LA GUERRE DE SEPT ANS
La politique extérieure après la paix d'Aix-la-Chapelle. — Pendant les années qui suivent immédiatement le traité d'Aixla-Chapelle, la politique extérieure de la France fut caractérisée par trois ordres de faits, qui concoururent à amener une nouvelle guerre : 1° décadence de notre diplomatie ; 2° rivalité avec l'Angleterre ; 3° rapprochement avec l'Autriche.
Le «secret» du roi. — La décadence de la diplomatie française se marqua d'abord dans les hommes, puis dans les méthodes. Le rétaire d'État aux Affaires étrangères, Puisieux, était fort inférieur à son prédécesseur, d'Argenson. En outre, le roi montrait un penchant de plus en plus marqué à « faire la barbe » à ses ministres officiels et à prendre comme confidente de ses pensées et comme cutrice de ses volontés une diplomatie occulte dont il était le chef et qu'il dirigeait sans en rien dire à personne. Ce fut alors la belle époque de ce qu'on a appelé le Secret du roi, et dont le début se place en 1740, à l'occasion de la succession de Pologne : Louis XV soutint dans ses prétentions à cette succession le prince de Conli, qui devint naturellement le chef du « secret » et entra en lutte avec le marquis d'Argenson, lequel voulait soutenir la maison de Saxe. L'ingérence personnelle du roi dans la politique extérieure ne pouvait que paralyser les efforts de sa diplomatie officielle.
Rivalité de la France et de l'Angleterre. — Depuis la paix d'Aixla-Chapelle, les Anglais suivaient avec envie les efforts des ministres Rouillé (17 49-17'"> 'i et Machault (1754-1757) pour relever notre marine. Us voulaient, de plus, entraver nos progrès dans l'Inde, nous distancer sur l'Uhio et ruiner notre commerce. Ils poursuivaient depuis 1688 celle longue lutte contre la France, qu'on a pu appeler une « seconde guei re deCent ans » et qui ne se termina qu'en 1815.
Tandis (pieu Amérique un détachement anglais assassinait Jumonville, chef de la garnison française du fort Duquesne, l'amiral Bos- ■ ii capturait 300 bâtiments de commerce français avec leurs équipages.
L'Angleterre répondit à nos réclamalionsen se saisissant de de ux frégates françaises : les hostilités commencèrent 17-).'i .
Rapprochement avec l'Autriche. Le renversement des alliances. Traités de Versailles (1756, 1757). — La paix d'Aix -la -Chapelle
n avait pas mis lin a Le comte de Kaunitz, gravure de M an si
Le cardinal de Bernis.
la rivalité austro-prussienne. Marie-Thérèse la regardait comme une trêve, déclarait qu'elle ne pouvait voir un Silésien sans pleurer, augmentait son armée et appelait dans ses conseils un ministre jeune et actif, le comte de Kaunitz.
Le roi d'Angleterre, George II, électeur de Hanovre, tenait autant à son électorat qu'à son royaume: il avait donc toujours payé L'appui
d'un Etat continental et il avait obtenu celui de l'Autriche. Cette puissance ayant demandé: une augmentation de subsides (août 1755), le ministère Newcustle pensa trouver un client moins coûteux en s'adressant au roi de Prusse, à qui il fit signer, après six mois de négociations, le traité de Whitehull Iti janvier 1756), par lequel les parlies contractantes se garantissaient leurs Fiais et s'engageaient à prendre les armes « contre toule puissance qui violerait le territoire germanique ». La défection du roi de Prusse précipita le rapprochement de la Frime et de l'Autriche. Dès 1751, Kaunitz, envoyé connue ambassadeur en France, avait gagné à ses vues Mmo de Pompadour et mis le roi en garde contre l'ambition croissante de Frédéric. Louis XV hésitait encore à se séparer d'un allié justement suspect, quand parvint la nouvelle du traité anglo-prussien. Malgré la résistance de Rouillé, et, sous l'induence de l'abbé de Bernis, à qui Mme de Pompadour réservait la succession de ce dernier aux Affaires étrangères, le roi se prononça pour l'alliance autrichienne, mais sans vouloir signer autre chose qu'un acte de garantie réciproque. La signature du traité de Versailles (1er mai 1750), qui consacrait le « renversement des alliances », s'explique donc par la mauvaise foi du roi de Prusse, et c'est à tort qu'on a voulu lui attribuer dos causes plus frivoles : les railleries de Frédéric, une prétendue lettre de Marie- Thérèse à Mme de Pompadour (1), enfin les scrupules religieux de Louis XV qui se serait détaché des alliances protestantes pour prouver son orthodoxie.
