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LA MONARCHIE ABSOLUE
traits académiques {Éloges), entreprend de démontrer que le sens commun date de Descartes, fait entrer la science dans le domaine de la littérature (Eiitrrtii'ns sur la pluralité des mondes, 1686 . enseigne à ne croire que dans la raison, le calcul et l'expérience, attaque en pur sceptique le christianisme aussi bien que L'antiquité, oppose au surnaturel (Histoire des oracles, 1687) l'esprit scientifique, qu'il présente comme un instrument d'émancipation intellectuelle.
Pierre Bayle (1647-1706) expose les résultats de la controverse protestante et de l'érudition théologique : son Dictionnaire critique est, comme on l'a dii. un <> arsenal des raisons de douter », et, par Bayle connue par Fontenelle, le xviii0 siècle commence en plein règne de Louis XIV.
BIBLIOGRAPHIE
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l'art
Au xvu8 siècle, l'art français, qui occupe en Europe la première place, est à la fois classique et aristocratique. Ici comme en littérature, on tient pour barbare et indigne d'intérêt l'œuvre esthétique du moyen âge, et l'on n'admet d'autre autorité doctrinale que celle de I antiquité. Après l'Académie de peinture et de sculpture créée par Mazarin, Colbert et Louis XIV fondent respectivement l'Académie ■1" France à Rome 1665 et l'Académie d'architecture (1071 , et ces ipagnies serontautant de foyers d'où rayonnera laformule pédagogique de l'académisme, au détriment des traditions nationales.
L'art du xvu4 siècle est en outre aristocratique, parce que la moii. m lue en prend la direction, le discipline, l'oblige à s'inspirera la lois de l'antiquité et dit la religion, à revêtir une forme rigoureusement ordonnée et réglée, mais élégante, grave et majestueuse dans son uniformité solennelle. Le grand maître de l'administration artistique, le directeur général des beaux-arts, est le peintre Charles !.'■ Brun, qui assure l'unité des œuvres en faisant concourir au môme but les efforts de tous.
L'architecture. — La seconde moitié du xvu» siècle offre le triomphe complet de l'architecture classique, de l'architecture des ordres. Les architectes ne tiennent même pas toujours compte, dans leur zèle pour l'application de la règle officielle, des exigences
Pierre Bayle, gravure de Petit
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Fontenelle, par Greuze (Musée de Versailles).
du climat, de la nécessité' d'approprier au milieu naturel les dispositions architectoniques. Clan. le Perrault (1613-1688), François Blondel (1617-1686), Libéral Bruant (1637-1697), Pierre Bullet (1639-1716), Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) et Robert de Cotte (1656-1735) sont les principaux architectes du grand siècle. Le plus célèbre de tous est Jules Hardouin-Mansart. Élève de son onde François Mansart et de Libéral Bruant, il agrandit le château de Saint- Germain, construit le château de Clagny, l'hôtel de ville d'Arles, le château de Dampierre, l'bôtel La Quintinie (Versailles), Tliôlel Conli (Paris), continue le palais de Versailles, élève le grand Trianon, le château de Vanves, le dôme des Invalides, les places Vendôme et des Victoires, l'église Notre-Dame de Versailles, etc. 11 est nommé en 1699 surintendant des bâtiments, arts et manufactures.
Lorsqu'il fut question de donner au Louvre une façade digne du monument, les dessins de Claude Perrault furent préférés à ceux du cavalier Bernin, auquel on avait eu d'abord la singulière idée de s'adresser, et la colonnade du Louvre fut construite de 1666 à 1670. Cet assemblage de colonnes accouplées et surélevées n'est pas sans grandeur, mais elle n'a aucune relation avec l'architecture traditionnelle c I ii palais et elle se juxtapose à l'édifice sans se fondre avec lui dans un harmonieux ensemble. On doit également à Claude Perrault l'Observatoire de Paris et l'arc de triomphe de la porte Saint-Antoine, démoli en 1716.
Louis XIV n'aimait pas sa capitale et ce ne fut point sans peine que Colbert le décida à l'embellir. C'est à l'insistance inlassable du ministre que sont dus la colonnade du Louvre, les deux pavillons et le jardin des Tuileries, le tracé des boulevards avec les portes Saint-Martin et Saint-Denis (1), par lesquelles Pierre Bullet et Fran-
Claude Perrault, tableau de L allé m an t.
(1) La porte Saint-Denis fui élevée en commémoration des conquêtes de 1672 et du passage du Rhin par Louis XIV. Girardon et Michel Anguier la décorèrent de sculptures. — La porte Saint-Martin, élevée (1674) en l'honneur du roi par la municipalité parisienne, est ornée de sculptures par Desjardins, Marsy, Le Hongre el Le Gros.
Principale entrée et colonnade du Louvre, gravure d'A véline.
111STOIIŒ I)K FRANCE
Vue de la porte Saint-Martin, gravure de Fessard,
çois Blondel conservèrent le souvenir des victoires de Louis XIV.
Le maréchal île La Feuilladc avait fait élever, pour honorer le roi, la place des Victoires. Louvois, courtisan comme La Feuillade et ne voulant pas demeurer en reste, obtint de Louis XIV la construction, sur les plans de Jules Hardouin-Mansart, de la place Vendôme, au centre de laquelle s'éleva la statue équestre de Louis XIV, fondue par Ballhazar Keller, d'après Girardon. Les bâtiments de la première église de l'hôtel des Invalides, dus à l'initiative du célèbre secrétaire d'État, eurent pour architecte Libéral Bruant, qui avait déjà construit l'église et l'hôpital général de la Salpètrière.
Louis XIV, après avoir donné au Louvre des fêtes somptueuses, fit du palais de ses prédécesseurs le siège des Académies, la demeure des écrivains et des savants; puis il l'abandonna et créa Versailles
Place Louis-le-Grand (depuis place Vendôme), gravure de Pébelle.
