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LA VIE EN FRANCE. — XXIV. RÈGNE DE LOUIS XV

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LA VIE EN FRANCE. XXIV

Règne de Louis XV,

Fig. 1. — Atelier d'un tailleur pour dames. — Au XIIIe siècle, nos couturières et nos tailleurs étaient représentés par plusieurs corps d'état, chacun tirant son nom du vêtement dont il avait la spécialité : pourpointiers, chaussetiers, tailleurs de robes, giponiers, etc.

L'étoffe était presque toujours fournie au tailleur par le client, et le tailleur qui manquait la coupe d'un vêtement devait indemnité. En outre, comme il avait, par sa maladresse, compromis la réputation de la communauté, il était tenu de payer une amende. Le litige était soumis aux jurés et réglé par eux.

Les tailleurs avaient le privilège exclusif de faire, sans exception, tous les vêtements des deux sexes.

Jusqu'en 1675, année où fut créée la corporation des couturières, les tailleurs possédèrent seuls le privilège d'habiller les hommes et les femmes. Les maîtres tailleurs étaient, en 1725, au nombre de 1 882. La corporation, qui avait son bureau quai de la Mégisserie, était placée sous le patronage de la Trinité.

Fig. *?. — Boutique d'un barbier perruquier. — Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, tout barbier était en même temps chirurgien. Dans sa boutique, obscure et sale, il rasait et saignait, coupait les cheveux et posait des ventouses, pansait les plaies, ouvrait les anthrax.

En décembre 1637, Louis XIII autorisa l'établissement d'une nouvelle communauté de barbiers, celle des barbiers-barbants, à laquelle toute pratique chirurgicale était interdite et qui n'avait dans ses attributions que les bains et la coiffure.

Afin d'établir une distinction bien apparente entre les boutiques des barbiers perruquiers et celle des barbiers chirurgiens, les premiers devaient avoir « des boutiques peintes en bleu, fermées de châssis à grands carreaux de verre, et mettre à leur enseigne des bassins blancs pour marquer leur profession et pour faire différence de ceux des chirurgiens qui ont des jaunes ». L'enseigne devait être ainsi libellée: X, barbier, perruquier, baigneur, étuviste; crans on fait le poil et on tienl bains el étuves.

Les premières perruques se composèrent de quelques rangs de cheveux échelonnés autour d'une vaste calotte. On leur donna ensuite la forme exacte d'un bonnet, et c'est ainsi que fut créée la bonnette, dite aussi perruque d'abbé ou perruque ronde.

Sous Louis XIV parut la royale ou /'in-folio, privilège de la haute société, crinière pleine de majesté, faite pour des statues plus que pour des vivants.

Sous Louis XV, les perruques deviennent plus basses et plus étroites; puis on les sépare en trois touffes qui composent les cadenettes sur les côtés et la queue par derrière. Le dessin, d'ailleurs, varie à l'infini. On peut choisir entre les perruques de chasse, à nœuds, à deux queues, naissante à la chancelière; à la Sartine, adoptée par ce magistrat; à la régence ou à bourse, portée par la valetaille.

Fig. 3. — Un salon bourgeois au xviii8 siècle; la leçon de danse. — Les danseurs en vogue, lorsqu'ils allaient donner leurs leçons en ville, se faisaient accompagner par un serviteur qui portait leur violon. Ils se faisaient payer fort cher. Regnard nous l'apprend dans sa farce du Divorce, jouée au théâtre italien en 1688 : « Colombine. Un demi-louis d'or pour une leçon ! On ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu'un écu par mois. — Arlequin. // est vrai ; mais dans ce temps-là, les maîtres à danser n'étoient pas obligés d'être dorés dessus et dessous comme à présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit par toute la ville. »

Nemeitz, racontant son voyage à Paris, constate qu'au commencement du XVII r- siècle « fout le monde apprend au-

jourd'hui à danser un menuet ; c'est au point que, même les compagnons cordonniers et tailleurs prétendent y exceller)).

