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LE TRIUMVIRAT

La fin du règne de Louis XV est une période de défaillances et de décadence. Louis XV n'est plus le roi bien-aimé. Il est insensiblement tombé dans la boue des basses débauches et les ignominies du Parc-aux-Cerfs. A l'attachement si profond et si touchant de ses sujets ont succédé des sentiments d'irrévérence qui peu à peu vont du monarque au régime. Louis XV se rend compte du déclin de notre prestige dans le monde, de la douloureuse situation du royaume, du mécontentement grandissant de ses sujets; mais il n'a pas la volonté

LA MONAKCIUK ABSOLUE

de faire son devoir, et s'il n'a pas prononcé les mots honleux qu'on lui attribue; « Ceci durera bien autant que moi; mon successeur s'en tirera comme il pourra », ou encore : « Après moi le déluge! », il avait certainement conscience du danger que courait la monarchie quand il disait : « Je vois bien comment va la machine, mais j'ignore ce qu'après moi elle deviendra et comment Berry Louis XVI) s'en tirera. » Après la disgrâce de Choiseul, le pouvoir appartint au duc d'Aiguillon, ministre de la Guerre et des Affaires étrangères, au chancelier Maupeou et à l'abbé Terra y, contrôleur général des finances. Ce « triumvirat » gouvernera jusqu'à la fin du règne.

Politique du duc d'Aiguillon (1771-1774). — Tendant le ministère du duc d'Aiguillon, la Russie, la Prusse et l'Autriche procédèrent au premier partage de la Pologne (15 janvier 1772), et la Russie commença le démembrement de la Turquie par le traité de Kadjar-Kaïnardji (21 juillet 1774). En 1739, l'intervention de notre diplomatie avait permis aux Turcs de conclure la paix de Belgrade, qui éloignait les Russes de la mer Noire et les Autrichiens de la Serbie. Le traité de 1774, que la tsarine Catherine II imposa aux Ottomans, consacrait l'abaissement de nos alliés en Orient et constituait un échec humiliant pour notre politique.

L'ambassadeur d'Autriche à Paris, le comte de Mercy, tout entier à la pensée de servir sa souveraine, Marie-Thérèse, flattait la comtesse du Barry, dont instinctivement s'écartait la dauphine, et il avait obtenu de Marie-Antoinette qu'elle ne

tint plus rigueur ni à la favorite ni à sa coterie, notamment au duc d'Aiguillon. Ainsi la dauphine fut inconsciemment complice du partage de la Pologne et aucune protestation ne partit de Versailles contre l'iniquité qui se préparait.

Le traité de Paris avait consacré la puissance de la monarchie prussienne et ruiné notre empire colonial au profit de l'Angleterre : l'alliance autrichienne, maladroitement détournée de son but initial, et l'abandon de notre système traditionnel d'alliances avaient favorisé les nrogrès de la Russie et ruiné deux de nos anciens clients.

^'Aiguillon sauva du moins la troisième alliée delà France, la Suède. La constitution anarchique de ce pays avait inspiré aux Cours de Prusse et de Russie la pensée de lui faire subir le même sort qu'à la Pologne, en s'associant le Danemark comme troisième État copartageant. Lu traité de démembrement avait même été signé le 13 décembre 1706, attribuant la Poméranie à la Prusse, la Finlande à la Kus>ie, une partie de [a Suéde péninsulaire au Danemark. Les conseils et l'argent de la France aidèrent le nouveau roi de

SlJ.'-de, Gustave III, à Opérer un Le chancelier Maupeou,

coup d'Etat qui restaura le pou- gravure -le Hubbst.

voir royal et déconcerta les projets des ennemis (1U août 1772).

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Le chancelier Maupeou et les Parlements. — René- Nicolas-Charles-Auguslin de Maupeou 1714-1792), premier président du Parlement de Paris avant de devenir chancelier (1786), s'était

fait remarquer par son esprit d'intrigue, son âpreté au gain et son avarice, sa faiblesse devant les influences politiques, l'habileté de ses moyens d'action. Sa physionomie ingrate n'était pas faile pour racheter tout ce qu'on sentait de convenu dans son attitude. «Dans la place de premier présidi nt dont il était autrefois revêtu, écrivait de lui son ancien collègue, le président de Mainières, il ne s'était distingué que par son astuce, par son indifférence pour la justice en elle-même, par sa souplesse et ses intrigues pour servir les grands et tous ceux qui pouvaient être utiles à ses vues. »

Phot. Giraudon.

