‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 51 sur 196 · GUEKRES DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

GUEKRES DE LOUIS XV

Echelle 1: 9500 000

CARTE POlIi SUIVRE LES GUERRES DE LOUIS XV.

Le maréchal de Lowendal, gravure de Petit.

enlève Berg-op-Zoom, réputé imprenable (16 septembre), et reçoit, pour ce fait d'armes, le bâton de maréchal de France.

Le successeur de d'Argenson, le marquis de Puisieux, sous l'influence de la philosophie humanitaire du xvnic siècle, manifestait des dispositions pacifiques : l'arrivée sur le Rhin d'une nouvelle armée ennemie contribua à précipiter les négociations. La tsarine Elisabeth, voyant Louis XV s'allier aux Suédois et lancer la candidature éventuelle d'un prince français au trône de Pologne, conclut avec Marie-Thérèse (26juillet), à l'instigation de son chancelier Bestoujef, un traité d'alliance à la suite duquel elle envoya un corps de 25 000 hommes sur Berlin, quand l'Angleterre etla Hollande se furent, l'année suivante, engagées aies solder (juillet-décembre 1747).

Dès 1746 des conférences s'étaient tenues à Bréda entre les représentants de la France et des puissances mari times. Après Laufeld, Puisieux et lord Sandwich se rencontrèrent à Liège et décidèrent la réunion d'un congrès dans la ville impériale et neutre d'Aix-la-Chapelle. Les préliminaires furent signés le 11 avril 1748, et le traité définitif le 18 octobre, après une longue résistance du plénipotentiaire autrichien Kaunitz, qui ne voulait plus souscrire à l'abandon de la Silésie.

Mais, avant de faire connaître les clauses du traité, il convient d'exposer les événements considérables qui marquèrent sur mer et aux colonies la rivalité de la France et de l'Angleterre.

La guerre sur mer et aux colonies. Dupleix et La Bourdonnais. — Fleury ayant négligé la marine, la France n'avait que trentecinq vaisseaux de ligne à opposer aux cent dix bâtiments anglais, et ses ennemis profitèrent de leur supériorité pour lancer leurs flottes sur toutes les mers. Les hostilités avaient commencé en 1744 par l'indécise bataille navale de Toulon. En Amérique, les Anglais prirent à la Guyane le fort d'Oyapock (1744) et, dans l'Amérique du Nord, l'île Royale et Louisbourg, capitale du Cap- Breton, dont la position menaçait l'Acadie (1745) : le Canada ne fut sauvé que par l'énergie de son gouverneur, Beauharnais. Puis les Anglais bloquèrent nos côtes, interceptèrent nos communications avec Saint-Domingue : le 3 mai 1747, le marquis de La Jonquière, pour sauver un convoi destiné au Canada, leur livra un combat malheureux, mais héroïque. Une autre bataille navale fut livrée la môme année, près de Belle-Isle, avec le même courage et le même insuccès.

Ce fut dans l'océan Indien, et particulièrement dans l'Hindoustan, que se concentra la rivalité des deux puissances.

Mahé de La Bourdonnais, né à Saïnt-Malo en 1699, entré en 1719 comme lieutenant au service de la Compagnie des Indes, promu capitaine en 1724, fut nommé en 1735 gouverneur de l'Ile de France Maurice) et de Bourbon Réunion).

D'un caractère difficile, mais

entreprenant et énergique, il transforma l'Ile de France avec une rapidité qui tenait du miracle. Création d'une petite armée, d'une lh tte de commerce et d'une flotte de guerre; aménagement de la rade de Port-Louis; acclimatement de cultures européennes; importation d'animaux domestiques; peuplement par l'immigration d'enfants trouvés (venus de France), de nègres et de Malgaches;

Mahé de La Bourdonnais, gravure de Vangelisty.

Joseph Dupleix, dessin de Sergent.

L'Inde dans la seconde moitié du XViU0 siècle.

construction d'une capitale: La Bourdonnais avait songé à tout. Au xvue siècle, la Compagnie française des Indes, représentée par François Martin, avait multiplié ses comptoirs et fondé deux établissements à Pondichéry et Chandernagor ; un troisième fut créé à Mahé parle gouverneur Pierre Lenoir (1721-1735); un quatrième à Karikal, par Pierre-Benoit Dumas (1735-1741).

