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III. — L'ASSEMBLEE LEGISLATIVE

Feuillants, Girondins, Montagnards. — L'Assemblée législative se réunit le l" octobre 1791 : elle devait siéger jusqu'au 50 septembre 1792. Elle comptait 750 députés, élus pour deux ans.

Les royalistes constitutionnels, on feuillants, qui siégeaient à droite

la tour de la Glacière des hommes, des femmes et des enfants (octobre-novembre 1791).

Les constitutionnels désiraient porter à la mairie, en remplacement de Bailly, La Fayette, très aimé de la bourgeoisie. La Cour, pratiquant la politique du pire et s'imaginant que le bien sortirait de ce qu'elle considérai! comme l'excès du mal, favorisa la nomi-

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Roland, grave d'après Bon ne vil le.

Vergniaud, grave d'après Bon ne ville.

Buzot, gravé d'après Bonneville.

Brissot, gravure de Levachez.

(Mathieu Dumas, Stanislas de Girardin, Jaucourt, Lemontey, Théodore de Lameth, Vaublanc, Ramond, Beugnot, Quatremère de Quincy, l'évèque constitutionnel Fauchet et 70 prêtres « jureurs »), s'appuyaient, hors de l'Assemblée, sur le club des Feuillants et sur La Fayette, maître de la garde nationale.

La gauche était formée des girondins (1), nom qui fut donné au groupe tout entier, parce que, dans ses rangs, se distinguaient par leur éloquence les députés de la Gironde : c'étaient Vergniaud, Guadet, Gensonné, Isnard, Roland, Buzot. Le publiciste Brissot et le philosophe Condorcet étaient à la tète du parti, dont le salon de Mme Roland était le rendez-vous ordinaire. Théoriquement ils étaient républicains, mais en fait ils acceptaient encore la monarchie, à la condition de réduire aussi les pouvoirs du roi. Ils avaient pour eux le maire de Paris, Pétion, qui jouissait d'une grande popularité. Les représentants de l'opinion la plus avancée — ceux qu'on appellera plus tard les montagnards — étaient en nombre infime : ils n'étaient guère représentés que par Chabot, Basire, Merlin de Thionville.

Quant au centre, ou groupe des indépendants (Pastoret, Bigot de Préameneu), qui, sous la Constituante, votait, sans engagement pris, tantôt avec la droite, tantôt avec la gauche, il passa, dans les assemblées, pour être l'esclave de la peur, qui sembla trop souvent lui dicter ses votes, et on le désigna sous le nom trivial de ventre ou de marais. Cependant, sous la Législative, il vota généralement avec la droite.

Les clubs et les journaux exerçaient sur l'opinion une influence de plus en plus considérable (2). Danton dominait au club des Cordeliers; Robespierre, après la séparation de l'Assemblée constituante, avait établi au club des Jacobins le centre de son action.

Décrets contre les émigrés et les prêtres réfractaires. L'émigration. — Le 5 octobre, sur la proposition de Couthon, les députés décidèrent que, lorsque le roi se rendrait à l'Assemblée, il siégerait sur un fauteuil semblable à celui du président et sur le même plan; qu'en outre on ne lui donnerait plus le titre de sire ou celui de majesté. Mais ce décret fut rapporté le surlendemain et, une fois de plus, des protestations de confiance réciproque furent échangées entre le roi et les représentants. Jamais pourtant les deux pouvons n'avaient été plus près d'une rupture irrémédiable. La Révolution était aux prises avec les agissements des émigrés, les intrigues dis puissances étrangères, l'opposition des prêtres réfractaires, dont les partisans s'agitaient déjà dans 1rs campagnes de l'Ouest. A Avignon, un conflit sanglant éclatait entre 1rs partisans de la municipalité et ceux de l'armée, dont le chef, Jourdan Coupe-Tête, vengea l'assassinat de l'un des siens en faisant jeter dans

(1) Au début on ne distinguait pas entre girondins et jacobins.

(2) Sur les clubs et la presse, voir le chapitre La Société et la Révolution.

Histoire de France. — II.

nation de Pétion, qui fut l'un des plus ardents adversaires de la monarchie. Le choix de Pétion comme maire de Paris, avec Manuel comme procureur et Danton comme l'un des deux substituts de la Commune, réjouit donc à la fois les jacobins, qui ne voyaient dans La Fayette qu'un autre Cromwell, et la reine, qui disait de La Fayette qu'il ne voulait être maire de Paris que pour être maire du palais.