Vue de la porte Saint-Denis (Estampe de la Bibliothèque nationale).
pour donner à la majesté royale et à la Cour un cadre personnel.
Le château de Vaux fut comme la préface du château de Versailles, car les mômes artistes furent appelés à transformer le rendez-vous de chasse de Louis XIII : Le Vau pour l'architecture, André Le Nôtre pour les jardins, Franchine pour les eaux et les cascades, Le Brun pour la décoration extérieure, Coysevox, Girardon, Coustou pour les sculptures et l'ornement des promenades. Louis XIV s'intéresse personnellement à la construction, surveille les travaux, convie la Cour à des fêtes, à des ballets, à des comédies. Il veut que Versailles grandisse à mesure que s'accroît sa puissance : dans le palais de Le Vau, dont Jules Hardouin-Mansart a fait un monde [ailes du château, galeries des glaces, chapelle (1)], la Cour s'établit délinitivement après la paix de Nimègue. Et le roi vieillissant et malheureux embellira encore sa résidence : Watteau et Lancret l'égayeront de leurs élégantes décorations.
On se défend mal, lorsqu'on entre dans la cour raboteuse, ornée des statues énormes et banales érigées par Louis-Philippe, d'une impression fâcheuse et triste. « Mais il faut insister: pénétrez aux parties du château que n'a point ravagées la médiocre imagination du roi bourgeois; ou plutôt, avant toute visite, allez aux jardins, vers la terrasse ouverte au libre horizon, par-dessus l'immobile océan des feuillages. Des murailles la do'minent, dorées par deux siècles de soleil, et dont les fenêtres reflètent la lumière de l'occident, reflétées elles-mêmes au miroir de pièces d'eaux paisibles. Là vous sentirez l'émotion d'une beauté toute d'éléments humains, beauté d'architecture, faisant œuvre d'art des bois, des eaux et des nuages, aussi bien que des bronzes et des marbres, et du sourire mélancolique des années mortes, o André PÉRATii.)
Louis XIV avait. fait élever à ïrianon un petit château tout orné de carreaux de Hollande, et que Saint-Simon appelle «une maison de porcelaine à aller faire des collations » (1662). Versailles achevé, le roi se dégoûta de cette modeste construction et chargea Hardouin-Mansart et Robert de Cotte d'édifier à sa place, non un château d'habitation, mais « un palais de jardin », vaste portique d'où l'œil pourrait admirer les plus magnifiques parterres (1687). Ce fut le grand Trianon , édifice sans étage, couvert d'une toiture à l'italienne.
Marly, autant et plus que Versailles,
L'église royale des Invalides, gravure de Hérisset.
(1) La chapelle du château de Versailles fut terminée en 1710 par Robert de Cotte.
Hardouin-Mansart, par de Trot.
fut le séjour aimé de Louis XIV. Mansart en avait conçu et réalisé le plan : un pavillon, emblème du soleil (le Roi-Soleil), flanqué de douze autres plus petits figurant les signes du Zodiaque. Toutes ces constructions étaient peintes à fresque, décorées extérieurement d'architectures factices. « Né d'une pensée unique, il surpassait Versailles par la justesse des proportions, par l'harmonie d'un plan accompli presque sans retouches. La beauté des fontaines était incomparable. Descendant de la colline par la « grande rivière », les eaux se divisaient en bassins circulaires à l'entour du château, se rassemblaient devant la façade en deux vastes étangs, s'épanchaient en nappes à l'extrémité du parterre pour s'écouler enfin, entre les Chevaux de Coysevox, dans l'hémicycle de l'Abreuvoir. Un art plus coloré, plus souple que celui de Versailles, rehaus-
Le château royal de Versailles, gravure d'Israël Silvestre.
Vue générale du grand Trianon, gravure de Pérblle.
Vue générale du château de Marly (Estampe de la Bibliothèque nationale)
sait l'agrément du décor de Marly. Les pavillons du roi et des seigneurs, la chapelle, les communs étaient ornés, au dehors, de peintures polychromes; des grilles de fer doré entouraient les pièces d'eau pavées de porcelaines; à l'ombre des bosquets, au milieu des bassins, sur des socles de marbre ou de bronze, se dressaient les plus rares antiques du cabinet du roi ou de fines statues. » (M. Demaison.)
Le dessinateur par excellence des jardins royaux, André Le Nôtre (1613-1700), après avoir débuté au château de Vaux, fut appelé à Chantilly, Meudon, Clagny, Chaville, Sceaux, Saint-Germain, etc. Son œuvre maîtresse est le parc de Versailles, où triompha particulièrement son goût pour les espaces libres et les vastes perspectives. Le jardin à la française, avec ses parterres, ses terrains, ses quinconces, ses bassins symétriquement disposés en terrain plat, atteignit avec Le Nôtre son plus haut degré de perfection.
La peinture. — L'école française de peinture, s'mspirant de l'esprit du roi et de la Conr, adopta un style d'apparat quelque peu emphatique et pompeux.
Chartes Le Brun 1619-1690 . élève de Simon Voùet, revenu d'Italie en 165m; après un séjour de quatre ans, avait provoqué la fondation de l'Académie de peinture et de sculpture. Chargé, avec Le Sueur, de la décoration de l'hôtel Lambert, puis de peintures pour le château de Vaux, il fut recommandé par Mazarin à Louis XIV, et Colbert lui fit confier la direction de tous les travaux d'art de la couronne, y compris ceux de la manufacture des Gobe-
lins. Louis XIV lui commanda pour Fontainebleau une suite de sujets tirés de Y Histoire d'Alexandre, le nomma (juillet 1662) son premier peintre, l'anoblit, et le chargea de la reconstruction et de la décoration de la petite galerie du Louvre : l'histoire du dieu du jour, qu'il y traita par allusion à la devise du Roi-Soleil, valut à la nouvelle galerie le nom de Galerie d'Apollon. Pendant dix-huit années, il fut occupé à la décoration du palais de Versailles. Il déploya encore son infatigable activité au château royal de Marly et au château de Sceaux, qui appartenait à Colbert.
