‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 40 sur 196 · LA MON AUCUN-: AIJSOLUE · texte numérisé non relu

LA MON AUCUN-: AIJSOLUE

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Après la disparition de Colberl [ 168.1), qui avait apprécié le concours des prolestants dans son œuvre économique et n'avait

ssé de les défendre, le dénouement se précipite : c'esl à main armée, et non plus par 1rs moyens de séduction ou de persuasion, qu'on va réaliser l'unité de foi.

Les dragonnades. — Le ministre de la guerre, Louvois, qui, avec son père, le chancelier Michel Le Tellier, fui un dos principaux promoteurs de la révocation de l'édit de Nantes, ne recula pas devant la violence pour forcer les conversions. L'intendant Foucault en Béarn, le marquis de Boufilers en Guyenne, le duc de Noailles en Languedoc, furenl chargés de diriger 1rs dragonnades. <>n logeait les dragons chez 1rs calvinistes réfractaires jusqu'à ce que ceux-ci eussent consenti à se convertir. Le cardinal de .Noailles, vantant l'efficacité et le succès d<' cette procédure, écrivait : « Cela va si vite que tout ce que peuvent faire les troupes est de coucher une nuit dans les lieux où je les envoie. Dans un mois tout, sera expédié. »

On trompait le roi sur les conversions en masse extorquées par de pareils moyens, et. Louis XIV put croire que le maintien de ledit de Nantes dans le droit public français n'avait plus de raison d'être, que sa révocation n'atteindrait qu'un petit nombre de réformés, qui, selon le mot de Louvois, « avaient le sot orgueil de ne pas vouloir être de la religion du roi ».

C'est la plus grande et la plus belle chose qui ait été imaginée xécutée, écrit Mme de Sévigné. Tout était missionnaire : magistrats, gouverneurs de provinces, simples particuliers. »

La révocation et ses conséquences. — L'édit de révocation fut publié le 18 octobre 1685. H annulait l'édit de Nantes cl tous les privilèges accordés par Henri IV et Louis XIII, prononçait l'interdiction du (Mille réformé par tout le royaume, la suppression des écoles et la destruction des temples protestants, faisait défense aux religionnaires de passer à l'étranger, ordonnait que leurs enfants fussent à l'avenir élevés dans la religion catholique. Beaucoup de réformes s'enfuirent, au risque d'être pris et envoyés aux galères. Ceux qui étaient restes en France essayèrent de résister, et les violences recommencèrent.

La situation des protestants fut encore aggravée par l'ordonnance de janvier 16^5, qui leur enleva l'exercice de la puissance paternelle sur leurs enfants de cinq ans à seize ans pour la confier soit a des catholiques, parents ou non, soit, en cas d'indigence, aux hôpitaux. Enfin, partant de ce principe théorique qu'il n'y avait plus de protestants dans le royaume, ceux qui y étaient demeurés durent se marier devant les piètres de la religion romaine. La peine de mort fut édictée contre ceux qui passeraient la frontière.

Il est difficile de préciser le chiffre des réformés qui abandonnèrent leur patrie; on peut l'évaluer à 200 000 ou 250 000 (sur environ 1200000 depuis la révocation (1685) jusqu'à la révolte des Camisards 1702-1704). Le maréchal de Schomberg fut du nombre des protestants illustres qui quittèrent la France pour mettre leur activité au service de l'étranger. Une population laborieuse et éclairée : nobles, marchands, industriels, allèrent chercher un asile en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, dans le Brandebourg surtout, ou ils décuplèrent la population de Berlin, où ils portèrent leurs talents, leurs richesses, les secrets de notre industrie; partout on les accueillait avec la plus grande faveur. L'industrie étant presque tout entière entre leurs mains, leurs manufactures ressusci tètent dans les Étals voisins, qu'elles enrichirent aux dépens de la France. Guillaume, prince d'Orange, l'implacable ennemi de la France, se conslilua une garde de réfugiés, et les princes protestants d'Allemagne, en entrant dans la ligue d'Augsbourg, voulurent venger buis coreligionnaires autant que combattre l'ambition de Louis \|V.

Il est remarquable que, seuls parmi 1rs catholiques considérables du temps, Vauban el Saint-Simon désapprouvèrenl la révocation de I ''-dit de Nantes. Si l ouis M \ s'était borné à abroger les dispositions qui assuraient aux protestants un régime privilégié, par exemple 'urmbres de l'édit, il n'aurait fait que généraliser l'application de la doctrine de centralisation et d'unification administratives; mais il ne se contenta pas de les priver d'une législation exorbitante du droit commun : il s'en pnt à leur foi, et voilà pourquoi l'acte de 1685 ne peut qu'être condamné.

