‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 77 sur 196 · OM · texte numérisé non relu

OM

BufTon Bernard de Jussieu

(Estampes de la Bibliothèque nationale).

Laurent de Jussieu, gravure de Boilly

Lacépède

(Musée Carnavalet).

Lavoisier (1743-1794) eut la gloire de réunir en un corps de doctrine admirablement ordonné tous les faits épars observés avant lui. L'oxygène avait été isolé presque en même temps par le Poméranien Scheele et l'Anglais Priestley

177 i : Lavoisier reconnut dans ce gaz l'élément de la genèse chimique, comprit le rôle important qu'il joue dans la formation des acides, des bases ou des oxydes, montra que l'air est formé de deux gaz, azote et oxygène, que l'eau se compose d'oxygène et d'hydrogène, et il formula la loi des poids ou de conservation de la matière. Le calorimètre, qu'il imagina avec Laplace, lui servit à mesurer les quantités de chaleur mises en jeu dans un grand nombre de réactions. L'importance physiologique de l'oxygène ne lui échappa pas ; il se rendit compte que la respiration des animaux n'était qu'une combustion lente de carbone et d'oxygène. Avec une remarquable puissance de raisonnement et une habileté d'expérimentation sans rivale, il établit

17^7 la nomenclature chimique, aidé dans celle tâche par Berthollet, Fourcroy et Guyton de Morveau. En 1789 il publia son Traité de chimie : la chimie moderne était définitivement édifiée.

Sciences naturelles. — Géologie. — Deux écoles géologiques

sont en présence : les « neptuniens », qui dominent en Allemagne

avec Werner, expliquent la formation du globe par l'action des

eaux; les « vulcaniens >>, qui dominent en France avec le minéralo-

Dolomieu (1750-1801), expliquent tout par l'action du feu.

Buffon, dans ses Epoques de la nature, n'a pas fondé la géologie, mais il a dit le premier que des bouleversements successifs avaient préparé l'état présent du globe et que les entrailles de la terre renferment les témoins de ces révolutions. Il n'a pas non plus créé la paléontologie, mais il l'a annoncée en émettant l'opinion que différents états de création s'étaient succédé et que des espèces s'étaient perdues.

Guettard (1715-1786) signala l'origine volcanique des pays d'Auvergne, décrivit les fossiles du bassin de Paris et eut le premier I idée d'une carte géologique de la France.

Botanique. — La classification botanique de Linné dut subir d'impôt tantes transformations pour devenir véritablement scientifique : Bernard (1699-1777) et Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836) accomplirent cette ré-forme. D'après les caractères « dominateurs » de I embryon, ils rangèrent les familles végétales en trois grandes classes : acotylédones, monocotylédones el dicotylédones.

Micrographie et zoologie. — Louis Joblot, de Bar-le-Duc, augmenta

Lavoisier, par Houdon (Louvre)

circonstances favorables pour produire le développement des êtres qu'ils portent en eux(l).

Par ses Mémoires pour servir « l'histoire des insectes (1734-1742), Réaumur enrichit l'entomologie d'observations importantes, pendant que Bonnet, après s'être illustré également par des travaux micrographiques, se consacrait à la philosophie de la nature.

Mais Buffon domine tous les naturalistes de son siècle par la grandeur et la popularité de son œuvre, par le charme et la magnificence de son style. De 1749 à 1767 il publia, en collaboration avec Daubenton, la partie de son Histoire naturelle relative aux quadrupèdes ; avec Guéneau de Montbéliard, l'abbé Bexon et Sonini, l'histoire des oiseaux; puis Lacépède rédigea seul celle des reptiles (1788) et des poissons (an IX-an XI •

Sciences médicales. — L'école médicale française du xvnie siècle jouit d'une réputation légitime.

Pourfourt du Petit s'occupa surtout des maladies de l'œil et du mécanisme de la vision. Le Danois Winslow, professeur au Jardin du roi, écrivit une Exposition anatomique de la structure du corps humain (1732). Jean Sénac se montra le digne émule de l'Italien Morgagni dans son Traité de la structure du cœur (1749). Demours découvrit la membrane vitreuse de l'œil et Baudelocque excella dans l'art des accouchements.

