ROCROI
19 mai !6<+3
Plan de la bataille de Rocroi.
pilaine était mortellement blessé sur le champ de bataille.
La fin de l'année fut malheureusement attristée par un échec passager :
Rantzau, successeur de Guébriant à la tête de l'armée weimarienne, avait dû repasser le Rhin, après s'être laissé surprendre à Deutlingen par le Lorrain Mercy, le premier capitaine de l'Allemagne au xvne siècle, passé- du service de l'Empire à celui de la Bavière 25 novembre 1043).
Batailles de Fribourg(1644), de Nlarienthal (1645) et de Nordlingen (1645). — On appela d'Italie, pour réorganiser les troupes, un jeune général aussi prudent que Condé était impétueux et qui devait balancer sa gloire dans l'histoire : Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, qui venait d'être nommé maréchal de France à trentedeux ans. Pour obtenir plus sûrement la victoire, on chargea le duc d'Enghien lui-même, rappelé de Flandre, de la conduite des opérations. Condé
Le duc d'Enghien à la bataille de Rocroi (Cabinet des Estampes).
r. \ MONARCHIE ABSOLUE
IllCIll-LIK (I ET MAZARIN
franchit le Rhin el rencontre Mercj près de Fribourg-en-Brisgau, formidable in en I retranché derrière des montagnes ci des forêts do sapins. Il prend l'offensive, livre quatre batailles en huit jours cl force l'ennemi à se replier sur la forèl Noire b aoûl 1644). Il avait jeté son bâton de commandement par-dessus les palissades ennemies et était aile le reprendre à la tête d'un régiment. L'occupation de Philippsbourg ci de Mayence lui le fruit de la victoire 0 et 17 septembre .
Après la sanglante campagne de 1644, le soin île conserver nos conquêtes sur le Rhin fut confié à Turenne. Il hiverna à Spire à la tète d'une armée mal payée, et. au printemps suivant, après avoir rejeté Mercy eu Franconie, il oui l'imprudence de disséminer ses cantonnements autour de Marienllial. Repoussé à son tour dans la nuit du 15 mai 1645, il se replia en bon ordre sur la liesse.
Enghien accourt, atteint Mercy près de Nordlingen Bavière , lui tue 4 000 hommes et lui inilige après une lutte opiniâtre une sanglante défaite :i août 1045 . Mercy était secondé par le brave Jean de Werth et le général autrichien Gleen; d'Engbien, par Turenne et le maréchal de Gramonl : tous se plongèrent au plus fort de la mêlée, firamont fut l'ait prisonnier et échangé ensuite contre Gleen, tombé entre nos mains. L'illustre Mercy fut tué'.
Cette nouvelle victoire mit le comble a la gloire du duc d'Engbien. Turenne, qui y avait eu une large part, acheva la campagne en ramenant l'électeur de Trêves dans sa capitale, pendant que l'électeur de Saxe déclarait sa neutralité'.
Campagne de 1646 : Opérations en Italie. Prise de Dunkerque.
— L'année 1 G 4 1 > ne nous lut pas moins favorable. Le pape Innocent X, élu en 1644, s'étant montré résolument hostile à Mazarin, Je cardinal lit occuper, après un premier échec devant Orhitello (14 juin 10 Ï0 , l'île d'Elbe et Piombino par La Meilleraye et Duplessis-Praslin 29 octobre).
Au même moment parvenait à Paris la nouvelle d'un grand succès dans le Nord. Le duc d'Enghien, après avoir pris Courtrai (2.'} juin , était venu assiéger Dunkerque, boulevard de la Flandre et clef du détroit : la ville se rendit le 11 octobre 1646. Les cours de Vienne et de Madrid commençaient à perdre courage.
Campagne de 1647 : Paix avec l'électeur de Bavière. Siège de Lérida.
— Au début de la campagne de 10 i7, Maximilien de Bavière conclut avec la Fiance un traité de neutralité (traité d'Ulm, 14 mars 1647), et avec lui faisait défection le plus persévérant défenseur de la cause impériale et catholique. Aussitôt après, l'électeur de Mayence et le landgrave de Hcsse-Darmsladl virent leurs États envahis par Turenne.
Mais l'Espagne sembla profiter d'un retour de fortune : en Cata-,
logne, le duc d'Engbien, devenu prince de Condé par la mort de son père, échoua devant Lérida 17 juin); il avait fait ouvrir la première tranchée en pleinjour par son régiment, à la tête duquel marchaienl vingt-quatre violons, « comme m c'eût été pour une noce », dit un contemporain; il avait déjà battu en brèche la contrescarpe de la ville
et du château, ci il allait, peut-être ii iompher du gouverneur, lorsqu'il apprit qu une armée es pagnole ve nait au sci ours de la place.
