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L INDUSTRIE ET LE COMMERCE

Le colbertisme. — La politique économique de Colbert fut une conséquence et un moyen de sa politique financière : c'est pour réaliser les ressources nécessaires à la monarchie que le minisire consacra ses efforts au relèvement de l'industrie et du commerce. On a vu, d'autre pari, que Colbert aurait voulu faire de la France un État où les intérêts éco- Domiques eussent primé tous les autres.

Le système mercantile, que nous avons vu s'affirmer dès le xvie siècle, triompha définitivement au xvii". Dans ce système, la prospérité d'un Etat est en raison directe de la plus ou moins grande quantité de monnaie métallique qu'il possède : on favorisera donc la fabrication de tous les objets que le pays peut produire et leur exportation, mais on prohibera l'importation des produits étrangers. Si l'industrie doit être développée de préférence à l'agriculture, c est qu'elle est d'un rapport plus prompt, et, pour que ses produits soient plus parfaits, les métiers seront sévèrement réglementés.

Histoire de Franck. — H.

Ainsi, protection et réglementation de l'industrie nationale à l'exclusion de l'industrie étrangère pour donner à l'État le plus possible

do numéraire et de métaux précieux : tel fut le program Scono-

niique de Colbert, programme dont l'application se traduisit par la surveillance (droite du travail, la mise en vigueur de tarifs prohibitifs, la fondation de manufactures, l'encouragement du commerce intérieur, la fondation de compagnies de commerce et de colonisation.

Colbert protégea tous les Sujets du roi qu'il jugeait propres à dé-

Pendant que les pasteurs sont en débat, les loups emportent les brebis (Caricature sur la bulle Unigenitus; gravure de van Redam).

Jeanne-Marie Guyon (Estampe de la Bibliothèque nationale)

velopper la richesse économique du pays. Il se fit le défenseur des réformés, dont l'activité se portait tout particulièrement sur le commerce et l'industrie. 11 fit décider que les gentilshommes pourraient, sans déroger, se livrer au commerce de mer. Il se plaignait du trop grand nombre des fonctionnaires et des ecclésiastiques sans vocation.

Faisant revivre une institution de Henri IV, il créa en 1095, sous le nom de direction du commerce, une commission qui devint en 170U le conseil du commerce et dont firent partie des notables qualifiés.

Réglementation du travail. — Les ouvriers et les artisans furent soumis à la surveillance administrative de l'État, et Colbert, estimant qu'il ne pourrait mieux assurer le développement de l'industrie qu'en maintenant la qualité des produits, imposa aux corporations une réglementation minutieuse.

Il voulut soumettre tous les travailleurs au régime corporatif obligatoire, révisa les anciens statuts des métiers, de manière à les soumettre à des règles aussi uniformes que possible, supprima les diverses prérogatives de juridiction dont jouissaient les corporations. (Édit du 23 mars 1673.)

Les tarifs. — Colbert avait compris que les douanes intérieures [traites liaient une entrave, pour le commerce. Il ne put les supprimer, mais le tarif de Hiii'i donna aux marchandises de grandes facilités de circulation en abaissant les droits dans vingt provinces, diles provinces des cinq grosses fermes, et qui furent, au point de vue douanier, groupées en une seule circonscription. Le régime antérieur fut maintenu pour les autres provinces, considérées comme pays à l'instar de l'étranger effectif. Le tarif de 1<>I>7 aggrava dans un sens prohibitif celui de 10ti''i. Il favorisa l'importation des maliens premières, mais il en prohiba l'exportation par l'établissement de droits très élevés ; inversement, il taxa outre mesure à l'entrée el très peu à la sortie les objets manufacturés. Les étrangers ripostèrent par la mise en vigueur de

HISTOIItH I)i: lltA.NCE

Louis XIV visite la manufacture des Gobelins ; tapisserie des Gobelins (Musée de Versailles).

droits réciproques, et cette lutte de tarifs contribua notamment à faire éclater la guerre de Hollande, dont Colbert fut partisan pour des raisons économiques.

Les manufactures. — Colbert créa en France la grande industrie. Les manufactures furent exploitées en régie par le gouvernement, qui, d'autre part, favorisa par la concession de monopoles ou de privilèges des établissements privés.