Souper offert au roi par M"" du Barry à Louveciennes, par More au le Jeune (Louvre).

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Il avait une grande puissance de travail et il travaillait sans cesse, mais dans l'intérêt de son ambition bien plus que dans celui de la chose publique.

Le conflit qui avait mis aux prises le duc d'Aiguillon et le Parlement de Bretagne devait se généraliser et se terminer par un coup d'État. Pendant la Régence, le Parlement de Paris avait entendu user du droit de remontrances dans le sens d'une participation à l'exercice du pouvoir législatif, et il était notamment intervenu dans l'administration financière. Il lui fut rappelé, par lettres patentes de 1718, que les remontrances devaient être formulées dans la huitaine et sans empiéter sur la prérogative législative, qu'il n'avait pas à délibérer sur les affaires publiques et qu'il ne lui était pas permis de se mettre en état d'union avec les autres Cours. Il n'en persista pas moins à affirmer ses prétentions, à opposer à la doctrine de la monarchie absolue celle de la monarchie limitée par les observations impéralives des Parlements et, en matière d'impôt, par les États généraux. En 1720, sa résistance aux expédients de John Law le fit exiler à Pontoise. Dans la suite, il prit, à l'occasion de la bulle

Unigenitus et du refus des sacrements aux jansénistes, une attitude nettement révolutionnaire, allant jusqu'à suspendre dans t ont le ressort le cours de la juslice (ïi mai 1753) : un certain nombre de magistrats furent exilés ou emprisonnés et la Grand'- Chambre transférée à Pontoise, puis à Soissons, pendant qu'une chambre extraordinaire, dite des vacations, étail investie à Pans de la juridiction souveraine.

La paix se lit, mais le gouvernementsongea dès lors aux moyens de supprimer des compagnies judiciaires qui entraient formellement en lutte avec le pouvoir roval sur le terrain politique.

Le 13 décembre 1756, le roi fil

Le duc d'Aiguillon enregistrer, dans un lit de JUS

(Lithographie du ti mps). l'^e. un édit relatif à ladiscipline

intérieure du Parlement et à la suppression de deux cliambres des enquêtes : 180 magistrats démissionnèrent, et les procureurs refusèrent d'occuper, les avocats de plaider devant les présidents à mortier et les conseillers demeurés en fonctions. La Cour céda une fois encore, se bornant à réduire le nombre des charges.

L'opposition parlementaire continua, de plus en plus vive, et l'opinion soutint énergiquement les magistrats, qui tentèrent à plusieurs reprises de réunir en un seul corps les Parlements de province. Alors, au mois de décembre 1770, le roi tint un lit de justice pour faire enregistrer un édit défendant aux diverses Compagnies de se considérer comme un même Parlement divisé en plusieurs classes, leur enjoignant de rendre la justice sans jamais donner de démissions concertées, leur permettant toutefois de faire, avant l'enregistrement des actes royaux, les remontrances qu'elles estimeraient utiles au bien général, à la condition d'en écarter « tout ce qui ne s'accorderait pas avec le respect qu'elles doivent au roi ».

Le Parlement n'en décida pas moins de suspendre le cours de la justice, et Maupeou n'hésita plus à en finir par un coup d'État. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1771, les magistrats furent sommés, par des mousquetaires porteurs de lettres de cachet, de reprendre leurs fonctions le lendemain ou de démissionner : sur 164 magistrats, 113 s'y refusèrent. La nuit suivante, ces derniers reçurent la notification de la confiscation de leur office et l'ordre de quitter Paris immédiatement sans avoir conféré avec qui que ce fût. Le même traitement fut appliqué aux magistrats restés à leur poste et qui avaient déclaré se solidariser avec leurs collègues.

L'arrêt du conseil du 20 janvier 1771 déclara les offices des présidents et conseillers du Parlement de Paris confisqués et vacants et défendit aux titulaires, non seulement de remplir désormais leurs fonctions, mais encore de prendre, dans aucun acte, la qualité de membre du Parlement. En province, Maupeou se contenta d'envoyer en exil un grand nombre de magistrats, sans supprimer l'institution même. A Paris, des officiers du conseil du roi furent commis pour « tenir la cour du Parlementaux lieux et en la manière accoutumée »; puis l'éditdu23 février 1771, ayant pour but de restreindre le ressort de la cour de Paris, institua dans chacune des villes d'Arras, Blois, Chàlons, Clermont-Ferrand, Lyon et Poitiers un Conseil supérieur, pour connaître, « en souverain et dernier ressort, de toutes les matières civiles et criminelles, dans toute l'étendue des bailliages » de son arrondissement. Enfin, un second édit, rendu également en février 1771, révoqua, sauf indemnité, «toutes les hérédités et survivances », c'est-à-dire la vénalité des offices. Les magistrats, déclarés inamovibles, étaient gratuitement investis de leur charge et les épices étaient supprimées.