AbelServien. Aux Pays-Bas, I-
Turenne, gravure do N'anteuil
Espagnols, reprenant l'offensive, enlevèrent Landrecies 18 juillet . En Allemagne, Turenne avait été retenu par la nécessité de combattre l'armée weimarienne révoltée.
Révolte de Naples (1647). — Depuis longtemps, les vice-rois espagnols de .Naples smi liaient le pays à une dévastation systématique; la misère y était universelle, les impôts écrasants, lue gabelle établie sur les 1 1 u ils et leslégumcs par le duc d'Arcos mit le comble à l'ir ritation (1647). Le pécheur Masaniello provoqua une révolte, chassa le vice roi, se lii proclamer capitaine général 7 juil Ici , régna huit jours ci mourut fou ou empoisonné (lo juillet . Jusque-là l'insurrection était demeurée strictement loyaliste, mais la domination espagnole l'ut en cause, un mois plus lard, lorsque, à la suite d'un parjure du vice-roi, il se produisit une nouvelle insurrection.
Mazarin, qui avait prévu ces événements, qui en avait escompté les suites et qui appelait la révolte de Naples « la grande entreprise », voulait y envoyer Coudé' et donner la couronne de Naples au prince Thomas de Savoie-Carignan ; mais les Napolitains proclamèrent la république, manifestèrent leur répugnance pour leur annexion à la France cl trouvèrent un chef dans la personne d'un Français, le duc Henri de Guise, petilfils du Balafré, qu'une intrigue féminine avait conduit en Italie. La légèreté de ce personnage et l'imprévu de son élévation détournèrent Mazarin d'intervenir en sa faveur, et, île fait, Henri de Guise fut abandonné' au boni île six mois par le peuple qui l'avait mis à sa tète. La domination espagnole était rétablie sans que Mazarin eût tenté par un grand effort de s'y opposer : il avait compris qu'il » ne fallait pas se soucier qui serait maître de .Naples, pourvu que les Espagnols en fussent chassés », mais il avait laissé' passer l'heure.
Batailles de Lens et de Zusmarshausen (1648). — La guerre louchait heureusement à salin. L'année 1648 n'avait guère été signalée que par la prise de Tortose par Schomberg et le siège de Crémone par Duplessis-Praslin , lorsque deux coups de foudre vinrent rendre critique la situation de l'Autriche. L'archiduc Léopold-Guillaume, frère de l'empereur Ferdinand III, s'était établi près de Lens, dans une très forte position. Coudé', revenu de Catalogne, attira L'ennemi par une fausse retraite dans une vaste plaine où la gendarmerie française, commandée par le jeune duc de Chàtillon, lils du feu maréchal de ce nom, devait avoir un grand avantage. « Mes amis, dit Condé, ayez bon courage, il faut nécessairement combattre aujourd'hui : il sera inutile de reculer; car je vous promets que, vaillants et poltrons, tous combattront, les uns de bonne volonté, les autres par force.» La lutte s'engagea de part et d'autre avec furie. Condé, comme toujours, fut partout; Chàtillon et le maréchal de Gramont se montrèrent intrépides. On tua 3000 hommes à l'archiduc, et de ce nombre, le vieux général Iteck ; .">iinn prisonniers, 'M canons, le bagage, les drapeaux des vaincus, lurent les trophées de la victoire,
qui I s pei mil il Oi
cuper la ville de Lens (20 août 1648 .
Trois mois auparavant , Turenne , ayant passé le i;hin à Mayence et rejoint en Ba\ ière le
Le général Mercy.
Histoire de France. — II.
2fi
if.
La paix de Munster, par Thr Borcii (Musée d'Amsterdam).
