contre Marlborough; mais, une fois rassuré, il eut la malheureuse inspiration d'aller voir sur la gauche ce que devenait son collègue; dans ce mouvement de flanc, il fut culbuté, tenta de rétablir ses affaires avec sa cavalerie, mais ne réussit qu'à se faire prendre lui-même et à entraîner la retraite de Marsin. 11 apprit dans la soirée un dernier désastre : privées de leur chef, Clérambault, parti pour prendre des ordres^ les troupes laissées dans Blenheim avaient été coupées par l'impétueuse attaque des Anglais, et leurs chefs, incertains de leur sort, eurent la faiblesse de con-
Le plan d'opérations en Allemagne, dont la réalisation paraissait devoir être décisive, dut être abandonné, et nos armées rétrogradèrent jusqu'à la frontière du Rhin. En regard de ce désastre, que pesaient les petits succès dont on reçut la nouvelle à la fin de l'année : la victoire navale de Vêlez Malaga, remportée par le comte de Toulouse et l'amiral d'Estrées sur la Hotte anglaise 2'i août ; la prise d'Ivrée et l'occupation du val d'Aosle par Vendôme, et même la pacification des Cévennes par Villars? (Voir p. 111.)
Campagne de 1705. — L'année 1705 fut une année de répit. Tandis que Vendôme conservait la supériorité en Piémont, Villars fut appelé sur la Moselle, Villeroi restant en Flandre et Marsin en Alsace. Villars, s'appropriant un plan imaginé par Chamlay, s'établit au camp de Sierck, sur la Moselle, dans une position centrale si bien choisie que Marlborough. accouru pour le forcer avec 60 000 hommes, se déroba sans donner l'attaque. Libre de ce côté, il se porta sur l'Alsace et enleva les fameuses lignes de Wissembourg que le margrave de Bade avait établies après avoir pris celle place (5 juillet). Atteint d'un douloureux accès de goutte au pied, il s'était l'ait porter en chaise à la tête des troupes.
Au nord, Villeroi subit près de Heylesen (18 juillet) une légère défaite dont son adversaire ne sut heureusement pas profiter. En Italie, Vendôme arrêta net à Cassano, sur l'Adda. l'offensive
du prince Eugène (août et répara les fautes de son frère le Grand prieur, qui avait sa négligence sans ses qualités.
En Espagne seulement la fortune nous restait adverse. On n'avait ni argent ni soldats; la princesse des Ursins, placée par Louis XIV auprès de la jeune reine pour la surveiller, suivait une politique contraire à celle de notre ambassadeur, le cardinal d'Estrées; enfin les grands, qui avaient préféré Philippe V comme plus capable de défendre l'intégrité de la monarchie, penchaient maintenant vers son rival en voyant la fortune se déclarer pour ce dernier. Les Espagnols entre- La princesse des Ursins prirent vainement le siège de (Estampe de la Bibliothèque nationale). Gibraltar, qu'ils durent lever
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la monarchie; absolue:
Le maréchal de Berwick
le '2-'i avril. I. 'archiduc Charles prit Barcelone (9 octobre' el se fit reconnaître en Catalogne. L'Aragon paraissait chanceler dans sa fidélité. » l.a révolte, disait l'écrivain espagnol Saint-Philippe, s'élendail comme le feu dans les herbes sèches aux jours brûlants de la moisson. »
Campagne de 1708. — Perte des Pays-Bas et de l'Italie. Bataille de Ramillies (1706). — Après cette campagne insignifiante, 1706 lui au contraire l'année décisive, l'année fatale où Louis XIV perdit les Pays-lias cl l'Italie et faillit perdre l'Espagne.
Par une dernière laveur du sort, Vendôme attaqua près de Calcinalo l'armée du prince Eugène 19 avril 1706), la battit sans perdre plus de 300 hommes, et se dirigea vers l'Adige. De son côté, Villars
rejeta les Impériaux de leurs dernières positions en Alsace avril), leur faisant 3000 prisonniers, et Philippe V, avec fessé, commença heureusement le siège de Barcelone.
Mais la Flandre fut le théâtre d'un irréparable désastre.
Villeroi y était gêné par la présence de l'électeur de Bavière. Il se préparait à faire le siège de Leau, avec une partie des troupes de Marsin, quand il se heurta près de Ramillies à toute l'armée de Marlborough [23 mai). Ayant immobilisé' sa gauche et son centre derrière un marais, il vit son adversaire attaquer en masse et culbuter facilement sa droite. La défaite se changea en déroule quand les fuyards, arrivés à l'étroit défilé de Jadoigne, fuient chargés par la cavalerie ennemie.
