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Le bailli de Suffren (Estampe de la Bibliothèque nationale).
Tipou-Sahib, gravure de J. Pak.
au blocus, et, pour comble d'infortune, la flotte franco-espagnole, maltraitée et écartée par une tempête, ne put empêcher l'amiral Howe de ravitailler la place.
Le bailli de Suffren aux Indes. — Aux Indes, les Anglais s'étaient emparés de nos établissements avant la déclaration de guerre. Le capitaine de vaisseau Pierre-André de Suffren, bailli de l'ordre de Malte, partit de Brest au mois de mars 1781 avec cinq vaisseaux, mit en défense la colonie hollandaise du Gap et fit sa jonction à l'Ile de France avec le comte d'Orves, à la mort duquel il prit le commandement en chef de la flotte dans les mers de l'Inde (février 1782). Il livra devant Madras une bataille indécise à l'amiral Hughes (17 février) et, l'ayant poursuivi jusqu'à Ceylan, lui fit infliger près de Trinquemale des pertes sérieuses. Il put se réparer et se ravitailler, combattit de nouveau Hughes devant Gondeloure, ou Port-Saint-David, prit la mer après une entrevue avec Haïder-Ali et, renforcé de deux vaisseaux, s'empara de Trinquemale (31 août). Le nabab de Mysore étant mort le 7 décembre 1782 , son fils Tipou- Sahib reçut d'importants renforts français et força le général Malthews à capituler à Bednor. Le vieux Bussy reparut dans le Carnatic et défendit victorieusement Gondeloure, tombé au pouvoir des Anglais; la flotte ennemie, plusieurs fois battue par Suffren, fut rejetée dans Madras.
Traité de Versailles (1783). — La guerre était sans objet depuis que la Grande-Bretagne s'était résignée à concéder aux Américains leur indépendance. Le désir de la cessation des hostilités s'accusait chaque jour davantage, en Angleterre plus que partout ailleurs; sous la pression de l'opinion, le Parlement la réclamait impérieusement, si bien que le ministère anglais dut céder la place aux partisans de la paix : un nouveau cabinet fut formé sous la présidence de lord Rockingham, qui prit lord Shelburne comme secrétaire d'État des Colonies et lord Fox comme chef du Foreign Office. Les négociations furent néanmoins laborieuses; car il fallait non seulement régler la situation du nouvel État et l'étendue de son territoire, mais encore déterminer ce que les alliés garderaient de leurs conquêtes et ce qu'ils en restitueraient à la Grande-Bretagne pour rentrer eux-mêmes dans b\s possessions qu'ils avaient perdues.
Les articles préliminaires, signés par les plénipotentiaires français et américains le 30 novembre 1782, le furent parles plénipotentiaires espagnols le 20 janvier suivant, et par les plénipotentiaires hollandais le 2 septembre. Le traité définitif fut signé le 3 septembre 1783 à Versailles et à Paris. L'Angleterre admettait d'abord la pleine indépendance de ses anciennes colonies de l'Amérique du Nord, remettait la France en possession de Tabago, Sainte- Lucie, Saint-I'ierre-et-Miquelon, et lui reconnaissait le droit de pèche
sur la côte occidentale et septentrionale de Terre-Neuve (1). La France rendait à l'Angleterre la Dominique, la Grenade, Saint- Vincent, Saint-Christophe, Montserrat. Elle obtenait la restitution de Chandernagor, de Mahé, de Pondichéry, avec la promesse d'un territoire plus étendu dans les Indes orientales. L'Espagne conservait Minorque, qu'elle avait reprise dans la Méditerranée, et la Floride, dont elle s'était emparée en Amérique. La Hollande enfin rentrait en possession des colonies qu'elle avait perdues, sauf Négapatam, qu'elle céda à l'Angleterre.
La nouvelle de la paix de Versailles fut accueillie avec enthousiasme en Amérique comme en Europe. Washington en pleura de joie, déclarant que ce moment était le plus heureux de sa vie. Lord Shelburne tomba sous les votes de ses adversaires, qui ne lui pardonnaient pas l'humiliation infligée à l'Angleterre par la reconnaissance des États-Unis. Lord Norlh et Fox revinrent au pouvoir, mais trop tard pour qu'ils songeassent à récuser la paix.
Depuis le traité de Paris, malgré la ruine de notre empire colonial, de louables efforts avaient été faits par notre gouvernement pour tirer parti des rares territoires demeurés français et pour en occuper de nouveaux : de là, sous Louis XV, des essais infructueux de colonisation à la Guyane et les tentatives avortées de Modave, puis de Benyowski à Madagascar. Le traité de Versailles constituait une première revanche coloniale contre l'Angleterre et, en 1787, Louis XVI jeta les bases de notre domination en Indo-Chine (2). On a parfois reproché à Vergennes d'avoir traité trop vile, sans tirer des victoires françaises tout le parti désirable. 11 faut se souvenir qu'au moment où il traitait, Vergennes n'était pas entièrement libre; sa politique continentale était pour lui un sujet de préoccupations et de difficultés dont il importe maintenant de se rendre compte.
Cette politique devait l'amener à relâcher quelque peu l'alliance avec l'Autriche, dont il redoutait les empiétements.
Relâchement de l'alliance autrichienne. — Corégent de sa mère depuis 1765 en attendant qu'il devint seul souverain (1780), Joseph II nourrissait de vastes projets d'extension territoriale sur les Pays- Bas, les provinces maritimes de Venise, la Pologne et surtout la Bavière, qui lui semblait devoir arrondir heureusement ses États. Pour gagner à ses vues la Cour de Versailles, il y avait d'abord envoyé son frère, l'archiduc Maximilien (1775), et il y était venu lui-même (1777).
Peu de temps après son voyage, la mort de l'électeur Maximilien- Joseph (30 décembre 1777) ouvrit la succession de Bavière. Tandis qu'il revendiquait et occupait, alléguant ses droits propres, la moitié de l'héritage, il s'en faisait céder la totalité (3 janvier 1778) par l'héritier le plus proche, l'électeur palatin Charles-Théodore. L'héritier présomptif de ce dernier ayant fait appel au roi de Prusse, Marie-Thérèse demanda à la France, sinon son concours armé, au moins son appui diplomatique. Vergennes croyait dangereux de l'or-
(1) Par l'article 5 du traité de Versailles (1783), la France renonça au droit de pèche qui lui appartenait, en vertu de l'article 13 du traité d'Utrecht, depuis le cap de Bona-Yista jusqu'au cap Saint-Jean, par le 50e degré de latitude septentrionale, et la Grande-Bretagne consentit de son côté à ce « que la pêche assignée aux sujets de Sa Majesté Très Chrétienne, commençant audit cap Saint-Jean, passant par le Nord et descendant par la côte occidentale de l'île de Terre-Neuve, s'étendît jusqu'à l'endroit appelé cap Ray, situé à 47° 50' de latitude». Le même jour, une déclaration du roi d'Angleterre, annexée au traité, proclama d'une façon plus précise encore le caractère exclusif du droit de pêche reconnu aux Français.