Suédois Wrangel, avait marché contre l'électeur de Bavière, qui avait repris les armes. Vainqueur à Lavingen (novembre 1647), il écrasa à Zusmarshausen, sur le Danube, l'armée austro-bavaroise de Melanda, malgré la défense vigoureuse de l'arrière-garde, commandée par Montecuculli, officier italien au service de l'empereur (7 mai 1648). Poursuivant sa marche, Turenne franchil successivement le Lech, l'Isar, l'Iun, et menaça Vienne : l'Autriche était aux abois. Paix de Westphalie (1648). — Dès 1641, des conférences avaient eu lieu en Westphalie, à Munster entre la France et l'Empire, à Osnabrûck entre les Suédois et l'Empire; elles avaient traîné en longueur parce que, la guerre se poursuivant en même temps que les négociations, chacun des partis en présence espérait toujours une victoire qui servirait ses intérêts ou une trahison qui ruinerait les chances de son adversaire. Les plénipotentiaires français :
le duc de Longueville, le comte d'Avaux et surtout Abel Servien, esprit énergique et froid, eurent à vaincre l'obstination de l'Espagne et de l'empereur, aussi bien que le mauvais vouloir des Hollandais, alliés jaloux de nos progrès, et l'égoîsme des Suédois, enclins à traiter isolément.
Ils ne purent même empêcher les premiers de faire défection et de conclure avec l'Espagne une paix séparée qui reconnaissait leur indépendance (30 janvier 1648) ; mais ce petit échec, d'ailleurs prévu, n'enleva rien aux avantages que nous assura le traité définitif du 24 octobre 1648, connu sous le nom de paix de Westphalie (1). Quatre questions principales y étaient résolues.
(1) Ainsi, le traité de Weslpbalie comprend en réalité deux conventions, dont l'une fut rédigée a Munster et l'autre à Osnabrûck; mais toutes deux furent signées à Munster le s»4 octobre 1648. La première, conclue entre la France, l'empereur el l'Empire, règle principalement les satisfactions accordées à la France; la seconde, rédigée à Osnabrûck et conclue
1° Paix entre l" maison d'Autriclte et la France. - - L'Autriche abandonnait l'Espagne, qui continuait seule la lutte. La France se voyait déflnitivemenl reconnaître la possession : des Trois-Evêchés, qu'elle occupait depuis Henri il : de Pignerol, qu'elle avail pris en 1631 ; de l'Alsace, inoins Strasbourg, qui devenait libre; de Brisacfa et de Philipsbourg, sur la rive droite du Rhin ; du landgravial de la Haute ci de la Basse-Alsace, avec le Sandgau el la préfecture des dix villes impériales d'Alsace Haguenau, Colmar, Schlestadt, etc. . La liberté du commerce sur les deux rives du Rhin était rétablie, de même que celle de la navigation sur ce fleuve, sauf la visite ordinaire des marchandises el 1rs péages accoutumés. i|iii De devaient subir aucune augmentation.
La France restituait à l'archiduc Ferdinand-Charles, comte du Tyrol, les quatre villes frontières du Rhin, le comté de Hauenstein, le Brisgau avec la forêt Noire et tout l'Ortnau. Elle s'engageait à lui payer 3 millions d'indemnité pour le landgravial d'Alsace et la préfecture des dix villes impériales.
2° Satisfactions obtenues par tes alliés de la France — La Suède obtenait ce à quoi elle tenait le plus : un établissement en Allemagne; elle recevait la Poméranie extérieure, avec l'île de Rugen, quelques villes de la Poméranie ultérieure, Wismar, Brème, Verden, enfin le droil de députera la diète, ce qui faisait d'elle une puissance germanique. Le comte palatin, dépouillé de ses États au débul de la -lierre de Trente ans, en recouvrai! une partie, avec le titre d'Électeur. Les princes de liesse, de liadf el de W 11 il eill be|'i{ obteliaienl
des agrandissements.
3° Règlement de Vêtat de la religion en Allemagne. — La liberté de conscience était reconnue aux calvinistes comme aux luthériens, mais chaque prince conservait le droit de ne pas souffrir dans
ses États de religion contraire à la sienne et de forcer les dissidents à émigrer, sans toutefois que leurs biens fussent confisqués. Les sécularisations étaient sanctionnées, sauf celles qui avaient été effectuées au cours des opérations militaires depuis les armées directives, qui étaient 1618 pour la Bohème et 162-4 pour le reste de l'Allemagne.
4° Renouvellement de la Constitution de l'Empire. — Au point de vue politique, le traité de Westphalie marquait l'irrémédiable défaite de la maison d'Autriche. Celle-ci était affaiblie par l'obligation qu'on lui imposait de faire approuver par les diètes d'empire toutes les levées d'argent et d'hommes qu'elle entreprendrait; elle était neutralisée surtout par les accroissements territoriaux que recevaient les puissances protestantes de l'Allemagne du Mord, notamment l'électeur de Brandebourg et le Palatin, au profit de qui était constitué un huitième électorat. Le traité reconnaissait aux princes allemands, vassaux immé-
L'arrestatiou de Broussel, tableau de J.-P. Laurkns.
entre la Suède, l'empereur el l'Empire, a trait aux satisfactions réclamées par la Suède et aux affaires intérieures de l'Empire. D'Avaux, desservi par Servien, fut disgracie sers la fin des négociations. Longueville se préoccupait surtout des l'êtes par lesquelles il assurait l'éclat de sa mission ; ce fut donc Servien qui porta l'effort des dernières discussions.
