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conques situées dans l'embouchure et dans le golfe de Saint-Laurent, mais elle n'en devenait pas moins maîtresse des abords de ce golfe, isolant la Nouvelle-France de sa métropole et commençant l'investissement systématique du Canada. Cependant l'empire colonial français demeurait encore, en 1715, le plus étendu qui fût alors après celui de l'Espagne : il ne sera ruiné qu'après la guerre de Sept ans.
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages à consulter : Berlioi x E.-P.), André Ilruè el les origines de la colonie française du Sénégal 1874 . — Ciixbuls A. des), Histoire de la
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l'agriculture ET LES CAMPAGNES
L'œuvre agricole de Colbert. — Avec Colbert, l'agriculture entra dans une nouvelle phase. Sur la foi de l'économiste Forbonnais, qui écrivait au xvin0 siècle, on a cru pendant longtemps que Colbert avait sacrifié l'agriculture à l'industrie : la vérité est qu'il lui prodigua les plus sérieux encouragements et qu'il s'efforça de la soustraire aux abus de la fiscalité comme aux exactions des - de guerre. Ainsi il ordonna le rachat des péages les plus onéreux, la remise des tailles arriérées et la réduction des tailles coûtantes. Il fit restituer aux communes rurales les biens qu'elles avaient cédés à vil prix ou dont on les avait dépossédées de mauvaise foi; il les dégreva de leurs dettes et, pour faciliter le crédit agricole, il fit abaisser l'intérêt légal de 5 1/2 à 5 pour 100.
Dans une circulaire du 6 janvier 1670, Colbert avait rappelé aux intendants que la multiplication du bétail était pour les provinces une des principales sources de la richesse publique : cette augmentation du troupeau national resta toujours une de ses préoccupalions les plus vives. Il accorda des primes aux éleveurs, défendit par des ordonnances, renouvelées tous les quatre ans, de saisir le bétail '< si ce n'est pour fermages ». Il prescrivit de laisser au débiteur, « pour se soutenir, une vache, trois brebis et deux chèvres ».
Enfin, pour améliorer nos races indigènes, il fit venir de Suisse des bêtes bovines; de Flandre, d'Angleterre et d'Espagne, des béliers, qu'il distribua gratuitement aux cultivateurs indigents.
Il créa les ponts et chaussées, dont les travaux, en améliorant les vi lies terrestres et fluviales, favorisèrent le développement de l'industrie des transports et, par contre-coup, la production agricole. Il réorganisa aussi l'admi-
nistration des haras : il envoya chercher dans la Frise, en Allemagne, en Danemark et jusqu'en Barbarie des étalons qui furent distribués dans les régions les plus favorables à leur utilisation En 1669, il fit rendre la célèbre ordonnance sur les eaux H forêts applicable à tout le royaume et dont un grand nombre de dispo-
tifier aucun lieu, ni d'y établir aucune habitation en façon quelconque, si ce n'est des échafauds cl cabanes néces-
is cl usités pour sécher le poisson, ni aborder dan.-; ladite ile dans d'aulre temps que celui qui e-t propre pour pêcher et nécessaire pour sécher le poisson. Dans ladite ile, il ne i pas permis auxdits sujets de la France de pêcher et de
<r le poisson en aucune partie que depuis le lien appelé capdeBona-Vista jusqu'à l'ex-
nilé septentrionale de ladite ile, eldelà. ensuivant la partie occidentale, jusqu*au lieu appelé Pointe-Riche. »
Ainsi, les Français gardaient le droit de se livrera la pêche et aux opérations s'y rattachai] t directement sur une certaine étendue des côtes de Terre- Neuve, qu'on a appelée par la suite Fremh Shore.
L'homme de village, gravure de Guérabd.
Repas de paysans, par Le Nain (Louvre).
sitions sont restées en vigueur; elle interdisait la chasse sur les terres cultivées. Enfin, une ordonnance de 1677 attribua la propriété des terres domaniales restées incultes à ceux qui les auraient défrichées dans un délai déterminé'.