Une manufacture de tapis fut installée à Beauvais (1604) et le tapissier Hinard mis à sa tète avec privilège de trente années. Les Gobelins et la Savonnerie furent réorganisés. Des manufactures d'ouvrages de fil s'ouvrirent au Quesnoy, à Arras, à Reims, à Sedan, à Cbâteau-Thierry, à Loudun, à Alençon, à Aurillac. L'industrie dentellière fut encouragée et surveillée par la propre sœur du ministre.

Les draps de Sedan, de Louviers, d'Abbeville, d'Elbeuf furent bientôt renommés, ainsi que les soieries de Lyon et les tapisseries d'Aubusson.

Le monopole de la fabrication des glaces appartenait à la république de Venise. Colbert résolut d'emprunter des ouvriers aux manufactures de Murano, mais ceux-ci ne pouvaient quitter le territoire sous peine de voir leur famille emprisonnée et d'être égorgés si on les rattrapait. Un émissaire de Colbert, du nom de Jouan, réussit pourtant à amener à Paris quatre miroitiers, et quelques autres y furent bientôt conduits de force. Les transfuges, fortement salariés et pensionnés, consentirent à signer un engagement de travail. Menacés par l'ambassadeur de Venise, ils fuient retenus par l'habileté de Colbert et les libéralités du roi ; le ministre alla même jusqu'à faire enlever leurs femmes en Italie pour les engager à s'établir en France sans esprit de retour. A la longue, la désunion se mit entre les Vénitiens; des rixes violentes s'ensuivirent, et les étrangers reprirent leur liberté (1667); mais leurs procédés étaient maintenant connus, et l'industrie des glaces était fondée en France. Après la manufacture créée en 1665 par les Vénitiens au faubourg Saint-Antoine (voir pi. 22, fig. 6), celle de Saint-Gobain fut ouverte en 1691.

Voies de communication. — Les progrès de l'industrie et du commerce étant intimement liés à la multiplication ou à la facilité des moyens de transport, Colbert fit construire de nouvelles roules et réparer les anciennes; il stimula le zèle des intendants pour les déterminer à entreprendre les travaux d'art nécessaires à leur aménagement.

Après le canal de Briare, le canal du Languedoc ou du Midi, dû à l'initiative d'un jeune officier de finances, « un homme de gabelle se mêlant de moelage », comme il s'intitulait modestement luimême, mit en communication l'Océan et la Méditerranée. La proposition de Pierre-Paul Biquet (1604-1680) fut approuvée par l'édil de 1666; dix ou douze mille ouvriers travaillèrent sous sa direction à cette grande œuvre, qui ne fut terminée que six mois après sa mort et provoqua la création du port de Cette.

Législation commerciale. — L'ordonnance de 16711 voir p. 58} donna à la France, pour la première fois, une codification des coutumes commerciales.

Résultats du colbertisme. — Si, sous l'énergique impulsion du ministre, les progrès de l'industrie nationale furent indéniables, ils eussent été bien plus grands encore sans les entraves que Colbert suscitait lui-même aux fabricants, en croyant les aider. Colbert ne fit qu'appliquer les idées de son temps, mais il gêna l'essor de la grande industrie par l'abus des réglementations. Il ne comprit pas que l'initiative individuelle et sponlanée, la concurrence féconde, le développement libre des industries peuvent seuls donner aux États une prospérité durable. Les restrictions de tout ordre mises à la fabrication, les procès entre corps de métiers, les charges fiscales qui les grevaient furent pour l'industrie autant de causes de découragement et de ruine. Le système qu'on a appelé le colbertisme ne produisit que des résultats éphémères, qui ne survécurent pas à l'action personnelle du ministre. Du moins l'obligation pour les manufacturiers d'apposer sur leurs produits une marque de fabrique et la sévérité des contrôleurs des manufactures eurent- elles pour résultat de donner aux produits

LA MONARCHIE AKSOLUE

français une perfection qui établit leur réputation dans le monde en lier.

En favorisant les grandes entreprises. Colberl avait découragé et ruiné les petits fabricants. « Ces milliers d'individus étaient artisans de père en fils. Doués d'une grande énergie, ils auraient pu faire beaucoup plus pour la prospérité industrielle de la France que les grands établissements. Colbert les ignora. Il n'avait en vue que l'œuvre de Henri IV, qu'il connaissait mal. Il pensait que, de ItiiiO à 1610, les provinces avaient possédé de vastes manufactures qui luttaient victorieusement contre la production hollandaise et anglaise, (.'.'était une conception erronée. » (Germain Martin.) Aussi lorsque la révocation de Pédit de Nantes et des guerres de plus en plus ruineuses atteignirent notre industrie dans ses forces vives, l'œuvre artificielle des grandes manufactures tomba; le petit fabricant n'était plus là pour soutenir la production de sa résistance et de son énergie.