D'autre part, Louis XVI, poussé par Marie-Antoinette, ne cessait d'appeler à son secours les souverains étrangers, auprès desquels il faisait agir des agents secrets, tels que le baron de Breteuil, Mallet du Pan, Durfort de Cheverny. Sa correspondance avec Frédéric- Guillaume de Prusse, celle de la reine avec le comte de Mercy- Argenteau, ne laissent aujourd'hui aucun doute sur la diplomatie de la Cour. Louis XVI attendait son rétablissement d'un congrès européen, qui ferait exécuter ses décisions à main armée, et on a de lui une lettre au roi de Prusse, où il fait ressortir les avantages que lui paraît présenter cette combinaison. On n'était pas certain de la connivence des Tuileries avec les cabinets européens, mais quelques adversaires de la Cour en avaient comme l'intuition.

Particulièrement inquiète des rassemblements d'émigrés, l'Assemblée décréta, le 31 octobre 1791, que Louis XVI inviterait son frère, le comte de Provence, à revenir en France dans un délai de deux mois, sous peine d'être considéré comme ayant abdiqué ses droits éventuels à la régence. Le 9 novembre, un décret, rendu sur le rapport de Brissot, porta que les émigrés (y compris les princes, les fonctionnaires et les officiers) qui ne seraient pas rentrés en France

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Pétion de Villeneuve, par de Pu ai. ipon.

Barbaroux, gr:n 6 d'après Bonn b vill e .

TTTSTOIRE DE FRANCE

le 1er janvier 1792 seraient déclarés « coupables de conjuration contre la patrie ».

Le 29 du même mois, les prêtres insermentés furent mis en demeure de prêter sous huit jours le serment civique, sous peine de privation de leur traitement, et, en cas de troubles, d'interdiction provisoire de séjour.

Louis XVI refusa de sanctionner les décrets et se borna à enjoindre à ses deux frères de rentrer en France; mais «Monsieur » répondit à cette injonction par une lettre moqueuse, affectant de considérer le roi comme prisonnier de ses sujets.

Sur ces entrefaites et alors que l'attitude de l'Assemblée devenait de plus en plus hostile à la Cour, une note du ministère autrichien (3 décembre 1791), revenant sur la question des princes possessionnés, signifia au roi la résolution de Léopold II, de « leur porter tous les secours qu'exigeaient la dignité delà couronne impériale et le maintien des constitutions de l'Empire, s'ils n'obtenaient pas réintégration plénière et conforme aux dispositions des traités ».

Ministère feuillant. — Le roi appela aux affaires un ministère dit feuillant, bien qu'il fût loin d'être homogène, et qui allait pratiquer une politique toute dévouée à la Cour (6 décembre). Le portefeuille de la Guerre fut confié à Narbonne, qui fréquentait chez Mme de Staël ; celui des Affaires étrangères à de Lessart; les sceaux, à Du Port. Cahier de Gerville, à l'Intérieur, et Bertrand Molleville, à la Marine, représentaient l'un les idées « patriotes », le second le parti le moins avancé. La Fayette fut écarté conformément au désir de la reine. « M. de La Fayette nous sauvera de nos ennemis, disait-elle, mais qui nous sauvera de M. de La Fayette? »

Le 14 décembre, sur les instances de Narbonne, le roi vint annoncer à l'Assemblée son projet de sommer les Électeurs de dissoudre les corps d'émigrés massés sur nos frontières. Le 2 janvier 1792, les

princes n'ayant pas obtempéré aux injonctions du roi, l'Assemblée décréta qu'il y avait lieu à accusation contre les comtes de Provence et d'Artois, le prince de Condé, Calonne, « prévenus d'attentats et de conspiration contre la sûreté générale de l'État et la Constitution ».

Quelques jours plus tard, l'Empereur fit remettre au gouvernement français une note où, incriminant les outrages prodigués à la monarchie par les révolutionnaires et relevant les préparatifs de guerre de la France, il déclarait « qu'une violation quelconque du territoire germanique serait considérée comme un cas de guerre ».