La bataille même n'avait coûté aux Français que 2 000 hommes : ils en perdirent 6 000 et 54 canons pendant la retraite. C'était un désastre plus douloureux encore que celui de Hochstedt. On rappela Villeroi et on envoya en bâte sur la frontière Vauban et Vendôme ; 1). Mais le vainqueur avait tiré parti de ses succès et occupé toutes les places des Pays-Bas. Tout ce que put faire Vauban fut de couvrir Dunkerque.
Bataille de Turin (1706). -- Vendôme, en Italie, gardait contre les Autrichiens la ligne de l'Adige, tandis que La Feuillade, gendre de Chamillart, commençait le siège de Turin, capitale du duc de Savoie juin . S'illusionnant sur la valeur défensive de l'Adige, Vendôme laissa le prince Eugène franchir ce fleuve, recula sur le Mincie., el partit pour le nord en laissant à son successeur le duc d'Orléans, neveu de Louis XIV, une situation des plus difficiles. La Feuillade, méprisant les conseils.de Vauban, se laissa distraire par toutes les diversions que tentait autour de Turin le duc de Savoie. En août, le prince Eugène, résolu à tout pour secourir Turin, tenta une manœuvre hardie; il passa sur la rive droite du Pô, la remonta rapidement, trouva le défilé de Stradella sans défense el parut devant la place. Le duc d'Orléans ne put que le suivre de loin pour réunir son armée aux troupes de siège et remettre le sorl de la campagne à une rencontre suprême. La bataille eut lieu le 7 septembre : les troupes d'Eugène el de Victor-Amédée s'emparèrent, à l'assaut, des retranchements français, malgré une résistance acharnée, el le duc d'Orléans, frappé de deux blessures, ordonna la retraite au delà des Alpes. L'armée laissée en Lombardie, et qui venait d'y remporter un succès marqué' à Castiglione, dut alors évacuer ses positions.
Les a///és à Madrid. — Pour comble de disgrâce, Louis XIV crul un instant perdre l'Espagne. Il apprit deux pans après Ramillies qu'une flotte anglaise avait forcé' Philippe V et Tessé à lever le siège de Barcelone 12 mai el a se réfugier en France. Il engagea son petit-fils a ne pas désespérer, étant, lui écrivait-il, du sang dont vous êtes, cl dans le rang où Dieu vous a placé ». Le roi .1 Espagne, noblement, marcha sur Madrid par Pampclunc, lui chaudemcnl accueilli dans sa capitale, puis rejoignit l'armée que Beijwick conduisait contre les Anglo-Portugais venus de Lisbonne. || ne put
Le maréchal de BouCflers, gravure de Tiiomassin.
I 11 n'est pas prouvé que le roi ail accueilli Villeroi à Versailles par les parole, aimables que lui préie la légende : •• Monsieur le maréchal, on n'est plu- heureux à notre âge. »
malheureusement empèi lier ceux ci d'entrer à Madrid el d'y proclamer l'archiduc sous le nom de Charles III.
Tout se rétabli! quand toul semblait perdu. Les soldats protestants de l'armée alliée insultèrent les Espagnols dans leurs sentiments 'es plus inh s. entranl sans se découvrir dans les églises el raillant les cérémonies du culte. La Castille, par haine de l 'Aragon, se souleva en masse contre eux. Retranché derrière l'Èbre, Berwick s'y fortifia à un tel point qu'il força les alliés à évacuer Madrid sans combat iaoûl .11 les poursuivit avec tant de vigilance qu'il s'avança jusqu'à Valence, el Philippe V rentra en triomphe dans sa capitale.
DEUXIÈME PÉRIODE (1707-1714). — L'invasion. - Désormais il fallut se défendre avec des généraux battus, des armées novices, une nation épuisée par les charges fiscales et aussi par la lamine; car « les rigueurs de la nature étaient venues s'ajouter aux infortunes de la guerre ».
(Mignet.) Cette lutte trop inégale parut d'abord désespérée; mais, à partir de 1710, une suite d'événements heureux releva les armes royales cl permit à la France de négocier avec honneur.
