‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 45 sur 196 · LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE

La philosophie de Descartes eut d'abord un vif succès en France. L'Oratoire (Bérulle, Malebranche, le P. Poisson) et Port-Hoyal (Arnauld, Nicole) opposèrent le Discours de la -méthode à VOrganon d'Aristote. Pascal lui-même commença par être un ardent cartésien ; mais peu à peu les jésuites, d'abord indécis, tirent opposition à la doctrine de leur ancien élève, qu'ils jugeaient dangereuse : la congrégation du Saint-Office la condamna jusqu'il correction (1663), et, à la requête de la Sorbonne, le conseil du roi en interdit l'enseignement en France (1671). On tint d'abord la main à l'application de cette mesure; le P. André fut même mis à la Bastille. Mais le cartésianisme mitigé de Bossuet et de Fénelon fît tomber en désuétude les arrêts de proscription.

Le penseur français qui adopta avec le plus d'enthousiasme les doctrines de Descartes fut le P. Malebranche (1638-1715), entré en 1660 dans la congrégation de l'Oratoire. Il s'y livrait depuis quatre ans à

des travaux d'érudition et de critique religieuse lorsqu'un hasard lit tomber entre ses mains le Traité de l'homme, qui détermina sa vocation philosophique. Après dix ans d'études, il publia son premier ouvrage, la Recherche de la Vérité (1674), qui fut suivi des Méditations chrétiennes (1683), du Traité du monde (1684), dos Entretiens métaphysiques (1688). Il lui fallut, contre son gré, soutenir de vives querelles avec les adversaires de ses livres et de sa doctrine. Bossuet, Mairan et surtout Arnauld engagèrent contre lui une ardente discussion; Arnauld le fit même condamner par la cour de Home, en 1687.

Malebranche ajoute à la théorie de Descaries quelques idées empruntées à Platon et à saint Augustin et un certain nombre de spéculations personnelles. Pour concilier cette théorie avec le dogme. il identifie la parole divine et la raison humaine. Il explique la connaissance par la doctrine de la vision en Bien : dans chaque chose la pensée saisit l'idée, au sens platonicien du mot, et la pensée voit toutes choses en Dieu, parce que les idées sont en Dieu.

Point de départ de la philosophie comme de l'existence, Dieu absorbe en lui toute l'activité efficace des êtres individuels; il est

la seule cause efficiente en nous comme dans l'univers. Le i ide

des idées qui est en lui rend le monde intelligible et réel ; atteindre la vérité, c'est entrer en commerce avec Dieu, c'est voir en Dieu, c'est voir Dieu. Aussi a-t-on reproché à Malebranche une tendance au panthéisme, bien qu'il ait développé le cartésianisme dans le sens le plus contraire à Spinoza.

Par la théorie des causes occasionnelles, Malebranche, précurseur des théories modernes sur le parallélisme du physique et du moral,

a expliqué les actions qui se font dans l'univers. C'est Dieu me

qui, à l'occasion des idées ou des sentiments de l'âme, produit dans le corps des mouvements correspondants, et vice versa.

Le mécanisme, qui est universel, régit la formation des astres et de leurs mouvements, aussi bien que la construction des organismes.

Seule, la pensée, distini 'le de ['étendue, lui échappe. Tandis (pie le

corps, inerte, est soumis aux lois les plus rigoureuses, l'âme esl librement active, et celte liberté lui permet d'arriver à une intelligence de plus en plus c plète du ide. Nos erreurs proviéhnenl

de la disproportion de l'entendement, qui est borné, el de notre

libre volonté, qui nous entraîne à l'erreur en nous faisant, affirme 1 au delà de ce que nous savons. L'homme pourrait éviter les erreurs, soit en l'attachant nécessairement les unes aux autres les idées claires et distinctes, soit en suspendant son jugement.

FÊTE DONNÉE AU ROI ET A LA REINE, PAR LA VILLE DE PARIS, POUR LA NAISSANCE DU DAUPHIN.

gravure de M or eau le Jeune.

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