‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 4 sur 196 · II. — L'ADMINISTRATION DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

II. — L'ADMINISTRATION DE RICHELIEU

Richelieu et Louis XIII. Le P. Joseph. — On a longtemps admis que Louis XIII, prince sans volonté, a constamment subi l'ascendant de son premier ministre, sans jamais lui témoigner la moindre sympathie : c'est là une opinion démentie par les faits et par l'étude des documents. Louis XIII, qui se souvenait du rôle joué par l'évêque de Luçon au temps de ses démêlés avec sa mère, ne l'accueillit d'abord qu'avec défiance et ne consentit pas volontiers à l'entrée du cardinal au conseil : ses sentiments furent tout autres à partir du jour où il eut apprécié son premier ministre.

Louis XIII ne fut pas un souverain passif, indolent, résigné de mauvaise grâce à la domination de Richelieu, mais un prince actif, adonné aux fougueux exercices du corps, excellent soldat, maître de lui-même, ayant une volonté personnelle, appliqué aux affaires, collaborant avec le cardinal à une tâche dont il comprenait la grandeur, lui donnant plus d'une fois des ordres et ne se ralliant pas toujours à ses avis.

Si Louis XIII n'avait pas approuvé dans son ensemble la politique de Richelieu, comment aurait-il résisté si longtemps à la pression de sa mère, d'Anne d'Autriche, de Gaston d'Orléans, enfin de toute cette noblesse qui ne cessait de demander le renvoi du ministre? Qui pourra jamais dire la part qui revient au roi dans les décisions exécutées par Richelieu et qui ont préparé la monarchie absolue'.' 11 s'efface volontairement, peut-être parce qu'il juge plus habile de mettre en avant son ministre, mais il comprend toute l'importance d'une administration et d'une diplomatie auxquelles il prête l'appui le plus conscient et le plus énergique.

Le Père Joseph, par Michel Lasne

œuvre par des hommes tout dévoués et dont le plus remarquable, celui dont la collaboration lui fut particulièrement utile, est un personnage resté célèbre dans l'histoire sous le nom d 'Eminence grise. François Le Clerc du Tremblay (1577-1638), en religion le P. Joseph, avait en 1599 abandonné une brillante position mondaine pour entrer dans les ordres. Emporté par l'ardeur de sa foi, il rêva d'abord une croisade de toutes les puissances chrétiennes pour reconquérir Jérusalem; mais n'ayant pu convertir à son projet ni Philippe III ni même le pape Paul V, il se contenta de multiplier en Orient l'envoi de missionnaires dont le zèle répandit l'influence française en Grèce, en Asie Mineure, en Perse et au Maroc. Du jour où il connut Richelieu, il devint le docile instrument des desseins du cardinal. Il s'en sépara pourtant au début, parce qu'il répugnait aux alliances protestantes d'Allemagne et désirait se rapprocher de l'Autriche contre l'Espagne. Mais après la diète de Ratisbonne, il fit litière de ses idées personnelles et déclara à l'empereur une guerre diplomatique sans trêve II mena presque seul une négociation sans résultat pour gagner le célèbre Wallenstein. 11 facilita par ses entrevues avec le chancelier suédois Oxenstiern (mai 1033) celle qui aboutit au traité de Compiègne. En lin la convention qui, cette même année, engagea au service du roi Bernard de Saxe-Weimar est en partie son œuvre. Sans scrupule sur le choix des moyens, il en justifiait l'emploi par ce raisonnement subtil : « C'est la Providence qui les envoie et on manquerait de foi dans la Providence si l'on hésitait à s'en servir. » Mort trop tôt pour voir le succès complet de ses efforts, il eut, pendant sa dernière maladie, la joie d'apprendre la prise de Brisach.

LA MOiNAIUHIllS AUSOLUI5. — K1CUKL1KU ET MAZAItlN

L'Éminence grise, par Géromu.

Louis XIII, bronze par Sin Histoire de F h a n ce. — II.

Il y eut deux h o rames en lui :

le moine et le politique; l'un quelque peu chimérique, animé de l'esprit chrétien du moyen âge, del'espritdes croi sades ; l'autre pratique et soucieux des intérêts temporels. Son zèle pour l'unité religieuse entretint sa haine contre les calvinistes; sa passion pour l'unité politique le poi

,i li air 1 a ilmii i liai i nu

es i'a gnole.