Campagne de 1707. —
Bataille d'Almanza. — Ayant traité avec l'Autriche pour l'évacuation de l'Italie espagnole, Louis XIV put tirer de ce pays •201)00 hommes de nonnes troupes dont il fortifia ses armées du Rhin et d'Espagne.
Le premier fruit de cette tactique fut une grande victoire remportée en Espagne par Ber-
wick, près d'Almanza (25 avril). Les alliés, poursuivis avec une véritable rage, laissèrent sur le champ de bataille S 000 morts, 10 000 prisonniers, 120 drapeaux et toute leur artillerie. Cette bataille entraîna la conquête de l' Aragon et réduisit l'archiduc à la possession de Barcelone.
Opérations en Allemagne. — Après Almanza, une tentative hardie permit aux Français de repasser sur la rive droite du Rhin. Villars tourna et enleva les fameuses lignes de Stolhofen, que le prince de Bade avait fortifiées près de son château de Rastadt. Ses détachements poussèrent en Wurtemberg, en Franconie et en liesse, et y levèrent d'écrasantes contributions dont il eut le tort de prélever sa part. Là, du reste, s'arrêtèrent ses succès. Il avait conçu de vastes projets, en particulier l'intervention du roi de Suède Charles XII; mais Marlborough le devança, laissa son armée en Flandre pour se rendre auprès du roi de Suède, le persuada et eul la satisfaction, au mois d'août, de voir les Français repasser le Rhin.
Échec des alliés en Provence. — Une partie des troupes de Villars avait été envoyée en Provence, où le duc de Savoie et le prince Eugène méditaient de prendre Toulon; mais Tessé avait eu le temps de mettre la ville en étal de défense, et les alliés, arrivés tardive ineiil devant Toulon, affaiblis par la désertion et le manque de
vivres, ne purenl repousser une impétueuse sortie de Tessé l'i i I .
Le 22, ils se retirèrent, pillant el brûlant tout le pays, ayant perdu 10000 hommes.
Prise de Naples par l'empereur. — La pue que Louis XIV ressentil de cel échec fui malheureusement atténuée par les nouvelles venues d'Italie : l'empereur Joseph 1"'. grâce à la retraite des Français, pul s'emparer sans coup férir du royaume de Naples sur b-> Espagnols.
Campagne de 1708. Défaite d'Oudenarde. La désastreuse
campagne de 1708 s'ouvrit par une tentative d'expéditi ui Ecosse,
où IVscadre de Forbin tenta vainemenl de débarquer le prétendant Stuarl mais . Elle eul ensuite pour principal théâtre la Flandre.
Résolu a reprendre l'offensive sur la Meuse, le roi j avail envoyé une armée de 130 bataillons el 21G escadrons, avec le duc de Bourgogne el Vendôme. Celte armée refoula d'abord Marlborough, prit Caud ei Bruges 'i el G juillel . mais se laissa surprendre au passage de l'Escaut, près d'Oudenarde 11 juillel . Les troupes ne
furent engagées qu'au fur el i isi le leur arrivée. La moitié
d'entre elles ne d lèrenl pas el regardèrenl la lutte, selon
l'expression de Vendôme, « comme on regarde l'opéra des ti
histoire in: in \i\( :r
sièmes loges ». Leurs mouvements furent paralysés par la contradiction des ordres donnés par les deux chefs. Elles ha t tir en I en retraite à la nuit, après avoir lutté depuis trois heures H infligé aux ennemis une perle égale aux leurs (3000 hommes . Vendôme estimait avec raison que ers avantages relatifs permettraient de reprendre utilement la lutte le lendemain. Ses généraux lui imposèreni nue retraite qui dégénéra en déroute el coûta plus que la bataille.
Capitulation de Lille. L'invasion. Le prince Eugène amena une nouvelle armée à Marlborough, el imis deux assiégèrent , le 15 aoûl , lé boulevard de la France dans le Nord, Lille, où s'était jeté le vieux maréchal de Boufflers, et que défendaient, avec la garnison,
2000 lu s <lr milice bourgeoise.
Boufflers se surpassa : infatigable, intrépide et avisé, il ne se couchait pas, visitait les postes, harcelait les assiégeants par de continuelles sorties el leur causait, en trois mois une perte de 28O0U tués ou blessés. Le duc de Bourgogne et Vendôme disputaient encore sur l'opportunité de secourir la place, lorsque celleci dut, se rendre le 23 octobre, après soixante-deux jours de tranchée ouverte.