Colonisation. — En matière coloniale, Colbert, loin d'être esclave de son système économique, sut en faire fléchir les principes lorsqu'il lui parut que l'initiative individuelle ne devait pas être entravée. Il fonda d'abord des compagnies ( l)sur le modèle des sociétés anglaises et hollandaises; mais, instruit par l'expérience, il substitua, en Amérique, à ce régime celui de l'administration directe de la métropole.

États barbaresques. — La France fut des premières à s'intéresser aux choses marocaines; en 1553, François Ier avait négocié avec le roi de Fez, et, en K>77. Henri III désigna le sieur Bérard pour être son consul au Maroc. Vn traité fut signé avec MouIey-el-Oualid en 1631, un autre négocié en 1681 avec Mouley-Ismaël. Ce dernier prince songea à conclure avec Louis XIV une alliance plus étroite; se flattant que le secours de la France lui permettrait de reprendre Ceuta aux Espagnols, qu'il venait de chasser de Laraclie, il promettait, en revanche, de fournir au Hoi Très Chrétien quelque appui contre le dey d'Alger, et une union avec la princesse de Conti, dont une ambassade vint demander la main, devait sceller cette entente. Mais les projets politiques ou matrimoniaux du chérif ne furent pas es; la porte ouverte à l'influence française se referma, et il fallut près de cent ans pour obtenir du Maroc un traité que le comte de Beugnon alla négocier en 1787 auprès du sultan Sidi-Mohamed.

Sous le nom de Compagnie d' Albouzèmc fut constituée au début du règne personnel de Louis XIV, le 4 novembre 1664, sur l'invitation des frères Michel et Roland Fréjus et avec l'appui de Colbert, une compagnie privilégiée dans le but de « faire... le négoce d'Albouzème (2), dans le pays de Mauritanie de Barbarie, assezproche du détroit de Gibraltar. » Fusionnée, en 1665, avec la Compagnie ^du Bastion de France, précédemment formée par les frères Fréjus, la Société prit alors le titre de Compagnie d'Albouzème et du Bastion de France. Elle eût sans doute, si elle avait réussi, monopolisé le commerce de tous les pays barbaresques depuis le cap Bon jusqu'au détroit de Gibraltar; mais ses fondateurs avaient trop vite escompté le succès. Colbert, perdant bientôt tout espoir de voir s'améliorer les affaires de la Compagnie, fit transporter son privilège à la Compagnie de l'Orimt (1er juillet 16711 .

Le « Bastion de France », factorerie fondée en 1561 près de la ville actuelle de La Galle, détruit en 1604, reconstruit, puis détruit de nouveau en 1637, fut relevé en 1670. A la suite du bombardement d'Alger par Duquesne (1682 et 1683) et par l'amiral d'Estrées (1688), un traité fut signé à Versailles avec le dey d'Alger (1690).

En Tunisie, les avantages précédemment obtenus par la France furent confirmés à la suite d'une brillante croisière du marquis de Martel (1672). Le désintéressement de nos consuls et lapersistance de leurs efforts contribuèrent, au moins autant que le désir des beys de trouver un appui contre les deys, à assurer à nos nationaux une situation privilégiée clans la Régence.

Côte occidentale d'Afrique. — Au Sénégal, la Compagnie normande qui avait fondé (1626) le comptoir où s'éleva plus tard la ville de Saint-Louis vendit ses établissements à la Compagnie des Indes occidentales, à laquelle Colbert avait fait donner le privilège exclusif du commerce sur le côtes de l'Atlantique, du Canada au cap de

l hn 1664, Compagnies des Indes orientales, des Indes occidentales, et d'Alhouzeme; — en 1669, Compagnies du Nord cl de l'Orient; — en [674, suppression de la Compagnie des Indes occidentales, maia confirmation du contrai relatif à la Compagnie du Sénégal; — en Ki7i), Compagnie de la Guinée pour le commerce exclusif des nègres et de la poudre d'or; — en 1696, nouvelle Compagnie du Sénégal el des cotes d'Afrique ; — en 1698, Compagnie de Saint-Domingue.