ïi availl eur m la i igable, intelligence lucide , conn a i ssa ni la cour et le

peuple, fourbe et rusé, « policier » de premier ordre, il ne se livrait pas, s'emportait peu, mais agissait. Plus d'une fois il encouragea Richelieu démoralisé, doutant de son œuvre, en laquelle le P. Joseph avait une foi inébranlable, et c'est sur lui que le cardinal se reposait des détails d'exécution. « Il n'y a, disait-il, ni plénipotentiaire, ni ministre en Europe, qui puisse faire la barbe à ce capucin, et pourtant il y a belle prise. <

Claude Bouthillier, qui contribua toul spécialement à assurer à la France l'alliance de la Suède el de la Hollande; le cardinal de La N alellc, qui se démil de son archevêché de Toulouse pour commander les armées en Allemagne, en Picardie

Phot. Goupil et C>".

Anne d'Auli'

i i \ i Loin n

IIISTOllil, DE FRANCE

ci en Italie; l'archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau de Sour dis, qui cul devant La Rochelle la direction des vivres el l'intendance de l'artillerie, accompagna Louis XIII en Piémont el devint chef <lu conseil ilu roi eu l'armée navale : tels furent, après le P. Joseph, les plus précieux auxiliaires de Richelieu.

L'autorité royale. La transformation de la monarchie féodale en monarchie absolue trouva un artisan des plus convaincus ci des plus actifs en Richelieu, qui s'efforça de ruiner par tous les moyens les privilèges de l'aristocratie. Le cardinal abolit les dernières grandes charges qui donnaient encore à la noblesse une puissance apparente : l'amirauté, qu'il racheta en lfi'26 de Henri de Mont-

rency; la conn établie, qu'il supprima à la mort de Lesdiguières.

Les princes du sang, ducs et pairs, occupaienl naguère la première place dans les conseils «lit roi :

ils furent supplantés par des fonctionnaires d'origine modeste, comme le chancelier, qui présida le conseil après en avoir été le greffier, et par les quatre secrétaires d'État, dont les attributions ne cessèrent de s'étendre pendant tout le xvue siècle.

Richelieu, on l'a vu, n'hésita à envoyer à l'échal'aud ni les conspirateurs ni les duellistes. 11 fit raser un très grand nombre de forteresses, inutiles à la défense du pays mais précieuses pour les seigneurs rebelles. Les << Grands Jours » de Poitiers décrétèrent de prise de corps deux cent vingt-trois gentilshommes (1634).

Lebret peut écrire, dans son Traité de la souveraineté des roi* (1632), que « \a

royauté est une suprême puissance déférée à un seul, qui donne le droit de commander absolument et qui n'a pour but que le repos et l'utilité publique »; que <• la première marque de la souveraineté, c'est de ne dépendre que de Dieu seul »; qu'il n'appartient qu'au roi de faire les lois et ordonnances, de les modifier, de les interpréter, la consultation des Parlements et des grands officiers de la couronne n'étant qu'affaire de « bienséance » ; que les Etats, généraux et provinciaux, ne sont pas contraires à la souveraineté du roi, puisqu'ils se tiennent sur son commandement et ne délibèrent que » par la forme de requêtes et de très humbles supplications ».

Le gouvernement de Henri IV avait été absolu en droit, tempéré en fait. Sous Richelieu, la centralisation administrative achève de détruire tous les privilèges féodaux, toutes les traces d'autonomie locale pour ne laisser subsister que la protection royale, et celle-ci va dégénérer en absolutisme.

A partir de 1614 les Étals généraux ne sont plus convoqués et c'est à des assemblées de notables que le gouvernement fait connaître ses vues. Richelieu, qui s'est montré impitoyable contre les seigneurs rebelles, n'en est pas moins très entiché de préjugés nobiliaires: les seigneurs disciplinés au profit de l'Etat devraient, selon lui, occuper des emplois dans l'administration et dans l'armée, fermées désormais à « ceux qui n'auront pas le bonheur d'être d'une naissance noble ». Et, quant au peuple, dont il ne se dissimule pas la condition, le cardinal ne le veut pas« trop à son aise », parce qu'on ne pourrait plus alors « le contenir dans les règles de son devoir ». et que, moins cultivé, moins instruit que les deux autres ordres, «s'il n'était retenu par quelque nécessité, difficilement demeurerai l-il dans les règles qui lui sont prescrites par la raison et par les lois ».