L'Assemblée rendit, le 14 janvier, un décret dont l'exposé des motifs discutait les griefs reprochés à la France et qui concluait par le refus de céder sur aucun point. Le 25 elle invita Louis XVI à demander à l'Empereur des explications au sujet du « concert des souverains », ajoutant que si, au 1er mars, le gouvernement n'était pas en possession d'une réponse satisfaisante, toute relation serait rompue.

Le jour même où expirait cet ultimatum, François II succédait à l'empereur Léopold, qui en définitive ne désirait pas les hostilités.

Ministère girondin. Roland et Dumouriez. — Dans le ministère, Bertrand de Molleville et Narbonne se faisaient une guerre acharnée. Le premier ét;iit l'homme de confiance de la reine; jaloux de la popularité du jeune ministre de la Guerre, il lui reprochait sa condescendance pour l'Assemblée. Le roi destitua Narbonne (9 mars) et le remplaça par de Grave.

Le lendemain la Législative déclara que l'ancien ministre de la Guerre emportait ses regrets; Vergniaud reprocha formellement à la Cour d'égarer le roi par des conseils perfides, et l'Assemblée vota la mise en accusation de de Lessart. Les autres ministres ayant démissionné, le roi constitua un ministère girondin : Lacoste (Marine), de Grave (Guerre), Dumouriez (Affaires étrangères), Roland (Intérieur), Clavière (Contributions publiques), Duranton (Justice).

Mme Roland, par J. Goupil (Musée du Luxcmboui';

Roland et Dumouriez étaient les hommes les plus marquants du cahinet du 24 mars 1792.

Ancien inspecteur des manufactures à Lyon, Roland, actif, laborieux, mais sentencieux et superficiel, ('tait une sorte de républicain à l'antique, scrupuleusement honnête, de mœurs austères, inflexible comme ses doctrines, dominé par sa femme, .Manon Philipon. Ambitieuse autant et plus que son mari, dont elle fut la collaboratrice dévouée, Mmo Roland était intelligent!', instruite, sérieuse,

enthousiaste des idées philosophiques et républicaines, profondément honnête malgré sa passion pour Buzot, parce que « Plutarque et Corneille corrigeaient en elle le Tasse et Jean-Jacques » (Henri Roujon). Elle domina les girondins et l'on peut dire que, pendant un an, c'est dans son salon que se décidèrent les destinées de la France.

Dumouriez, réformé comme capitaine en 1763, avait mené pendant trente ans une vie d'aventures en Espagne, en Corse, en Pologne. Employé dans la diplomatie secrète de Louis XVI, jeté à la Bastille, puis gracié, il était en 1789 commandant militaire à Cherbourg. Agé de cinquantetrois ans, c'était un soldat très brave, d'aspect séduisant, mais un ambitieux sans scrupules et un sceptique. Partisan secret des d'Orléans, il flatta tous les partis. D'une intelligence souple, avec de grandes facultés d'assimilation et d'improvisation et un esprit fécond en ressources, il était moins capable de régner sur les assemblées politiques que de commander dans les camps. Comme diplomate, il gardait dans les grandes affaires quelque chose de l'ancien agent secret, et il espérait être assez habile pour contenter à la fois la Cour et la majorité de l'Assemblée.

Il apporta au ministère un vaste plan de politique étrangère, qui consistait à attaquer l'Autriche dans les Pays-Bas révoltés, dont on ferait une république fédérative sous le protectorat de la France. Pour isoler l'Autriche, qu'un traité d'alliance offensive et défensive liait avec la Prusse depuis le 7 février 1792, et localiser la guerre, il chargea de missions, d'ailleurs infructueuses, Custine à Berlin, Talleyrand à Londres, Sémonville en Sardaigne et à Constantinople.

Rupture avec l'Autriche. La déclaration de guerre (20 avril 1792). — Par haine de l'esprit militaire et par défiance vis-à-vis de la Cour, qu'il soupçonnait de trahison, le parti avancé était hostile à la guerre qui, heureuse, affermirait le pouvoir du roi et, malheureuse, consoliderait l'influence des girondins. Ceux-ci l'appelaient de tous leurs vœux, dans la conviction que la victoire entraînerait la chute de la royauté, en même temps qu'elle faciliterait en Europe la propagande des principes révolutionnaires; ils y voyaient aussi un moyen de démasquer les menées de la Cour et de déconsidérer la royauté en la solidarisant avec la grande famille monarchique.