Comblé des faveurs du roi, il exerça longtemps une autorité souveraine sur la direction de l'art en Fiance, et il usa de son influence pour aider au développement des institutions artistiques : l'Académie de Fiance à Rome (1), le cabinet du roi (devenu le musée du Louvre), la manufacture des Gobelins, pour laquelle il exécuta d'importantes compositions.
Le Brun sut, en tirant méthodiquement parti du style italo-classique, suffire à toutes les exigences du roi pendant vingt ans. Louvois, devenu surintendant des finances à la mort de Colbert (1683), affecta de lui opposer Pierre Mignard, et l'artiste tomba dans une maladie de langueur qui abrégea ses jours.
Pierre Mignard (1612-1695), devenu premier peintre du mi, avait une facture vigoureuse
André Le Nôtre, par LaroiLLIÈrb (Collection Spencer).
Histoire de France. — II.
(1) A partir de 1663 on décerna pour la prem fois aux jeunes lauréats des pensions individuelle pour leur permettre de séjourner en Italie; mais l'Académie de France à Borne ne fonctionna réellement qu'en 1GG6, sous la direction d'Errard.
et une grande habileté d'exécution, mais il plaisait surtout à ses contemporains par la finesse, la légèreté de son coloris et la délicatesse affectée de ses figures. Ses grandes peintures aux Tuileries, à Saint-Cloud, à Versailles, ont disparu, et on ne peut plus guère le juger comme peintre monumental que par la Gloire du V aide-Grâce. Comme portraitiste, il eut deux rivaux éminents : Nicolas Largillière (1656-1746) ei Hyacinthe Rigaud (1659-1743) :
le Louis XI V, le Philippe V, le Bossuet, de Rigaud; le Le Brun, de Largillière, malgré la solennité des poses el des
Charles Le Brun, par lui-même (Florence).
Phot. Giraudon.
Hyacinthe Rigaud, par lui-même.
Entrée d'Alexandre à Babylone, par Ch. Le Brun.
draperies, dans le goût noble et étudié qui était alors de mode, sont parmi les plus solides morceaux de la peinture française. Claude Lefèvre (1632-1675) est aussi un portraitiste remarquable, ainsi que son élève François de Troy (1645-1730). Samuel Bernard (1615-1687) est un bon miniaturiste, et les émaux de Jean Petitot (1607-1691), d'un coloris si éclatant, sont de véritables chefsd'œuvre.
11 faut citer aussi parmi les autres peintres de cette époque : Jean Jouvenet (1644-1717), auteur de vastes compositions religieuses; Charles de La Fosse (1636-1716), qui termina, en 1705, le travail de décoration de la coupole et des pendentifs du dôme des Invalides; Noël Coypel (1628-1707), auteur de Solon, Trajan (galerie de Versailles), Alexandre Sévère, Ptolémée Philaielphe (Louvre), et ses deux fils, Antoine (1661-1722) et Noël-Nicolas (1690-1734); Joseph Parrocel (1646-1704) et J.-B. Martin (1657-1735), excellents peintres de batailles, élèves du Flamand Van der Meulen (1634-1690), dans l'œuvre considérable duquel on peut lire, comme sur des plans stratégiques, toute l'histoire militaire du grand roi; Bon Boulogne (1649-1717), qui s'adonna surtout à la peinture décorative ; François Desportes (1661-1743), peintre d'animaux et de tableaux de chasse où sont rendues avec per-
achever en Italie portants travaux.
tei tion toutes les variétés de chiens et de chevaux, toutes les péripéties de la poursuite ou de la défense de la bête; le peintre de fleurs J.-B. Monnoyer 1635- 1699); J.-B. Santerre (1650- 1717, dont les li-ui es isolées s'opposent aux compositions à multiples pei nages qui étaient en vogue de son temps.
Les frères Le Nain 1 tentèrenl de créer en France un genre qui se développa surtout dans les Pays-Bas :
la peinture' populaire. Malgré leur naïveté et une certaine lourdeur d'exécution, ils ont un vif sentiment de la nature et, dans le Repas villageois, la Réunion de pu lisons, la Chaumière, un Maréchal dans sa forge, la Crèche, Y Abreuvoir, la Forge, ils représentent des types caractéristiques, remarquables par le naturel et la simplicité de la mise en scène. Peu appréciés de leur vivant, ils ont été remis à la mode par l'école réaliste.
Vers la fin du règne de Louis XIV, il se produisit entre les « poussinistes » et les « rubenistes » un conflit analogue à la querelle littéraire des anciens et des modernes : déjà l'art gracieux et léger du xviue siècle commence à se constituer et il faut retenir que les Fêtes galantes datent de 1715, que Watteau, dont le talent est déjà formé, est un sujet de Louis XIV.
Une première exposition de peinture eut lieu en 1699, au Louvre, dans la galerie d'Apollon.
La sculpture. — Les sculpteurs, comme les peintres, trouvent l'emploi presque exclusif de leur talent dans la décoration des résidences ou des demeures royales, mais beaucoup d'entre eux font preuve d'une vigueur qui l'appelle les anciens maîtres français et témoignent d'un talent personnel. Simon Guillain avait eu pour élèves les deux frères François ( 16137-1669) et Michel (1614?-1680) Anguier qui, revenus en France après avoir été leur éducation artistique, y furent chargés d'im- Un des meilleurs ouvrages de François est le monument funéraire de Henri de Montmorency (chapelle du lycée de Moulins). On doit à Michel, très supérieur à son frère, une partie des sculptures du Val-de-Gràce et de celles de la porte Saint-Denis; il eut le mérite de se soustraire suffisamment à l'influence des praticiens italiens et à leurs errements emphatiques.