Les Camisards. Dans les Cévennes, la persécution religieuse ri abus de la fiscalité avaient armé les protestants, qui prirent le nom de « Camisards . parce qu'ils avaient adopté comme déguisement el signe de ralliement i chemise blanche relevée sur leur

. Leur chef était un garçon boulanger de djx-sepl ans, Jean Ca valier. Ils débutèrent par l'assassinat <\'' l'archiprêtre Du Çhayla, à Pont-de-Hontvert juillet 1702). Le comtr de Broglie, gouverneur du Languedoc, qui n'avait pas assez de troupes pour les réduire,

l'ut battu en janvier I7n:{, et ils dévastèrent les diocèses de Monde, Nîmes, l/.es. Abus, brûlant les villages, massacrant les curés. Ils recevaient tir l'argenl de la Hollande.

En I70.'{, le maréchal de Montrevel obligea des villages entiei émigrer et mujtiplia les mesures de rigueur. Des bandes d'irréguliers, catholiques ou protestants, où s'enrôlèrent bientôt des criminels de droit, Commun, se formèrent Sous le nom de « Cadets

de la croix " ou « Camisards noirs » et renouvelèrent les exploits des routiers du moyen âge, auxquels répondirent des « Camisards blancs -, commandés par un boucher d'Ûzès.

Leduc de Savoie envoya des armes et des renforts aux rebelles, et la guerre civile se serait éternisée si Villars, qui succéda à Montrevel avril 17i!'i , ne l'avait terminée par un habile mélange de modération et de forer, il se montra impitoyable envers ceux qui continueraient la lutte, mais promit aux autres un passeport pour l'étranger. Des colonnes mobiles, qu'il dirigeait lui-même, interceptèrent toutes les communications el vinrent à bout de la résistance. Cavalier demanda à traiter mai 1704 et accepta même un instant la formation d'un régiment de Camisards qui irait se battre à la frontière. A la lin de 1704, le Languedoc '■lait pacifié, mais les Camisards qui survécurent offrirent leurs services aux généraux de la coalition.

Le Jansénisme (voir p. 41). — La « paix de l'Église » (1669). — L'assemblée du clergé, réunie en 1657, avait rédigé le 17 mars un formulaire de foi qu'un grand nombre de jansénistes refusèrent de signer. Les «Petites Ecoles» furent fermées, les novices chassées de Port-Royal, douze religieuses expulsées, entre autres la mère Agnès et la mère Angélique ( 1664). L'archevêque de Paris, François de Hardouin de Péréfixe, fut tout surpris de la résistance respectueuse de ces religieuses saintement obstinées. On sépara enfin Port-Royal de Paris de Port-Royal des Champs : on laissa à Paris

Vire de Port-Royal de Paris (Estampe de la Bibliothèque nationale).

les sœurs soumises au formulaire et on envoya aux « Champs » les sieurs rebelles. En 1666, on jeta à la Bastille Le Maistre (\f Sacy, directeur de Port-Royal.

De longues négociations amènent enfin la paix ru 1668. Tous 1rs jansénistes consentirent à signer le formulaire que leur axait, imposé le pape Alexandre VII, el leur soumission valut aux évèques d'Alelh, de Beauvais, d'Angers el de Pamiers, 1rs plus fermes soutiens du jansénisme, un bref de félicitations du pape Clément l\ 1 1 , t ; ». » .

La période qui suit la /'<//./ de l'Église ou A'- Clément IX esl l'automne d<i Port-Royal, pour qui prennent parti d'illustres person nages : Boileau, M"1" de Sévigné, Mme de Sablé, Mme A'' Longueville. Nicole el Arnauld travaillent ensemble el éi i ivenl infatigablement. Ce n'était qu'une trêve, prolongée par l'affaire de la régale.

Destruction de Port-Royal (1710). — En 1702, la question fut agi tée de savoir si l'absolution pouvait être donnée à un ecclésiastique qui, conrorniemeiil.au sentiment des jansénistes, estijnerail que le

silence respectueux » pouvait être observé à l'égard des constitu lions apostoliques. La Sorbonne fut i se prononcer sur le

lS de conscience », el quai inte docteurs lurent d'avis que le

silence respectueux > n'élail pas un obstacle à l'absoluti avis

que c lamna la cour de Rome l incident faisail ressortir les tes

Irictions faites par les jansénistes, sur le point de fait », au

ment de la signature du formulaire, el la guerre se ralluma.