LA MONARCHIE ABSOL1 E.
RICHELIEU ET MAZARUS
diats(l), le droit de conclure, entre eux ou avec l'étranger, biles alliances qu'il leur conviendrait. C'est grâce à cette disposition que Ma/.arin put former, sous la tutelle de la France, la Ligne du Rhin.
Toutes ces clauses étaient plus ou moins directement favorables à la France. Tarses acquisitions territoriales, elle obtenait la frontière (lu Rhin et des débouchés en Allemagne el en Italie. Par les avantages accordés à ses alliés, elle fortifiait sa clientèle. Par les modifications introduites dans la constitution de l'Empire et que garantissaient les puissances signataires, elle brisait l'unité de l'Allemagne et l'autorité de l'empereur, dont la couronne restait élective.
A un point de vue plus général , la paix de Westphalie faisait triompher définitivement le grand principe de V équilibre européen contre la maison d'Autriche, de même que le traité d'L'trecht 1713) le fera triompher contre Louis XIV, comme les traités de 1815 l'opposeront à Napoléon.
Mathieu Mole, gravure de Nantbcil.
Troubles à l'intérieur. — Pour subvenir aux frais de la guerre, à ses dilapidations, aux largesses par lesquelles il espérait se concilier les courtisans, Ma/.arin avait pratiqué une politique d'expédients; par surcroît, le surintendant Particelli d'Hémeri 2), dont la gestion fut malhonnête autant que maladroite, prépara la banqueroute de l'État après avoir fait banqueroute pour son propre compte. Le surintendant imagina des ressources ridicules, créa des charges de contrôleurs de fagots, de jurés vendeurs de foin, de conseillers du roi crieurs devin; il vendit des lettres de noblesse; il retrancha quelques quai tiers aux rentiers.
Le rétablissement de Védit du toisé 1644 , la taxe sur les aisés 1643), Védit du tan/[1646] (3) mirent aux prises la Cour et le Par-
ti) On désigna sous le nom de primes possessionnés les seigneurs primitivement vassaux immédiats de l'empire d'Allemagne dont les domaines situés sur la rive gauche du Rhin furent compris dans le territoire alsacien cédé à la France. La suzeraineté supremum dominium exercée sur ces princes par l'empereur devait l'être désormais par le roi de France, mais celui-ci ne pouvait prétendre sur eux à la souveraineté absolue {regia superiilas . Cette clause avait pour effet de ménager aux princes allemands qui devenaient Français par l'effet du traité le bénéfice de la situation qu'ils tenaient de la tradition et du droit germanique. L'Aseemblée législative refusa en 1790 de tenir compte de cette situation privilégiée el incorpora aux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin les domaines des princes possessionnés : ce fut une des causes de la guerre de 1792.
(2) En 1653, un banquier napolitain, Lorenzo Tonti, proposa à d'Hémeri un mode d'emprunt particulier, déjà usité en Italie, hase sur une renie viagère servie aux emprunteurs et s'accroissant de la part des souscripteurs décédés. En 1653, un arrêt du conseil autorisa la création de la tontine royale, mais le Parlement refusa d'enre-
er l'edil. En lfi*9. un nouvel emprunt, émis sur les ba-es du système de Tonti, eut un succès considérable, et de nombreuses tentatives du même genre suivirent cel essai La dernière tontine royale ml la /online des gens <le mer, créée en lévrier 1 7»',^.
(3) L'édit du toisé soumettait à une taxe calculée par toise les propriétaires des maison n prolongemehl des faubourgs de Paris au delà des limites fixées pai un édit de Henri II 1548 : une émeute obligea d'Hémeri à le faire rapporter.— Ledit du tarif augmentait les droits d'entrée sur les denrées et les marchandises et frappai I tous les habitants. Le Parlement refusa de l'enregistrer.
lement. Le conllit éclata lorsque l'édit d'avril 1648 prorogea pour neuf ans la paulette voir t. I'1', p. 396), mais en imposant une retenue de quatre années de gages aux titulaires des charges soumises au droit. Exceptés de la mesure, les membres du Parlement de Paris se déclarèrent solidaires des autres cours.