Pour donner une plus forte impulsion au commerce agricole et concurrencer la Hollande qui possédait alors quinze ou seize mille navires, les trois quarts de la marine marchande du monde entier, Colbert créa la Compagnie du Nord (1669), avec mission de porter directement dans les régions septentrionales les produits de notre sol. Il déclara Marseille port franc, et il fonda la Compagnie du Levant pour ouvrir des débouchés à notre agriculture en Turquie.
Colbert commit une faute grave en entravant la circulation des grains à l'étranger et même en France d'une province à l'autre. Cette prohibition, qui tenait aux conceptions économiques de l'époque, ne fut levée qu'en 1674. L'ouvrier eut, il est vrai, du pain à bon marché, mais l'abondance des récoltes, amenant une surproduction, rendit celte abondance même onéreuse au paysan, qui délaissa la culture du blé du jour où elle ne lui donna plus aucun bénéfice. De fait, tandis que le prix de tous les objets nécessaires à la vie avait triplé depuis le commencement du siècle, celui du blé était resté stationnaire : il était en moyenne de 22 livres le septier,
c'est-à-dire les deux hectolitres, soit 17 à 18 francs l'hectolitre en monnaie actuelle; il finit par tomber à 9 livres le septier.
L'abandon des cultures engendra la di setle, que Colberl avait cru prévenir et qui bientôt dégénéra en effroyable famine.
En mai 1675, le gou- \ i i m m du Dauphiné rappoi tait que les habitants de la
provi ai e n'avaien I vécu pendant l'hiver que de poires, de glands el de racines, .i pi ésentemcnl , dit-il, on les voit manger l'herbe des
Le seigneur et le paysan prés et 1 écorce I
(Estampe de la Bibliothèque nationale). arbres ».
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HISTOIHK DE FRANCE
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La misère des campagnes à la fin du règne. L'admi
nistralion des successeurs de Colberl au contrôle général des finances, Le Pelletier et surtout Pontcliartrain, fui déplorable pour l'agriculture. Celui-ci prohiba les baux de plus de neuf ans, ce qui découragea toute tentative d'amélioration du sol de la part du fermier. Il taxa tous les grains, au risque de faire le vide sur 1rs marchés. Il alla même jusqu'à soumettre les détenteurs de céréales à des visites domiciliaires, et les obligea à 1rs vendre au tarif fixé par l'autorité locale. Livré d'une part aux exactions fiscales, découragé par 1rs entraves apportées au commerce «1rs produits agricoles, le laboureur quitta 1rs champs pour la ville. Dans toute la France un courant d'émigration se dessina rapidement et il prit des proportions désastreuses après la révocation de IV, lit. de Nantes. La Touraine, l'Auvergne, le Dauphiné furent presque dépeuplés. En 1693, la famine règne dans le Berry, le Poitou, le Bordelais, la Lorraine, le Blésois, 1rs plus riches régions <lr la France : le pain ne parait plus dans la chaumière du paysan, qui vit exclusivement de raves et de châtaignes partagées entre lui et son bétail. De 1698 à 1715 la disette est continuelle. L'émouvant passage où La Bruyère dépeint 1rs paysans du xvue siècle esl resté classique : « L*on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et, en effet, ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. »
Les souffrances des paysans, qui contrastaient si violemment avec le faste de la Cour et de la ville, trouvèrent d'éloquents interprètes dans plusieurs écrivains de l'époque : Boisguillebert dans le Détail de In France, Boulainvilliers dans l'État de la France, Saint-Simon dans ses Mémoires, donnent des détails navrants sur les tortures physiques et morales des laboureurs. Fénelon, dans sa fameuse lettre anonyme à Louis XIV, compare la France à un grand hôpital désolé et sans provisions. Vauban, plus précis encore, signale énergiquement l'épuisement des peuples, et c'est avec une véritable amertume qu'il dépeint dans sa D'une royale (voir p. 56) les grands chemins de la campagne pleins de mendiants que la faim et la nudité chassent de chez eux.