La réponse de François II au sujet du « concert des souverains » porta que ce concert subsisterait « tant que subsisteraient les causes qui en avaient provoqué et nécessité l'ouverture ». Dès qu'il la connut, Dumouriez chargea Noailles, notre ambassadeur à Vienne, de sommer l'Autriche d'avoir à cesser immédiatement ses mouvements de troupes sur nos frontières.

François II, prince de vingt-quatre ans, était « militaire dans l'âme et absolutiste », et l'alliance prussienne ne lui inspirait pas les mêmes défiances que son père. Il mit comme condition à un désarmement la reconstitution de la monarchie française sur les bases de la séance royale du 23 juin 1789, la restitution au clergé de tous ses biens, le rétablissement dans leurs privilèges des princes possessionnés d'Alsace, enfin la remise d'Avignon au pape.

Le 20 avril 1792, le roi, accompagné de tous ses ministres, se présenta devant la Législative. Dumouriez communiqua la note de François II, qui fut accueillie par de véhémentes protestations; puis Louis XVI prit la parole et, d'un ton solennel : « J'ai dû,

LA RÉVOLUTION

dit-il, épuiser tous les moyens de maintenir la paix. Maintenant, je viens, aux termes delà Constitution, vous proposer formellement la guerre contre le roi de Hongrie et de Bohème (1). »

La proposition, qui, ménageant les susceptibilités des Étals germaniques, ne donnait pas à François II son titre d'Empereur, fut renvoyée d'urgence au comité' diplomatique pour la rédaction de la déclaration, dont Condorcet écrivit l'exposé des motifs. La guerre fut déclarée à l'unanimité moins 7 voix.

État et emplacement des armées françaises. — Les ressources militaires de la France étaient médiocres.

L'armée de ligne, l'ancienne armée royale, dont les effectifs étaient incomplets, était privée d'un grand nombre de ses officiers, qui avaient émigré, et l'intervention des soldats dans les luttes politiques avait affaibli la discipline. Seule L'artillerie avait gardé ses cadres à peu près intacts.

En juillet 1791 , sous le coup des craintes d'intervention étrangère provoquées par l'affaire de Yarennes, la Constituante avait créé une armée auxiliaire, composée de volontaires nationaux et engagés pour un an à partir du 1er décembre suivant : le 17 août, 101000 volontaires furent appelés sous les drapeaux pour former 169 bataillons de 374 hommes, dont les officiers et sous-

(1) La « Marseillaise ». — Lorsque la nouvelle de la déclaration de guerre arriva à Strasbourg, le maire de cette ville, Dietrich, organisa une fête patriotique qui se termina par un banquet. Au nombre des convives se trouvait un jeune capitaine du génie, Rouget de l'Isle, dont les compositions poétiques et musicales jouissaient d'une certaine réputation. Dietrich lui proposa de composer un chant de guerre « pour animer et guider nos jeunes soldats » et, sur les instances des invités, l'officier promit « d'essayer». Rentré chez lui, il prit son violon, se mit à en jouer et composa d'une seule haleine six couplets, paroles et musique.

Le lendemain matin, dès six heures (25 avril 1792), il se leva, écrivit sa composition, la montra d'abord à un de ses amis, puis la porta chez le maire. Dietrich, après avoir lu brièvement le manuscrit : « Montons au salon, dit-il à Rouget, que j'essaye votre air sur le clavecin. A première vue, je juge qu'il doit être bon ou bien mauvais. » Dès qu'il eut déchiffré la musique, il appela une de ses nièces, lui fit jouer l'air et invita à déjeuner tous ses convives de la veille. Au dessert, il entonna l'hymne, qui produisit une grande impression. L'œuvre de Rouget de l'Isle reçut le nom de Chant de guêtre de l'année du Rhin et l'ut dédiée à Luckner, qui commandait cette armée.

Des voyageurs de commerce la répandirent dans toute la France. Le bataillon des Marseillais, appelé à Paris par Barbaroux à l'approche du Dix Août (voir p. 230), entonna, sur sa route, le Chant de guerre et fit sou entrée dans la capitale en chantant l'œuvre de Rouget de l'Isle, à laquelle on donna dès lors le nom de ceux qui lui avaient procuré une renommée si rapide.