(2) La France en Indo-Chine. — En 1721, la Compagnie française des Indes orientales envoya un de ses agents, Renault, à Poulo-Condor, avec mission de faire une enquête sur la population, le climat, le littoral, les productions de ce petit archipel. En 1748, le ministre de la Marine, Maurepas, confia une mission analogue, mais plus étendue, à un négociant lyonnais, Pierre Poivre, que le roi autorisa à fonder un comptoir dans la baie de Tourane ; mais ce privilège resta lettre morte par suite de la suppression de la Compagnie française des Indes. Sous Louis XVI, l'empereur détrôné de l'Annam, Già-Long, chargea l'évèque d'Adran, Ms* Pigneau de Béhaine, de se rendre en France, avec son fils, deux mandarins et trente Annamites, et le missionnaire décida Louis XVI à signer le traité de Versailles (28 novembre 1787), aux termes duquel le roi de France promettait des bâtiments de guerre, des soldats, de l'argent et des munitions au prétendant annamite, qui devait nous céder en échange la haie de Tourane et quelques îles, plus une armée de 40 000 hommes, au cas où nos possessions en Asie seraient menacées. Un malentendu avec le gouverneur de Pondichéry, puis la Révolution, ne permirent pas de donner suite à cet accord; niais le prélat ramena avec lui en Cochinchine quelques officiers français, qui instruisirent les soldais indigènes, élevèrent des fortifications à l'européenne, livrèrent d'heureux combats aux usurpateurs, prirent le Tchampa (1789) et la Cochinchine centrale (1793-1801) et aidèrent Uià-Long, proclamé empereur grâce à l'appui deleurs armes, à s'emparer du Tonkin.
tifier l'Autriche sur le Danube et de paralyser la France en l'engageant dans une guerre continentale, alors qu'il négociait avec les insurgés américains. Soutenu par l'opinion, au sein de laquelle se dessinait une réaction contre l'alliance autrichienne, il déclara garder la neutralité. Après un an d'hostilités prusso-autrichiennes, la médiation de Catherine II, qui se posait en protectrice des traités de Westphalie, amena la réunion d'un congrès à Teschen et la conclusion d'un accord par lequel l'Autriche reçut un lambeau de la succession bavaroise, le reste revenant à l'électeur palatin ( 1779). La Russie avait eu l'honneur de cette réconciliation, mais la France était restée fidèle à sa politique séculaire en maintenant l'équilibre de l'Allemagne.
Devenu empereur à la mort de sa mère (novembre 1780), Joseph II sentit le besoin de resserrer l'alliance française et reparut à Versailles (juillet 1781). Il essaya, quatre années après, de gagner la France à une combinaison reposant sur l'échange de la Bavière contre les Pays-Bas, et à laquelle les sollicitations de la Russie firent adhérer Charles-Théodore (traité de Munich, 13 janvier 1785). Vergennes eut un moment la pensée d'y souscrire, car le traité attribuait à la France Luxembourg et Namur ; l'opposition du parti antiautrichien le fit changer d'avis et le projet n'eut pas de suite. Cette tentative manquée de Joseph II avait permis à Frédéric II mourant de s'ériger en défenseur des libertés germaniques, et déterminé les États secondaires de l'Allemagne à constituer une Ligue des princes (23 juillet 1785) pour le « maintien des droits constitutifs de l'empire ».
C'était là une nouvelle cause d'affaiblissement pour l'alliance franco-autrichienne, que les affaires de Hollande et d'Orient achevèrent bientôt de ruiner.
Rapprochement avec la Russie. — Par contre, le rapprochement de la France et de la Russie, inauguré en 1780 avec la Ligue de neutralité armée, s'accentua les années suivantes. A la vérité, l'impératrice n'aimait pas la France et elle désirait seulement s'en servir. Pour obtenir l'adhésion de Louis XVI à ses projets secrets contre la Turquie, elle envoya à Versailles, comme ambassadeurs oflicieux, le grand-duc héritier Paul et sa femme. Mais Vergennes, qui n'ignorait pas les sentiments de Catherine, ne prit aucun engagement. Quand l'occupation de la Crimée par les Busses eut rompu l'équilibre oriental (1783), il chercha vainement à le rétablir par d'activés négociations : il dut adhérer aux nouveaux agrandissements de la Russie (convention de Constantinople, 8 janvier 1784). La même année, le comte de Ségur, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, réussissait par son esprit à gagner les bonnes grâces de l'impératrice, et prenait sur le terrain commercial une revanche de l'échec subi dans notre politique orientale : le 11 janvier 1787, il signait un traité par lequel la France et la Russie s'accordaient mutuellement le régime de la nation la plus favorisée. C'était un échec pour les Anglais, qui depuis 1766 jouissaient dans les ports russes de privilèges exorbitants.
Affaires de Hollande. — Les Provinces-Unies subissaient, depuis la proclamation de leur indépendance, l'action alternative de deux partis : l'un, militaire, aristocratique et centralisateur, avait pour chefs les princes de la maison d'Orange et pour programme l'établissement d'un pouvoir fort et héréditaire sous le nom de stathoudérat; l'autre, commerçant, bourgeois, fédéraliste, imprégné des doctrines philosophiques et révolutionnaires, avait pris le nom de patriote. Le premier était plutôt hostile à la France par le souvenir des invasions qui l'avaient porté au pouvoir et parce que son chef Guillaume V, fils d'une princesse anglaise, avait épousé en 1767 la princesse Wilhelmine de Prusse, nièce de Frédéric IL Le second devait être naturellement l'allié de la France. De 1750 à 1774, le gouvernement de Louis XV s'était préoccupé d'assurer à la France la neutralité de la Hollande, d'arracher ce pays à la tutelle anglaise, et de préparer une solide et fructueuse alliance avec lui.
Vergennes suivit la même politique, secondé par notre ministre à La Haye, La Vauguyon, et ses elforts aboutirent, en 1780, à la scission de la Hollande et de l'Angleterre, un des plus beaux succès de notre ancienne diplomatie : à la paix de Paris (1785), la première ces puissances obtint l'annulation dos traités qui faisaient d'elle une satellite de la seconde. Pour ne pas rester isolée en Europe, elle signa avec la France, à Fontainebleau (10 novembre 1785), un traité d'amitié, d'alliance et de commerce.
Le 14 février 1787, des troubles graves avaient éclaté en Hollande. Les patriotes avaient prononcé la déchéance du stalhouder, auquel ils reprochaient sa conduite louche pendant la guerre avec la Grande-Bretagne et ses accointances avec le bas peuple. Frédéric- Guillaume II, saisissant le prétexte d'une insulte faite à sa sœur Wilhelmine par les corps francs de Nimègue, se déclara personnel-
lement offensé, demanda réparation aux États généraux et rassembla 2000O hommes en Westphalie.
Montmorin, successeur de Vergennes, proposa la formation d'un camp à Givet pour encourager les. patriotes hollandais; mais, Calonne ayant été remplacé par Brienne (20 avril), aucune suite ne fut donnée à ce projet. L'armée prussienne de Brunswick put impunément intervenir (12 septembre), réinstaller Guillaume V à La Haye et lui faire restituer ses charges et privilèges par de nouveaux États, favorables à sa politique. Aussitôt restauré, le slathouder signa avec la Prusse et l'Angleterre deux traités d'alliance (avril 1788) qui annulaient le traité de 1785. La France était jouée.