Ce n'est pas seulement par les officiers royaux que le cardinal1 réalisa ses idées politiques; il s'efforça d'agii sur l'opinion par le pamphlet et par un moyen tout nouveau, la presse. Au début de sa carrière politique, un pamphlétaire, Fancan, lui rendit les plus grands services contre les Brûlart, et la Gazette de Théophraste Renaudot reçut, aussi bien que le Mercure de France, des communiqués émanés du cabinet du ministre ou dus à la plume du roi.

Le prévôt des marchands et les échevins de Paris, par Philippe r>R Champaigne (Louvre).

Le conseil du roi. — In règlement rédigé par le chancelier Michel de Marillac 18 janvier 1630 fixa les attributions du conseil d'État. Le conseil se composait de conseillers ordinaire, . au nombre de huit, siégeant toute l'année; de dix conseillers semestres, en fonctions pendant six mois; de treize conseillers quatrimestres, en fonctions pendant quatre mois seulement. Le conseil d'Etal lut dans les mains de Richelieu un des instruments les plus actifs de la centralisation administrative : c'esl dans son se m qu'il choisissait les membres de ses tribunaux extraordinaires, si redoutables aux grands.

Gouverneurs et intendants. Institués, à l'origine, pour

exercer le coin ma ndeinen l militaire dans les provinces de la frontière, les gouverneurs, qui se trouvaient être dans leur circonscription les seuls représentants du pouvoir royal, avaient peu a peu accaparé les attributions civiles et politiques les plus diverses. Ils s'étaient attribué un droit de juridiction, levaient des impôts, et étaient devenus, en fait, souverains maîtres dans leurs provinces. En droit, ils n'étaient cependant que de simples commissaires, que le roi était toujours libre de révoquer, mais ils se comportaient plutôt comme s'ils eussent été investis d'un office vénal et héréditaire. Richelieu les ramena à leurs fonctions militaires primitives et leur enleva toute autorité réelle par l'institution des intendants.

C'est à tort que l'on a attribué à Richelieu la création de cette fonction, dont on trouve l'origine dans les chevauchées des mailles des requêtes voir t. Ier, p. 336). Il existait déjà des intendants sous Henri IL On les qualifiait de « commissaires départis dans les généralités du royaume pour l'exécution des ordres du roi ». Mais Richelieu tira habilement parti de l'action de ces fonctionnaires, qui prirent le titre d'intendants de justice, police cf. finances, et il généralisa l'institution, que le code Michau réglementa en 1629.

Les intendants, dont la fonction devint permanente, pouvaienl se faire assister, dans l'exercice de leur charge, par des subdélégués, qui dépendaient d'eux seuls.

Le Parlement. La justice. — Richelieu interdit au Parlement les remontrances écrites et supporta à peine les remontrances verbales. En 1641, le roi rappela, dans un lit de justice, que les cours avaient été uniquement établies pour rendre la justice et leur commanda d'enregistrer sans examen les édits sur les matières gouvernementales; il n'admit de remontrances que sur les édits bursaux.

Le Parlement de Paris étendait sa juridiction sur le territoire d'environ trente et un de nos départements actuels. Cour souveraine de justice, il connaissait des appels formés contre les décisions de toutes les juridiclions du royaume; il constituait eu même temps une cour de cassation en matière criminelle. Les autres Parlements, jusque-là au nombre de sept, avaient chacun pour ressort à peu près le territoire d'une province. Louis XIII en créa deux nouveaux : en 1620, celui de Pau, qui remplaça le conseil souverain de Béarn; en 1633, celui de Metz, qui succéda à la cour de justice des Trois-Évêchés.

Les présidiaux eurent désormais la même compétence, mais une grande confusion régnait encore entre les juridictions royales et les seigneuriales, d'où de fréquents règlements de juges, et il subsistait toujours de trop nombreuses juridictions d'exception : officialités, prévôts de la maréchaussée, table de marbre, amirauté, etc. Le payement des épiées aux magistrats, qui ne fut réglé qu'en 1669, donnait toujours lieu à de regrettables abus.