Dumas eut pour successeur un agent de la Compagnie, François- Joseph Dupleix, né àLandrecies en 1697. Devenu en 1730 directeur du comptoir de Chandernagor, qu'il transforma en une ville importante, Dupleix envoya de nombreux bâtiments faire le commerce d'Inde

en Inde et sillonner les mers, du golfe Arabique aux Philippines et en Chine. La fondation du comptoir de Patna contribua aussi au développement du commerce français, au détriment du commerce anglais, et ce dernier périclita bien plus encore quand Dupleix devint gouverneur général des possessions françaises de l'Inde. A ce moment, il donna à sa politique un plus grand développement, s'immisça dans les affaires intérieures de l'Inde et parvint très rapidement à donner à la Compagnie française, en dépit de ses directeurs parisiens, une extension considérable.

Lorsque la guerre de la succession d'Autriche mit aux prises la France et l'Angleterre, le cabinet de Versailles, pour sauvegarder les intérêts du commerce, convint d'un traité de neutralité en faveur de la Compagnie anglaise et de la Compagnie française, et il envoya des ordres en ce sens à La Bourdonnais. Ce dernier se proposait de ruiner à coups de canon les établissements et la marine des Anglais, et de développer puissamment notre commerce; mais il ne se proposait pas, comme Dupleix, de réaliser des agrandissements territoriaux en intervenant dans les affaires des princes indigènes.

L'union de Dupleix et de La Bour-

LA MONARCHIE ABSOLUE

donnais eût été la ruine de la Compagnie anglaise, qui possédait Bombay, Madras, le fort Saint-David et Calcutta : leur mésintelligence, née de l'opposition de leurs vues, servit mieux nos ennemis que ne l'eût fait une victoire.

Dupleix et La Bourdonnais se rencontrèrent toutefois pour juger impossible le maintien de la neutralité maritime dans l'Inde, illusion que l'Angleterre n'avait entretenue que pour se donner le temps d'achever ses préparatifs. En effet, pendant que Dupleix terminait à ses frais les fortifications de Pondichéry, les Anglais, violant leurs engagements, mettaient en mer une escadre sous le commandement de Barnett, enlevaient nos bâtiments de commerce et s'apprêtaient à assiéger par terre et par mer la capitale de nos possessions de la péninsule. Le nabab de Carnatic ayant menacé d'assiéger Madras si Pondichéry était investi, les Anglais n'osèrent passer outre.

D'autre part, La Bourdonnais réussit à former une petite flotte avec laquelle il dispersa l'armée anglaise et battit, sur la côte de Coromandel, le commandant Peyton; puis il alla assiéger et enlever Madras, après avoir dispersé l'escadre de Barnett, qui défendait la place. Mais Dupleix, soit qu'il fût poussé par un sentiment de jalousie indigne de son mérite, soit qu'il fût lié par un traité d'alliance avec le nabab de Carnatic, Anaverdy-Khan, cassa la capitulation signée à Madras par La Bourdonnais qui, comme chef d'escadre, s'était engagé à restituer la ville aux Anglais moyennant une indemnité de 10 millions. Dupleix, au contraire, comme représentant de la Compagnie, prétendait rendre la ville au nabab. Accusé de trahison, brouillé avec Dupleix, désavoué par Versailles, La Bourdonnais vit sa flotte immobile anéantie ( 13 octobre 1746) par une tempête. Revenu à l'Ile de France, il y apprit sa révocation, accourut en France pour se justifier et fut enfermé à la Bastille pour avoir traité secrètement avec l'ennemi. Déclaré innocent et remis en possession de tous ses titres, mais non de ses biens, il succomba après avoir langui trois ans dans une profonde misère.

Dupleix restait seul dans l'Inde avec quelques poignées de Français. Ses lieutenants battirent à deux reprises l'armée du nabab, qui cessa à prix d'or toute résistance, après avoir impérieusement réclamé Madras. Le 10 novembre 1746, une proclamation déclara la ville annexée à la France. II ne restait plus qu'à s'emparer du fort Saint-David, où s'était réfugié le gouverneur britannique, et les Français étaient sur le point de le prendre, lorsque la flotte anglaise de l'amiral Gruffin amena aux assiégés un renfort de 2000 hommes. Dupleix se trouva de nouveau réduit à la défensive.

L'année suivante (1748), l'amiral Boscawen parut devant Pondichéry avec une flotte de trente navires, trois mille Européens, autant d'indigènes, et il investit la place par terre et par mer. Dupleix s'y était enfermé avec quatorze cents Français seulement et environ

deux mille çipayes de race guerrière, qu'il avait exercés à l'européenne. Il suffit à tout à force d'énergie et de génie organisateur. Pondichéry, qui lui devait déjà ses fortifications, lui dut aussi sa conservation : après un siège de cinquante-huit jours, dont quarantedeux de tranchée ouverte et d'attaques réitérées, les Anglais furent forcés d'abandonner l'entreprise et de se retirer sur le fort Saint- David, avec des pertes énormes (14 octobre). Cette victoire, l'une des plus belles actions militaires du xviue siècle, eut un grand retentissement dans l'Inde et en Europe. Dupleix avait été secondé dans sa tâche administrative par sa femme', Jeanne de Castro, Jane Begum (la princesse Jeanne, comme l'appelaient, dit-on, les indigènes), fille d'un Français et d'une métisse; et, s'il n'est pas sûr qu'elle ait déterminé sa politique, elle lui donna l'appui moral le plus efficace. Il se disposait à reprendre l'offensive (janvier 1749), quand il reçut la nouvelle de la paix d'Aix-la-Chapelle, qui l'obligeait à restituer Madras aux Anglais.