(2) Albucemas, presidio de la côte septentrionale du Maroc.

lionne-Espérance. Lorsque cette dernière fut déchue de son privilège, en 167 i, ses droits passèrent, à la Compagnie du Sénégal, qui eut à lutter contre les Hollandais et les Anglais, maîtres de comptons d'où ils surveillaient l'embouchure du fleuve. Entre temps, les Français s'étaient emparés d'Arguin, Portudal, Rufisque, Gorée, Joal, dont le traité de Nimègue leur confirma la possession (1678). — La Compagnie du Sénégal lit place en 1696 à une nouvelle Compagnie du Sénégal et des côtes d'Afrique, qui eut pour directeur André Brué. Arriva'' à Saint-Louis en 1697, Bruë, colonisateur remarquable, explora le pays pour ouvrir de nouveaux débouchés à notre commerce; il visita le Cayor, remonta le Sénégal jusqu'au delà de Bakel, ainsi que la Falémé, dépassa les chutes du Félon, parcourut la Gambie, descendit jusqu'aux rivières du Sud, chargea Compagnon d'explorer le Bambouk et la Falémé, lit lever la première carte du Sénégal, noua enfin des relations avec les indigènes de l'intérieur. Revenu en Fiance en 1720, il retourna encore une fois au Sénégal pour y régler les intérêts de la Compagnie. Ses successeurs n'eurent qu'à suivre la voie qu'il avait ouverte et il peut être considéré comme le précurseur de Faidherbe.

Sur la côte des Esclaves, le commissaire de la marine d'Elbée noua des relations, à Offra, avec le roi d'Ardres, qui envoya auprès de Louis XIV un délégué' chargé de promettre aux Français, au détriment des comptoirs hollandais, la prééminence commerciale. En 1671 fut fondé' le port de Ouida.

Madagascar et Sénégal. — A Madagascar, qu'on appelait alors la France orientale, un premier essai de colonisation française avait é'té fait en 1642. Jacques Pronis, envoyé par la Compagnie de l'Orient, débarqua à la baie Sainte-Lucie et fonda Fort-Dauphin, mais il se rendit coupable d'actes de violence qui lui aliénèrent les

habitants de File et ses propres collaborateurs. La Compagnie de l'Orient le révoqua et le remplaça par Etienne de Flacourt, cjui arriva à Madagascar à la fin de 1648 et fit de louables efforts pour réparer les fautes de son prédécesseur. Mal secondé par la Compagnie de l'Orient, qui se vit bientôt hors d'état de continuer ses opérations, Flacourt dut retourner en France pour solliciter des protecteurs à la colonie naissante. Le maréchal de La Meilleraye obtint à cette époque la concession de Madagascar, où il plaça un gouverneur militaire, Champargon.

Pendant que celui-ci continuait l'œuvre de Flacourt, Colbert organisait la Compagnie des Jtnlesorientales ou des Grandes Indes et lui faisait concéder le privilège précédemment octroyé à la Compagnie de l'Orient (1664), avec mission de coloniser la » France orientale ». Le 11 juillet 1665, la Compagnie prit au nom du roi possession de Madagascar, qui devait être le centre de ses opérations dans la mer des Indes. En 1667, le marquis de Montdevergue débarqua à Fort- Dauphin, désigné pour devenir la capitale de l'île, amenant une Hotte de 10 vaisseaux et 2 000 personnes. Tout s'annonçait sous les plus favorables auspices, et cependant rien ne réussit. La Compagnie, minée par le gaspillage de ses immenses ressources, ne put se soutenir malgré les subsides royaux et obtint d'être relevée de ses obligations ( 1669).

L'amiral de La Haye remplaça Montdevergue, après avoir contribué à sa chute (1670); mais, ayant soutenu pendant quatre ans contre les indigènes des combats incessants et malheureux, il dut abandonner Fort-Dauphin. Son départ fut le signal du massacre des Français, et avec eux périrent les établissements qu'ils avaient fondés. Cependant, en 1686, un arrêt du Conseil déclara Madagascar

réunie au domaine de la couronne.