Richelieu recourut trop souvent, pour obtenir la condamnation de ses ennemis, à la juridiction de commissions extraordinaires,

L\ MONARCHIE ABSOLUE

RICHELIEU ET MAZARITS

instituées en dehors des règles ordinaires de compétence, et il 1rs composa de juges dont la partialité a laissé parfois un souvenir sinistre : tels furent Laffemas, qu'on surnomma le « bourreau du cardinal», et Laubardemont, qui se vantait de taire pendre un homme avec une seule ligne de son écriture. Ce dernier présida en 1634 la commission qui envoya au bûcher le curé de Loudun, Urbain Grandier, accusé d'avoir vendu son aine à Satan et, par ses maléfices, provoqué la possession diabolique des religieuses insulines de Loudun. Une grande ordonnance fut rédigée en 1629, sous L'inspiration du chancelier Michel de Marillac, conformément aux doléances des Étals généraux de 1614 el des assemblées de notables de llouen (1617) el de Paris 1626). Composée de 461 articles, elle réformait utilement de nombreuses matières de droil civil, mais ses tendances novatrices la tirent envisager avec défaveur et, quelques Parlements seulement l'ayant enregistrée, elle tomba dans le discrédit en même temps que le chancelier luimême. C'est à peine si elle fut appliquée et on chercha à ridiculiser l'œuvre de Marillac en la désignant sous le nom de Code Michau par une allusion ironique au prénom de son auteur.

La marine. — En 1626, Richelieu exposa à l'Assemblée des notables les motifs |>. nir lesquels la fiance avait besoin d une ma rine. Sur les canons des bâtiments royaux il lil graver la devi Ultimaratio regum. 11 sut profiter de l'exemple de l'Espagne, d Hollande et de l'Angleterre, qui devaient leur prépondérance à leui puissance maritime el coloniale. Pour assurer la réalisation de son programme naval, il résolut d'assumer lui-même la charge de l'administration de la marine : il supprima la fonction de grand amiral de France et prit le titre de grand maître et surintendant de la navigation.

Les finances. — Les débuts du règne de Louis XIII avaient été fatals au trésor public, fraudé par les officiers de finances et dilapidé par les grands. Les rentiers, déjà frustrés d'une partie de leurs arrérages, devaient consentir des commissions aux agents chargés du service s'ils voulaient percevoir le surplus; des intermédiaires sans scrupule, qu'on nomma des cab'alistes, s'interposaient même entre les malheureux rentiers et les payeurs. Sous l'administration de Richelieu, les surintendants Marillac et Champigny créèrent 1624) une chambre de justice pour poursuivre les fermiers généraux, qui reversèrent 10 800 livres afin d'obtenir la révocation de cette juridiction extraordinaire. Le surintendant d'Effiat, qui succéda à Marillac, fut impuissant à améliorer une situation financière sans cesse compromise par les dépenses que nécessitait la politique extérieure : la dette publique s'éleva à plus de 400 millions en capital. L'accroissement des impôts faisait dire à Guy Patin (1637) : « J'ai peur qu'enfin on n'en mette sur les gueux qui se chauffent au soleil. »

Louis XIII ayant décidé de faire lever l'impôt par des élus dans tous les pays d'États, il résulta dans ces pays, jaloux de leurs prérogatives, une violente agitation, notamment en Bourgogne, où des vignerons de Dijon et des alentours se soulevèrent en chantant une chanson dont le refrain était lanturelu : les bourgeois réprimèrent l'émeute et le roi réduisit les franchises municipales de Dijon (1630 .

Le 16 juillet 1639, le lieutenant particulier au bailliage de Coutances, Besnardière Poupinel, chargé d'établir la gabelle à Avranches, fut tué à l'instigation des sauniers. Ce fut le signal de la révolte des Nu-pieds; du nom de Jean-nu-pieds, •< général de l'armée de souffrance », qu'on ne connaissait que par ses proclamations et dont le secrétaire était l'abbé Morel, vicaire de Saint- Saturnin, près d' Avranches. Gassion et Séguier reçurent la mission de rétablir l'ordre et s'en acquittèrent avec une rigueur impitoyable.

L'intendant Etienne Foulé, envoyé en Limousin par le chancelier Mi( bel Le Tellier pour faire rentrer les taxes arriérées (1649), s'acquitta de sa mission avec une telle barbarie que ses jugements luienl cassés par le Parlement de Bordeaux, mais son crédit à la cour le préserva du châtiment qu'il avait mérité.

L'armée. — Richelieu durait voulu constituer une armée vraiment française, recrutée dans le pays même; mais, obligé d'obéir aux nécessités de sa politique, il eut encore à ses gages des armées étrangères. On donnait commission à des gentilshommes de lever un régiment ou une compagnie, dont ils recevaient le commandement.