Le Parlement, qui à la mort de Henri IV et à la morl de Louis Mil avait été invile parla royauté elle-même à jouer un rôle politique,
qui constituait une classe sociale riche et influente, qui participait, en droit du inoins, à l'exercice du pouvoir législatif par l'enregistrement des actes royaux el par ses remontrances, estima qu'il avait h' droit d'agir au nom de la nation. Son opposition coïncidait avec la révolution d'Angleterre, et ['exemple de l'assemblée qui avait déclaré la guerre aux Sluarls l'encouragea sans doute à faire un effort vers la liberté. Il se substitua donc aux États généraux et se dressa contre la puissance royale, dont il n'était que le délégué.
Déjà, dans un lit de justice tenu le Fi janvier 1648, le premier avocat général, Omer Talon, s'était exprimé avec beaucoup de force sur l'excès de la misère publique et l'inopportunité des édits bùrsaux. Parlant du peuple des campagnes : « Ces malheureux, avait-il dit, ne possèdent aucuns biens en propriété que leurs âmes, parce qu'elles n'ont pas pu être vendues à l'encan. »
Le 13 mai Ui'iH, le Parlement, la Chambre des comptes, le Grand conseil et la Cour des aides rendirent un arrêt d'union, par lequel ils s'engageaient à redonner les abus. A Ma/.arin, qui raillait en son accent italien l'arrêt d'ognon, les pamphlétaires répondaient : « Cet ognon te fera pleurer. » Mais le ministre ne se laissait pas troubler par les lazzis, et il lit casser l'arrêt; puis, comprenant que le peuple soutenait les magistrats, il obligea la régente à ne pas résister davantage.
Les quatre compagnies, réunies au Palais de justice dans la chambre Saint-Louis (juin 1648), élaborèrent une sorte de constitution en vingt-sepl articles : le Parlemenl exercerait un droil de veto en matière d'impositions el de création de nouveaux offices ; dans les'provinces, on supprimerait les intendants; on abolirait les juridictions d'exception et les lettres de cachet; l'instruction préparatoire serait plus rapide. Toutefois, on n'entendait pas s'insurger
Le cardinal de Retz, gravure de van Schupi'UN.
,t>;au de Saint-Germain en Loye, gravure d Israël SlLVBITRB.
HISTolltrc DE FRANCE
La duchesse de Longueville, grav. de M on cornet (Cab. des Estampes).
contre le principe archique; un parlementaire répondait à une
avance du prince de C lé : « Je vous prie de dire h monsieur le
prince que je suis son très humble serviteur toul autanl qu'un avocal général du roi peul I iHre. »
Broussel. Journée des Barricades. Paul de Gondi (16481. -- La Cour céda sur la pluparl des points ; des déclarations royalespôrtèrent révocation des intendants de justice, spécifièrent qu'aucune iiii|iiisiiiini ne sérail levée à l'avenir qu'en vertu d'édits dûment vérifiés, et une ordonnance fui rendueà Saint- Germain 22 octobre 1648) sur « le l'ait de la justice, police el finances ». Lorsque arriva à Pans la nouvelle de la victoire de Lens, le petit roi, habitué à entendre parler des magistrats comme de rebelles, s'écria que le « Parlement allait être bien fâché ! » Au sortir du Te Deuin, Mazarin crut pouvoir frapper un grand coup : il lit arrêter (26 août 1648), en plein midi, trois des plus opiniâtres magistrats du Parlement : Novion Blancmesnil, présidente mortier; Charton, président d'une chambre des enquêtes, et Broussel, doyen des conseillers de la grand'chàmbre.
« Broussel, populaire, n'avait de recommandable que ses cheveux blancs, sa haine contre le ministère et la réputation d'élever toujours la voix contre la Cour sur quelque sujet que ce fût. Ses confrères en faisaient peu de cas, mais la populace l'idolâtrait. » (Voltaire.) La foule s'ameute, criant : Liberté et Broussel ! Depuis Notre-Dame jusqu'à une portée de pistolet du Palais-Royal, des barricades s'élèvent, si solidement établies et si bien gardées que « tout le reste du royaume assemblé n'eût été capable de les forcer ». Le chef du mouvement était Paul de Gondi, resté fameux sous le nom de cardinal de Retz.