Affaires d'Orient. — A l'autre extrémité de l'Europe, Catherine II, méditant de nouvelles conquêtes contre les Turcs, avait fini par gagner à sa politique l'ambassadeur français de Ségur. Celui-ci estimait prudent de se résigner à l'inévitable, et habile de faire payer les avantages consentis à la Russie en Orient par des avantages pour la France : il se rallia donc au projet russe d'une quadruple alliance (France, Russie, Autriche, Espagne) dirigée contre la Prusse et l'Angleterre. Louis XVI et Montmorin, malgré les sollicitations de l'opinion, favorable aux Russes, craignirent de faire trop de concessions à leurs alliés et ne voulurent pas s'engager. « l.a France, disait Ségur, descendit du premier rang pour y laisser monter l'impératrice Catherine IL »
Le traité de commerce anglo-français de 1786. — C'est sous le ministère de Calonne que fut signé, le 27 septembre 1786, le traité de commerce négocié par Gérard de Rayneval pour la France, par sir William Eden pour l'Angleterre. A notre plénipotentiaire avaient été adjoints Du Pont de Nemours et Boyetet, qui représentaient respectivement les principes du libre échange et de la protection. Ce traité, tout en abrogeant le régime prohibitif qui présidait aux relations commerciales entre les deux pays, avait encore un caractère protectionniste incontestable, mais il inaugurait pour les deux pays un régime libéral économique, et les tarifs douaniers étaient de part et d'autre abaissés pour un grand nombre de produits.
Lorsque l'Angleterre eut transformé son industrie, accru sa production par le machinisme, elle fut amenée à chercher des débouchés nouveaux, surtout après la destruction de son monopole commercial dans ses anciennes colonies d'Amérique. Après la guerre de l'Indépendance, William Pitt, pour faire face à l'accroissement de la dette, opéra sa grande réforme financière, étendit le système de l'accise et se disposa, par suite, à abaisser les droits d'importation sur les marchandises françaises de consommation courante. Il était rationnel qu'il demandât à la France un abaissement des droits sur les produits anglais. Il aurait pu craindre que l'ouverture du marché britannique aux produits de la France ne fût suivie d'une crise; mais une enquête, minutieusement conduite, lui donna la certitude de la supériorité industrielle de l'Angleterre sur la France. De leur côté, les ministres français voulaient assurer des débouchés à nos produits agricoles, et ils croyaient que l'industrie française n'avai'. qu'à gagner à être stimulée par la concurrence ; en outre, ils espéraient assurer, par un traité commercial, la paix politique. En dépit de l'opposition des industriels et des commerçants, Vergennes, comme Pitt, était décidé à faire aboutir la réforme.
Bayneval ne fut pas à la hauteur de sa tâche. William Eden, renseigné exactement sur les intérêts de l'industrie anglaise et documenté sur l'état économique de la France, obtint au delà de ce
qu'il pouvait espérer. Les protestations furent donc plus nombreuses en France qu'en Angleterre; elles vinrent surtout des provinces industrielles sacrifiées : Flandre, Normandie, Picardie, Champagne (1).
La France, par suite de son organisation économique, n'était pas prêle pour la lutte, et le traité de 1786, s'il constituait, en matière d'échanges internationaux, une innovation intéressante, contribua à aggraver la crise industrielle de 1788 en augmentantle chômage etlamisère. « Alors qu'en 1786 Troyes produisait pour près de
Calonne, par Duplessis-Bertaux.
(1) Fr. Dumas, Etude sur le traité de commerce de 1~ 86 entre la France et l'Angleterre (Toulouse, 1904).
LA MONARCHIE ABSOLUE
Assemblée des notables, présidée par Louis XVI (1787), par Mobeau le jeune (Musée de Versailles).
5 millions de toiles, exportées en Espagne, en Portugal, dans les îles françaises d'Amérique, et que ses fabriques de laine fournissaient près de 5000 pièces d'étoffe, à la fin de l'année 1787 elle n'occupait plus que 1 157 métiers au lieu de 3 000. A Sedan et aux environs, où l'on comptait, année commune, 1000 métiers occupant 15000 ouvriers, 800 métiers étaient démontés en janvier 1787, et l'on comptait 9000 chômeurs (1). » A Amiens et à Abbeville, 46000 ouvriers chômaient : 36000 aux métiers pour les étoffes de laine et 10 000 aux métiers de bonneterie (2).
Calonne (1783-1787). — Avocat général au conseil d'Artois, procureur général au Parlement de Hennés, puis au Parlement de Douai, sa ville natale, Charles- Alexandre de Calonne (1734-1802) avait pu, comme intendant à Lille (1768), faire apprécier ses brillantes qualités d'administrateur. Il fut appelé au contrôle général le 3 novembre 1783.
Protégé du comte d'Artois, intelligent, fécond en ressources, beau parleur, Calonne séduisit tout le monde par la vivacité de son esprit, le charme de ses manières, sa facilité à tout accorder ou à tout promettre. Il estimait que l'on ne trouve de crédit qu'en paraissant riche et que, pour paraître riche, il faut éblouir par ses dépenses. Le roi, si indécis, fut fortement impressionné par l'imperturbable confiance de son ministre, dont la reine recevait cette réponse charmante, mais effrayante : « Madame, si ce que Votre Majesté désire est possible, c'est fait; si c'est impossible, cela se fera. » l'n prince disait plus tard : « Quand je vis que tout le monde tendait la main, je tendis mon chapeau. »
Ce ministre courtisan fut le moins sincère des financiers, mais il n'en fut pas le moins ingénieux. « Necker avait conseillé l'économie, Calonne vanta la prodigalité; Necker était tombé par les courtisans, Calonne voulut se maintenir par eux. Ses sophismes furent soutenus de ses largesses. Il convainquait la reine avec des fêtes, les grands srimieurs avec des pensions; il donna beaucoup de mouvement aux finances, pour faire croire à la justesse de ses vues sur le nombre et la facilité de ses opérations; il séduisit jusqu'aux capitalistes, en se montrant d'abord exact dans ses payements. Il continua les emprunts après la paix et il épuisa le crédit que la sage < 'leluite de .Necker avait valu au gouvernement. » (Mionet.j
(1) Charles Schmidt, La Crise industrielle de 1788 en France, dans la Revue historique, t. XCYII, 1907.
(2) Les cahiers des bailliages, excepté ceux des régions industrielles, furent, en 1789, favorables au maintien du traité. Lorsque eut lieu, à l'Assemblée conslituanle, la discussion relative à l'élaboration du tarif général des douanes, le rapporteur Goudard put sans peine décider l'Assemblée à prendre pour base le tarit accordé à l'Angleterre en 1786.