Pour assurer du moins dans l'armée l'unité de direction, Riche lieu créa un ministère de la guerre, dont le premier titulaire, Sublet de Noyers, réussit à imposer une hiérarchie régulière entre les chefs, ducs et pairs, maréchaux et mestres de camp, à régler leurs attributions respectives et à soumet! offi

cier^ comme les soldats à une ferme discipline. Il fui prescrit que les régiments seraient divisés en bataillons ef les batail en compagnies, mais cette règle fut imparfaitemi al appliquée.

Les épices, par Abraham Bosse.

Il fut particulièrement secondé dans cette partie de son administration par l'archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau de Sourdis. Il fit faire une inspection des côtes par d'Infreville, agrandir ef fortifier le port de Brest, établir à Brouage, au Havre, à Marseille defonderies de canons. Il tira de la position naturelle du pays tous les avantages qu'elle comportait. « Il semble, a-t-il écrit, que la nature ait voulu offrir l'empire de la mer à la France par l'avantageuse situation de ses deux cotes, également pourvues d'excellents ports. • Il réussit à équiper deux Huiles, l'une sur l'Océan Ponant , l'autre sur la Méditerranée Levant). Sur l'Océan, la France eut 67 navires, dont 20 de 600 tonneaux, tandis qu'elle ne disposait jadis que de 80 navires de 100 tonneaux, n'appartenant même pas ,i l'Etat ; la

Court mue 2 600 tonneaux l'ut mise en chantier. La mai i lu Levanl

ne comptait que des galères : Richelieu augmenta le i bre des

bâtiments et, celui des rameurs, et pul bientôl contre-balancer sur la Méditerranée la puissance des Espagnols. Il renouvela aussi les anciens traités conclus avec la Porte, ouvrit des relations con sr-

ciales avec la Perse, envoya Du Chalard et Rasilly signer une alliance avec le sullan de Maroc. — Le phare du Corilouan, commencé en 158 i, fui achevé en 1610.

La grandeur des résul Latsob tenus excitait l'admiration de Malherbe. I espace d'entre le Rhin el les Pj i énées, éi rivail le poêle à un ami, ne lui semble

pas un assez grand champ |

les lleursde lys. Il veut qu'elles occupent les deux bords de la Méditen anée. »

Malheureusement . soi cardinal Mazarin, su

de Richelieu comme p i

ministre, les ai cessil s di la politiqueexléi ieui e el la -

Henri d'Escoubleau de Sourdis, , ,\ , le ti,,-n I pe,d n- de

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IIISTollii; DE FRANCE

L'agriculture, le commerce et la colonisation. — L'agri culture n'occupa qu'une place très secondaire dans les préoccupations de Richelieu. Des lettres patentes confirmant les précédents édils sur le dessèchement des marais, une ordonnance défendantaux troupes de faire"étape dans les campagnes, voilà ù

peu près les seules -mes dont l'agriculture esl redevable au

cardinal. Par contre, l'accroissement incessanl des dépenses, qui entraîna le relèvement de la taille et des aides, eut sur la situation des classes rurales une répercussion désastreuse. Presque ruinés, exaspérés par la faim, les paysans se révoltèrent sur divers points. La Saintonge donna le signal ; en 1630 eut lieu en Bourgogne l'insurrection des lanturclu; en I0:t7 eut lieu dans le Périgord celle des croquants; en 1639, en Normandie, celle des va-nu-pieds voir p. 19 .

Richeliou s'attacha, coi Henri IV, à favoriser le commerce et

l'industrie, accorda des prh ilèges à diverses manufactures, s'efforça de développer la fabrication des tissus, améliora les transports achèvemenl du canal de I3riarc . réorganisa le service «1rs postes,

régie nia l'exploitation des mines ri le dessèchement des marais.

L'admission de la clause à ordre dans la lettre de change fournit au commerce m uveau moyen de crédit.

Dr même qu'il avait créé une marine nationale, Richelieu lit de grands efforts pour développer la marine marchande cl If commerce d'outre mer. I>es mesures très efficaces furent ordonnées dans r,. but par le code Michau, et Richelieu favorisa la fondation de colonies lointaines par la formation de grandes compagnies de commerce et de navigation, à l'imitation des Anglais et des Hollandais. Mais ces compagnies, qui ne groupaient que quelques marchands ou financiers locaux et dont les capitaux étaient en général insuffisants, n'eurent qu'une courte existence et ne contribuèrent que fort peu à accroître la richesse nationale.