Girardon (1628-1715), sorti de l'atelier de François Anguier, exécuta une foule de travaux pour Versailles, Trianon et les autres résidences de Louis XIV : l'Hiver, du bassin de Saturne; le groupe des Victoires de la France sur l'Espagne; l'Enlèvement de Proserpine; le Tombeau de Richelieu, à la Sorbonne. Sa manière est reconnaissable à la désinvolture du mouvement et à la légèreté des draperies; il a, au plus haut degré, l'instinct de la statuaire, mais seulement de la statuaire décorative et monumentale.
L'artiste le plus célèbre de cette période est Pierre Puget (1622-1664), à la fois architecte, peintre et sculpteur. Plus habile à traduire l'expression des passions de l'âme qu'à rendre la beauté des formes, trop imbu
Pierre Mignard, par Hyacinthe Rigaud (Musée de Versailles).
(1) Louis (1593-1648); Antoine (1598-1648); Mathieu (1607-1677).
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Girardon, par Hyacinthe Rigaud (Musée île Dijon).
Phot. Giraudon.
Milon de Crotone, par Pierre Puget (Musée du Louvre).
de l'influence du chevalier Bernin, il est parfois incorrect et heurté, mais « ce qui est à lui, c'estl'énergie sombreavec laquelle il s'est attaché à exprimer la lutte de la force contre la souffrance, c'est l'aisance dans le colossal ». (Emile Bertaux.) Le Milon de Crotone, le groupe de Persée et Andromède, le bas-relief de Diogène et Alexandre, les Cariatides de Toulon, le Saint Sebastien de Gènes sont rangés à bon droit parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture française. On tient généralement Puget, surnommé le u Michel-Ange français », pour le plus puissant praticien de notre école nationale. ■
Anloine Coysevox (1640-1720), artiste particulièrement hardi, brillant et fécond, exécuta pour Versailles et surtout pour Marly des travaux considérables : la Dordogne, la Garonne, la Seine, la Marne, pour la décoration de fontaines et de pièces d'eau; Castor et Pollux, Neptune, Amphitrite, le Faune jouant de la flûte, YHamadryade, Flore, les Chevaux ailés, portant l'un Mercure, l'autre la Renommée, et placés actuellementdans le jardin des Tuileries.
Au nombre de ses plus belles œuvres il faut encore citer les mausolées de Colbert (à l'église Saint-Eustache), de Mazarin (musée du Louvre), de Charles Le Brun (Sain t-Ni col as-du-
Première exposition de peinture, au Louvre, dans la galerie d'Apollon, en 1699 (Estampe de la Bibliothèque nationale).
Largillière et sa famille, par lui-même (Musée du Louvre).
Ghardonnet), du maréchal de Créqui (Saint-Roch), du comte d'Harcourt (abbaye de Royaumont).
Coysevox eut pour élèves ses deux neveux, Nicolas (1658-1733) et Guillaume (1677-1746) Coustou, qui continuèrent les traditions du maître. Leur œuvre est principalement décorative. A défaut d'un dessin sévère et d'un style très pur, ils déploient tous deux beaucoup de facilité, de grâce, de vivacité et d'esprit, le premier dans ses Tritons (Versailles), ses Vénus, son Berger chasseur, son Vœu de Louis X1I1, d'un arrangement si ingénieux et si habile, le groupe de la Seine et la Marne (Tuileries), les Nymphes de la Chasse, le Passage du Rhin (musée du Louvre) ; le second, dans l'Océan et la Méditer-
I'hot. Giraudon.
Pierre Puget, par lui-même (Musée d'Aix).
Phot. (-i! audon, Coysevox, par lui-même (Musée du Louvre).
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Statue de fleuve, par Coysevox (Musée do Versailles).
ranèe, groupe immense fait pour le tapis vert de Marly et dont la disposition originale et grandiose peut passer pour le dernier mot de la sculpture décorative, dans ses grandes figures de Bacchus, Pallas, Minerve, Hercule, où l'on retrouve les souplesses fines du modelé comme l'entendait Michel-Ange, et surtout dans ses Chevaux de Marly, placés actuellement à l'entrée des Champs-Elysées, deux
Schuppen, Nicolas Pitau, qui, retenus en France par les bienfaits du roi, formèrent un grand nombre d'élèves. Edelinck, qui substitua les tailles en losange aux tailles carrées, allie à la fougue des Flamands une correction, une finesse et une pureté qui font de lui un des maîtres du burin; ses portraits d'après Philippe de Champaigne, Mignard, Rigaud, sont admirables; ses grandes
Nicolas Coustou, par Guillaume Coustou (Louvre).
Phot. Giraudon.
Guillaume Coustou (Louvre).
Robert Nanteuil, gravure d' Edelinck.
Gérard Audran, gravure de N. Dupuis.
poèmes de force et de grandeur. Les Coustou, qui « donnaient à la pierre et la vie et le sentiment », disait Piron, forment la transition entre le grand siècle et le xvine siècle proprement dit.
Au second plan, il faut encore nommer Desjardins, qui exécuta le Louis XI Séquestre, en bronze, de la place des Victoires (détruit sous la Révolution); les frères Marsy (Balthazar et Gaspard), auteurs de nombreuses statues de bronze du château et du parc de Versailles; P. Lepaultre, auteur du groupe d'Énée et d'Anckise (jardin des Tuileries) ; Le Hongre ; les Legros ; Cayot (la Mort de Bidon; jardin des Tuileries) ; Tuby (le Rhône et la Saône; Versailles).
