‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 5 sur 196 · ET LE MINISTÈRE DE MAZARIN · texte numérisé non relu

ET LE MINISTÈRE DE MAZARIN

Divisions du règne de Louis XIV. - Louis XIV, fils aîné l|r Louis XIII, a 'avait pas encore cinq ans lorsqu'il succéda à son père sous la régence d'Anne d'Autriche.

Cr règne important (1643-1715 peut se diviser en quatre périodes bien distinctes : Première période, 1643-1661 : Louis XIV est mineur. Les troubles civils menacent l'œuvre de Richelieu, comme sous la minorité 'le Louis XIII ils ont menacé l'œuvre de Henri IV. Mazarin triomphe des rébelles à l'intérieur et abaisse définitivement la maison d'Autricbe (paix de Weslphalie et des Pyrénées).

Deuxième période, 1(161-1678 : Louis XIV

gouverne par lui-même. Seconde par des

hommes illustres dans l'administration et

dans 1rs armes, il organise la monarchie absolue et devient, après

la paix de Nimègue, l'arbitre de l'Europe.

Troisième période, 1678-1698 : Louis XIV abuse de sa force et arme l'Europe contre lui. A la paix de Ryswick, la France rend ses conquêtes, mais clic reste encore au premier rang des puissances. Quatrième période, 169S-1715 : La guerre de la succession d'Espagne le lui l'ait perdre; la paix d'Utrecht laisse intact l'honneur national, mais la France est épuisée et, à la mort du roi, le pays est en proie à la plus profonde misère.

Mazarin. — Louis XIII avait confié la régence à Anne d'Autriche, mais en instituant auprès d'elle un conseil dont Mazarin devait faire partie. Le 18 mai 1643, le Parlement annula le testament du roi défunt, à la demande de la reine mère, à qui il confia la régence. Mais, à l'étonnement général, Anne donna toute sa "confiance au protégé de son ennemi, le feu cardinal de Richelieu, et elle devait subir l'ascendant de l'Italien au point qu'elle contracta peut-être avec lui un mariage secret.

Giulio Mazarini, dit Mazarin, naquit en 1602 à Piscina, dans les Abruzzes. Petit-fils d'un artisan sicilien, fils du camérier d'un grand seigneur romain, il fut d'abord soldat dans l'armée pontificale, puis entra au service du nonce Pancirola. Il eut la bonne fortune de rencontrer Richelieu en Italie. Frappé de l'esprit délié et souple du jeune diplomate, le cardinal l'emmena en France, le chargea de plusieurs missions importantes, dont il le récompensa par la barrette, bien que l'Italien n'eût jamais reçu les ordres, et, en mourant, le désigna à Louis XIII pour le remplacer.

Mazarin rendit de grands services à la France, qui lui est redevable de la paix de Westpbalie et du traité des Pyrénées, c'est-à-dire de l'abaissement définitif de la maison d'Autriche. Mais si, négociateur habile, il continua heureusement la politique extérieure de

l'hol. ltiaun. Clémenl ei C".

Mazarin, par Mignaku (Musde de Chantilly).

Séance du Parlement sous la régence d'Anne d'Autriche.

Richelieu, à I Intérieur son administration fut déplorable. Rapace, dilapidateur et déloyal, il ne chercha jamais à soulager la mi publique el il accrul sa propre fortune aux dépens de l'État ruiné. Dissimulé, 4é fiant, il prisait avant touf l'habileté, estimant ceux qui savent tirer profit des circonstances si des hommes. « Il se conduisait non d'après ses affections ou ses répugnances, mais d'après ses calculs Vvant d'accorder sa confiance à quelqu'un, il demandait : « Est-il lieu- « reux? » Ce n'était point de sa part une aveugle soumission aux chances du sort; pour lui, être heureux signifiait avoir l'esprit qui prépare la fortune et le caractère qui la maîtrise » (Mignet).