« Ces réformes étaient tout à fait sages, et la meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est qu'elles ont été reprises et réalisées dans la suite d'une manière définitive. Mais elles avaient le tort d'avoir été inspirées par la haine de la magistrature et par le désir d'augmenter encore le despotisme. En outre, Maupeou, obligé; de prendre un grand nombre de magistrats nouveaux, fit des choix malheureux. Aussi toute cette nouvelle magistrature fut-elle impopulaire, et la désignation du nouveau Parlement, sous le nom de Parlement Maupeou, a été employée comme terme de mépris. » (E. Glasson.) L'œuvre du chancelier fut donc surtout compromise par l'indignité du personnel judiciaire auquel le gouvernement dut recourir et dont le procès de Beaumarchais acheva le discrédit (1).

L'abbé Terray. Le « pacte de famine ». — « Les revenus de l'année 1770 et de partie de 1771 avaient été entièrement consom-

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Terray, Le Beau .

1 Beaumarchais, ayant réclamé 15 000 livres à la succession Pâris-Duverney, fat accusé de faux par l'héritier du traitant, le comte de La Blache. Il gagna sa cause en premier ressort; mais pendant qu'il était détenu à la suite d'une rivalité avec le duc de Cbaulnes, son adversaire manœuvra si bien que le Parlement, en appel, annula le règlement de compte. Or, pendant l'ins- Lruclion, Beaumarchais avait offert à la femme du conseiller Goëzman une somme que celle-ci, une fois le procès perdu, ne rendit pas intégralement. Profitant de l'impopularité du Parlement Maupeou, Beaumarchais porta sa cause devant l'opinion, la fit juge en publiant quatre mémoires et obtint la condamnation du conseiller et de sa femme. Il fut lui-même « blâmé » et ses mémoires condamnés au feu; mais, le jour où la sentence fut rendue (26 février 1774), on vint en foute s'inscrire chez lui.

mes pour satisfaire aux dépenses de 1709. Je n'avais donc pas un écu pour faire le service de 1770, dont les dépenses devaient monter à 220 millions. » Ainsi s'exprimait, dans un mémoire au roi, l'abbé Joseph-Marie Terray (171o-1778), ancien conseiller clerc au Parlement de Paris, nommé, malgré sa vie scandaleuse, contrôleur général des finances en 1769.

L'abbé Terray ne vécut que d'expédients et son administration financière peut se résumer en un mot : la banqueroute. Dur, cupide, il viola sans vergogne les engagements de l'État, ajourna les échéances de remboursement des emprunts, réduisit les arrérages des rentes, convertit les rentes tontinières en renies viagères, obligea les villes à livrer des fonds destinés à l'acquittement de leurs dettes. Il soumit aussi le commerce des grains à une réglementation très étroite, ce qui a donné naissance à la légende du pacte de famine, nom qu'on donne au prétendu contrat que le gouvernement de Louis XV aurait conclu avec un certain nombre de négociants pour accaparer les grains du royaume et en faire hausser artificiellement les prix par des disettes factices.

Sous l'ancien régime, les pouvoirs publics, se considérant comme responsables de l'alimentation publique, se préoccupaient tout particulièrement d'approvisionner les grandes villes, en prévision de troubles provoqués par la rareté des blés et la hausse des prix. Le blé était alors considéré comme une marchandise spéciale à laquelle le régime des autres denrées n'était pas tenu pour applicable. « Le problème des subsistances était pour les hommes de l'ancienne France un problème démographique. On sait que l'opinion courante plaçait dans la population la force des nations. Elle croyait aussi que l'augmentation de la population dépendait de celle des subsistances. L'Essai de Malthus sur la popxdation, où il prétend établir la loi de l'accroissement en proportion géométrique de la population et la proportion arithmétique des subsistances, quoique paru en 1803, est profondément imprégné de la pensée du xvme siècle (1). »

