‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 55 sur 196 · VI · texte numérisé non relu

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! I)' Punk, Histoire île l'Église, Irad. par l'abbé llemmer (7° éd., 1908, t. II, p. 251;.

Histoire de France.— II.

Le procureur général La Chalotais, gravure de C. Uaron.

(1) Sa conduite à Saint Gasl fut l'objet de critiques qui ne paraissent pas fondées : ses en nemis prétendirent qu'il s'était mis à l'abri dans un moulin, ce qui lit dire à La < lhalolais qu'il s'était couvert, non de ^loirr, mais de farine. Le fait est contesté el il 3e pourrait que cl Ai guillon eût simplement choisi un moulin comme poste d'observation.

HISTOIRE DE FItANCE

le Parlement et le remplaça à Hennés par une commission extraordinaire, qu'on appela par ironie le « bailliage d'Aiguillon » (1765). Plusieurs Parlements, entre autres celui de Paris, prirent fait et cause pour la Compagnie exilée, et Louis XV, le 3 mars 1766, se rendit au Palais pour rappeler aux magistrats qu'ils ne participaient à aucun degré à l'exercice de la puissance souveraine : son langage fut si dur qu'on qualifia cette séance de « flagellation ». Le gouverneur, découragé par une guerre de pamphlets extrè-

Mm* du Barry, par Deukeuze (Musée de Versailles).

mement violents et par l'opposition irréductible des magistrats, demanda lui-même son rappel (1766); mais le Parlement de Bretagne, rétabli dans ses fonctions, ne se tint pas pour satisfait et mit en jugement l'ancien gouverneur, dont la cause — il était pair de France — fut portée devant le Parlement de Paris. C'était le procès même de la monarchie qui allait s'ouvrir, et Louis XV n'hésita pas à annuler toutes les procédures (juin 1770).

Choiseul, accusé d'entretenir les Parlements dans leur esprit de résistance, était desservi auprès du roi par le chancelier Maupeou, le contrôleur général Terray et la comtesse du Barry.

La comtesse du Barry. — La comtesse du Barry avait été choisie officiellement comme favorite en 1768. Fille naturelle d'une femme de mœurs légères, Jeanne lîécu-Quantigny naquit à Vaucouleurs, le 19 août 1743. Sa mère, venue à Paris, où elle épousa un garde-magasin, Nicolas Bançon, la mit en pension chez les dames de Sainte-Aure. A quinze ans elle sortit du couvent pour entrer quelque temps après, comme demoiselle de compagnie, chez une vieille dame, Mme de Delay de la Garde, d'où sa conduite la fit chasser. C'est alors qu'elle fut employée par un marchand de modes de la rue Neuve-des-Petits-Chainps, Lahille : « Grande, bien faite, dit le prince de Ligne, blonde à ravir, front dégagé, beaux yeux, sourcils à l'avenant, visage ovale avec de petits signes sur les joues pour le rendre piquant comme pas d'autres, nez aquilin, bouche au rire leste, peau fine », elle est déjà célèbre par sa beauté, sa tournure élégante. Elle se lie avec un gentilhomme languedocien, le comte Jean du Barry, que fréquentait le maréchal de Richelieu et dont elle épousa le frère, Guillaume, en 1768. Dans son contrat de mariage, sa mère est qualifiée de veuve du sieur Jean-Jacques Gornard de Vaubeinier, intéressé aux affaires du roi : la voilà dès lors légitimée. C'est dans un carrosse armorié que la coiitesse du Barry se rend à la Cour, où elle a été officiellement présentée. Louis XV, qui l'a distinguée, l'installe à Versailles et l'avoue publiquement comme favorite. Elle a, dès ce moment, un entourage de parents et de courtisans, parmi lesquels le prince de Ligne et le duc de Bichelieu, dont elle sera l'instrument contre Choiseul. Elle reçoit de Louis XV la terre de Louveciennes, est invitée à Chantilly parles Condé, intervientdansles affaires du gouvernement, soutient le duc d'Aiguillon contre le Parlement, fait échouer les projets du ministre contre l'Angleterre, contribue à sa disgrâce (1770).

Les gens de lettres et les artistes tiennent à honneur de fréquenter chez cette femme suprêmement élégante et merveilleusement

parée de bijoux rares, 'liés différente de ses portraits légendaires, elle ne détonne pas à la Cour : elle est affinée par la fréquentation de gentilshommes de grande vie, de gens de lettres et d'académiciens de belle humeur, très à son aise dans le rôle de femme de Cour, très gaie, très frivole, compatissante, incapable de haine, mais faite pour être un instrument de domination entre les mains d'un parti politique.

« Quoique Mmo de Pompadour, écrit Talleyrand, eût été élevée et eût vécu dans la société financière de Paris, qui était assez distinguée alors, elle avait mauvais ton, des manièresde parler vulgaires, dont elle n'avait pu se corriger même à Versailles. Elle différait en tout point de Mme du Barry qui, moins bien élevée, était parvenue à avoir un langage assez pur. Mmc du Barry avait les yeux moins grands, mais ils étaient spirituels; son visage était bien fait et ses cheveux étaient de la plus grande beauté; elle aimait à parler et elle avait attrapé l'art de conter assez gaiment. »

La « légende ordurière » de Mme du Barry a été popularisée par les amis de Choiseul et des Parlements; elle a contre elle les contemporains qui se sont tenus en dehors des luttes politiques.

Disgrâce de Choiseul (1770). — Pour tenir tête à la coterie de la favorite, vivement prise à partie par les amis du ministre, Choiseul s'appuya sur Marie-Antoinette et sur les tantes du dauphin, mesdames de France. 11 succomba, cependant, moins sous la coalition de ses adversaires que pour avoir voulu se joindre à l'Espagne, alors en conflit aux colonies avec l'Angleterre et prête à en venir aux mains avec cette puissance. Louis XV préféra s'abstenir à l'extérieur et reprendre au dedans la lutle contre la résistance parlementaire.

Le 24 décembre 1770, Choiseul reçut l'ordre de se retirer à Chanteloup. Sa retraite fut l'occasion de manifestations populaires et de nombreuses démonstrations de sympathie. On allait en foule le visiter dans son domaine, où il ne cessa de mener un train royal. « Dès que Choiseul paraissait, dit un contemporain, il avait encore l'air du maître de la France. »

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