La gravure. — Sous l'inspiration do Colbert, Louis XIV publia en 1661 un édit aux ternies duquel il maintenait les graveurs dans la liberté d'exercer leur art sans être soumis à des maîtrises, « ni assujettis à d'autres lois que celles de leur génie », la gravure étant déclarée un art libéral et séparée des métiers proprement dits. Colbert, pour lui donner une vigoureuse impulsion, fit venir d'Anvers des graveurs célèbres: Gérard Edelinck, Pierre van
Un des chevaux de Marly, par Guillaume Coustou.
planches d'après les peintures de Le Brun ont souvent plus d'éclat, plus de style et plus de charme que ces peintures mêmes.
L'école française produisit elle aussi des portraits gravés avec un art consommé, surtout ceux de Robert Nanteuil (1623-1678), exécutés d'après ses propres dessins; il est impossible de porter plus loin que ne l'a fait cet excellent graveur la précision, la fermeté des saillies, l'heureux accord entre les points, les tailles, les tracés réguliers et irréguliers, qu'il sait varier et employer avec un choix exquis. Antoine Masson (1636-1700) n'a pas moins d'adresse : ses tailles sont hardies, légères, quoique souvent un peu trop contournées; le jeu et la vivacité de sa manière n'ont pas été égalés. 11 a exécuté de nombreux portraits d'après Mignard et quelques compositions religieuses dont une, le Repas d'Emmaùs, d'après Titien, est surtout célèbre parce que la nappe qui couvre la table est rendue avec une perfection extraordinaire. Les portraits gravés par Pierre Drevet le fils, d'après Rigaud et Coypel, sont particulièrement estimés pour la finesse du dessin, la variété des tons, la richesse et le moelleux des étoffes. Pierre Drevet le père et Claude Drevet, son neveu, ont reproduit aussi avec talent des portraits de Rigaud.
François Poilly (1622-1693) fut le chef d'une nombreuse et brillante école de gravure au burin. De son atelier sortirent : son frère, Nicolas Poilly, et les deux fils de celui-ci, Jean-Baptiste et François; Simon Thomassin, qui publia en un volume toutes les statues et sculptures, gravées par lui, du château et des jardins de Versailles ; Jean-Louis Roullet, qui approcha beaucoup de François Poilly par la correction et la pureté de son burin, et le surpassa même dans les grandes pièces, suivant quelques connaisseurs; François Spierre, dont la manière est tendre, coulante, agréable, et qui travailla surtout en Italie; Picard, dit le Romain.
Gérard Audran ( 1640-1703) estle chef d'une autre école célèbre de graveurs; une manière originale, pittoresque et expressive, dislingue ses bonnes productions, et c'est lui qui, par une hardiesse heureuse, se permit d'épurer le dessin des compositions de Le Brun, qu'il était chargé de reproduire, de sorte que ce peintre, jugé sur les gravures de Gérard Audran, fut proclamé l'égal des plus grands dessinateurs. Ses deux neveux, Benoit et Jean, approchèrent de la perfection de leur oncle; le premier grava quelques-unes des Batailles il' Alexandre, en concurrence avec Gérard Audran, et des sujets religieux d'après l'Albane, Le Sueur, Mignard, ainsi qu'un grand nombre de portraits; le second, la suite de V Histoire de Marie de Médias, d'après Rubens.
D'autres artistes suivirent des directions diverses : Nicolas Remesson, René Lochon et Pierre Simon, qui gravèrent dans le goût de Nanteuil; Jean Baron, qui suivit plutôt la manière de Bloemaert; Sélmslien Leclerc, dessinateur excellent, dont la finesse de style et l'exécution si nette apparaissent dans les treize planches des Conquétes de Louis XIV et les trente-six planches de la Passion; Nicolas Pérelle, fils de Gabriel, qui traduisit excellemment les Bacchanales
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de N. Poussin et le Miracle de saint Nicolas de Simon Youet ; Jean Mariette, père du célèbre amateur d'art, dont l'œuvre ne se compose pas de moins de huit cent soixante pièces, gravées avec autant d'habileté que de goût; le Toulousain Raymond de La Fage, plein de fougue et de verve, qui excella à traduire des sujets libres et grandioses, des bacchanales, des batailles, tout cela rendu avec peu de traits et de sûrs contours.
Arts industriels. — Tous les arts industriels prirent une grande activité sous l'impulsion de Le Brun et sous l'inlluence d'Antoine 1621-1691 et de Jean (1618-1682) Lepaultre, dont les recueils de gravures, renfermant des motifs de décoration et d'ornements de toute sorte, contribuèrent à répandre dans toute l'Europe ce que l'on appela le style Louis XIV.
Jamais les orfèvres n'eurent autant à exercer leur habileté et leur talent que durant les années de splendeur du règne. Claude Ballin exécuta pour Louis XIV des pièces de grandes dimensions : tables d'argent, guéridons, candélabres, vases d'une grande richesse que malheureusement le roi lit porter à la Monnaie lors des désastres de la fin de son règne; Pierre Germain et son fils Thomas ciselèrent, le premier les plaques d'or destinées à servir de couvertures aux livres intitulés Recueil des conquêtes du Boi, le second des bassins d'argent, des trophées pour le chœur de Notre-Dame, le soleil d'or dont Louis XIV fit présent à la cathédrale de Reims.
Dans la ferronnerie, les portes en fer forgé du château de Maisons (Louvre, à l'entrée de la galerie d'Apollon) suffisent à donner une idée de la perfection et de la richesse atteintes alors dans ce genre de travail. Boulle (1642-1732), le célèbre ébéniste, donna son nom à un genre de meubles somptueux où le bois se mêle au bronze et disparait sous les dorures, les incrustations d'écaillé et de cuivre; il imite, dans des mosaïques artistiques, toutes les variétés d'animaux, de lleurs et de fruits, et parvient même à représenter des sujets d'histoire, des batailles, des chasses, des paysages.