Boufflers, qui n'avait capitulé que pour la ville, continua la résistance dans la citadelle avec 4 500 hommes, comptant toujours sur le secours du duc de Bourgogne. Mais, le <S décembre, le petit-fils du roi et Vendôme furent rappelés, el le lendemain la citadelle capitula. Brugesct Gand eurent bientôt le même sort.
Boufflers fut traité par le prince Eugène « connue un seigneur qui méritait le respect et l'admiration de ses ennemis ». A Versailles, Louis XIV vint au-devant du maréchal et l'embrassa longuement. ...le vous lais pair, lui dit-il, je vous donne la survivance du gouvernement de Flandre pour votre fils, et je vous donne les entrées des premiers gentilshommes de la chambre. »
Espagne et Italie. — Aux Alpes, Villa rs s'était tenu sur la défensive. En Espagne, le duc d'Orléans, malgré quelques succès, dut se retirer devant l'accusation, au moins très hasardée, d'avoir projeté avec les Anglais et un parti de mécontents le démembrement de la monarchie espagnole, dans le but de régner lui-même sur trois provinces. Enfin les Anglais prirent Port-Mahon. L'Espagne ne possédai!, plus qui1 la Sicile, l'empereur dominait à nouveau en Italie, la possession de Minorque assurait aux Anglais la Méditerranée, et la France du nord élail ouverte à l'invasion.
Campagne de 1709. — Louis XIV, depuis longtemps déjà, songeait à acheter par quelques concessions une paix honorable.
Il avait l'ail proposer au grand pensionnaire h* partage de la monarchie espagnole entre l'archiduc Charles et Philippe Y ; mais les Etats généraux exigeaient la renonciation préalable, c plètc, de Philippe Y,
ainsi que l'établissement d'une forte barrière entre les Provinces-Unies el la France. Après le mémorable et désastreux hiver de 1709 1 . la situation était désespérée, la misère extrême, le froid intense, et Villars, à la tête de l'armée de Flandre, avait peine à nourrir ses troupes. Nos armées découragées reculaient sans oser combattre.
Distribution du pain du roi au Louvre, en 1709 (Estampe de la Bibliothèque nationale).
(1) L'hiver de 1709 esl un des plu- terribles dont l'histoire lasse mention. Le froid dépassa 23° à Paris; la Méditerranée et la Manche gelèrent par endroits; le blé manqua et la misère fut générale. A Paris, il l'allul rationner le pain.
Le maréchal duc de Villars, gravure de Kkinhard.
Préliminaires de La Haye.
Résigné à reprendre h-s pourparlers, Louis XIV envoya Rouillé, ancien ambassâdeur en Portugal, négocier avec les délégués des Liais généraux, auxquels se joignirenl bientôt Eugène et
Marlborough. Rouillé recul d'al I un
accueil presque injurieux el ne pul traiter qu'en secret, à Woerden, avec les députés hollandais Vanderdrussen el Buys. Puis ceux-ci, une fois d'accord avec leurs alliés, présentèrent à notre envoyé un ultimatum léonin. Il- demandaient : l'attribution à ('archiduc Charles de toute la monarchie espagnole; la reconnaissance de la reine Anne d'Angleterre, le renvoi du prétendant el le démantèlemenf de Dunkerque; la formation d'une barrière aux Pays-Bas constituée au moyen de places prises à la France; la restitution intégrale de ses États au duc de Savoie el la conservation de ses conquêtes. Philippe V, soutenu par la reine Marie-Louise, résista aux ordres de Louis XIV le pressant d'abdiquer et refusa dans un noble langage de consentir au démembrement de ses Etats : - Dieu m'a mis la couronne d'Espagne sur la tête, répondit-il à son grand-père, je la soutiendrai tant que j'aurai une goutte de sang dans les
veines. Je le dois à ma conscience, à n
honneur el à l'amour de mes sujets...
Si j'étais capable d'une lâcheté- pareille à celle île céder mon royaume, je suis certain que vous me désavoueriez pour votre petit-fils. Je brûle de le paraître par mes actions comme j'ai l'honneur de l'être par mon sang; ainsi je ne signerai jamais un traité indigne de moi. » Pourtant Louis XIV se décida à céder, sur les instances de Beauvilliers el dé Pontchartrain, el à la suite d'un conseil auquel assistaient le Dauphin, le duc de Bourgogne et les ministres -28 avril).