Cette première guerre dans l'Inde avait montré la faiblesse des dynasties locales et même de l'empire mongol. La question se posait désormais de savoir si l'Inde serait anglaise ou française.

La paix d'Aix-la-Chapelle (1748). — Par la paix d'Aix-la- Chapelle (18 octobre 1748), l'Autriche obtenait de l'Europe la reconnaissance définitive de la Pragmatique; la Prusse, la conservation de la Silésie et du comté de Glatz;la Sardaigne, la frontière du Tessin; l'Espagne, les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla pour l'infant don Philippe, frère de don Carlos; l'Angleterre, le renouvellement des stipulations d'Utrecht, c'est-à-dire la démolition des défenses maritimes de Dunkerque et l'expulsion des Stuarts du territoire français. Dans l'Inde, la France restituait Madras. En Amérique, elle recouvrait Louisbourg et le Cap-Breton; la question des limites de l'Acadie restait en suspens.

Le traité d'Aix-la-Chapelle, que l'opinion publique caractérisa au xvme siècle par ce dicton : « bête comme la paix, » est un des pactes les plus honteux que la France ait conclus. Après une série de victoires, elle abandonnait gratuitement Bruxelles, Chambéry et Fribourg, sans profiter de cette occasion unique pour compléter sa frontière du Nord et s'ouvrir une porte sur l'Italie. Elle avait soutenu contre l'Angleterre une pénible lutte maritime et usé ses forces dans un inutile conflit continental, au moment même où allait s'ouvrir la guerre de Sept ans. La couronne impériale restait aux Habsbourgs; la France avait aidé à l'élévation de la monarchie prussienne ; le Piémont avait reculé sa frontière ; l'Angleterre préludait à son rêve d'expansion coloniale. C'est ce que Louis XV appelait faire la paix « non en marchand, mais en roi ».

Attentat de Damiens. Disgrâce de Machault et du comte d'Argenson. — Le 5 janvier 1757, vers six heures du soir, Louis XV descendait l'escalier de ses petits appartements de Versailles pour se rendre à Trianon lorsqu'il fut frappé d'un coup de couteau par un domestique, originaire des environs d'Arras, François Damiens, un dégénéré impulsif qui, condamné à mort le 28 mars, fut roué, inondé d'huile houillante et écartelé (1).

L'opinion accusa successivement les jésuites et les jansénistes d'avoir armé le bras de l'assassin; des arrestations et des poursuites furent ordonnées. Le roi craignanl pour ses jours, Machault alla trouver la favorite pour l'inviter à se retirer de la Cour, l'assurant que sa retraite était conforme aux désirs du roi mourant. Mais Mme de Pompadour n'en lit rien, et ce fut le ministre qui, Louis XV rétabli, recul l'ordre de se retirer dans sa terre d'Arnouville. Louis XV, qui estimait fort Ma chault, n'avait pas usé résistera l'insistance de la marquise et de ses amis. « Ils ont tant l'ait, a-t-il dit, qu'ils m'ont obligé à renvoyer Machault, l'homme selon mon cœur; je ne m'en consolerai jamais. » Singuliers regrets dans la bouche d'un prime qui se plaignait qu'il n'y eût plus d'hommes en France. Si, il y avait des hommes en France,

Régiment de la Compagnie des Indes, dessin de Cli. Fouqueray.

Régiment de l'île Bourbon, de Ch. Fouqueray.

i Maurice Allain et .1. Rogues de Fursac, l'Attentat de Damiens (Revue Bleue, 21 août

IllSTOlItE DE FRANCE

La paix d'Aix-la-Chapelle (Collection Hennin).

mais il y avait sur le trône un roi sans volonté et sans conscience. Louis XV congédia aus>i d'Argenson, qui avait projeté de remplacer Mme de Pompadour par la comtesse d'Esparbès, pour être toutpuissant sur l'esprit du monarque. Aux Affaires étrangères, Rouillé céda la place à l'abbé de Bernis (1757).

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François Damiens en prison (D'après une gravure du temps)

Exécution de Damiens, en place de Grève, à Paris (Collection Hennin).

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