C'est encore à l'impulsion de Le Brun, doué d'un rare talent d'organisateur, que la manufacture de tapisseries des Gobelins prit des développements considérables. Le Brun y fit copier, en laines teintes, dans des conditions spéciales de tonalité et de coloration qu'il avait étudiées sur les tapisseries anciennes, un nombre considérable de ses propres tableaux : les Batailles d'Alexandre, VHistoire de Louis XIV, les Éléments, les Douze mois de l'année, l'Histoire de Moïse, etc. Du règne de Louis XIV datent encore la réorganisation des manufactures de tapisseries de Felletin et d'Aubusson, ainsi que la fondation de celle de Beauvais : dans cette dernière, on traitait particulièrement des sujets de nature morte, des lleurs, des fruits, des vases, des coquillages, du gibier, tandis que la spécialité des Gobelins était la reproduction des scènes historiques, allégoriques ou mythologiques, des portraits et des tableaux de genre.
La faïence de Rouen, d'un style si original et d'une coloration si vive, atteignit son apogée en 1699, avec Poterat et Bruinent, qui inaugurèrent le véritable style rouennais. La fabrique de Moustiers obtint aussi, à la même époque, une grande renommée.
La musique. — Pierre Perrin et Robert Cambert avaient fait (voir p. 48) un essai d'opéra français et donné à Issy des représentations privées d'une Pastorale, dont le premier avait écrit les vers et le second la musique. Cet essai ayant réussi, Perrin obtint de Louis XIV des lettres patentes pour la fondation d'une Académie des opéras et fit représenter à ce théâtre 1671 Pomone, autre pastorale écrite par lui et par Cambert. Pendant ce temps, Molière, donnant une véritable importance à la musique, faisait jouer des comédiesballets pour lesquelles Lulli était son collaborateur. C'est aussi Lulli qui écrivit la musique du Bourgeois gentilhomme, de Monsieur de Pourceaugnac, du Sicilien, de Psyché, etc., tandis que le théâtre du Marais donnait, de son côté, des « pièces à machines » dans lesquelles la musique avait une part fort importante. Lulli (1633-1687), surintendant de la musique du roi, chef de la « bande » des vingt-quatre violons, avait le désir de supplanter Perrin dans la direction de son théâtre. Il y parvint, fit de l'Académie des opéras l'Académie royale de musique, et, pendant quinze ans, de 1672 à 1687, y représenta une vingtaine d'ouvrages dont Quinault (1635-1688) écrivait les paroles et dont les plus fameux sont Isis, Atys, Bellérophon, Proserpine, Phaéton, Armide, Roland. L'opéra français est alors vraiment fondé, mais il est entièrement dans les mains de Lulli, qui m' permi-l jias à un seul autre compositeur de se produire à ses côtés. C'est seulement api es sa mort qu'on voit Collasse et Marais y donner leurs ouvrages, et après eux le musicien Campra, aussi remarquable dans le genre léger, avec l'Europe galante et les Fêtes vénitiennes, que dans le genre sérieux, où il fait preuve d'un sentiment
pathétique et d'une inspiration pleine de grandeur dans Tancrède, llrsione et quelques autres ouvrages. Campra se distingua aussi dans la musique d'église et la musique de concert en écrivant des messes, des motets et des cantates du plus haut mérite.
Lorsque le roi, dont la musique fut toujours le divertissement favori, cessa de se montrer lui-même dans les ballets, ce divertissement n'en continua pas moins de faire les délices de la Cour. Le Triomphe de l'Amour, « ballet royal » en vingt entrées, dont Qui-
J.-B. Lulli, gravure cTÉdelinck.
Phil. Quinault, gravure cI'Êdelikck,
nault et Benserade étaient les auteurs et dont Lulli avait composé la musique, obtint un succès éclatant. On vit paraître dans ce ballet somptueux, avec le Dauphin et la Dauphine, avec M"0 de Nantes, fille légitimée de Louis XIV, tout ce que la noblesse comptait de personnages importants. Jusqu'alors, les danses n'étaient exécutées que par des hommes, même pour les personnages de femmes, dans lesquels ils se montraient en travesti. Lorsque Lulli voulut transporter à l'Opéra le Triomphe de l'Amour, il eut l'idée d'introduire des danseuses à son théâtre, et cette innovation fut accueillie avec un véritable enthousiasme par les spectateurs. Le ballet des Ages (opéra-ballet [musique de Campra, paroles de Fuzelier]), représenté à l'Opéra en 1718, obtint un immense succès.
BIBLIOGRAPHIE
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LES SCIENCES
Le caractère international de la science va s'accentuant avec le xvne siècle. Des Académies se fondent à Londres (166-2 , à Rome et à Florence. A Paris, Y Académie des sciences, après plusieurs réunions préparatoires, s'installe solennellement à la Bibliothèque du roi, le 22 décembre 1666; un laboratoire, pourvu de tous les appareils et produits nécessaires aux expériences, y esl construit. Colbert fait acheter pour les recherches des académiciens des perdrix, des civettes, un « crocodile en vie », des plantes rares, des cygnes; il enjoint au directeur de la Compagnie des Indes de recueillir dans toutes les îles de l'Amérique des arbrisseaux, des lleurs, des coquilles. Les libéralités de Louis XIV vonl trouver Huygbens en Hollande, Cassini à Bologne, Rœmer en Danemark. Enfin, dès 1665, le Journal des suçants favorise la diffusion des résultats obtenus.
Sciences mathématiques. — De Boberval imagina un procédé général pour résoudre le problème des tangentes aux courbes. Le
Vue générale de la machine de Marly (Estampe do la Bibliothèque nationale)
marquis de l'Hospïtal, dans son Analyse des infiniment petits (1696), perça les mystères du calcul infinitésimal, que Leibniz et Newton partagent la gloire d'avoir découvert. Michel Rolle, par la publication de son Traité d'algèbre (1690), fit progresser la théorie des équations, et Varignon, dans sa Nouvelle Mécanique, imprimée seulement après sa mort en 1723, simplifia bien des démonstrations : on lui doit entre autres la théorie des moments pour les forces concourantes et l'énoncé général du principe des vitesses virtuelles.