Déjà en 1753 le bruit s'était répandu que le service d'approvisionnement de Paris réalisait des bénéfices. Un peu plus tard, le contrôleur général L'Averdy voulut que quarante mille setiers de blé fussent constamment tenus à la disposition de l'administration, et un sieur Malisset lui proposa, pour éviter des frais excessifs d'emmagasinage, de renouveler les approvisionnements à ses risques et périls : l'affaire fut conclue (1763) et la Compagnie Malisset chargée, pour une période de douze ans, « de toutes les opérations relatives à l'entretien et à l'approvisionnement des magasins du roi ». Mais l'entrepreneur ayant signé avec ses cautions un acte de partage, la pièce tomba aux mains d'un certain Le Prévôt de Beaumont, qui crut y voir le texte d'un pacte de famine conclu entre le contrôleur général et d'indignes spéculateurs. Les « gens du roi », commissionnaires de la Compagnie, purent sans doute entraver, par des mesures intéressées, le commerce des grains; mais il n'y eut jamais de société organisée et soutenue par le pouvoir pour spéculer sur les blés et par conséquent sur la famine.

Mort de Louis XV. — Louis XV mourut, le 10 mai 1774, de la petite vérole, après avoir engagé Mmo du Barry à s'éloigner, pour ne pas être chassée, et invité le cardinal de La Boche-Aymon, qui lui avait donné le viatique, à dire aux assistants que, « s'il avait causé du scandale à ses peuples, il leur en demandait pardon ». Ses restes putréfiés furent transportés de nuit et au grand trot à Saint-Denis, salués par les réflexions ironiques et méprisantes de quelques passants. Il avait déconsidéré la monarchie et préparé la ruine du pouvoir absolu.

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages à consulter : Afanassiev (G.), Le Pacte de famine (Acad. des sciences morales et politiques, nov. et déc. 1890); — Le Commerce des céréales en France au XVIIIe siècle, trad. du russe par P. Boyer (1894). — Biollay (Léon), Études économiques sur le XVIIIe siècle. Le Pacte de famine. L'Administration du commerce (1885). — Flammermont, Le Chancelier Maupeou et les Parlements (1885). — Loménie (dk), Beaumarchais et son temps (1873, 2 vol.). — Noliiag (P. de), Marie-Antoinette dauphine (1896). Sori.l (Albert), La Question d'Orient au XVIIIe siècle (1878). — (Voir en outre la Bibliographie de la page 162.)

(1) Camille Bluch, Société d'histoire moderne, 7 avril 1907.

LA VIE EN FRANCE

Règne de Louis XV

Fig. 1. — Revue de l armée française passée pah le roi a la plaine des Sablons (Neuilly). — Au commence ment du règne de Louis XV la composition des troupes de terre était encore la même qu'au siècle précédent. Ces troupes comprenaient la maison du roi, la gendarmerie, la cavalerie, l'infanterie française et étrangère et les milices du royaume, qui représentaient la réserve ou l'ancien arrière-ban.

L'infanterie française et étrangère, qui faisait la véritable force de l'armée, fut portée, en 1737, par ordonnance du roi, à 122 régiments. L'effectif s'élevait à 150 000 hommes, divisés en 224 bataillons.

La cavalerie légère, française et étrangère, formait 59 régiments, dont quelques-uns étaient composés de volontaires allemands, suisses, espagnols, etc. Il y avait, en outre, plusieurs compagnies franches d'infanterie et de dragons partisans, qui avaient été créées depuis la guerre de la succession de Pologne, sur le modèle des pandours de l'armée autrichienne.

Dans les premières années du XVIII' siècle l'armement des troupes subit d'importantes améliorations, lorsque le fusil a baïonnette, après l'invention de la douille qui sert à adapter cette dernière, devint l'arme des fantassins et permit de supprimer l'ancienne distinction des piquiers et des mousquetaires. Vers la même époque, l'uniforme avait été complètement remanié et réglé. Cet uniforme, ti'ès riche et très soigné, était généralement de couleur voyante; les régiments de même espèce se distinguaient entre eux par la forme des poches, par la disposition et le métal des boutons, par la couleur des doublures, vestes et culottes. Parmi les corps français, ceux qui formaient la maison du roi avaient pour couleurs le bleu foncé (bleu de roi) et le rouge vif; les autres régiments étaient caractérisés respectivement par le noir, le violet, le cramoisi, le jaune et le vert. Le régiment de Picardie avait un costume entièrement blanc. Ces brillants uniformes excitaient la vanité de bien des enrôlés volontaires, qui signaient un engagement de quelques années, dans l'espoir de faire partie d'un de ces beaux régiments qu'ils avaient admirés sous les armes.