L'île de la [{canton, découverte au xvie siècle par les Portugais, fut occupée, au nom du mi de France, par Alonse Goubert en 1638 et par Jacques ['rouis eu 1640; elle commença alors à prendre le nom de Bourbon. Etienne de Flacourt y importa quelques espèces animales et en lit un point de relâche pi écieux pour les navires qui se dirigeaient vers les Indes. Dans la seconde moitié du .wir siècle, le peuplement français de la Réunion prit, une importance qui devait aller en augmentant : Saint-Paul fut fondé en 166b, et, après l'abandon de Fort-Dauphin (Madagascar), le nombre des colons s'accrut;

Etienne de Flacourt.

enfin, en 1689, Habert de Vauboulon amena à Bourbon de nouveaux émigrants. Saint-Denis, Sainte Suzanne se développèrent ; des terres fuient mises en valeur; Vauboulon tenta même de donner à l'île une organisation administrative, mais il périt assassiné par des

c patriotes rebelles à toute espèce de Frein. Son œuvre ne devait

être reprise avec succès qu'au xvnr siècle.

Inde. — La Compagnie des Indes occidentales, après avoir porté son premier effort sur Madagascar, se consacra à la colonisation de l'IJindoustan, où La Boullaye r<

uni, à Aureng-Zeb des lettres de Louis XIV et où dominaient les Hollandais. Un agent de ces derniers, François Caron, passé au service de la France, fonda ( 1668) notre premier comptoir à Surate, débouché naturel de l'empire mogol vers l'Occident, pendanl que son auxiliaire, l'Arménien Marcara, créait une factorerie à Mazulipatam. Mais Caron semble avoir, dans la suite, entretenu des négociations louches avec ses anciens maîtres et déterminé volontairement l'échec de 1' « escadre de Perse» (1671), envoyée pour occuper la côte orientale de Ceylan et qui, du moins, a son retour, s'empara de San-Thomé sur les Hindous (1672). Son commandant, l'amiral de La Haye, après avoir repoussé une attaque du roi de Golconde, fut bloqué à San-Thomé par les Hollandais et 'capitula après un siège héroïque de vingt-six mois. Notre situation dans l'Hindouslan paraissait ruinée, lorsqu'elle fut relevée par François Martin (1634-1706).

François Martin, fils naturel d'un marchand de Paris, groupa quelques trafiquants indigènes à Pondichéry, dont il sut faire une ville populeuse, releva nos comptoirs, en créa, un nouveau à Calicut, et sauva nos établissements psndant la guerre de la Succession d'Espagne, en négociant leur neutralité. Anobli et nommé gouverneur général, il fut le véritable fondateur de l'Inde française et, sous son administration, notre action commerciale s'étendit jusqu'au Tonkin, à Java et au Siam.

Siam. — En avril 1662, un Français, M?r de La Mothe-Lambert, évêque de Bérythe, arriva avec six missionnaires dans la capitale du Siam, qui était alors Juthia. Onze ans plus tard, l'évèque d'IIéliopolis apportait des lettres du pape et du roi de France au souverain de cet État. Le roi de Siam ne demandait qu'à s'allier avec Louis XIV, vainqueur en Europe des Hollandais, et, sur les avis de son conseiller, l'Européen Constantin Phaulcon, il entra en relations avec la France; un vaisseau français, venu en 1680 au Siam pour y établir une factorerie, repartit avec trois ambassadeurs indigènes. Une seconde ambassade siamoise, reçue à Versailles en 1686, sollicita la protection du roi, qui envoya en Indo-Chine un régiment commandé par le maréchal de camp Desfarges. Mais des questions de prosélytisme religieux et une révolution de palais, qui renversa le souverain régnant, firent avorter ce premier essai de « protectorat ». Phaulcon eut la tète tranchée après le départ de Desfarges, et, en 1689, les derniers Français restés au Siam débarquèrent à Pondichéry. Les Hollandais revinrent tout-puissants à Bang-Kok.

Amérique. — Sous Louis XIII, des colons fronçais avaient réussi à occuper quelques-unes des petites Antilles (Saint-Christophe, la Guadeloupe, la Martinique) et môme certains points delà terre ferme sur la côte de Guyane (France équinoxiale), de telle sorte que, établis solidement dans la Nouvelle-France, nous avions en Amérique, dès le premier tiers du xvne siècle, un empire colonial, qui malheureusement périclita par suite du peu d'intérêt que porta Mazarin aux entreprises d'outre-mer.