Torcy alla en personne porter à Rouillé la nouvelle de cef acte de soumission : « Je me suis toujours soumis, dit Louis XIV à son envoyé, à la volonté divine, et les maux dont il lui plaît d'affliger mon royaume ne me permettent plus de douter du sacrifice qu'elle demande que je lui fasse de tout ce qui me pouvait être le plus sensible. J'oublie donc ma gloire. »
Ces sacrifices ne firent que redoubler les exigences des coalisés. A leurs prétentions précédemment énoncées ils en ajoutèrent de nouvelles : cession à l'Empire des villes de Strasbourg, Brisa, h et Landau; démolition des forteresses de l'Alsace; enfin, abandon de Philippe V, dépouillé de tous ses Etais. Cette fois, la mesure était comble; Torcy demanda aux alliés de résumer leurs prétentions dans un acte diplomatique, et ce furent les Préliminaires <!<■ f.n Haye 29 mai 170!»). Le 2 juin, Houille quitta définitivement la Hollande et l'on recourut de nouveau au sort des armes.
Bataille de Malplaquet. — L'armée de Flandre, inférieure en nombre à celle de l'ennemi, était pleine d'ardeur, malgré sa misère, parce qu'elle avait changé' de chef. « Louis XIV avait mis Villars à sa tête : l'heureux Villars, le capitaine audacieux et habile, dont le bonheur constant, les qualités si françaises, peut-être même aussi les défauts, plaisaient si fort au soldai français. En quatre mois de commandement, par l'effet de son humeur gaillarde, le contact de son optimisme bruyant, l'heureuse direction de ses mouvements préparatoires, Villars avait relevé' le moral du soldat, rétabli sa confiance., exalté son courage. » (Marquis de Voglé.) L'héroïque Boufflers s'était mis spontanément sous ses ordres.
LA MONARCHIE ABSOLUE
Le prince Eugène et Marlborough, après avoir pris la citadelle Je Tournai (2 septembre), se dirigèrent sur Mons et se portèrent audevant de Villars, qui accourait au secours de la place; ils s'établirent en face de Malplaque t, leur gauche à Aulnois, le centre à Blaregnies, La droite à Sars. Villars, qui n'avait que 90000 hommes à opposer à [20000 hommes, adopta la tactique défensive. Il occupa fortement la trouée de Malplaquet, où il retrancha derrière des levées de terre une partie de son infanterie et de son artillerie; il déploya sa cava-
Plan de la bataille de Malplaquet (1709).
lerie en arrière sur le plateau de Malplaquet, et plaça le reste de son infanterie dans les bois qui bordent la trouée : la forêt de Sais à gauche, celle de Taisnières à droite. Bouftlers commandait l'aile droite, Villars l'aile gauche : le premier opposé aux Hollandais, le second à Marlborough. Le 11 septembre, vers sept, heures du matin, les alliés prirent l'offensive. Le prince Eugène se jette sur notre gauche, qu'il refoule au delà du bois de Sars, jusqu'au pied du plateau de Malplaquet. Mais Villars appelle à lui et masse sur ce glacis naturel son infanterie du rentre, qu'il lance à la baïonnette suites assaillants; ceux-ci sont rejetés en arrière. Pendant ce temps, Bouftlers repousse victorieusement, à la droite, 1rs assauts réitérés de l'infanterie hollandaise et écossaise, conduite par le prince d'Orange. Malheureusement, vers midi, Villars, en chargeant les colonnes anglaises pour secourir son centre dégarni, tomba, le genou fracassé par une balle; il se fil asseoir sur une chaise et voulut commander encore; ses forces le trahirent; il s'évanouit et on le porta au Quesnoy sur un lit de drapeaux ennemis. L'armée, ainsi privée de son chef, se trouve un moment désem-
l .•. ei le prince Eugène, aussitôt averti par un officier, tente
d'enfoncer notre centre dégarni. Battus en brèche par i formidable artillerie, nos retranchements livrent passage a la cavalerie ennemie, qui aborde hardiment nos escadrons massés à Malplaquet. Alors s'engage un des plus furieux combats de cavalerie dont l'histoire fasse mention. Bouftlers, pré-venu trop lard de la blessure de son chef, lance en vain la cavalerie de la maison du roi sur la cavalerie ennemie, la renverse, recule devant le feu de l'infanterie anglaise, charge et charge encore jusqu'à ce que l'honneur soit sauf. Alors il donne l'ordre de la retraite et l'armée se replu- dans un ordre parfait sur Valenciennes et le Quesnoy après avoir perdu 10000 hommes. Sur 25000 combattants qui couvraient le champ de bataille, les alliés en avaient perdu 15000, et nous n'abandonnions ni un drapeau, ni un canon. •■ Je retrouve mes français, » avait, dit le prime Eugène qui, à plusieurs reprises, douta de la victoire. Jamais, en effet, défaite n'avait été plus glorieuse; elle mettait fin à la série des grands levers subis par les armes de Louis XIV, inaugurait le relèvement moral de nos armées et préparait la victoire définitive de Denain. La popularité de \ illars fui immense 11 septembre 1709 .