L'une des régions où se portèrent le plus activement les efforts des commerçants l'ut l'Amérique du Nord. Champlain (voir t. Ier, p. 39'.)) venait, en 1608, de jeter les fondations de Québec. Il intéressa à son œiivreRichelieu, qui provoqua la création, en 1020, de la compagnie du Morbihan, dont les privilèges étaient très étendus, mais se heurta à la résistance du Parlement de Rretagne qui ne voulut pas enregistrer l'édit de création. Une nouvelle société, fondée l'année suivante, la compagnie de la «Nacelle de Saint-Pierre fleurdelisée», ne fut pas plus heureuse; car, établie sur des bases trop larges, elle ne put même pas s'organiser. La Compagnie des « Cent associés de la Nouvelle-France » ou du Canada, constituée par un édit de 1628, dut une plus longue vitalité à une meilleure définition de son objet. L'héroïsme de Champlain et des colons français nous valut de pouvoir conserver encore le Canada. Québec, repris par les Anglais en 1628, nous fut rendu en 1632 par le traité de Saint-Germain.

Aux Antilles, le capitaine normand d'Esnambuc, après s'être emparé del'ile Saint-Christophe (1625), obtint l'année suivante la création d'une Compagnie qui devint (1635) la Compagnie des îles d'Amérique, après que d'Esnambuc eut occupé la Martinique. La compagnie fut reconstituée en 1642, et ses privilèges lui furent confirmés pour toutes les îles d'Amérique comprises entre le 10e et le 30e degré.

Des marchands rouennais firent divers voyages à la Guyane, à la recherche de l'or. Une compagnie de Rouen fui fondée en 1633 pour l'exploitation de ce pays et, en 1634, s'éleva la ville de Cayenne. Des marchands de Dieppe et de Rouen suivirent, sur la côte occidentale d'Afrique, les traces desDieppois du xiv° siècle, et une « Compagnie normande » (1626) s'établit au Sénégal où elle fonda Saint-Louis.

Deux autres compagnies partagèrent avec celle ci, île 1633 à 1635, le commerce de la côte.

En 1638, le Dieppois Salomon Gaubert prit possession de l'île de la Réunion. Son compatriote R'égimont aborda à Madagascar en 1633; il s'associa en 1642 le capitaine Rigault, et, la môme année, Richelieu créa en leur faveur la Compagnie des côtes orientales de l'Afrique, pour l'exploitation de Madagascar. Les premiers essais de colonisation dans la grande île furent dirigés par Pronis.

A. de Montchrétien, sieur de Vasteville.

Richelieu conclut des traités de commerce et de navigation avec h- tsar et avec le roi de Danemark. Il fit rétablir à plusieurs reprises, sur la côte d'Algérie, le Rasli le fiance, qui avait été

réoccupé et détruit. Il obtint du sultan du Marne, en 1631, le droit

d'envoyer des consuls dans

//^^^S^^viîS ce l';'.vs- '•'' voyageur Ta-

vernier lit d'i mportants voyages en Pei se.

L'économie politique.

— En 1615, A ntoine de Montchrétien, sieurde Vasteville, celui-là même qui se distingua comme écrivain tragique, dédia au roi et à la reine mère un Traicti de l' (Economie politique. A la suite d'un duel. Montchrétien avait dû se retirer en Angleterre. Il en rapporta les observai ions qui lui fournirent la matière de son livre et il jeta les fondements de la science sociale qui lui doit son nom. 11 arrivait à l'heure où l'on commençait à comprendre que la prospérité matérielle des Etats est soumise à des lois. Avant lui, Olivier de Serres, Sully et Laffemas s'étaient préoccupés de ce problème; mais ils manquaient de termes de comparaison : l'originalité du sieur de Vasteville fut de comparer la production française à celle de deux ou trois nations rivales. Il étudie successivement les manufactures, le commerce, la navigation. S'il ne formule pas de règles scientifiques, il donne, à côté de théories fausses, des vues générales souvent justes et des aperçus ingénieux.