Les drapeaux, tous de couleurs différentes, étaient chargés d'armoiries, de devises et d'ornements particuliers aux corps auxquels ils appartenaient. Le drapeau royal était blanc et le drapeau de France bleu azur à trois fleurs de lis d'or.

Fig. 2. — Lit de parade d'une chambre a coucher. — ■ Le goût des guirlandes, des panaches et des draperies est un des caractères saillants de l'époque Louis XV, qui dut être l'âge d'or des tapissiers : la forme du lit, la richesse des étoffes, la balustrade, les glaces qui garnissent les pans coupés et le fond de l'alcôve, forment un ensemble des plus harmonieux

Fig. 3. — Bal du May, donné a Versailles in L763. — L'usage de célébrer le retour du printemps subsistait encore au XVIII" siècle. Des fêtes brillantes étaient, à cette occasion, données à la cour où, en un grand bal, se groupaient jeunes gens et jeunes filles autour d'un arbuste paré

de guirlandes qui rappelait la tradition populaire de l'arbre de mai.

Fig. 4. — Pompe funèbre a Notre-Dame de Paris en l'honneur de la dauphine Marie-Thérèse d'Espagne, le 22 juillet 1746. — Le service solennel célébré en l'honneur de la dauphine Marie-Thérèse d'Espagne fut un des plus émouvants et des plus somptueux qu'ait vus Notre-Dame au XI////'' siècle.

La façade de l'église était entièrement recouverte de drap noir. Au milieu du transept se dressait un catafalque monumental, drapé de velours noir richement brodé. Un immense baldaquin couvrait le monument funèbre. Le chœur était occupé par les chanoines, les curés de Paris en surplis et en étole, et les supérieurs de toutes les congrégations.

Les princes du sang, les ducs et pairs, les maréchaux de France, le Parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, T Université, le corps de ville assistèrent à la cérémonie.

Fig. 5. — Salon Louis XV. — C'est dans l'hôtel d'Argenson que se trouvait le salon que nous avons reproduit ici, d'après l'ouvrage publié en 1745 par l'architecte Boffrand. Dans la notice qui accompagne les planches, Boffrand dit : » Les chambres sont ornées de sculptures, de dorures et de glaces, et le plafond du salon, peint par Antoine Coypel, premier peintre du Roy et de S. A. R. M''1' le duc d'Orléans, est un des plus beaux travaux de ce fameux peintre. »

Après la mort de Louis XIV, le nombre des salons où l'on gardait la tradition de l'hôtel de Rambouillet alla en diminuant. La Régence du duc d'Orléans ne fut pas favorable à la société polie. Ce n'était ni au Palais-Royal, ni au château de Saint-Cloud, ni au Luxembourg, que survivaient l'urbanité et la politesse françaises, mais dans les salons privés, par exemple à l'hôtel Sully.

Le salon de l'hôtel de Bouillon, en raison de ses accointances avec la société joyeuse et sceptique du Temple, était moins cérémonieux, moins réservé, moins raffiné.

Le salon de la duchesse du Maine, à Sceaux, était fréquenté par les gens de lettres : des poètes de cour, comme Malezieu, l'abbé Genest et Sainte- Aulaire, faisaient de galants impromptus à l'âge de quatre-vingts ans.

Le duc de Nevers, qui était un représentant exceptionnel de la société polie, avait un salon où les hommes graves et sérieux de l'ancienne cour se coudoyaient avec les beaux esprits et les tètes folles de la Régence.

In.. G. - - Un rendez-vous de chasse a courre. — Le faste des équipages, l'élégance des costumes, tout contribuait à faire de la c/iasse à courre, au XVIIIe siècle, un spectacle d'une magnificence incomparable. Le rendez-vous, en pleine forêt, des veneurs et des grandes dames, au milieu des aboiements des chiens, des sonneries des cors, constituait un spectacle d'une animation indescriptible. Ici, il ne s'agit plus de la chasse au faucon ou a l'épervier des damoiselles du moyen âge. Tout l'équipage est celui d'une chasse au cerf, le laisser courre ou la chasse par lorco.

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