La Marseillaise exerça sur les armées de la République un grand enthousiasme. Klopstock, rencontrant un jour Rouget de l'Isle, lui dit : « Vous êtes un homme terrible, vous nous avez tué cinquante mille braves Allemands... Et après la bataille de Valmy, Kellermann ayant écrit à Servan, ministre de la Guerre, pour lui demander l'autorisation de célébrer ce succès par un Te Deum : « L'hymne national connu sous le nom des Marseillais, répondit Servan, est le Te Deum de la République. »

Rouget de l'Isle chantant la « Marseillaise », par Pils (Musée du Louvre).

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Rouget de l'Isle, par David d'Angers.

Soldat de la République, par Nie. Charljît.

officiers étaient nommés par les soldats. Quatre-vingt-trois bataillons seulement, sur 169, s'organisèrent à temps. Aussi, le 5 mai 1792, l'Assemblée législative décida-t-elle de compléter la première levée par 45 nouveaux bataillons, dont elle porta l'effectif à 800 hommes. « On croyait opposer à l'envahisseur près de 300 000 hommes de troupes régulières et de volontaires. Mais en réalité, les garnisons déduites, les forces défensives de la France, de Dunkerque à Bàle,nese composaient au 10 août que de 82 000 soldats. » (Arthur Chuquet.)

Suivant les principes stratégiques alors en vigueur, les troupes s'étendaient comme un cordon défensif tout le long de la frontière, réparties en quatre armées, savoir :

1° de Dunkerque à Philippeville sur la Meuse, Vannée du Nord aux ordres de Rochambeau. Quartier général au camp de Famars; — 2° de Philippeville à Laulerbourg, Vannée du Centre ou des Ardennes, commandée par La Fayette. Quartier général à Metz ; — 3° de Lauterbourg àHuningue, Vannée du Rhin, sous Luckner. Quartier général à Wissembourg; — 4° sur la frontière franco-italienne, Vannée des Alpes, commandée par Montesquiou du côté de la Savoie, et par Anselme près de la vallée du Var.

État et emplacement des armées ennemies. — L'Espagne, l'Angleterre et la Russie gardant encore la neutralité, les puissances qui entraient en lutte contre nous étaient l'Autriche, la Prusse-, le landgrave de Hesse-Cassel et la Sardaigne. Les ennemis disposaient de près de 212 000 soldats, dont 171 000 d'infanterie et 41000 cavaliers. Ces forces se divisaient aussi en quatre années : Varmée autrichienne de Belgique, commandée par le due Albert de Saxe-Teschen, gouverneur général des Pays-Bas, assisté de Cleri'ayt et de Beaulieu ; l'armée prussienne, commandée nominalement par le roi Frédéric-Guillaume II et effective-

ment par le duc de Brunswick, que secondaient les généraux Kreist et Kalkreuth; un corps de 13000 hommes, aux ordres d'Esterhazy, qui se tenait en observation dans le Brisgau, de Bàle à Philippsbourg; enfin, dans le Piémont, l'armée sarde, sous l'autorité directe du roi Victor-Emmanuel. Les Prussiens, commandés par le duc de Brunswick, devaient envahir la Champagne, tandis

Journée du 20 juin 1792, gravure de Joukdan.

que les Autrichiens, massés en Flandre et sur le Rhin, couvriraient le flanc de l'armée prussienne.

Premières opérations. Échecs dans le Nord. — Dumouriez avait conçu un plan de campagne, consistant : 1° à se tenir sur la défensive partout où la France avait ses frontières naturelles; 2° à prendre l'offensive dans les Pays-Bas, où notre territoire n'allait pas jusqu'au Rhin, et dans la Savoie, où il n'allait pas jusqu'aux Alpes; puis, ces positions occupées, à les défendre sans aller plus loin. La conquèle de la Belgique paraissait facile à Dumouriez, qui comptait sur le soulèvement des patriotes de ce pays contre la domination autrichienne. Mais il eut le tort, au lieu de concentrer ses forces pour accabler l'ennemi, de les diviser en colonnes d'attaque, opérant séparément à des distances plus ou moins grandes les unes des autres.