L'œuvre de Richelieu. — A la fin du moyen âge, c'est l'Italie et l'Empire qui tiennent le premier rang dans l'histoire du monde. Au milieu du xvi° siècle, ce rôle prédominant passe à l'Espagne. Après Richelieu et grâce à lui, la France, forte au dedans, supplante la maison d'Autriche dans l'hégémonie de l'Europe.

Le cardinal, diplomate hors pair, grand logicien, ami de l'ordre, réalisa la politique de Henri IV et prépara celle de Louis XIV. Pour mettre la France à l'abri des troubles qui l'avaient ruinée sous les derniers Valois, il fortifia par tous les moyens l'autorité royale. Les protestants considéraient que l'édit de Nantes leur donnait, en dehors de la liberté de conscience, une certaine indépendance politique : il les soumit. Les grands prétendaient braver le pouvoir royal : il envoya à la mort les plus compromis, fit raser les forteresses féodales et supprima les grandes charges militaires. Les Parlements résistaient au pouvoir royal : il les réduisit à l'obéissance. Les gouverneurs des provinces avaient un pouvoir presque absolu : il ne créa pas les intendants, mais il en augmenta le nombre, et ces serviteurs dociles réduisirent à rien la puissance des gouverneurs. S'il fit la guerre à l'Autriche et à l'Espagne, unies par des liens

de famille, ce fut pour éviter le retour des dangers que la France avait courus au temps de Charles Quint, alors qu'elle était enserrée par un même ennemi au sud, au nord et à l'est, et il fonda la situation diplomatique de la France en Europe. 11 dota la France d'une marine qui fit ses premières preuves au siège de La Rochelle et put se mesurer avec les galères espagnoles pendant la guerre de Trente ans. Il favorisa l'expansion coloniale de la France.

Mais les nécessités de sa politique désorganisèrent les finances' el.au n om de la raison d'Étal, il employa ton s les moyen s pour réalise r ses desseins 1 . Il fut autoritaire, orgueilleux, vindicatif, violent,

Portraits du cardinal de Richelieu, National <

Phnt. Hanfstaengl.

par Philippe de Champaionb iallery).

(\) Dp là la déclaration romantique qu'on a imaginé île lui attribuer :

« Quand une lois j'ai pris nue résolulion, je vais droit à mon but. je renverse tout, cl ensuite je couvre tout de ma robe iÉou£P. •>

LA MONARCHIE ABSOLUE. — RICHELIEU ET MAZARIN

impitoyable. Exclusivement occupé d'abattre au dehors la domination espagnole, au dedans l'influence des grands et des protestants, dur pour le peuple, en hutte à l'animosité d'ennemis puissants, il no se préoccupa jamais d'entourer la royauté d'institutions qui, en contre-balançant la toute-puissance du souverain, eussent prévenu le despotisme et 1rs révolutions violentes.

Richelieu, qui se croyait des aptitudes littéraires. Favorisa les g. mis de lettres et les artistes, agrandit la Sorbonne, lit élever le Talais Cardinal (Palais-Royal), fonda l'Académie française, l'Imprimerie royale, le Jardin des Plantes, le collège du IMessis (!).

Mort de Richelieu (1642) et de Louis XIII (1643). -

Richelieu succomba en 1642 à l'excès du travail et à la maladie.

On voulait lui cacher son état, mais il appela un des médecins du roi : « Parlez-moi à cœur ouvert, lui dit-il, non en médecin, mais en ami. — Monseigneur, dans vingt-quatre heures vous serez mort ou guéri. — C'est parler cela, dit Richelieu, je vous entends! » Quand le curé de Saint- Eustache, sa paroisse, lui présenta l'hostie : << Voilà mon juge, dit-il, je le prie de me condamner, si clans mon ministère je mesuis proposé autre chose que le bien de la religion et de l'État. » — << Pardonnez-vous à vos ennemis .' •>

lui demanda le curé. — « Je n'en eus d'autres que ceux de l'Étal. » • Louis XIII ne survécut guère à son premier ministre : il fut emporté le 14 mai 1643 par une tuberculose pulmonaire (2).

BIBLIOGRAPHIE

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1 Von- plus lo:n, môme Livre X. chap. iv : / intellectuelle el sociale au temps de Richelieu el de Mazar in.

i El non par un empoiso ' omme

l'avait insinue ['ambassadeur de Venise en Fra connue ie voulait une légende alors fort en vogue.

tombeau du cardinal <J- Gr IRABD OU

irbonne

IIISTOIHK DE FRANCE

Sceau de Louis XIV.

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