LA VIE EN FRANCE. — XXVI. REGNE DE LOUIS XVI
Histoire de France. — U.
Plan cm. X X V I
LA VIE EN FRANCE
Règne de Louis XVI
Fig. 1. — Boutique d'une marchande de modes. — A partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, les modes de Paris faisaient la loi dans l'Europe entière. Chaque mois, on expédiait à toutes les cours une poupée habillée avec la dernière élégance et qui servait de modèle aux grandes dames des différents pays.
Au début, les modistes dépendaient de la corporation des merciers; elles ne devaient rien fabriquer, et elles avaient seulement la liberté d'enjoliver les objets produits par les autres corps de métier.
Les marchandes de modes employaient surtout le taffetas, la ganse, les dentelles, les rubans, les fleurs et les plumes. Elles « arrangent, diversifient, mélangent ces matières, suivant la distinction que leur donnent l'usage et la fantaisie, suivant que le goût et le caprice du moment l'inspirent et l'exigent ». Le nombre des chapeaux et des bonnets qu'elles créèrent à la fin du XVIIIe siècle est prodigieux et dénote une fécondité d'imagination remarquable.
Fig. 2. -- Théâtre de la Foire Saint-Laurent. — Vers la fin du XVIIIe siècle, la Foire Saint-Laurent se tenait encore dans un terrain de cinq arpents, enclos de murs, appartenant aux prêtres de la Mission, et qui serait à peu près limité, de nos jours, par la rue du Faubourg-Saint-Denis, la rue Saint-Laurent, la rue du Faubourg-Saint-Martin et la gare du Nord. L'entrée de l'enclos se trouvait à côté de l'église du même nom.
La foii-e durait du 1er juillet au 30 septembre.
En 1778, on fit de grands frais pour lui rendre l'éclat qu'elle avait peu à peu perdu. Les loges et les boutiques furent reconstruites ; on créa de riches bazars, des cafés, de nombreux théâtres, un Waux (hall d'été).
Précédemment les spectacles se composaient de marionnettes, d'animaux dressés, de jeux de cirque, de danseurs de corde, etc. : à la fin du XVIIe siècle des pièces de théâtre furent représentées, avec la permission de MM. les comédiens du roi. Piron et Lesage firent leurs premières armes sur ces théâtres de saltimbanques.
Fig. 3. — Le moulin de Javelle vers 1780. — Le moulin de Javelle, tout près de la Seine, était situé à la hauteur du viaduc d'Auteuil actuel. Au second plan de notre composition, on aperçoit la Seine et les coteaux d'Auteuil. C'était, au XVIIIe siècle, une guinguette fort en vogue; il y avait dans son enclos des tonnelles couvertes de vignes et des cabinets de verdure garnis de tables de bois à peine équarries. Sa situation champêtre, les riants points de vue dont elle était environnée, en faisaient une station agréable, très appréciée des promeneurs, qui s'y arrêtaient pour se rafraîchir en bonne société.
Les grands seigneurs et les grandes dames ne dédaignaient pas de venir y goûter le vin blanc de Suresnes, qui s'y vendait trois sous la pinte.
Fig. 4. — Audience du Grand-Chatelkt de Paris sous Louis XVI. — Jugement des voleurs et des filles. — La justice se rendait au Châtelet au nom du prévôt de Paris,
qui était le chef de la juridiction. Un dais, à demeure dans la salle d'audience, rappelait que le prévôt rendait la justice au nom du roi.
Les femmes a/réfées dans les rues pour infractions aux règlements étaient d'abord conduites en fiacre à la prison Saint-Martin-des-Champs, puis de là conduites, dans une voiture couverte, au bas de l'escalier du Châtelet et amenées à l'audience du lieutenant de police' qui, sur le vu du procès-verbal, les condamnait, s'il y avait lieu, à un ou six mois d'hôpital (La Salpétrière).
L'interrogatoire de ces femmes était souvent un véritable scandale public, car elles ne respectaient pas plus les oreilles du juge que celles de l'auditoire.
On jugeait aussi, au Grand-Châtelet, les vagabonds et les malfaiteurs ramassés dans la rue.
Fig. 5. — Le coche d'eau d'Auxerre. — On nommait bateaux-coches ou coches d'eau « des grands bateaux couverts, tirés par des chevaux, qui partent à heure et jour nommés, pour la commodité du voyageur et du commerce, et sur lesquels les personnes peuvent s'embarquer et faire charger leurs hardes, paquets et marchandises. Tels sont ceux qui partent de Paris chaque semaine pour Sens, Melun, Joigny, Auxerre, etc. ». Ces bateaux étaient amarrés aux ports Saint-Paul et de la Toumelle.
M""' Cradock, venue d'Angleterre à Paris, écrivait en 1784 : « Le coche d'eau ou patache est une sorte d'immense barque pouvant contenir plus de cent personnes. Qu'on se figure au milieu une longue chambre étroite éclairée par des fenêtres de chaque côté. Au centre et autour sont des bancs. Elle est dirigée par un timonier et remorquée par six chevaux. Ce bateau, assez propre, est un transport commode et sûr. Le prix pour chaque passager ne va pas au delà de douze sous. »
Fig. 6. — La pompe dite de la Samaritaine, sur le Pont- Neuf. — La marche du bœuf gras. — Érigée en 1608 sous la seconde arche du Pont-Neuf, du côté nord, réparée en 1712 et reconstruite en 1772, cette pompe formait un édifice à trois étages et était célèbre par une horloge à carillon. Sur la façade se voyait un groupe de figures en bronze doré, représentant Jésus-Christ et la Samaritaine auprès du puits de Jacob; entre ces deux figures tombait d'une vaste coquille une nappe d'eau dans un bassin doré. La fontaine fut démolie en 1813.
Une gravure de Saint-Aubin, de la seconde moitié du XVI If siècle, nous montre la marche du bœuf gras telle qu'elle avait lieu à cette époque. On voit l'énorme animal s'avancer lentement, recouvert d'une draperie enguirlandée de roses, et supportant une selle sur laquelle est juché un petit Amour. Il est suivi d'une Folie, brandissant sa marotte, précédée de soldats à cheval, avec de grands plumets à leurs casques et l'épée nue à la main, entourée enfin des inévitables Turcs qui constituaient jadis le fond de toute mascarade.
En ce temps- là, ce n'était pas le mardi gras, mais le jeudi gras qu'on choisissait pour faire la procession du bœuf.
LA MONARCHIE AHSOLUE
Sacre de Louis XVI à Reims, par More au le jeune.