Lorsqu'il fut acculé à l'obligation d'avouer au roi un déficit croissant et que ses combinaisons furent épuisées, il présenta au conseil (20 août 1786) un plan remarquablement conçu, comportant le remaniement de tous les impôts dans un sens très équitable et un vaste projet d'emprunt. « Mais c'est du Necker tout pur que vous me proposez, lui dit le roi surpris. — Sire, répondit Calonne, feignant d'oublier qu'il avait combattu son prédécesseur, on ne peut rien vous offrir de mieux. »
Alors il vit se tourner contre lui tous ceux qui l'avaient soutenu : la reine, à qui il était franchement antipathique ; le Parlement, qui lui en voulait de son attitude hostile dans l'affaire de La Chalolais; les courtisans, dont il attaquait les privilèges financiers. Et, d'autre part, le peuple ne voyait en lui qu'un dilapidateur sans scrupules et un jouisseur endetté.
Il se flatta de faire approuver sa tactique financière par une assemblée de notables dont il demanda au roi la convocation, peutêtre sur l'avis du duc d'Orléans. Cette assemblée était composée de cent quarante-quatre membres, parmi lesquels on ne comptait qu'un petit nombre de non-privilégiés : tous les autres étaient pris dans la noblesse, le clergé, la magistrature; on y remarquait quelques grands seigneurs populaires et philosophes : le marquis de La Fayette, les ducs de Nivernaise et de La Rochefoucauld.
Calonne proposait en premier lieu à l'assemblée un plan pour l'établissement dans les pays d'élection d'assemblées provinciales, organisées conformément au système de Turgot, sauf qu'il ne comportait pas de « municipalité nationale ». Il comptait s'appuyer sur ces assemblées, formées de propriétaires fonciers et pris dans les trois ordres, pour assurer l'exécution de son programme financier. Il élevait les droits de douane à la frontière, mais supprimait les douanes inférieures et les entraves à la libre circulation des grains; il unifiait les tarifs de la gabelle du sel et en étendait l'application à tout le pays ; il diminuait la taille et accordait des dégrèvements aux petites cotes, en attendant une réforme complète de cet impôt, réa lisée avec le concours des assemblées provinciales; il proposait la conversion en argent de la corvée en nature ; enfin, il étendait l'impôt du timbre et il substituait au vingtième une taxe physiocratique et égalilaire, la subvention territoriale, qui frapperait les revenus de tous les biens-fonds, y compris ceux du domaine royal et du clergé.
Ce dernier projet souleva l'opposition irréductible des notables, et Calonne, abandonné par le conseil, succomba le 8 avril I7N7 à une coalition dont faisaient partie Necker et Loménie de Brienne. Aussi prodigue de sa fortune personnelle que des ressources de l'État, il se retira complètement ruiné, avec 700 000 francs de dettes.
L'affaire du Collier. — C'est sous le ministère de Calonne que se place la scandaleuse affaire du Collier, qui compromit injuste-
ment, mais gravement la réputation de Marie-Antoinette. Une aventurière, Mme de La Motte, se disant issue de la race des Valois, comtesse et protégée de la reine, avait réussi, en tirant parti de son crédit imaginaire, à grouper autour d'elle une société très mêlée d'ambitieux et d' « arrivistes ». Elle s'était liée avec un intrigant de son espèce, l'Italien Joseph Balsamo, dit Cagliostro, né à Palerme d'une famille d'origine juive.
Après quelques peccadilles que la justice de son pays jugea condamnables, Cagliostro abandonna sa ville natale, épousa à Rome (1769) Lorenza Feliciani, fille d'un fondeur en cuivre, séjourna en Angleterre et en Allemagne et, àla suite de sa réception à la loge maçonnique « l'Espérance » de Londres, fonda le Rite égyptien, ce qui lui valut une énorme influence. En 1780, il arrive à Nancy, dans un appareil royal, se signale par des cures qu'on juge miraculeuses, par son désintéressement et sa serviabilité. Le cardinal de Rohan en fait son confident et l'amène avec lui dans la capitale où, en deux mois, Cagliostro acquiert une célébrité surprenante, et, pratiquant avec aplomb la divination et la magie, s'assure de gros revenus en exploitant la crédulité de la haute société parisienne.
Le cardinal Louis de Rohan-Guéménée (1734- 1803) s'était fait remarquer, pendant son ambassade de Vienne, par ses prodigalités, ses désordres et son luxe, et Marie-Thérèse scandalisée avait demandé son rappel. Grand aumônier de France (1777), cardinal (1778), évèque titulaire de Strasbourg (1779), il continua de mener le même train de vie dans son château de Saverne ou dans son hôtel de Paris. Criblé de dettes, malgré des revenus de plus
de 2 millions, accusé d'avoir recouru pour se procurer des ressources à des expédients coupables, il se confia à Cagliostro.
Le cardinal, qui rêvait de gouverner la France, brûlait du désir de rentrer en grâce auprès de la reine. Mine de La Motte lui montra de fausses lettres signées Marie-Antoinette, pendant que Cagliostro lisait dans l'avenir que l'arrivée de Rohan au ministère serait pour la France le début d'une ère de bonheur. La fausse comtesse persuada même au cardinal que la reine désirait le voir en secret et, dans la nuit du 11 août 1784, le prélat se rencontra dans les bosquets de Versailles avec la fille Marie-Nicole Leguay, dite baronne d'Oliva, qu'il prit dans l'obscurité pour Marie- Antoinette en personne.
C'est alors que les époux La Motte persuadèrent au prélat que la reine avait envie d'un collier d'une valeur de 1600 000 livres, que les joailliers Bassenge et Bhômer avaient vainement offert à toutes les Cours de l'Europe, puis à Marie-Antoinette, qui avait répondu à Louis XVI, tenté par le collier : « Nous avons plus besoin d'un vaisseau que d'un bijou. » Bhômer insista, se jeta aux pieds de la reine. « Levez-vous, Bhômer, répondit Marie-Antoinette, je n'aime point de pareilles exclamations: les honnêtes gens n'ont pas besoin de suppliera genoux. J'ai refusé le collier. Le roi a voulu me le donner, j'ai refusé encore. Ne m'en parlez donc plus jamais. Tâchez de le diviser, de le vendre et ne vous noyez pasl »
Le cardinal, tombant dans le piège que lui tendaient les époux La Motte, crut, au vu d'une fausse lettre et Cagliostro aidant, que la reine voulait faire l'acquisition du collier à l'insu de Louis XVI, et la parure fut remise aux deux escrocs, qui allèrent la débiter en détail à Londres. Le prix avait été stipulé payable à terme et remis contre un reçu signé Marie- Antoinette de France.
Avisée par Mme Campan des propos qui circulaient sur son compte au sujet du collier. la reine fit venir Bhômer et apprit tout. Six jours après, le 15 août, fête de l'Assomption, le grand aumônier de France fut arrêté à Versailles, au moment où il allait célébrer la messe, et rejoint à la Bastille par la dame de La Motte, la fille Leguay et Cagliostro.
Les amis du cardinal se vengèrent par des libelles abominables, principalement fabriqués à Londres, et gagnèrent le Parlement « presque en entier ». (E. Campardon.) Cagliostro et le cardinal furent acquittés, mais le premier fut banni de France, le second exilé dans son abbaye de La Chaise-Dieu. Seuls les époux La Motte furent condamnés : le mari, par contumace, aux galères perpétuelles ; la femme, à la peine du fouet. La campagne des libelles n'en continua pas moins, et les gens de cour étaient les premiers à lire ces odieux pamphlets qui, dans les années tragiques, fournirent aux accusateurs de la reine des arguments contre sa moralité (1).