Fig. 4. — Un réveillon rustique. — Pas de chaumière qui n'eût sa bûche de Noël, parfois un tronc d'arbre, flambant dans un large foyer pendant la nuit de Noël. La porte de la grande pièce, servant de cuisine et même de chambre à coucher, /'estait ouverte aux pauvres gens, aux pèlerins, aux voyageurs, qui avaient le droit de se chauffer à la bûche de Noël, et dont le couvert se trouvait mis à la table commune.

Le repas se composait d'une bonne soupe aux choux, d'une oie grasse ou d'une dinde bourrée d'une farce succu lente. Selon les usages de chaque province, on confectionnait des coquilles dans le Nord, des cognés en Lorraine, des bourdes dans les Ardennes, des kenioles en Flandre, des naulets dans le Centre, et des craquelins en Normandie.

Fig. 5. — Le cocue d'osiep, de Versailles. — Le coche d'osier ou carabas, lourde voiture montée sur quatre roues et tirée par huit chevaux, était construit en vannage d'osier doublé de toile cirée ou de toile peinte à l'huile ; il pouvait contenir vingt personnes en comptant celles qui s'installaient dans des paniers accroc/iés à chaque portière. Quand les bagages n'étaient pas trop nombreux, on logeait encore, au besoin, quelques voyageurs dans des paniers à bagages placés devant et derrière la voiture.

Le voyage durait six heures et demie.

Fig. 6. -- Un bu rica u de la petite poste de Paris en 1760. — En 1653, M. de Velayer essaya d'instituer à Paris la petite poste. A cet effet, des boites furent placées en six endroits différents de la ville. Les Parisiens firent l'accueil le plus stupide à ce premier essai ; les boites furent remplies de saletés de toute sorte, et la plaisanterie favorite du public fut d'y mettre des souris qui mangeaient les lettres. La tentative échoua et Paris demeura sans service postal, par sa propre faute.

Plus d'un siècle plus tard, en 1760, l'idée fut reprise par NI. de Chamousset, qui organisa une petite poste à laquelle il employait cent dix-sept facteurs, auxquels on remettait directement sa correspondance. Ils étaient munis d'une crécelle criarde, qu'ils faisaient grincer sans cesse en marchant pour avertir le public de leur passage. Au coin des rues, des gens firent bien vite métier de les attendre, se chargeant, moyennant une très modique rémunération, de transmettre les lettres au facteur. Cependant l'État n'allait pas tarder à s'apercevoir que la poste pouvait être pour lui une source de revenus considérables ; à la fin de l'année, Louis XV, moyennant une rente viagère de 20 000 francs, rachetait à M. de Chamousset sa petite poste, qui avait donné déjà 50 000 francs de bénéfices.

Fig. 7. — Une vinaigrette. — La vinaigrette n'est guère que l'ancienne chaise à porteurs montée sur deux roues et munie de deux brancards entre lesquels se place le brouetteur, dit aussi bricolier, tireur, traîneur ou conducteur de brouette.

Ces voitures, mises en service à la fin du XVII" siècle, furent aussitôt « le jouet des jeunes gens, des cochers et des gens de livrée ; il y eut même des violences faites et des excès commis contre ceux qui étaient employés à les rouler)). Les sieurs Dupin, Chanderolle et Paris, qui en avaient le privilège, obtinrent une ordonnance de police défendant « à toutes personnes, de quelque qualité ou condition que ce soit, d'empêcher l'établissement dudit nouveau roulage, par voyes de fait, insultes, injures, huées, paroles ou autrement, à peine de cinq livres d'aimnde ; à tous cochers, laquais et gens de livrée, à peine de prison et punition exemplaire ».

LA MONARCHIE ABSOLUE

i on

Le lever du roi au XVIIIe siècle (Estampe de la Bibliothèque nationale).

II. — LE GOUVERNEMENT, LA SOCIÉTÉ ET LA CIVILISATION A LA FIN DU XVIII» SIÈCLE

Après la mort de Louis XV, la monarchie fut encire pendant quelques années le gouvernement de la France, mais elle était déjà ruinée par les abus, par la persistance héréditaire de privilèges, choquants parce qu'ils n'étaient ['lus corrélatifs de devoirs et rémunérateurs de services rendus. Un stérile effort de rénovation fut tenté sous Louis XVI et une crise financière aiguë fut l'occasion immédiate de la chute de l'ancien régime. Le règne de Louis XVI appartient donc déjà à la Révolution, et c'est en 177 'i bien plutôt qu'en 1789 qu'il convient de se placer pour considérer l'état du gouvernement, de la société et de la civilisation à la lin du xvuie siècle.

ll gouvernement et l'administration

L'ancien régime. — Deux traits essentiels caractérisent l'ancien régime, auquel allait mettre fin la révolution de J789: au point de vue politique, l'absolutisme du pouvoir royal ; au point de vue social, l'inégalité des charges publiques et des droits civils, c'est-à-dire les privilèges.