Le célèbre Bordeu, de Montpellier (1722-1776), reconnut la nécessité de recourir à l'anatomie pathologique pour trouver le siège et la nature des maladies. Ses recherches sur les glandes lui assurent une place honorable comme physiologiste. Quant à sa doctrine vitale, elle se rattachait aux théories de Stahl, qui enseignait que le corps est un agrégat de matériaux dont l'âme fait un organisme vivant : selon Bordeu, le cerveau, le cœur et l'estomac constituent les rouages indispensables de la machine humaine; la vie générale de l'individu est la somme des vies partielles des organes; le physique et le moral de chaque homme dépendent de te] ou tel organe ; la suractivité d'un de ces derniers, entretenue aux dépens des autres, détruil peu à peu l'équilibre d'où résulte la santé'. La thérapeutique de Bordeu reposaiten grande partie sur l'emploi des eaux minérales. De son côté, Barthez, de Montpellier, soutint, dans sa Science de l'homme (1778 , l'existence d'un principe vital distinct des propriétés physiques el capable d'en atténuer les effets.

De Lasonne, premier médecin de Louis XVI, publia une monogra-

I) Kouarski, Mémoires de la Société des tel Ires, sciences et arts de liarle-Duc, 3e série, t. IV, 1895.

inSTOIKH DE FKANCI':

[iliie de la rate et provoqua la fondation de la Société royale de médecine (1778). Enfin Lavoisier, en expliquant le mécanisme de la respiration, renouvela les bases de la physiologie et, par suite, la médecine. M Acad'mie royale de chirurgie, fondée en 1731 sur la proposition de Maréchal, chirurgien de Louis XV, et définitivement organisée en 1751, fut placée sous la protection directe du roi. La pratique

L'abbé de L'Épée, gravure de Bonn e vil le.

Valentin Haùy

chirurgicale fut allégée d'une foule d'emplâtres et d'onguents dont était surchargé le traitement des plaies.

Jean-Louis Petit imagina un instrument pour extraire de l'œsophage les corps étrangers et expliqua le mécanisme suivant lequel s'arrêtent les hémorragies. De La Faye enseigna les Principes de la chirurgie (17 39); Baseilhac, plus connu sous le nom de frère Côme, inventa un nouveau lithotome; Morand, Le Cat et Pouleau, de Lyon, se distinguèrent par leurs succès dans l'opération de la taille; Louis porta son attention sur les amputations, l'opération des hernies, le bec-de-lièvre et la nécrose de l'os maxillaire; Desault, « ce bourru bienfaisant », comme l'avaient surnommé ses élèves, se révéla grand analomiste et chirurgien.

En 1781, Laumonier, de Rouen, pratiqua le premier l'ovarioloinie. 11 enregistra un succès, mais il n'eut d'imitateurs qu'en 18Û9.

L'abbé de L'Épée (1712-1789) fonda et entretint une école de sourds-muets, s'appliquant à développer leur intelligence à l'aide d'un certain nombre de signes conventionnels, créantune méthode dont le principe est qu'il faut « faire entrer par les yeux dans leur esprit ce qui est entré' dans le nôtre parles oreilles ». Valentin Haùy (1740-1822) se consacra à l'instruction des aveugles, comme l'abbé de L'Épée se dévoua à celle des sourds-muets; il inventa l'impression des livres en relief et fonda à Paris (1784) l'établissement qui devint l'Institution nationale des Jeunes-Aveugles.

Magnétisme animal. — On entendait autrefois par magnétisme animal la doctrine d'après laquelle les corps subissent l'influence

Mesmer (D'après une gravure du temps).

d'un fluide universel analogue au lluide magnétique et capable de déterminer chez l'homme des phénomènes spéciaux liés à des perturbations nerveuses. Mesmer (1733-1815) la fit passer dans la pratique (1779) en dirigeant le prétendu principe universel sur les malades au moyen de passes et d'attouchements. Il se servait d'un baquet circulaire rempli d'eau, contenant au fond un mélange de limaille de fer et de verre pilé, et surmonté de tiges métalliques; les malades, se touchant par les pouces et chacun tenant une des tiges, dont la pointe était appliquée sur la partie endolorie, attendaient l'iniluence des passes et du lluide. Lne commission, sur le rapport de Bailly (1784), et l'Académie de médecine condamnèrent la pratique de Mesmer; maisL. de Jussieu se sépara de ses collègues, estimant que Mesmer était sur la voie d'une vérité féconde. D'autre part, des phénomènes de somnambulisme provoqué furent observés en 1784 par le marquis de Puységur.

Le mesmérisme fut une tentative prématurée de systématisation, à l'aide d'une hypothèse erronée, des phénomènes de l'hypnotisme. Les physiologistes modernes, Charcot, Azam, Broca, l'école de la Salpètrière et l'école de Nancy, devaient transformer les théories du magnétisme animal en une véritable science.