Marie-Antoinette en gaulle, d'après une peinture ancienne
Loménie de Brienne (1787-1788). —
Loménie de Brienne (1727-1794), archevêque de Toulouse (2), "était un ambitieux vulgaire, irrésolu et imprévoyant, très inférieur à Calonne. Prélat médiocre, il avait conservé l'appui du clergé par sa déférence envers le Saint-Siège, gagné celui des novateurs par son scepticisme et il avait su se pousser auprès de Choiseul et de Marie-Antoinette. Louis XVI, qui estimait peu son caractère et blâmait sa conduite privée, le nomma cependant chef du conseil des finances sur la recommandation de la reine et du parti philosophe (1er mai 1787).
Au lieu de présenter en bloc les édits que l'assemblée des notables avait approuvés dans des termes généraux, il préféra les faire
Joseph Balsamo, marbre de H o u d o n .
Le cardinal de Rohan (Estampe du temps).
(1) L'affaire du Collier a donné lieu à trois hypothèses : culpabilité de la reine; — culpabilité des époux La Motte, exploitant la naïveté du cardinal de Rohan ; — complicité du cardinal et des époux La Motte.
1° L'innocence de Marie-Antoinette parait incontestable.
2° La seconde hypothèse, exposée ci-dessus, a été soutenue par Emile Campaidon et Fr. Funck-Brentano.
3° Le procureur général près le Parlement, Joly de Fleury, et son entourage croyaient à la complicité du cardinal. Dans cette troisième hypothèse, Louis de Rohan, tombé en pleine déconfiture, accusé d'avoir prévariqné comme administrateur des Quinze-Vingts, a songé à acheter le collier pour son propre compte; Balsamo lui a suggéré l'idée de se présenter aux joailliers comme intermédiaire de la reine, et, d'un commun accord, le charlatan et le prélat ont fabriqué les faux. Le cardinal n'ignore pas que les reines de France signent seulement de leur nom de baptême, mais l'emploi de cette formule permettra, en cas de complications, de rejeter la responsabilité sur un tiers. Maître du collier, le cardinal charge la femme La Motte de le monnayer. Les deux joailliers ferment les yeux, sûrs d'être payés de toute manière ; cependant les échéances demeurant impayées, ils avertissent la reine. Cagliostro et le cardinal, qui cberchentun bouc émissaire, croientl'avoir trouvé dans l'intrigante qui a poussé l'audace jusqu'à arranger naguère l'entrevue de Rohan et de la fille Leguay dans la pénombre des bosquets de Versailles.
L'acquittement du cardinal donna satisfaction à la noblesse, et la condamnation de Mmc de La Motte un semblant de réparation à la Cour.
(Voir : Un jtiocès à reviser, par Louis de Sûuuak, dans Le Temps du 1" avril 1902.)
(2) C'est lui qui fit creuser le canal de Brienne, entre la Garonne et Loménie de Brienne, le canal du Midi. gravure d'ANTONiNi.
LA MOiNAllCIIlE ABSOLUE
enregistrer successivement. Les trois premiers édits sur la libre exportation des grains, les assemblées provinciales (1) et l'abolition des corvées, ne rencontrèrent pas d'opposition sérieuse (17, 22, 27 juin 17871; mais il n'en fut pas de même des deux édits relatifs à l'impôt du timbre et à la subvention territoriale de 80 millions. Le Parlement, qui voyait dans les embarras financiers du gouvernement un moyen sûr de maintenir sa popularité et d'accroître sa puissance, demanda communication des états de finances (6 juillet 1787 . La demande fut repoussée. Un conseiller du Parlement, l'abbé Sabatier, s'écria tout à coup : « On demande des étals : ce sont des États généraux qu'il nous faut. » Ce jeu de mots devint comme un cri de guerre dont le Parlement s'empara. « La nation, dit-il, représentée par les Etats généraux, est seule en droit d'octroyer au roi les subsides nécessaires (30 juillet 1787). » Deux conseillers étaient à la tête de cette opposition irréductible : Duval d'Esprémesnil, qui rêvait la restauration des libertés du moyen âge, et Adrien Du Port, appelé à jouer un rôle dans l'Assemblée constituante. Le roi manda le Parlement à Versailles (6 août 1787) et fit enregistrer les deux édits dans un lit de justice. Le Parlement déclara nulles et illégales les transcriptions qui en avaient été faites sur ses registres et formula une protestation violente qui le fit exiler à Troyes (lu août 1787 1. Le roi chargea ses deux frères de faire enregistrer les édits, l'un à la Chambre des comptes, l'autre à la Cour des aides. .Monsieur (le comte de Provence), qui avait manifesté des opinions démocratiques dans l'assemblée des notables, fut accueilli par les acclamations de la foule; le comte d'Artois, qui avait protégé Calonne, dut être défendu par la force armée. Les pamphlets se multiplièrent: on attaquait la reine, on la chansonnait, on l'appelait madame Déficit ou l'Autrichienne. Plus tard, quand elle touchera à la plus tragique des catastrophes, on l'appellera madame Veto. A la prière même du lieutenant de police, le roi engagea Marie-Antoinette à ne pas se montrer dans la capitale.
Brienne fut obligé de négocier avec le Parlement, qui, au bout de deux mois, rentra dans Paris, salué par les acclamations de la foule. Les deux édits sur le timbre et la subvention territoriale furent retirés; mais le conflit reprit toute son acuité lorsque le roi voulut, le 19 novembre 1787, faire enregistrer deux édits portant création d'emprunts graduels et progressifs s'élevant à 420 millions, et réalisables en cinq ans. Son cousin le duc d'Orléans (Philippe-Égalité) ayant protesté hautement contre l'illégalité de l'enregistrement, Louis XVI répliqua : « C'est légal parce que je le veux! » Mais quand le roi se fut retiré, le Parlement prit un arrêt aux termes duquel il déclarait que, les voix n'ayant pas été comptées en la manière prescrite par les ordonnances, ce qui venait de se passer en la présence du roi serait tenu pour nul et non avenu.
Le gouvernement résolut de se débarrasser, par un coup d'État renouvelé de Maupeou, d'une opposition sans cesse renaissante et de briser la puissance politique des Parlements. Toutes les mesures furent prises pour que le projet fût tenu secret ; mais le conseiller d'Esprémesnil acheta à un ouvrier imprimeur une épreuve des édits projetés, qu'il communiqua à ses collègues (3 mai 1788).
Le Parlement, ayant rappelé dans une déclaration (5 mai 1788) ce qu'il appelait les lois constitutives de la monarchie, le gouvernement fitarrêter deux conseillers, d'Esprémesnil etGoislard deMonsabert. Lorsque l'aide-major des gardes-françaises, le marquis d'Agouet, voulut exécuter l'ordre d'arrestation, tous les magistrats s'écrièrent :
1 Un édil du 22 juin 1787 décida la création d'assemblées provinciales, composées de membres des trois ordres. Les censitaires payant au moins 10 francs d'imposition éliraient les assemblées municipales, qui à leur tour éliraient les assemblées de district, qui à leur tour éliraient les assemblées de province. Le tiers état aurait un nombre de députés égal à celui de la noblesse et du cierge réunis. L'intendant remplirait auprès de l'assemblée les fonctions de commissaire du roi. Dans l'intervalle des sessions annuelles fonctionnerait une commission" intermédiaire », et des procureurs syndics seraient chargés des mesures d'exécution. Ces assemblées seraient compétentes en matière d'assiette, de répartition, de recouvrement des contributions directes et en matière de travaux publics.