La France prit une part active à l'avancement des sciences astronomiques. Le philosophe Jean-Dominique Cassini (1625-1712), un Niçois qui fut le premier directeur de l'Observatoire de Paris, inauguré en 1672, étudia la lumière zodiacale signalée par le naturaliste anglais Josué Childrey (1661). Picard (1620-1682) exécuta une remarquable mesure de la Terre (1669-1670) : prenant pour base la distance entre Yillejuif et Juvisy, il établit un réseau de triangles entre Amiens et Malvoisine. C'est encore à Paris que Rœmer déduisit, de l'observation des éclipses des satellites de Jupiter, la vitesse de la lumière, et que le Hollandais Huyghens lit une grande partie de ses observations astronomiques. D'autre part, Ismaèl Bouillaud donna le premier une explication plausible du changement de lumière dans quelques étoiles; Auzout réinventa, en 1666, le micromètre à fils parallèles, imaginé déjà par l'Anglais Gascoigne en 1640, et qui lui permit de mesurer les changements survenus dans le diamètre apparent des corps célestes; Cassegrain, régent du collège de Chartres, construisit, en même temps que Newton, le télescope, et Rœmer clôtura le xvne siècle par l'invention de la lunette méridienne (1700), qui permettra bientôt à l'Anglais Flamsteed de cataloguer dans son atlas plus de 3 300 étoiles.
L'arithméticien Bertrand-François Barré me (1640-1703), expert à la Chambre des comptes de Paris, écrivit divers manuels pratiques, dont le plus connu — qui a gardé son nom — est le Livre des comptes faits 1682).
Physique. — Avant d'affecter la forme que nous lui connaissons actuellement, le baromètre subit de nombreuses modifications. Guillaume Amontons (1663-1703) y apporta divers perfectionnements; mais s<-s instruments laissaient fort à désirer, car on n'avait pas encore entrevu la nécessité de faire bouillir le mercure pour empêcher les bulles d'air emprisonnées de fausser les résultats. Le même savant eut, le premier, l'idée du télégraphe aérien.
L'étude des propriétés physiques des gaz fit un grand pas avec Mariotte (1620-1684), qui formula la loi de leur compressibilité et cultiva également avec succès l'hydrostatique et l'hydrodynamique. Dans son Traité du mouvement des eaux, il confirma les lois trouvées par Torricelli sur l'écoulement des iluides à travers les ajutages et observa pour la première fois le frottement des liquides dans les tubes. Son nom mérite encore de figurer honorablement dans l'histoire de l'optique; si, en effet. Descartes, dans sa Diqptrique (1637), put donner la théorie de l'arc-en-ciel, grâce à la loi de la réfraction de la lumière, Mariolte, dans son Essai sur la nature des couleurs (1681), expliqua le phénomène des halos à l'aide de raisonnements dont les grandes lignes subsistent encore. Enfin sa découverte du punctum cœcum et ses mémoires sur la vision retinrent l'attention des anatomistes aussi bien que celle des physiciens. Certains historiens veulent voir dans l'instrument imaginé par le Dieppois Salomon de Caus (1572- 1635) le germe de la machine à vapeur. Malgré l'autorité d'Arago, cette opinion parait difficilement soutenable, car l'éolipyle qu'il réalisa ne diffère pas beaucoup de celui de Héron. Avec plus de raison, Denis Papin, de Blois (1647-1714), mérite d'être considéré comme un pionnier dans cette voie : il décrivit, dans ses Nouvelles Expériences du vide (1674), un perfectionnement de la pompe à air de Boyle et divers appareils curieux. Sa « marmite » ou digesteur autoclave, dans laquelle on utilise la pression de l'eau chauffée en vase clos pour le ramollissement des matières organiques, rend encore des services. C'est sans doute la force avec laquelle la vapeur d'eau soulevait le couvercle qui suggéra à Papin l'idée d'ajuster un piston à l'orifice de l'instrument. Quoi qu'il en soit, en 1690 il émit l'idée d'employer cette force élastique de la vapeur d'eau comme principe moteur d'une machine; mais l'appareil qu'il imagina présentait de trop graves défauts pour être pratique : le piston était soulevé par la vapeur qui se formait en dessous et descendait ensuite, de sorte que la force élastique produisait les deux mouvements d'ascension et de descente. Quinze ans plus tard, les Anglais Newcommen, Cayley et Savery, qui s'associèrent pour prendre un brevet, réalisèrent la première machine à vapeur qui ait jamais fonctionné : la vapeur produisait seule la descente, le mouvement d'ascension s'obtenant au moyen d'un contrepoids et par l'intermédiaire d'un balancier; puis, en 1711, les inventeurs reconnurent l'avantage de l'injection de l'eau froide au milieu même de la vapeur. Pendant ce temps, on travaillait sur le continent dans le même but. Amontons décrivait, en 1699, devant l'Académie des sciences de Paris, un « moulin à feu » mis en mouvement par l'air chaud. L'électeur de liesse faisait de son côté construire une machine nouvelle imaginée par Papin et qui se rapproche beaucoup de celle de Newcommen. L'inventeur blésois l'appliqua à la propulsion d'un petit bateau muni de roues à palettes, mais il ne réussit pas dans cette tentative : craignant de perdre leur gagne-pain, les bateliers de la Fulda, sur laquelle avaient lieu les essais, mirent l'engin en pièces.