Paul de Gondi, né le '20 septembre 1613, fils d'un général des galères, est une figure curieuse. Laid, mal fait, maladroit de ses mains, mais de Hère mine, il était dévoré d'ambition, bien que saint Vincent de Paul eût été son précepteur; il voulait éblouir, se montrer, el ses appétits, unis à une activité dévorante et. à un manque complet de scrupules, firent de lui l'aventurier le plus remuant de son siècle. On a dit de lui qu'il était un mélange d'Al-
cibiade et de Gatilina : tous les talents, mais toutes les audaces. Le jour où , grâce à Anne d'Autriche, il fut nommé coadjuteur de l'archevêque de Paris, son oncle et parrain, il lit de la chaire la tribune d'où il appela le peuple à la sédition. Cet étrange homme d'Église, qui prétendait au chapeau de cardinal et à la charge de premier minisire, laissait sortir de sa poche le manche de son poignard, qu'on appelait son bréviaire.
Le Parlement délibéra de se rendre en corps vers la reine pour lui demander messieurs les absents.
Lu prince de Conti, Conduit par le pre-
;iavmv de Boussui i i mier président Ma-
Lliieu Mole, il s'avança à travers les barricades au milieu des cris : Vive le Parlement! Vive Hrmumel! Sur l'insistance de Mazarin, la reine consentit h promettre la liberté des prisonniers, h la condition que I" Parlement cessât son opposition. Comme la Compagnie se retirait pour délibérer, au coin de la rue de l'Arbre Sec un marchand de fer prit Mole par le bras et, le menaçant de s. m pistolet : « Tourne, traître, lui dit-il; et si tn ne veux être massacré, toi et les
liens, ramène-nous Broussel ou Mazarin en otage. »
Mole, calme et grave, continue lentement son chemin :
« Quand vous m'aurez tué, dit-il, ii ne me faudra que six pieds (le terre. »
Anne d'Autriche, devant une nouvelle démarche de la députation, se rendit aux raisons de Mazarin et de la reine d'Angleterre exilée en France par une révolution (1) : Broussel fut mis en liberté ; les barricades tombèrent.
La Fronde. — Fronde parlementaire. — Mazarin ne s'était incliné que parce qu'il n'avait pu faire autrement. La paix signée, il voulut prendre aussitôt sa revanche et, le 6 janvier 1641», la nine se retira avec son fils el Mazarin au château de Saint-Germain, d'où elle ordonna aux membres du Parlement de sortir de Paris dans les vingt-quatre heures. La guerre civile qui éclata alors, et qui ne devait cesser qu'en juillet 1653, reçut le nom de Fronde, « guerre d'enfants, nommée fort bien du nom d'un jeu d'enfant, guerre d'intrigues, où l'on vit un mélange d'écharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons dans les salles de l'hôtel de ville, de tambours et de trompettes sur biplace publique, spectacle qu'on voit plus dans 1rs romans qu'ailleurs ». (Retz.) On appela frondeurs les mécontents qui attaquaient l'administration du cardinal, et mazarins les partisans du ministre. La Fronde était l'aboutissement du malaise causé par la situation financière, l'aggravation des impôts et la misère générale. Elle eut pour agents les magistrats «lu Parlement et les princes, les uns désireux de conquérir des prérogatives politiques, les autres de satisfaire leur ambition.
Condé, à qui la reine (il appel pour défendre le trône, menaça le Parlement, qui mit Mazarin hors la loi (8 janvier 1649), ordonna aux bourgeois de prendre les armes et prit des mesures de défense. Le prince de Conti, son frère, devint le généralissime des frondeurs,
Le duc de Longueville, dessin de Dumonstier (Louvre).
( l ) Henriette -Marie de France 1605-1669 , tille de Henri IV el de Marie île Médicis, ai ail tpousî CharlesD1', roi d'Angleterre, en lti^H. Elle ne trouva pas auprès de Mazarin le-secours effectif sur lequel elle avait compté. Très éprouvée une première fois en apprenant l'exécution du roi (1649), elle devait l'être de nouveau lorsque, après la paix de 1655, Crormvell obligea Louis XIV à l'appeler « Monsieur mon frère » et exigea que ses deux (ils, Charles (II) el le duc d'York (Jacques II), fussent reconduits à la frontière.
La duchesse de Montpensier gravure d'après Rig vud.
LA MONAHCHÏF. ABSOLUE.