Vingt assemblées turent constituées du 22 juin au 18 août 1787. Bien accueillie par l'opinion, l'institution fut combattue par l'opposition parlementaire. Dans la Franche-Comté et le Dauphiné, les représentants des trois ordres se réunirent au château de Vizille et demandèrent le rétablissement des anciennes libertés de la province. Le gouvernement convoqua à Bomans une seconde assemblée pour délibérer à ce sujet et, en novembre 1788, les Klats du Dauphiné, supprimés par Richelieu, lurent rétablis. Ue Ilainaut et la Franche-Comté reçurent la même satisfaction.
Le- assemblées provinciales, avec leur bureau intermédiaire, -"ni l'origine de no- conseils généraux avec leur commission départementale. Leurs procès- verbaux témoignenl de- services qu'elles auraient pu rendre en améliorant l'administration el en préparant la suppression des privilèges.
« Nous sommes tous d'Esprémesnil et Monsabert ! » Le 8 mai, le roi tint à Versailles un lit de justice pour faire enregistrer les édits supprimant deux des chambres des enquêtes du Parlement de Pai is, réduisant les trois autres chambres à soixante-sept membres en tout et instituant une cour plénière qui enregistrerait les édits et jugerait en dernier ressort. Le roi ajoutait : « Dans le cas de circonstances extraordinaires où nous serions obligé' d'établir de nouveaux impôts sur nos sujets avant d'assembler les États généraux, l'enregistrement desdits impôts en notre cour plénière n'aura qu'un effet provisoire et jusqu'à l'assemblée desdits États, que nous convoquerons pour, sur leurs délibérations, être statué par nous définitivement (1). »
La publication des édits fut le signal de la plus violente opposition dans les provinces, et l'on frappa huit cours souveraines. Au château de Vizille, près de Grenoble, six cents députés des trois ordres rédigèrent une proclamation au pays, l'invitant à refuser l'impôt tant que les États ne seraient pas convoqués (21 juillet 1788). Le gouvernement se résolut à suspendre l'application de la réforme judiciaire et annonça le 8 août la convocation des États généraux.
Le Trésor était épuisé et le clergé ayant refusé à Brienne un « don gratuit » de 1 800000 livres, le ministre, à bout de ressources, recourut à des expédients qui entraînèrent sa chute (25 août 1788).
Second ministère de Necker (1788-1790). — Sur le conseil de Brienne lui-même, le roi rappela Necker, dont la popularité n'avait fait que grandir. Quand il reparut au ministère, les fonds publics montèrent de 30 pour 100 et les capitalistes lui firent des avances. Il fut assez généreux pour offrir sa propre fortune en garantie des engagements de l'État.
Le Parlement avait soutenu contre le pouvoir central une lutte d'autorité; il avait demandé la convocation des États généraux parce qu'il espérait les dominer, parce qu'on avait voulu porter atteinte à ses prérogatives financières, non par dévouement au bien public. De même la noblesse s'était déclarée favorable à la réunion des États par opposition au gouvernement, qui s'en prenait à ses privilèges. Louis XVI, pour parer aux difficultés de la situation financière, avait eu recours successivement aux Parlements, aux capitalistes, aux privilégiés. Les ressources qu'on lui refusait, la réunion des États pouvait les lui accorder, et il se résigna à recourir aux représentants de la nation comme à un expédient suprême, réclamé d'ailleurs par l'opinion. Necker se préoccupa donc immédiatement de préparer les élections.
Une première question se posait.. Le tiers, qui avait acquis tant d'importance par sa richesse, ses lumières, son activité, et qui représentait les 96 centièmes de la nation, obtiendrait-il un nombre de députés double de celui des deux autres ordres? D'autre part, les délibérations auraient-elles lieu en commun, et les voles par tète ou par ordre ?
La discussion de ces points fit éclore des écrits innombrables, dont l'un, qui fit grand bruit et qui était dû à l'abbé Sieyès, débutait par cette question célèbre : « Qu'est-ce que lé tiers état? — Tout. — Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? — Rien. — Que demande-t-il ? — A y devenir quelque chose. »
Necker convoqua à Versailles, le 6 novembre 1788, une assemblée de notables, pour délibérer sur la composition des États généraux et sur l'élection de leurs membres; il espérait faire adopter à cette assemblée le doublement du tiers; mais, sur six bureaux, un seul, présidé par Monsieur, frère du roi (le comte de Provence), se prononça pour la double représentation du troisième ordre.
Le roi, « faisantdroit àla minorité des notables, à la demande des assemblées provinciales, à l'avis des publicistes et aux nombreuse-, adresses présentées à ce sujet, » prit dans un conseil, tenu à Versailles (27 décembre 1788), un arrêt portant que le nombre des députés du tiers seraitégal à celui des deux autres ordres réunis (2). La solution de la question du vole par tète ou par ordre restait à résoudre.
Les élections furent très agitées, mais peu tumultueuses, sauf en Bretagne, où la noblesse, opposée au doublement du tiers, refusa de
(1) Une ordonnance sur la Justice, -présentée en même temps à l'enregistrement, constituait un sérieux acheminement vers la réduction a deux des degrés de juridiction et tempérait les pratiques barbares de la procédure criminelle.
(2) Dans le rapport qu'il présenta au roi le 27 décembre 1788, Necker se prononçait, non seulement pour le doublement du tiers, mais pour la réunion des États selon une périodicité qu'ils détermineraient eux-mêmes, pour le libre vole de l'impôt par les États, pour l'égalité de tous les Français devant le fisc, pour la réforme et la simplification de l'administration, pour l'institution dans tout le royaume d'assemblées provinciales en relation avec les États généraux, etc. Le roi et la majorité du conseil approuvèrent ce programme.
nommer des députés. En Provence, un homme d'une moralité déplorable, mais d'un prodigieux talent, le comte de Mirabeau, repoussé par la noblesse, fut élu par le tiers état d'Aix et de Marseille, porté en triomphe, et, après avoir apaisé par sa présence et son éloquence les émeutes sanglantes qui éclatèrent dans ces deux villes, arriva dans la capitale où l'attendaient les luttes grandioses et orageuses de la tribune. A Paris, les élections furent agitées par des troubles sanglants. Le 28 avril 1789 éclata dans le faubourg Saint-Antoine une émeute dirigée contre le sieur Réveillon, chef de la manufacture royale de papier peint, accusé d'avoir annoncé dans l'assemblée électorale de son district que « les ouvriers pouvaient vivre avec 18 sols par jour quand ils avaient de la conduite ». Cette agitation, que l'autorité laissa grandir pendant deux jours, était, comme le prouve l'étude du dossier judiciaire, le fait de l'élément ouvrier sans travail. Les gardes-françaises, les gardes suisses, le guet à pied et à cheval, la maréchaussée établirent des barrages dans le faubourg. La première décharge fut, semble-t-il, tirée par le Royal-cravate cavalerie.