Voyages scientifiques. — Au xvme siècle, l'étude scientifique du globe, désormais connu dans ses grandes lignes, succède aux giands voyages de découvertes. Dans ce mouvement géographique, la France fut brillamment représentée par Louis-Antoine de Bougainville et Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse. Le premier (1729-1811), ancien compagnon de Montcalm, fonda une colonie aux Malouines et, de 1700 à 1769, fit une expédition scientifique autour du monde (I) : il explora ou découvrit l'archipel Dangereux, Taïti, l'archipel des Navigateurs, les grandes Cyclades, etc. 11 projeta, après la guerre d'Amérique, un voyage de découvertes au pôle nord, mais ne put obtenir de Brienne la subvention nécessaire.

La Pérouse ( 17 'i 1-1788) fut chargé par le gouvernement de compléter les travaux de Cook et de Clarke, en recherchant le passage au nord-ouest de l'Amérique et en reconnaissant les parages du Japon, des îles Salomon et le sud-ouest de la Nouvelle-Hollande; Louis XVI annota personnellement les instructions données à l'explorateur, qui partit avec deux frégates, la Boussole et l' Astrolabe, doubla le cap Horn, toucha à l'île de Pâques (avril 1786) et aux Sandwich, gagna la côte nord-ouest au mont Saint-Élie et la longea du nord au sud pendant prés de huit cents lieues, découvrant l'entrée de la rivière de Behring. Regagnant les côtes du Japon en septembre 1786, l'expédition découvrit l'île Necker, toucha aux Philippines, reconnut Formose, la côte japonaise, le détroit de Corée, les Kouriles, la presqu'île Saghalien, le Kamtchatka. En 1787-1788, La Pérouse était à l'archipel des Navigateurs. Dès lors on perd sa trace, et c'est seulement en 1828 que Dumont d'LIrville retrouva les débris de ses navires dans l'île de Vanikoro, où l'explorateur avait été massacré par les naturels. Le voyage effectué par d'Entrecasteaux ( 179 1 -1 796) à la recherche de La Pérouse — fécond au point de vue géographique — n'avait apporté aucune lumière sur le sort du commandant de la Boussole.

Ces deux voyageurs illustres ne sont pas les seuls dont la science française puisse s'enorgueillir : Michel Adanson visita le Sénégal; Christophe Aublet, la Guyane; L.-Cl.-M. Richard, les Antilles; Pierre Poivre, l'Ile de France ; André Michaux, la Perse, puis les États-Unis.

De Bougainville (Estampe de la Bibliothèque nationale).

De La Pérouse, gravure de A. Ta r dieu.

(I) Entre 1711 et 1720, onze bâtiments français, parfis de Saint-Malo, Port- Louis, Nantes et Bayonne, exécutèrent une circumnavigation. La plupart effectuèrent leur voyage d'est en ouest; mais l'un d'entre eux, la Comtesse de Ponlcharlrain, l'exécuta en sens inverse (1714-1717); son capitaine, Forgeais de Langerie, a ainsi enlevé à Cook l'honneur d'avoir etl'eclué le premier la circumnavigation du globe d'ouest en est. (E.-W. DAiUGnKN, Voyages français a destination de la mer du Sud avant Bougainville, 1à'J5-1'i^9 [Nouvelles archives des 7nissions scientifiques, t. XIV, 1007].)

LA VIE EN FRANCE. — XXV

Règne de Louis XVI

Fig. 1. — Banquet donné a l'occasion de la naissance du dauphin, le 22 janvier 1782. — Cette fête fut donnée par le prévôt des marchands et messieurs de la ville de Paris; elle ne fut pas très réussie : la moitié des plats étaient froids ou gâtés.

Vers la fin du XVIIh siècle, le service des tables subit une métamorphose complète : on substitua aux grands plats qui figuraient au milieu des entrées, des hors-d'œuvre et des entremets, une décoration permanente, qu'on appelait surtout, et qui se composait en général d'un cadre de glace, avec galerie en métal, occupant le centre de la table et supportant quantité de vases et de soucoupes remplis de fleurs et de dragées, le tout entremêlé de statuettes et de candélabres d'argent ou de vermeil. Tantôt, le milieu de la table était animé (comme dans notre reconstitution) par une multitude de statues et de groupes emblématiques qui ornaient des monuments, des temples, des amphithéâtres; le tout était en pâte d'amidon, rehaussé de talc. Un nommé Carade inventa un givre artificiel que la chaleur faisait fondre pendant le repas : on voyait alors les arbres verdir, les fleurs éclore et le printemps succéder à l'hiver.