Colbert, qui avait fait concéder à la Compagnie des Indes occidentales le monopole de l'exploitation, au profit exclusif de la France, de nos colonies d'Amérique (1664), fut le premier à préparer la dissolution de cette entreprise lorsqu'il eut constaté que l'intervention des agents de la société était mal accueillie des populations.

L'AVDIENCE nowir l'Mi l r RoY avy AMH«ni)ri'i«nt?nnY l'f g|<" a Vfii<<in r< i E rn' s'i^tD!i|l':lJ^f

[1 fit de l'Acadie,du Canada, des Antilles 1674 des ■■ colonies royales» fermées aux étrangers, mais administrées largement et jouissant de la plus grande liberté, même de la liberté- de conscience. Les résultats de oelte intelligente politique ne se firent pas attendre ; la population augmenta et les cultures pi irent une notable extension. La Guyane fut définitivement oceuffée, ainsi que Tabago, la Dominique, la partie occidentale de Saint-Domingue, où Colbert protégea les boucaniers, ennemis des Espagnols; Terre-Neuve fut

entamée; de I669à 1687, l'explo-

Audience donnée par Louis XIV

à Versailles, le l"r septembre 1686, aux ambassadeurs du roi de Siam

(Estampe de la Bibliothèque nationale).

ration du Mississipi rivière Colbert) par le Bouennais Robert Cavelierde La Salle 1640? 1687 1 et Louis Jolliet prépara l'occupation et la colonisation de la Louisiane.

Les guerres européennes, la révocation de redit de Nantes, la mauvaise administration des successeurs de Colbert, entravèrent l'essor de nos possessions d'Amérique, où le gouvernement prit le contre-pied du système libéral adopté par Colbert : Québec, menacé par sir William Phips, fut défendu héroïquement par Frontenac, gouverneur de laNouvelIe- France; Sainte-Croix fut volontairement évacué (1690), l'Acadie conquise par les Anglais malgré la résistance de Saint-Castin et de Subercase (1710), Cayenne occupée un moment par une force hollandaise. Aux traités d'L' trecht, Louis XIV, pour acheter la paix en Europe par des sacrifices aux colonies, dut renoncer à toutes les prétentions sur les terres dites « du cap du Nord » et la rive gauche du fleuve des Amazones, et surtout abandonner à l'Angleterre Saint-Christophe, l'Acadie, la baie et le détroit d'Hudson et l'île de Terre-Neuve (2). Sans doute, l'Angleterre nous reconnaissait la possession « de l'isle dite cap Breton » et toutes les autres quel-

(1) Robert Cavelier de La Salle se rendit vers 1670 au Canada, s'établit à Montréal et y fonda un établissement agricole. Lors de la découverte du Mississipi par le P. Marquette, il entreprit, avec l'appui du gouverneur, de Frontenac, et du ministre de la marine, de reconnaître intégralement les embouchures et le cours du Meuve. Après un voyage en France, consacré aux préparatifs de sa mission (1678), il visita successivement les lacs Ontario, Erié, Huron, Michigun, pénétra dans les vallées de l'tllinois, puis redescendit le Mississipi jusqu'au golfe du Mexique. Il retourna à Québec, puis en France (1682), où le ministre Seignelay fil équiper pour lui quatre navires, destinés à relever d'une manière plus précise l'embouchure du fleuve et la cote voisine du golfe du Mexique. Cette seconde expédition fut moins heureuse. La flottille dépassa l'embouchure du Mississipi, et La Salle, débarquant sur la côle inhospitalière de la baie de Saint-Bernard, resta livré, après

le départ des navires, à ses seules ressources. L'embouchure du Mississipi ne put être retrouvée et l'explorateur fut tué d'un coup d'arquebuse, au cours d'une reconnaissance, par un de ses compagnons de misère.

(2) Comme il y avait dans l'île un grand nombre de Français vivant du produit de leur pêche, l'Angleterre conseil lit à leur conserver des facilités pour l'exercice de leur industrie.

Ce fut l'objet de l'article 13 du traité d'Utrecht, ainsi conçu : « L'ile de Terre-Neuve, avec les îles adjacentes, appartiendront désormais absolument à la Grande-Bretagne..., sans que ledit Roi Très Chrétien, ses héritiers et successeurs ou quelques-uns de ses sujets puissent désormais préfendre quoi que ce soit, et en quelque temps que ce soit, sur ladite île et les îles adjacentes, en tout ou en partie. Il Cavelier de La Salle. ne leur sera permis non plus d'y for-

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