État des esprits. Les cahiers de 1789 (l). — On ne croyait pas en 1789 à l'imminence d'une révolution qui emporterait le roi et le trône ; on ne prévoyait pas que le passage des anciennes mœurs aux nouvelles allait se faire dans la violence; on était fermement monarchiste. Talleyrand a dit que ceux qui n'ont pas connu les dernières années de l'ancien régime n'ont pas connu la douceur de vivre, et, si ces paroles sont vraies surtout des classes aisées, il est de fait que la France, malgré ses misères, vivait dans cette atmosphère de calme trompeur qui précède l'orage.
Mais la structure de la société n'est encore solide qu'en apparence, parce que les institutions, en désaccord avec l'état social, entravent maintenant l'évolution historique du pays, qui se meurt sous un régime sénile et sans force.
C'est d'abord l'arbitraire de la monarchie absolue et centralisée, la complexité et la confusion dans l'administration, la justice et les finances, la diversité territoriale des charges fiscales, la menace d'un déficit toujours croissant. Au point de vue social, c'est l'inégalité des classes devant l'impôt, auquel les privilégiés échappent par droit ou par faveur; devant la justice, devant la loi civile, impuissante à garantir les libertés individuelles. Au point de vue économique, c'est l'effort pénible des travailleurs urbains sous le régime étroit des corporations, et la dureté de la vie rurale, écrasée par les droits féodaux, domaniaux et fiscaux. Enfin, au point de vue intellectuel et moral, c'est chez les représentants de l'esprit ancien comme l'inconscience des profonds changements qui s'accomplissent autour d'eux depuis un demi-siècle et la volonté de ne faire au bien public aucun sacrifice, volonté qui s'affirme par l'opposition des Parlements et des notables aux réformes modérées des ministres de Louis XVI.
« La France, disait Calonne dans un rapport à Louis XVI, est un royaume composé de pays d'États, de pays d'administrations mixtes, dont les provinces sont étrangères les unes aux autres, où des barrières multipliées dans l'intérieur séparent et divisent les sujets d'un même souverain, où certaines contrées sont affranchies totalement des charges dont les autres supportent tout le poids, où la classe la plus riche est la moins contribuante, où les privilèges rompent tout équilibre, où il n'est possible d'avoir ni règle constante ni vœu commun : c'est nécessairement un royaume très imparfait, très rempli d'abus, et tel qu'il est impossible de le bien gouverner. » Et Tocqueville remarque que l'absolutisme avait en somme divisé les classes pour les mieux dominer; que, dans l'intérieur de chaque classe, il s'était formé « de petites agrégations particulières presque aussi isolées les unes des autres que les classes l'étaient entre elles »; que, finalement, « le tout ne composait plus qu'une masse homogène, mais dont les parties n'étaient plus liées. Rien n'était plus organisé pour gêner le gouvernement, rien non plus pour l'aider. De telle sorte que l'édifice entier de la grandeur de ces princes put s'écrouler tout ensemble et en un moment, dès que la société qui lui servait de base s'agita ».
L'opposition ne venait pas seulement des milieux philosophiques et parlementaires ; elle se manifestait aussi dans une partie du clergé et de l'aristocratie. Les privilèges étaient attaqués par les privilégiés eux-mêmes, qu'on avait vus applaudir Figaro et le Barbier de Sémlle. Rien ne paraissait changé à la surface, alors que les mœurs s'étaient graduellement modifiées, et la jeune noblesse travaillait sans s'en douter à sa propre ruine : « Consacrant tout notre temps à la société, aux fêtes, aux plaisirs, aux devoirs peu assu-
jettissants de la cour et des garnisons, — a écrit le comte de Ségur, — nous jouissions à la fois, avec incurie, et des avantages que nous avaient transmis les anciennes institutions et de la liberté que nous apportaient les nouvelles mœurs. Ainsi ces deux régimes flattaient également, l'un notre vanité, l'autre nos penchants pour le plaisir... Voltaire entraînait nos esprits; Rousseau touchait nos cœurs; nous sentions un secret plaisir à les voir attaquer le vieil échafaudage, qui nous semblait gothique et ridicule... Les formes de l'édifice restant intactes, nous ne voyions pas qu'on le minait en dedans; nous riions des graves alarmes de la vieille Cour et du clergé, qui tonnaient contre cet esprit d'innovation. » Ainsi les philosophes trouvaient partout des sympathies et des complaisances, même chez ceux dont leurs idées préparaient la déchéance. Les Parlements condamnaient leurs ouvrages et les brûlaient au pied de l'escalier du Palais; mais comme en même temps ils étaient jansénistes, ils faisaient campagne avec les philosophes contre les jésuites, et Maupeou empruntera des arguments à Voltaire pour supprimer les cours souveraines. Grands seigneurs, abbés, magistrats, financiers, souscrivent à Y Encyclopédie, qui les démolit. Les philosophes ont un parti même à la Cour, et, sous Louis XV, les favorites les protègent. « Tout cela, c'est bien, disait mélancoliquement Louis XVI, mais il n'est question que de ma mort là-dedans! »
Louis XVI se trompait : personne, même dans la partie la plus misérable de la population, ne songeait encore au renversement des institutions monarchiques. Les cahiers des paroisses sont au contraire remplis de témoignages de gratitude et de reconnaissance à l'adresse du roi et du ministre qui a décidé Louis XVI à convoquer les États généraux. << Les plaintes et les souffrances des gens de campagne, disent les cahiers de Saint-Aignan-de-Coulmiers (élection de Reaugency), ont presque toujours été étouffées par leurs larmes dans l'intérieur de leurs maisons et presque toujours rebutées par ceux qui étaient préposés pour les écouter et y avoir égard... Aujourd'hui, le roi bienfaisant qui occupe le trône de cette monarchie, né avec un caractère de justice et d'équité qui donne les plus heureuses espérances, s'occupe principalement du bonheur de la classe indigente, la plus nombreuse de ses sujets. »
Les hommes de 1789 souhaitent avant tout la possibilité de vivre et de travailler sous un bon gouvernement. Ils veulent que le roi soit lié par une constitution écrite, qu'une administration honnête et moins compliquée assure l'ordre public; que les droits féodaux n'oppriment plus la population rurale; que la ferme générale soit abolie, la gabelle supprimée, l'impôt consenti périodiquement par les États et proportionnel aux facultés des contribuables; que la justice soit simplifiée et la procédure émondée des pratiques barbares; que tous soient égaux devant les juges et devant le fisc aussi bien qu'admissibles aux emplois publics; que la liberté économique soit proclamée. Mais ils entendent conserver la monarchie, et le tiers état ne demande même pas la suppression des trois ordres.
Ainsi l'on chercherait vainement dans les cahiers un corps de doctrines politiques et sociales : on y relève surtout des doléances inspirées par la constatation d'un état de fait.