Dans l'espoir d'y mettre fin, Clémen t XI, à la demande de Louis XH

IIISTOIHK DE FRANCE

publie la bulle Vineam Domini 1705). Les dernières religieuses de Port-Hoyal des Champs, au nombre de vingt-cinq, <■( qui n'ont reçu la bulle qu'avec restriction, sonl expulsées par la police. En 1710, on démolit les bâtiments de Port-Royal, on disperse les restes de ces sainlcs femmes et de ces hommes courageux, morts pour leur lui, et on 1rs transporte an cimetière de Saiiii Lambert, où ils sont jetés à la fosse commune (1).

Ainsi disparut Porl Royal, qui ne lui cas seulemenl un asile pour les âmes éprises de perfection, mais encore, dans la personne des écrivains qui s'y rattachent, une tentative obstinée pour rétablir le dogme de la Chute et de la Rédemption en face de la philosophie de la liberté humaine, pour ruiner la puissance de la raison libre ety substituer l'aulorilé de l'Evangile et des docleurs, pour opposer à la morale accommodante des jésuites la loi austère de l'effort.

Renan a dit très justement qu'au xvue siècle Port-Royal a fourni « les seuls caractères qui n'aient pas fléchi devant l'universelle fascination du pouvoir »'.

Ces hérétiques étaient à la fois pleins de superbe et d'humilité, d'ardeur et de calme sagesse, et leur piélé austère acceptait avec joie le plus entier renoncement.

De nobles personnages, comme Sébastien-Joseph de Pontchâleau (M. Mercier), vinrent s'y livrer aux travaux les plus modestes; Charles du Chemin, qui se faisait appeler M. Charles, allait vendre au marché les produits du jardin,

et M. Hamon, monté sur un âne, faisait des ouvrages de tricot pour ne pas laisser ses mains inactives pendant qu'il priait.

« Tout conspire ici à pénétrer nos cœurs de souvenirs et de sentiments délicieux et rares. Cette vallée de Port-Royal est un des coins de la France les plus augustes, les plus imprégnés d "âme. C'est une terre sacrée. Car, d'abord, cette vallée a abrité la vie intérieure la plus intense peut-être qui ait été vécue dans notre patrie. Là ont médité et prié les âmes les plus profondes, les plus repliées sur elles-mêmes, les plus obsédées par le mystère de leur destinée spirituelle. Nulles, dans ce vertige de l'esprit attentif à son propre gouffre, n'ont paru douter davantage de la liberté humaine et n'ont pourtant montré une volonté plus forte. Et ces solitaires ont gagné la sympathie même des personnes les plus éloignées de croire, de sentir et de concevoir la vie comme eux, parce que leur humilité et leur anéantissement devant Dieu n'empêcha point ces excessifs théologiens de la grâce d'opposer les plus fières résistances aux entreprises injustes des pouvoirs publics et de ce que l'un d'eux appelait les « grandeurs de « chair ». Mais, d'un autre côté, cet asile de l'ascétisme janséniste fut le berceau du génie qui fit les plus belles peintures et les plus harmonieuses de ces passions de l'amour, de ces « mouvements désordonnés » contre qui tant de saintes âmes luttèrent ici dans une anxieuse pénitence. Cette terre, nourrice de sainteté, fut aussi mère de beauté et de la plus émouvante et de la plus séductrice de toutes. Et, enfin, le plus doux paysage français, fleurs, ombrages, eaux légères, courbes du sol et on-

Vue de Port-Royal des Champs.

Le cimetière de Port Royal des Champs

(Gravures extraites du Nécrolnye de Port-Hoyal des Champs;

Amsterdam, 1723).

(1) Il ne reste donc presque rien de l'abbaye de Port-Royal (commune de Magny-les-Hameaux, Seineet-Oise). Près des piliers délruils de la chapelle gothique, un petit oraloire-musée abrite des souvenirs de la mère Angélique, de Pascal, etc. On voit aussi les fondements du cloître et d'un pavillon où la duchesse de Longueville vécut dans la retraite.

dulations caressantes, ciel tendre el souvent mélancolique, enveloppe ces souvenirs de religion el d'art qui sont entre les plus grands de mitre tradition nationale | . »

La politique de Louis XIV contre les jansénistes, qu'il jugeait plus dangereux que les athées, s'était affirmée dès le débul de son

gouvernement personnel. Sa sévérité s'inspira ici. comme pour les protestants d'ailleurs, de mobiles politiques autant que de mobiles religieux. • in ne distinguait pas, à la Cour el dans les conseils du gouvernement, entre un réformé et un janséniste. Un janséniste, disait-on, est un calviniste qui dit la messe. » Et puis, Port-Royal apparaissait comme un foyer de sédition : les jansénistes s'étaient compromis pendant la Fronde et, dans l'affaire de la régale, ils avaient pris parti contre le roi. Enfin, les écoles de Port- Royal, dont la clientèle se recrutait surtout dans le monde des magistrats, lui étaient apparues comme un centre d'opposition discrète et ferme.