L'absolutisme. — La théorie et la pratique de l'absolutisme royal restèrent en vigueur jusqu'à la Révolution. L'abbé Terray i ''-pondait à un plaignant : « Apprenez, monsieur, que les biens des citoyens sont ceux du roi. » Louis XVI lui-même disait au duc 'I Orléans : « C'est légal parce que je \<- veux. » Et les vieux auteurs affirmaient la toute-puissance du souverain dans le brocard bien connu : « Si veut le roi, si veut la loi. ■>

l.a France n'a pas de constitution écrite, positive, lianl le souverain, limitant sa volonté. Les anciens auteurs parlenl bien des « lois fondamentales de la monarchie », mais il faul entendre par la les maximes de droil public dégagées <\<-< précédents el des traditions par les publicisti -. i i cette constitution coulumière n'oblige pas le roi. Le i!i novembre 1787, le garde des sceaux expose au Parlement les principes* qui tiennenl a l'essence de la monarchie , après que Louis XV| a déclaré qu'il ne permettrai I pas qu'ils lus- - I m méconnus ou altérés ». — « Ces principes, universellement

admis parla nation, dit Lamoignon, attestent qu'au roi seul appartient la puissance souveraine dans son royaume; qu'il n'est! comptable qu'à Dieu de l'exercice du pouvoir suprême, que le roi est chef souverain de la nation et ne fait qu'un avec elle; enfin que le pouvoir législatif réside dans la personne du souverain, sans dépendance et sans partage. Il résulte de ces anciennes maximes nationales, attestées à chaque page de notre histoire, qu'au roi seul appartient le droit de convoquer les Ftats généraux, que lui seul doit juger si cette convocation est utile ou nécessaire, qu'il n'a besoin d'aucun pouvoir extraordinaire pour l'administration de son royaume; qu'un roi de France ne pourrait trouver dans les représentants des trois ordres de l'État qu'un conseil plus étendu, composé des membres choisis d'une famille dont il est le chef, et qu'il serait toujours l'arbitre suprême de leurs représentations el de leurs doléances. »

En fait, l'administration, 1res centralisée, ne trouve dans aucun pouvoir de contrôle le contrepoids nécessaire. Les Fiais généraux, dont l'impuissance s'est accusée en 1614, n'ont pas été convoqués depuis celte date, et les assemblées de notables, composées par le roi, lui sont d'avance acquises. Depuis les troubles de la Fronde, l'énergique politique de Louis XIV a dompté le Parlement, et, même au xvmc siècle, ses remontrances les plus bruyantes restent dépourvues de sanction elfeetive. Personne en France, hormis le roi, n'a le droit île traduire en acte une volonté. Le gouvernement est bon si le roi est conscienl el soucieux de ses devoirs; il esl mauvais lorsque le roi est mal secondé, ou encore quand il est fou comme Charles VI, ou vicieux comme Louis XV. Les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire s'identifient avec la personne royale et se confondent en elle». Le souverain fut entouré de l'affection «le ses sujets tant que ceux ci dont le loyalisme el le patriotisme idenliii.iieni le roi et la France - - trouvèrenl dans leur chef le défenseur

du bien public; mais, au xvme siècle, pendanl le règ le Louis XV,

la nation, victime des abus d'un gouvernement impuissant à soulager ses misères, s'indigna de- scandales de la Cour, qui lassèrent son respect pour la personne royale et, par suite, son affection.

Les libertés publiques. Les particuliers a'avaienl ni la jouissance m l'exercice de, libertés publiques, el le pouvoir monarchique ne respectail obligatoirement ni la liberté individuelle,

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