Au point de vue religieux, la France demeure foncièrement catholique. « Ce n'est pas seulement l'Église, dit Edme Champion, qui, plus de dix ans après la mort de Voltaire, se résigne difficilemenl à l'édit en faveur des protestants (1) et veut que « la religion natio- « nale » conserve tous les privilèges d'une religion d'État; c'est aussi une grande partie du tiers. En général, quand il admet l'état civil des non-calholiqiH'setleur participation à certains emplois, il leur refuse toute place dans l'administration judiciaire, dans l'enseignemeui, dans la police ; ils n'auront ni temples, ni assemblées, ni cérémoni publiques, seront tenus de garder le silence sur des questions re gieuses. » A Auxerre, le tiers supplie le roi de défendre la foi contre les al teintes de la nouvelle philosophie; àParis, il sait que « tout citoyen doit jouir de sa liberté de conscience; mais l'ordre public ne soullr qu'une religion dominante; il veut que l'interdiction de travailler publiquement le dimanche soit maintenue avec sévérité » (2). Les hommes de 1789 ne conçoivent pas un État sans religion, et l'Assemblée constituante s'efforcera de « nationaliser » le catholicisme (3).
Le mouvement intellectuel du xvin0 siècle a donc développé l'esprit critique, mais il n'est pas la cause unique, déterminante, de la
(1) Les cahiers de 1789 ont été publiés, sans esprit critique, dans les six premiers volumes des Archives parlementaires. Leur publication méthodique a été entreprise sous les auspices du ministère de l'Instruction publique.
(l).Le 19 novembre 1787, le Parlement avait enregistré, en l'amendant, un édit restituant aux protestants, outre l'état civil, la capacité civile et la liberté de conscience. L'exercice du culte restait soumis à certaines restrictions.
(2) Edme Champion, La France d'après les cahiers de 1789 (3° éd., 1907), p. 178.
(3) Voir Albert Mathiez, Les Philosophes et la séparation de l'Église et de VÉlal, dans La Révolution et l'Église (1910).
LA MONARCHIE ABSOLUE
Révolution (1) : c'est après la chute de la monarchie, lorsque les assemblées auront à reconstruire le droit public, qu'elles « interrogeront la raison » (Cerutti) et que se fera sentir l'influence des philosophes; mais alors la Révolution recevra d'eux son caractère et leurs principes, qui lui donneront une portée internationale J .
Ainsi peuvent se concilier les deux théories en présence : celle qui voit dans le mouvement révolutionnaire l'œuvre abstraite de la spéculation philosophique, et celle qui le considère comme le résultat d'une expérience douloureuse. « La nation française, dit Mirabeau, a été préparée à la Révolution par le sentiment de ses maux bien plus que parle progrès de ses lumières. » Et Mirabeau se rencontre ici avec 1' «enfant terrible du royalisme » : « Une révolution, a écrit Mallet du Pan, est un déplacement du pouvoir qui s'opère nécessairement toutes les fois que l'ancien pouvoir n'a plus la force de protéger la chose publique, ou le courage de se protéger lui-même... Indépendamment des manèges de la philosophie, il y aurait toujours eu une révolution en France. »
La Révolution n'apparaît donc pas comme un accident d'origine métaphysique : Tocqueville l'a replacée dans le courant de notre histoire; Sybel, dans le courant de l'Europe; et Albert Sorel a montré « dans la Révolution française, qui apparaît aux uns comme la subversion et aux autres comme la régénération du vieux monde européen, la suite naturelle et nécessaire de l'histoire de l'Europe ». A vrai dire, tout l'Occident, à la fin du xvnie siècle, souffrait d'un même mal qui, se trouvant plus profond chez nous, entraîna une crise violente ; mais il est infiniment probable que, si cette crise ne s'était pas déclarée en France, elle eût éclaté ailleurs. Ce qui est commun à tout le vieux monde, c'est la décomposition et la faiblesse; ce qui fut particulièrement l'œuvre de la France, c'est la conception de la liberté et de l'égalité envisagées comme remèdeaumal public. Et si la France eut celte conception, c'est d'abord que le joug lui paraissait d'autant moins supportable qu'il s'était graduellement allégé depuis Louis XIV; c'est ensuite que notre littérature avait, plus que partout ailleurs, répandu les idées de rénovation politique et sociale.
Résultat des élections. — Les députés élus aux États généraux furent au nombre de 1 139. La députation de la noblesse comprenait 242 gentilshommes et 28 membres du Parlement; celle du clergé, 48 archevêques ou évèques, 35 abbés ou doyens, 208 curés; celle des communes ou tiers état, 2 ecclésiastiques, 12 nobles, 18 magistrats municipaux, 102 membres des bailliages, 212 avocats, 16 médecins, 216 marchands et cultivateurs.
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(1) Il est impossible de nier « l'état de décomposition et d'anarchie morale de l'ancienne société française, jadis si vigoureusement constituée. Il est véritablement trop commode d'attribuer aux seuls philosophes le progrès effrayant, dans la seconde moitié du règne de Louis XV, des idées révolutionnaires. Les événements, il faut le reconnaître, avaient singulièrement préparé le terrain. Les revers militaires, les déboires humiliants de la politique extérieure, l'affaire des Parlements elles scandales publics de l'existence du roi avaient fortement ébranlé le respect de l'autorité, déconsidéré le pouvoir : dans les salons, dans les cafés, dans les cénacles littéraires, dans les milieux bourgeois comme chez les grands seigneurs, tout était discuté, bafoué, battu en brèche, et le cynisme des propos rivalisait avec l'audace de la pensée. A cet état d'esprit d'un peuple dépris peu à peu de ses anciennes croyances, le parti philosophique vint apporter à point nommé des chefs, des cadres, une doctrine ». (Marquis de Ségur, Au couchant de la monarchie.)
« Ce qu'il y a peut-être de plus remarquable et de plus instructif dans le Journal d'Argenson, c'est l'impression que fait sur ce royaliste si convaincu le spectacle auquel il assiste, c'est le travail qui s'opère dans son esprit, c'est la démonstration d'une vérité capitale : en marchant dans la voie qui conduisait au serment du Jeu de Paume et à l'aflirmation des principes de 89, les hommes du xvm° siècle furent guidés non par des spéculations philosophiques et une doctrine abstraite, mais par des faits malheureusement trop réels, par une expérience dure, par le bon sens. » (Edme Champion, Introduction au Journal du marquis d'Argenson, éd. Armand Brette, p. xx.)
(2) Les historiens et les critiques ne sont même pas d'accord sur la part d'influence personnelle qui revient à chaque philosophe dans le développement des idées révolutionnaires. C'est ainsi que, pour les uns (Taine, Jules Lemaître), les excès sanglants de 1793 sont la mise en œuvre des doctrines de Rousseau, tandis que d'autres (Edme Champion) vont jusqu'à soutenir qu'on attribue au philosophe de Genève une « influence qu'il n'a pas eue », que la constitution de 1793 n'est pas empruntée à son Contrat social, et qu'en un mot il n'est pas un « auteur direct de la Révolution ».
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RÉUNION DES ÉTATS GÉNÉRAUX A VERSAILLES, par Couder (Musée de Versailles)-