Mais la politique religieuse de Louis XIV allait à l'encontre de son but. Brunetière a jugé que la destruction de Port-Royal et la révocation de Ledit de Nantes, en supprimant quelque chose de la substance morale de la nation, en faisant disparaître des minorités tenues par cette circonstance même à des mœurs plus sévères, plus irréprochables, avaient préparé l'avènement des encyclopédistes.

La bulle Unigenitus (1713). — Le conflit janséniste fut rallumé par le P. Quesnel, de l'Oratoire, qui publia des Réflexions morales sur le Nouveau Testament : le Saint-Siège les censura (1708); puis, la bulle Unigenitus (1715) condamna cent une propositions extraites des Réflexions morales. Quelques prélats, entre autres le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, considérant que quelques-unes de ces propositions paraissaient orthodoxes, demandèrent des explications au pape avant de recevoir la bulle, et Louis XIV mourut sans qu'une solution fût intervenue.

Le Quiétisme. — Fénelon et /W">e Guyon. — Le quiétisme était une doctrine mystique, qui plaçait la perfection de l'amour divin dans une contemplation passive, dans une inaction complète des facultés de l'âme, en un mot dans le repos absolu, d'où lui vint son nom (quies). Cette doctrine, très ancienne, reçut en 1675 du prêtre espagnol Molinos, auteur d'un Guide spirituel, une forme systématique : pour Molinos, l'âme, parvenue à l'état de perfection, demeure unie à Dieu sans produire aucun acte, devient indifférente à son propre salut et peut recevoir sans péché les impressions sensiblement les plus opposées à la loi divine. L'année même où le pape Innocent XI condamnait cette doctrine (1687) arrivait à Paris Jeanne-Marie (juyon, une veuve de Montargis qui, après avoir renoncé à la tutelle de ses enfants, avait parcouru la Franche-Comté et la Savoie (1681-1686), exposant en secret ses doctrines théologiques. Dès son retour à Paris (1686), l'archevêque Harlay la fit enfermer, mais elle obtint sa liberté après huit mois de détention. Elle défendit son sentiment religieux dans le Moyen court de faire oraison, dans les Torrents spirituels, dans ses Lettres, dans un commentaire de la Bible, et elle publia

Le père Pasquier Quesnel (Estampo de la Bibliothèque nationale).

(1) Jules Lemaitre, Discours prononcé à Port-Royal pour l'inauguration du buste de Racine (25 avril 1899).

LA MONARCniE ABSOLUE

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Godet de ce ecclé-

une Explication du « Cantique dos cantiques » en un styl choquait les convenances autant que le goût. Admise dans mité des duchesses de Bélhune, de Chevreuse et de Beauvi liée avec Fénelon, elle plut à Mmo de Maintenon, et le quié P ' n>'t ra jusque dans la maison de Saint-Cyr. Mais l'affinil doctrines de M ma Guyon avec le quiêtisme de Molinos frappa des Marais, évoque de Chartres, et Louis XIV, sur la demande prélat, lit examiner la vie et la doctrine de M",e Guyon par des siastiques, au nombre desquels figuraient Hossuet et Fénelon. L'innocence de ses mœurs fut reconnue et Bossue t lui fit promettre de ne plus dogmatiser; niais elle recommença à tenir des conférences secrètes dans le faubourg Saint-Antoine. Elle fut alors enfermée à Vincennes, puis à la Bastille, d'où elle ne sortit que pour y rentrer, en 1698, après la publication des Maximesdes Saints par Fénelon (1697), nommé dans l'intervalle archevêque de Cambrai (1695). Cet ouvrage provoqua une très vive controverse entre Bossuet et Fénelon, qui prétendait que les âmes parfaites ne peuvent sans déchoir penser à leur propre salut et doivent au contraire s'en désintéresser. Innocent XII. par un bref du 12 mars 1699, censura vingt-trois propositions tirées des Maximes des Saint*. Fénelon, qui se préparait à monter en chaire lorsqu'il apprit sa condamnation, changea incontinent le sujet de son sermon et prêcha la soumission de tout chrétien aux décisions du chef de l'Eglise, annonçant lui-même et ratifiant la censure qui venait de le frapper.

BIBLIOGRAPHIE

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