Il I Cil KM Kl ET M A/ Ali IN
qui occupèrent la Bastille sans résistance; Mmcde Longue ville et la duchesse de Bouillon s'établirent à l'hôtel ilf ville: Turenne se déclara pour Paris. Il y avait aussi parmi ces prunes remuants, devenus un moment les alliés des parlementaires, le due de Beaufort, le Rot des Halles, précieux instrument dans les mains de Gondi; les durs île Longueville, de Bouillon et de La Rochefoucauld; la duchesse de Chevreuse; la duchesse de Montpensier, la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, qui ne songeait à rien moins qu'à épouser Louis XIV pour devenir reine de France. Une levée de 12000 hommes fut déridée par arrêt du Parlement : ce fut la cavalerie des portes eochères, parce que chaque porte cochère avait dû fournir un homme monté. Les vingt conseillers nommés par Uichelieu durent donner cliacun 15000 livres : on les appela les Quinze- Vingts. La petite troupe de Gondi, archevêque titulaire de Corinthe, le véritable inspirateur des troubles, fut baptisée régiment de Corinthe, et l'on qualifia de première aux Corinthiens l'insuccès de ce régiment dans une rencontre avec le parti de la Cour.
La province se montra favorable à la cause des magistrats et plusieurs Parlements rendirent contre Mazarin des arrêts semblables à celui du Parlement de Paris. En Provence, on en vint aux mains dans les rues d'Aix; en Normandie, la noblesse et la magistrature firent cause commune; en Poitou, le duc de La Trémoïlle, beau-frère du duc de Bouillon et dévoué à ses intérêts, promit d'amener 6 000 hommes au secours de Paris révolté. A Angers, où il n'y avait pas de Parlement, la magistrature, qui accaparait les fonctions municipales, se déclara pour la Cour, tandis que la petite bourgeoisie et le peuple prenaient parti contre elle.
Paix de Rueil (1649). — Le Parlement de Paris ne tarda pas à se lasser d'auxiliaires compromettants au point d'accepter le secours de l'Espagne, et cette alliance avec l'étranger ne répugnait pas moins aux bourgeois, qui d'ailleurs regrettaient leur tranquillité. Après les affaires de Lagny et de Charenton, où Conli fut battu par Condé, le premier président se mit en rapport avec Mazarin et, par la paix de Rueil (14 mars 1649), le Parlement se soumit. Ce fut la fin de la Fronde parlementaire. La Cour offrit à Gondi de payer ses dettes : Mazarin lui conseilla perfidement de refuser l'argenl el de
demander le gouvernement de Paris. Gondi t ba dans le piège el
perdit tout.
Fronde des princes (1650). — Mais à la Fronde parlementaire succède la Fronde des princes, provoquée par Condé qui, n'estimant pas suffisante la récompense de son concours, s'entoure de tous les mécontents et se prépare à la guerre. Il ne lui suffit pas d'être nommé gouverneur de la Guyenne; il rêve de prendre la place de Mazarin, avec qui l'ont brouillé ses insolences envers le prcnïier ministre (1), ses extrêmes prétentions et celles des « petits-maîtres qui lui font cortège. Pour se débarrasser de Condé, Mazarin promet le chapeau de cardinal à Gondi, qui réussit à assurer au ministre l'alliance du Parlement; le vainqueur dr> Rocroi csl arrêté d'ordre de la reine et incarcéré avec son frère Conti el son beau-frère Longueville janvier 1650 .
La princesse de Condé se rendit à Bordeaux, où elle entraîna contre le Parlement, ennemi de Mazarin mais fidèle au roi, le peuple et la petite bourgeoisie (juillet 1650) qui, par leurs relations com merciales avec l'Angleterre, étaient au courant des événements d'outre -Manche.
Union des deux Frondes. Exil de Mazarin (1651). Mazarin avail promis à Gondi le chapeau de cardinal : Gondi, déçu, fui l'instiga t.-ur d'une nouvelle agitation, au cours de laquelle s'unirenl le Pai lementet les princes, qui se mirent d'accord pour demandi délivrance des prisonniers et le renvoi de Mazarin février 1051 Le ministre se rendit au Havre, où étaient détenus les princes,
Sacre et couronnement de Louis XIV, gravure de Le Pautiîr.
dans le but de transiger avec eux; mais on se joua de son impuissance et il se l'élira à Bruhl, près de Cologne, pendant que Gondi prenait rang parmi les princes de l'Église sous le nom de cardinal de Retz, soulevail les Parisiens et Taisait nommer Gaston d'Orléans lieutenant général du royaume.