Conférences de Geertruidenberg (1710). — Il y avait en France un parti pacifiste, qui comptait dans ses rangs Fénelon,
Le maréchal de Vendôme, gravure de Desbochkrs.
M""- de Maintenon, Villars, Boufflers lui-même, convaincu qu'il fallait céder à la force, que « le bras de Dieu était visiblement contre nous ■>. Ce parti pressait de traiter encore, fût-ce au détri meut, de Philippe V, et de préférer la France à l'Espagne. Les Hollandais semblant de leur côté ins résolus, de nouvelles négociations s'ouvrirent à » rtruidenberg mars à juillet 171(1 , où le
maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, ancien ambassadeur en Pologne, représentaient Louis XIV. Ils offrirent la cession de l'Alsace à l'Autriche et de Valenciennes à la Hollande, mais les alliés prétendirent laisser au seul roi de France le soin de détrôner son petit-fils (13 juillet). Cet injurieux ultimatum réveilla, avec la fierté du vieux monarque, l'esprit national : Louis XIV rappela ses plénipotentiaires et se prépara à une lutte désespérée. « Puisqu'il faut faire la guerre, dit-il, j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants. »
Au moment même où tout paraissait désespéré, et où le roi ne semblait plus devoir lutter que pour l'honneur, les succès de Philippe V en Espagne, une révolution ministérielle en Angleterre, l'avènement de l'archiduc Charles à l'empire, enfin la victoire de Villars à Denain lui permirent de traiter sans trop de désavantages.
Succès de Philippe V en Espagne. Bataille de Villaviciosa (1710). — Louis XI V avait, pour affirmer la sincérité de ses négociations, retiré ses troupes d'Espagne : abandonné à ses propres ressources, Philippe V montra une activité et
nue énergie qui justifiaient presque l'intransigeance de ses prétentions. A la fin de 1710, il tenta de reconquérir la Catalogne sur son compétiteur; la supériorité des forces dont disposaient l'archiduc, l'Autrichien Stahrenberg et l'Anglais Stanhope, le força d'abord à abandonner l'Aragon et bientôt même à évacuer sa capitale pour se réfugier à Valladolid, où il fut du moins suivi par un grand nombre de fidèles sujets. Il y apprit qu'à Madrid le peuple avait accueilli l'archiduc avec une froideur marquée et que les paysans, exaspérés par la profanation des églises, se levaient contre l'usurpateur.
Rassuré par ces symptômes, Louis XIV permit à Noailles de passer les Pyrénées pour faire une diversion en Catalogne (octobre 1710). Craignant de se laisser fermer les montagnes de l'Aragon, l'archiduc battit en retrait^ sur Saragosse, en brûlant tout sur son passage. Vendôme, qui le suivait de près, saisit le moment où les deux corps de Stanhope et Stahrenberg se perdirent, de vue dans les montagnes : il attaqua furieusement le premier et le fit prisonnier avec 5000 hommes; il battit complètement près de Villaviciosa le second, qu'avait attiré le bruit, du canon 10 décembre . Philippe V et Vendôme rentrèrent triomphalement à Saragosse 'i janvier 1711)
et pénétrèrent en Catalogne, où Noailles venait de prendre Gir •.
Les affaires d'Espagne étaient définitivement rétablies.
