MINISTERE DU DUC DE BOURBON
Rivalité des maisons de Bourbon et d'Orléans. La marquise de Prie. — Aussitôt que parvint à Versailles la nouvelle de la mort du Régent, le duc Louis-Henri de Bourbon, chef de la maison de Gondé, se présenta à Louis XV, écartant ainsi, par sa
sées, et le mariage fut célébré le 4 septembre 1725 à Fontainebleau. L'avocat Marais résuma l'opinion générale en écrivant dans son Journal: « La Cour a été triste comme si on était venu hier dire que le roi fût tombé en apoplexie... On verra les suites d'un mariage avec la fille d"un roi qui n'est plus roi.» Ces suites apparurent immédiatement : ce furent le renvoi de l'infante et la rupture avec l'Espagne.
Louis XV, par Carie van Loo (Versailles).
Marie Leszczynska, par Carie van Loo (Louvre).
brusque intervention, toutes les compétitions, et fut nommé premier ministre. La belle marquise de Prie, fille d'un financier, ambitieuse autant que brillante et séduisante, exerçait sur lui une influence exclusive : c'est elle qui l'avait presque de force conduit au seuil du cabinet du roi pour l'obliger à demander la succession vacante. Elle engagea le duc à continuer la politique du Bégent et à suivre les conseils des frères Paris, dont le système financier était complètement opposé à celui de Law.
La maison d'Orléans et les princes légitimés déclarèrent une guerre sans merci au duc de Bourbon et à la marquise de Prie, qui comprit que, si ses ennemis s'emparaient de l'esprit du précepteur du roi, Fleury, c'en serait fait de leur influence, l'évêque de Fréjus ayant la pleine confiance de Louis XV. Or, si l'on mariait le jeune monarque, alors âgé de seize ans, avec une princesse capable de s'emparer du cœur du roi, l'influence de Fleury serait, du même coup, réduite à rien; et si Louis XV, à peine guéri d'une maladie inquiétante, venait à mourir prématurément, mais laissant un héritier, les ambitions dynastiques des d'Orléans se trouveraient ruinées.
Mariage de Louis XV (1725). — Le duc de Bourbon fit donc recueillir des renseignements et di-s portraits qui lui permirent de dresser une liste de dix-sept jeunes filles jugées dignes de prétendre à la main du roi de France. On songea d'abord à la princesse Anne, fille du roi George, mais le roi d'Angleterre refusa les ouvertures du comte de Broglie. La tsarine Catherine Ire proposa spontanément sa fille Elisabeth, fort éprise de Louis XV, et suggéra même l'idée de marier le duc de Bourbon avec Marie Leszczynska, fille de l'ancien roi de Pologne, Stanislas, qui vivait d'une modeste pension à Wissembourg; le duc aurait pu ainsi prétendre, avec l'appui de la Russie, au trône de Pologne. Mais Mme de Prie, jugeant cette double combinaison dommageable à son propre crédit, la fit écarter et choisit pour Louis XV la fiancée que Catherine avait destinée au duc de Bourbon. Les négociations furent vivement pous-
Premier traité de Vienne. Ligue de Hanovre (1725). —
Philippe V, irrité de l'outrage fait à sa maison et désireux de reprendre Gibraltar aux Anglais, se rapprocha de l'empereur par l'intermédiaire du baron de Ripperda, ambassadeur d'Espagne à Vienne, qui prétendait continuer la lignée des Alberoni, et signa le 30 mai 1725 le premier traité de Vienne, par lequel les deux souverains concluaient une alliance offensive et défensive et se promettaient un appui réciproque, d'une part en ce qui concernait la Compagnie d'Ostende, d'autre part quant aux investitures italiennes (1), à la dévolution de la succession autrichienne (2) et à la restitution de Gibraltar. La France, isolée, conclut le traité de Hanovre avec l'Angleterre, la Prusse et la Hollande pour le maintien des traités d'Utrecht (23 septembre 1725).
L'Europe se trouvait divisée en deux ligues d'égale force, mais les maladresses multipliées du duc de Bourbon rompirent l'équilibre au détriment de la France. Dès son avènement, l'impératrice de Bussie, Catherine Ire, avait fait savoir au roi de France qu'elle plaçait son alliance avant toute autre, et c'est pour la sceller qu'elle lui avait offert la main de sa fille Elisabeth, tandis que le duc de Bourbon épouserait la fille de Stanislas. Le cabinet de Paris n'ayant montré que mauvais vouloir, elle se rapprocha de l'Autriche et signa avec elle un traité par lequel elle lui promettait 30 000 hommes (6 août 1726).
Une guerre européenne était imminente, quand le duc de Bourbon fut remplacé par Fleury (12 juin 1726). Les intrigues de la marquise de Prie- avaient échoué; la reine avait inutilement servi auprès du roi la cause du duc de Bourbon, et Louis XV était retombé bientôt sous l'inlluence de son précepteur, qui finalement s'était déclaré contre la marquise. Fleury se serait contenté de la disgrâce de
(1) C'est-à-dire que Parme et la Toscane seraient dévolus à l'infant don Carlos.
(2) La Pragmatique de Charles VI attribuait à Marie-Thérèse, fille aînée de l'empereur, l'intégralité de la succession autrichienne.
LA MONARCHIE ABSOLUE
Mme de Prie, mais le dur refusa de s'en séparer, el se retira à Chantilly, parfaitement impopulaire; car on le rendait responsable des difficultés extérieures, qui se traduisaient par une augmentation des charges publiques, et, bien que la marquise ne paraisse pas mériter les reproches de vénalité dont on a sali sa mémoire, on l'avait accusée, alors que sévissait la disette, de spéculer sur les grains, d'accord avec les frères Paris.
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