Majorité de Louis XIV (1651). - Louis XIV avait atteint sa treizième année le U septembre 1654 : il tint en personne, le surlendemain, un lil de justice où fui déclarée sa majorité el ann ;a
au Parlement qu'il allait prendre lui-même les rênes du gouverne nient. Il fui sacré' à Reims le 7 juin 1654.
Combat du faubourg Saint-Antoine (1652) De rétour à Paris, Condé, par ses insolences el ses prétentions, se brouille avec la reine, avec Paul de Gondi, avec le Parlement, Ne se sentant plus en sûreté, il pari | ■ soulever la Guyenne I el s'allie formellement .i\ ec l'Espagne 9 novembre I551 .
De Poitiers, où des forces royalistes axaient été dirigées pour agir contre le rebelle, Anne rappela Mazarin, donl elle ne pouvait se passeï décembre 1851 : le Parlement riposta en mettant h prix la tête du cardinal. La Cour étail perdu.' si celui-ci, demeuré en
1 II lui écrivit un jour : A l'illuslrissimo signor Faquino, et une autre fois, prenant congé de lui, il lui dit : Adieu, Mars!
I Bordeaux étail très divisé : on y trouvait le parli des princes le parti de* parlementaires el le parti démagogique de l'O isi appelé parce
que -> adhérents e réunissaient dans un lieu planté d'ormes, près le forl du lit Les ormisles, donl Condé accepta le i 'nom', parce qu'il ne po [es contenir, avaient pour devi es:Eslo < lentes sicut serpentes el i os populi, vox Dei. Ils furent quelque lemp li ■■ lis maîtres de la vill en juillet 1653, ils se firent abandonnés par les bourgeois, qui o rent
Condé de faire sa paix avec la Cour juillet 1653). Les chefs du i ■■ ment
furent exclus du bénéfice de l'amnistie.
HISTOIRE l>i: FRANCE
i ela i ions constantes avec \ nne d'Autriche cl a\ ce Miche*] Le Tellier, dévoué serviteur dé la reine mère, n'avait su gagner le maréchal de Turenne, passé un moment au parti des factieux sous l'influence de la duchesse de Longueville, Vainqueur à Bléneàu, sur le Loing
s avril 1652 , Condé avait marché sur Paris ; Turenne, qui avait reçu un rénforl de linon hommes, le poursuivil jusque sous les murs de la capitale, et uu combal s'engagea à la porte Saint-Antoine
■1 juillet 1652 . L'armée frondeuse, soutenue par une noblesse vaillante, que commandait l'un îles premiers généraux ilu monde, lii dans cette sanglante journée une résistance furieuse. « -I'' o'ai pas
vu uu Coridé, disait Turenne,
j'en ai vu plus de douze. » Cependant les rebelles allaient être pris en liane et en queue par Turenne el le maréchal de l.a Ferté, lorsque M"'' de Montpensier, qui pensait maintenant à épouser Condé, lil tirer le canon de la Bastille sur l'armée royale victorieuse et la contraignit à la retraite (1er juillet 1652),
Rappel de Mazarin. — Condé, rentré dans Paris, souilla sa victoire par le massacre des mdzarins, à l'hôtel de ville, massacre dont on l'accusa même d'avoir donné le signal, d'accord avec le duc d'Orléans, et que, du moins, il n'ejnpêeha pas (4 juillet 1652). Ces assassinais firent horreur, cl, condamné par l'opinion, ('.onde abandonna Paris à la Cour (13 octobre 1652] pour se retirer en Flandre, au milieu des Espagnols, lie furent les Parisiens eux-mêmes qui vinrent à Compiègne demander au roi de revenir dans sa capitale. Le roi et la reine rentrèrent au Louvre (21 octobre). Gaston d'Orléans gagna Blois, où il termina dans l'obscurité sa lamentable carrière (1660). La « Grande Mademoiselle » s'enfuit à Saint-Fargeau. Paul de Gondi fui interné' à Nantes. Mazarin rentra victorieux à Paris après deux ans d'exil (février 1653). C'était la fin de la Fronde, mais il fallut encore plusieurs mois de lutte pour rétablir la paix dans les provinces révoltées.
La tentative du Parlement était fatalement vouée à l'impuissance, non parce qu'il empiétait sur les altributions des Liais généraux et que son action était, comme nous dirions aujourd'hui, anticonstitutionnelle : il avait pour lui la petite bourgeoisie et le peuple qui, se défiant de la municipalité toute dévouée à la Cour, considérait les gens de robe comme ses protecteurs et ses guides. Mais les agita-
Combat de la porte Saint-Antoine (Cabinet des Estampes).
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