Révolution ministérielle en Angleterre. -- Au n lent
me ù on apprenait à Versailles la victoire de Villaviciosa, on
eut la surprise d'y recevoir du gouvernement anglais i\^< propositions de paix. Le parti whig, qui d inail depuis 1688, s'était maintenu nar ia nécessité de défendre chez lui la nouvelle dynastie et de soutenir sur le continent le parti protestant. Ses chefs, finaneiers pour |a plupart, souhaitaient la prolongation d'une lutte qui [es enrichissait, et leurs intérêts étaient servis tant par la |>résence au ministère de Godolphin que par l'influence de la duchesse de Marlborough sur la reine A.nne. Au contraire, les tories, grands propriétaires, partisans de l'Église gallicane, souhaitaient la Un d'une -lierre dont ils payaienl en taxes tous les Irais. Or, en jna,.s |;in, la reine disgracia successivement tous ses ministres
,,| éloigna la duchesse de Marlborough ellc-mè , comprenant le
danger que les doctrines des whigs faisaienl courir à son pouvoir, ,.| (,aice que la paix devenait chaque jour un besoin plus irrésistible. A leur place, elle appela au ministère Harley, plus tard comte d'Oxford, et Saint-Jean, plus lard vicomte de Bolingbroke. Ceux ci obtinrent nue maji i ité au Parlement par de nouvelles
HISTOIRE I E FRANCE
élections et, pour négocier, s'adressèrenl directement 5 Louis XIV. In .- 1 i r < ■ 1 1 1 secrel du gouvernemenl français à Londres, l'abbé Gautier, qui y vivait obscurément, fui envoyé àTorcj janvier 1711 pour lui offrir la paix de la pari de L'Angleterre <■! l'engager ù la proposer de nouveau aux Provinces Unies. ■ C'était, a dil Tony. demander a un malade relevanl d'une longue el dangereuse maladie s'il veul guérir. » Un échange de vues commença immédiatement.
« Avènement de l'archiduc Charles à l'empire. -■ Les négociations furent facilitées par la morl imprévue de l'empereur Joseph I'1' I" avril 1711); l'archiduc Charles, son frère, devenail maître des Étals autrichiens el pouvait prétendre à la couronne impériale. Comme il convoitai! déjà l'Espagne, on pensa, à Londres et à Amsterdam, qu'il n'y avait plus lieu de continuer la lutte
contre Louis XIV, devenu moins menaçant que l'Autriche | •
l'équilibre d'e l'Europe. L'Angleterre el la Hollande d( mandèrent donc chacune de traiter directement avec la France, pour ne pas laisser l'autre puissance prendre la haute main dans 1rs négociations. Les hostilités se ralentirent en Europe, tandis qu'à l'autre bout du monde la marine française se relevait brillamment, grâce à Duguay-Trouin, par la prise de Rio-de-Janeiro sur les Portugais ij l septembre .
Préliminaires de Londres (1711). -- Les négociations secrètes, donl les agents étaient l'abbé Gautier et le poète anglais Prior, firent plaie à îles négociations officielles pour lesquelles
Louis XIV envoya à I, 1res, avec des propositions fermes, Ménager,
député de Rouen au conseil du commerce. Les conférences, commencées le 26 août, aboutirent le H octobre à la-signature des « préliminaires de Londres », et la reine Anne nomma ses plénipotentiaires au congrès qui devait se réunir ù Utrecbt le 12 janvier 1712. Elle ne se laissa détourner de ses résolutions ni par l'opposilion de l'empereur, ni par les représentations de la Hollande, ni par les résistances intérieures, ni même par une suprême démarche que le prince Eugène tenta à Londres et à laquelle elle répondit par la destitution de Marlborough (16 janvier 1712). Le congrès s'ouvrit au jour dit; la France y était représentée par le maréchal d'Huxelles, l'abbé de Polignac et Ménager. Le roi d'Espagne consentit, pour faciliter un accommodement, à renoncer à ses droits sur la couronne de France, et Louis XIV accepta de laisser les Anglais occuper, à litre de gage, la ville de Dunkerque; mais le prince Eugène ne désarmait pas, prétendant démontrer que, même privé du concours des Anglais, il était capable de lutter encore.
Le combat de Denain (1712). — Ce fut Villars qui conquit la paix. Le 12 avril, Louis XIV l'avait fait venir à Mark pour concerter avec lui un plan de campagne et lui confier une suprême résolution. « Si les ennemis, lui dit-il, arrivaient par hasard jusque dans la Somme, je compterais aller à Péronne et à Saint-Quentin, y ramasser tout ce que j'aurais de troupes, faire un dernier effort avec vous et périr ensemble ou sauver l'État, car je ne consentirai jamais à laisser approcher l'ennemi de ma capitale. » Réconforté par ces
PIAN Dt LA BATAILLE DE