Cet acte d'alliance défensive, auquel tous les États, sauf l'Angleterre, pourraient donner leur adhésion, aurait pu produire les meilleurs résultats si Louis XV lui eût conservé son caractère initial, puisque la France, protégée sur le continent, pouvait tourner toutes ses forces contre l'Angleterre. Mais Louis XV se laissa entraîner par Marie-Thérèse dans une coalition qui avait pour but la restitution de la Silésie à l'Autriche et pour résultat nécessaire une guerre continentale. De toutes parts, en effet, l'impératrice cherchait des alliés contre Frédéric. Avec la tsarine Elisabeth, déjà gagnée à sa cause, elle signait (25 mars 1736) un traité qui lut confirmé le "2 février 1737 et en obtenait, jusqu'à la restitution de la Silésie, un corps de 80 000 hommes. Elle obtenait aussi, par les bons offices de la France, l'appui d'Auguste III et celui de la Suède, en promettant à l'un la couronne polonaise à litre héréditaire, à l'autre la possession de la Poméranie.
C'est alors que, par le second traité de Versailles (Ier mai 1737), la France s'engagea à armer 100 0d0 hommes et à payer à Marie- Thérèse un subside de 12 millions de florins par an. L'Autriche, en échange de la Silésie et du duché de Parme, aurai! cédé à la France les Pays-Bas, dont une partie, la plus importante, aurait constitué un apanage pour le duc de Parme, don Philippe, infant d'Espagne et gendre de Louis XV; mais, à défaut de descendance mâle, cet apanage aurait fait retour à l'Autriche. Entraînée par l'exagération du système autrichien, la France se détournait de la défense de ses colonies, sacrifiées à l'Angleterre, pour se lancer dans une guerre pleine de périls el d'aventures. Le portefeuille îles Affaires étrangères avail été attribué à l'abbé de Bernis, qui avait dû a sa naissance, aux grâces de sa person i à son talent littéraire, l'accès des Meilleures maisons. Ses poésies lui ouvrirent les portes de la Cour après elles de l'Académie française. M™' de Pompadour le pensionna, le logea aux Tuileries, le fil envoyer à Venise comme ambassadeur et l'appela au conseil en 1733. chargé de la
i Frédéric lil répandre le bruil calomnieux que l'impératrice avait écrit à l,i favorite une lettre ou elle l'appelait « ma chère amie ».
conclusion de l'alliance autrichienne, il remplaça Rouillé, le 29 juin 1757.
La guerre de Sept ans eut lieu en Europe, sur mer et dans les colonies, de 1756 à 1763. Les ennemis de Frédéric II (France, Autriche, Russie, Suède, Saxe) ne mirent jamais à la fois plus de 300 000 hommes sous les armes. Grâce aux subsides de l'Angleterre, le roi de Prusse en eut presque constamment 200 000, bien entraînés et toujours bien commandés. De plus, les coalisés ne purent jamais parvenir à un accord sérieux : leurs ressources insuffisantes et leur organisation défectueuse, tout autant que le génie de Frédéric II, assurèrent le triomphe de la Prusse.
La guerre continentale. — Campagne de 1756. Bataille de Lowositz. — Si la guerre maritime débuta par la prise de Port- Mahon (Voir p. 158), la guerre continentale, en divisant nos efforts, allait avoir pour nous de plus funestes conséquences. Prêt avant ses adversaires, Frédéric prend l'offensive, entre en Saxe, bat les Autrichiens à Lowositz (1er octobre 1756) et oblige 18 000 Saxons à capituler dans Pirna.
Campagne de 1757. Batailles de Prague, de Kolin et de Hastenbeck. Capitulation de Closterseven. — La bataille de Prague, gagnée par Frédéric II sur les Autrichiens, le 6 mai 1757, fut l'une des plus longues et des plus meurtrières de la guerre de Sept ans : elle dura de neuf heures du malin à huit heures du soir et coûta la vie à plus de 20000 hommes. Les troupes du roi de Prusse, qui avait préparé son plan de campagne bien à l'avance, étaient divisées en quatre corps, dont l'un avait à sa tête le maréchal de Schwerin. Les armées prussiennes marchèrent sur Prague, où les Autrichiens s'étaient retirés. Pendant la nuit du 5 mai, Frédéric II fit bâtir un pont sur la Moldau et rejoignit Schwerin devant les murs de la place. Pour faciliter l'attaque, il tourna la droite des ennemis, tandis que le maréchal autrichien Braun exécutait un mouvement parallèle. L'infanterie prussienne, malgré sa marche difficile à travers les marais, parvint à mettre en déroute la cavalerie autrichienne. D'un autre côté, Schwerin, qui avait à lutter contre Charles de Lorraine, accouru pour délivrer la ville, excita l'ardeur de ses soldats par l'exemple de son courage. Les Autrichiens durent battre en retraite, laissant 4000 prisonniers; Braun et Schwerin périrent dans la même action.
Le maréchal Daun prit sa revanche le 18 juin, en gagnant la victoire de Kolin, dont le résultat fut la levée du siège de Prague par les Prussiens et la perte de la Bohème.
En Westphalie, le maréchal d'Estrées vainquit les troupes anglohanovriennes du duc de Cumberland à Hastenbeck (26 juillet), et le duc de Richelieu, acculant l'ennemi dans les marais de l'Elbe, le força, par la capitulation de Closterseven, à se rembarquer pour l'Angleterre (8 septembre .
Batailles de J&gersdorf, de Rosbach et de Lissa ou Leuthen. —
BATAI LLE D E