Fig. 2. — Chambre a coucher Louis XVI, avec alcôve. — Les alcôves, très en vogue au XVIIIe siècle, étaient généralement revêtues de lambris de toute hauteur, à la réserve du pourtour intérieur, garni d'étoffes semblables à ce//es du lit. Il était d'usage de faire régner la corniche du plafond sur le devant de la grande ouverture à chambranle. Les deux garde-robes latérales étaient éclairées par des portes vitrées ou des dessus de portes à glaces avec gazes peintes par derrière. La décoration de la chambre se composait de pilastres cannelés. Des frontons à consoles et à figures surmontaient les portes.

Notre reconstitution représente la toilette d'un homme de cour sous Louis XVI.

Fig. 3. — Bal masqué donné au roi et a la reine par la ville de Paris, le 23 janvier 1-782. — Pour cette fête, la cour de l'Hôtel de Ville avait été disposée en salon ; un orchestre de 60 musiciens se faisait entendre en face de l'entrée; des guirlandes de fleurs et de feuillages couraient le long des corniches ; les fenêtres étaient ornées de rideaux, de fleurs et de lustres, du plus bel effet. Comme on y allait masqué, la société fut très mêlée, et il y eut une telle cohue que le roi et la reine faillirent étouffer. « Malgré cela, disent les Mémoires secrets, /7s parurent s'amuser. »

Fig. i. — Salon Loris XVI. — Le Concert. — Ce salon est de forme ovale. Sa décoration se compose de pilastres cannelés et accouplés, de niches décorées de grands vases, et d'une cheminée aux lignes tranquilles : des changements se sont produits dans le style par trop maniéré du règne

précédent. Tout le champ du plafond est occupé par une immense peinture représentant un sujet mythologique.

Tel est le milieu dans lequel il faut évoquer la musique de chambre du XVIII0 siècle : concerts, quatuors, symphonies. Dans cette pièce élégante, où les rideaux de soie aux teintes pâles ne laissent passer qu'une lumière adoucie, une jeune femme à la haute coiffure toute poudrée caresse de ses mains élégantes les deux rangées de touches d'un clavecin ; les cordes résonnent sous la table d'harmonie et les notes s'envolent menues, cristallines. Un joueur de violoncelle se penche pour lire sur le cahier de musique posé sur un pupitre. Un jeune homme debout, avec son violon, complète le trio.

Fig. 5. — Le jardin du petit Trianon. — 0» voit, au premier plan, la laiterie et la tour de Marlborough ; plus loin, de l'autre côté de l'étang, le moulin, et à gauche la maison du seigneur.

Le petit Trianon, construit par l'architecte Gabriel sous Louis XV, avait été donné par Louis XVI à Marie-Antoinette, qui y fit dessiner un jardin à l'anglaise, avec lac, rivières et maisons rustiques. L'ensemble de ces constructions formait le Hameau et comprenait, dans de très petites proportions, tous les éléments d'un village : la ferme, le presbytère, la maison du seigneur, la maison du bailli, le moulin, la maison du garde, la laiterie, la tour de Marlborough.

Marie-Antoinette aimait à venir passer quelques heures à Trianon, souvent habillée en bergère : robe de percale, fichu de gaze, chapeau de paille. Le plaisir de voir traire les vaches, de pécher dans l'étang, enchantait la reine. Louis XVI faisait le meunier; la reine, la fermière; le comte d'Artois, le bailli.

Fig. 6. — Les grands carrosses de la cour en 1782. — L'arrivée du carrosse de la reine sur la place de l'Hôtel-de-ville, le 21 janvier 1782. — On voit au premier plan le carrosse de la reine entouré de soldats de la garde royale et d'une foule compacte et enthousiaste.

Au second plan, un monument en bois et en toiles peintes a été construit sur des bateaux au milieu de la Seine, où le feu d'artifice avait été dressé.

Pour éviter les accidents graves que pouvaient occasionner les fêtes, on prit des précautions qui n'eussent pas été déplacées à la veille d'une bataille. Toutes les cheminées à l'entour de la Grève avaient été obligatoirement ramonées ; tous les bateliers, nageurs, plongeurs étaient distribués avec leurs bateaux de manière à pouvoir repêcher immédiatement les curieux tombés à l'eau; dans une vaste salle se tenaient les médecins, chirurgiens, infirmiers, et les prêtres de la paroisse Saint-Jean-de-Beauvais avaient ordre de se tenir prêts à administrer les derniers sacrements.

LA VIE EN FRANCE

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