« Son esprit, a écrit La Rochefoucauld, était grand, laborieux, insinuant et plein d'artifice; son humeur était souple; on peut dire même qu'il n'en avait point, et que, selon son utilité, il savait feindre toutes sortes de personnages. Il savait éluder les prétentions de ceux qui lui demandaient des grâces en leur en faisant espérer de plus grandes, et il leur accordait souvent par faiblesse ce qu'il n'avait jamais eu l'intention de leur donner. Il avait de petites vues, même dans ses plus grands projets; et, au contraire du cardinal de Richelieu, qui avait l'esprit hardi et le cœur timide, le cardinal de Mazarin avait plus de hardiesse dans le cœur que dans l'esprit. Il cachait son ambition et son avarice sous une modération affectée. » Durant plus de la moitié de sa vie, jamais autorité ne fut plus contestée que la sienne. Malgré son envie de plaire à tous, il fift constamment en butte aux railleries de ses adversaires et même aux plus grossières invectives. On se moquait de sa prononciation défectueuse; on composait contre lui, surtout pendant la Fronde, ces innombrables pamphlets, satires, libelles, en prose et en vers, que l'on a recueillis sous le nom de mazarinades. L'astucieux ministre se contentait de dire : « Laissons parler et faisons », ou bien : « Ils chantent, donc ils payeront »; il ne se décourageait jamais et laissait faire au temps.

Il cédait sans honte à la force, estimant que résister est parfois une maladresse. S'il se croyait faible, il s'inclinait; s'il se sentait le plus fort, il envoyait les gens à la Bastille. Sa patience finissait par triompher de tous les obstacles, parce qu'elle lassait et usait celle des autres.

Cabale des Importants (1643). — « Sur les

degrés du trône, d'où l'âpre cardinal de Richelieu avait foudroyé plutôt que gouverné les humains, on voyait alors, dit le cardinal de Relz, un successeur doux et bénin, qui ne voulait rien, qui était au désespoir que sa dignité de cardinal ne lui permit pas de s'humilier, autant qu'il l'eût souhaité, devant tout le monde. » Cette humilité de Mazarin, qu'on prit pour de la timidité, encouragea les intrigues. La duchesse de Chevreuse reparut à la Cour, se flattant, maintenant que Richelieu n'était plus, de reprendre tout son ascendant sur l'esprit de la régente. Tous ceux qui se donnaient comme les fidèles d'Anne d'Autriche prenaient des airs de victimes réhabilitées, mais leur modestie n'égalait pas leur prétendu mérite, et on les appelait les Importants. C'étaient en premier lieu le petit-fils naturel de Henri IV, le duc de Beaufort, bientôt surnommé le Roi des Halles, dont il empruntait effectivement le langage, et

LA MONARCHIi: VBSOU E.

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le duc do Mercœur : tous deux, parlant liant et fort, s'agitaient en compagnie de leur père César, duc de Vendôme, tils légitimé de Henri IV et de Cannelle d'Estrées. C'étaient ensuite le jeune prince de Marsillac, plus tard due de [.a Rochefoucauld, l'auteur des Maximes; l'évêque de Beauvais, Potier, premier aumônier de la reine et secrétaire d'État, que Retz qualifie de « bêle initiée ».

Mais l"iis ees intrigants, qui voulaient profiter de la minorité du roi pour reconquérir les privilèges dont Us avaient été' dépouillés, comptaient sans Mazarin : celui-ci ayant été l'objet d'une tentative d'assassinat, Anne d'Autriche donna pleins pouvoirs à son ministre, qui lit jeter Beaufort à Vincennes et exiler ou emprisonner les autres 1 m port mit, s, y compris son ancienne amie, la duchesse de Chevreuse ^2 septembre 1643 .

Mazarin et la maison d'Autriche. ■ — Aux prises avec les difficultés intérieures. Mazarin qui avait » le cœur plus français que le langage », comme il le disait luimême, ne put tout d'abord que

songer à soutenir la guerre que lui avait léguée Richelieu. Peu à peu, ses vues se précisèrent et ses projets se groupèrent autour de deux idées maîtresses. La première, qu'il tenait de son prédéces-

Phot. Braun, Clément ei Ci»

Mazarin, par Vetter (Musée du Luxembourg).

César, duc de Vendôme, bâtard de Henri IV.

seur, était l'acquisition des frontières naturelles, surtout vers le nord. • L'acquisition des Payslias, écrira-t-il en 1646 aux plénipotentiaires français, formera à la ville do Paris un boulevard inexpugnable; ce serait alors véritablement qu'on pourrait l'appeler le cœur do la France...

La maison d'Autriche no pourrait plus nuire a la France, tandis que, dans les Pays-Bas, une bataille perdue sur la Somme répand l'épouvante à Paris...

L'Espagne serait bridée... La France a avant rien du côté des Flandres et de l'Allemagne qui put occuper ses forces, on laisse à juger de quoi elles seraient capables si nous ne les employions qu'un Espagne et en

Le maréchal de Gassion, gravure d'EDKLiscK.

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