Le mécanicien hollandais Louis Rennequin — de son vrai non; Swalm Renkin (1644-1708) — construisit, sur les plans du chevalin de Ville, la fameuse machine élévatoire de Marly, pour alimenter les eaux de Versailles. Quatorze roues, mues par le courant du fleuve, actionnaient deux cent vingt et une pompes étagées sur le flanc du coteau, jusqu'à l'aqueduc de Louveciennes.
Chimie. — Nicolas Lefèvre commença au Jardin du Roi (Muséum d'histoire naturelle) le premier cours de chimie qu'on ait professé, dans notre pays. Lémery (1645-1715), après s'être fait recevoir apothicaire, donna des leçons publiques rue Galande, où des étu-
LA MONARCHIE ABSOLUE
diants, des savants comme Rohault et Tournefort et jusqu'à des clames vinrent l'entendre : son Cours de chimie (1675) jouit d'une grande vogue et on le rééditait encore en 1756. On lui doit la préparation de médicaments tirés de l'antimoine, d'encres sympathiques, des premiers travaux scientifiques sur les poisons minéraux ou végétaux et sur les venins.
Le médecin Homberg (1652-1715), attiré à Paris par Colbert, prépara méthodiquement le phosphore. Ses expériences sur la saturation des acides par les alcalis et sur la neutralité des sels sont remarquables pour l'époque. Il découvrit aussi l'acide borique et perfectionna les moyens d'extraction des huiles essentielles d'origine végétale.
Mariotte sut tirer parti des notions confuses dont se composait alors la chimie pour en déduire l'explication des phénomènes de la vie végétale. Avec Malpighi il poussa aussi loin que possible la théorie de la nutrition en réfutant bon nombre d'anciens préjugés. Il mit en lumière les analogies existantes entre les mouvements de l'eau au moment où elle s'introduit dans la racine et sa montée dans les tuyaux capillaires. Malgré les quelques erreurs que professa Hariotte, il existe un contraste frappant entre la méthode scientifique qu'il emploie et les théories aristotéliennes, qu'il ruina pour toujours. La découverte du microscope, qui avait permis de voir agrandis les objets de petite dimension, en révéla d'autres restés imperceptibles jusque-là. La micrographie date donc de cette époque, mais les premières recherches s'accomplirent presque toutes hors de France.
Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) fonda son système botanique sur la forme de la corolle. Il compléta l'œuvre ébauchée par Bauhin, mais il énuméra les espèces et les variétés sans y joindre de caractéristiques pour la dénomination des genres et commit certaines erreurs dans l'étude des différences spécifiques qui distinguent les plantes d'une même famille; sa théorie de la fleur montre d'ailleurs la superficialité de ses doctrines. Cependant, ses Éléments de botanique ( 1694) et surtout ses Institutions rei herbariœ (1700) se distinguent par un ordre sévère; chaque classe est divisée en sections, chaque section en genres, chaque genre en espèces, et des gravures exactes représentent les parties végétales. Il rendit d'incontestables services en attendant que les Linné et les Jussieu vinssent réformer définitivement la nomenclature botanique.
La Quintinie (1626-1688), chargé du << potager » de Versailles, fut un horticulteur de premier ordre.
Claude Perrault (1613-1688), architecte de la colonnade du Louvre, fit justice des fables antiques sur le caméléon, la salamandre et le pélican. Sa Mécanique des animaux est remplie d'observations très judicieuses et de fines remarques. La précision de ses descriptions permet enfin de le regarder comme le rénovateur deïanatomie comparé*'.
Médecine. — Quelques médecins français jouissaient au xvne siècle d'une juste renommée : Fagon, attaché à la personne du roi, Drelincourt, Vieussens, etc. Mais l'historien doit les reléguer au second plan dans un siècle où, à côté des célébrités étrangères comme Harvey, vivaient : en Angleterre, Wharton, Sydenham, le propagateur du laudanum ; en Hollande, Boerhaave ; en Allemagne, Frédéric Hoffmann;
D'ailleurs, l'enseignement médical en France, au xvnc siècle, laissait fort à désirer. Les cours se faisaient en latin et l'autorité des anciens était, prédominante. Du haut de sa chaire, en robe et coiffé d'un bonnet, le professeur exposait les principes de l'art de guérir, abandonnant à un aide le scalpel et ne touchant jamais un cadavre. L'étudiant, jusqu'au grade de bachelier, ne voyait guère de malades, à moins d'être attaché à un praticien et de le suivre dans ses visites. En un mot, l'étudiant posait ses diagnostics d'après Hippocrate et Galien, et la soutenance de sa thèse, entourée de cérémonies pompeuses et surannées, consistait surtout en exercices plus littéraires que scientifiques.
Les médecins ordonnaient les purgations ou les clystères aussi Fréquemment que b-s saignées. Ils commençaient à prescrire l'emploi des eaux minérales. Certaines descriptions que nous a laissées Mme de Sévigné de la vie aux stations thermales semblent même écrites d'hier (1).
Quelques chirurgiens s'acquirent une certaine célébrité. Pierre Dionis 1673-1718 . auteur d'un Cours d'opérations; Pineau et Joseph Corvillaii, lilhotomistes ; Mauriceau, qui observa et décrivit le pre-
Nicolas Malebranche, gravure cI'Édelinck.
'1 Sur h: monde médical au xvne siècle, voir Les Étudiants en médecine de Paris sous le grand roi, par le Dr René Fauvelle (1899); — Le Monde médical parisien sous le grand roi, suivi du Portefeuille de l'allant, conseiller du roi, par le Dr Le Maglet (1899).
mier tous les obstacles que l'accoucheur doit surmonter (1668); Jean Méry, auteur de recherches sur les hernies; Belloiste qui, dans son Chirurgien de Vhospital (1696), améliora le traitement des plaies; Saviard (1656-1702), qui fit d'intéressantes observations sur le ramollissement des os et la ligature de l'artère fémorale.