Le 28 avril, l'armée du Nord entra en campagne. Le général Biron (duc de l.auzun), parti*de Valenciennes avec 10000 hommes, prit Quiévrain et arriva à Quaregnon, près de Mons, où, le lendemain 29, il se heurta aux premiers régiments autrichiens, qui prirent l'offensive. Deux régiments de dragons français, le 5e et le 6e, furent saisis de panique et tournèrent bride aussitôt, au cri de « Trahison ! »

Le même jour, 28 avril, le général Théobald Dillon partit de Lille pour opérer contre Tournai. Abordée le 29 au malin par une troupe d'environ 4000 Impériaux, la colonne se débanda aux premiers coups de canon, laissant derrière elle ses convois et douze bouches à feu. Sous le même prétexte de trahison, les soldats se révoltèrent contre leur général et le pendirent.

Ces revers eurent pour conséquence la démission de Rochambeau, puis celle du ministre de la Guerre, de Grave (8 mai , qui fut remplacé, à la demande de Roland, par le colonel Servan. A Paris, on s'en prit à la Cour, qui fut justement accusée de trahison; car le plan de campagne, délibéré en conseil des ministres, avait été livré à l'Autriche. Duranton était d'ailleurs d'accord avec les conseillers secrets du roi (Bertrand de Molleville, Montmorin, etc.), qu'on appelait le « comité autrichien » et qui, disait-on, était pré-

Louis XVI coiffé du bonnet phrygien (Médaillon en terre coloriée ; musée Carnavalet)

sidé par la reine. L'Assemblée siégea en permanence du 28 au

30 mai; l'agitation révolutionnaire redoubla dans les clubs, dans

les assemblées de sections, dans la rue.

Le 27 mai, la peine de la déportation fut prononcée contre les

prêtres réfractai res, mais le roi refusa de sanctionner le décret.

Le 29, l'Assemblée licencia la garde du roi. Le 8 juin, sous la pression de l'opinion « patriote » et sur la motion de Servan, elle décréta la formation d'un camp de 20000 fédérés à Soissons, et, comme Louis XVI refusait sa sanction, Roland adressa au roi une lettre comminatoire, rédigée par sa femme et qui fut rendue publique. Le roi congédia aussitôt Roland, Clavière et Servan (13 juin). Dumouriez, après avoir essayé de constituer un autre ministère et d'oblenir la sanction des deux décrets du 27 mai et du 8 juin, démissionna à son tour (16 juin). Louis XVI remplaça ces ministrjes par des hommesdu parti feuillant et envoya aux coalisés un émissaire secret, Mallet du Pan, avec des instructions écrites de sa main. La Fayette, de son camp, adressa à l'Assemblée une lettre où il condamnait la politique du ministère girondin et demandait qu'on mît fin au règne des clubs (18 juin 1792).

Les revers de l'armée du Nord, le renvoi des ministres girondins et le refus du roi de sanctionner les décrets provoquèrent la journée du 20 juin.

Journée du 20 juin 1792. — Le

20 juin, jour anniversaire du serment du Jeu de Paume, fut en effet choisi par le peuple pour forcer la volonté de Louis XVI par une manifestation. D'accord avec le maire de Paris et sans doute avec les ministres disgraciés, 20000 hommes, partis des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, vinrent demander à l'Assemblée d'exiger du roi l'observation scrupuleuse de ses obligations constitutionnelles.

En sortant du jardin des Tuileries, les manifestants, conduits par le brasseur Santerre, très influent et très aimé dans le faubourg Saint-Antoine, envahirent le Carrousel et pénétrèrent dans la cour du château.

Louis XVI était dans son cabinet, n'ayant à côté de lui que le vieux maréchal fie Mouchy, quelques serviteurs de sa maison et des officiers dévoués de la garde nationale. La porte allait céder aux coups de hache : il donna l'ordre de l'ouvrir. Le boucher Legendre lut une pétition demandant la sanction des décrets. « Ce n'est ni la forme ni le moment de l'obtenir, répondit Louis XVI. Je ferai tout ce qu'exigera la Constitution. » On lui présenta un bonnet rouge au bout d'une pique ; il le mit de son plein gré sur sa tète et but un verre de vin à la santé du peuple.

Cette scène durait depuis deux heures lorsque arriva le maire Pétion, qui s'approcha du roi en lui disant : « Ne craignez rien, vous êtes au milieu du peuple.» Louis XVI prend la main d'un grenadier et la pose sur son cœur : « Voyez, dit-il, s'il bat plus vite qu'à l'ordinaire. » Madame Elisabeth, sœur du roi, avait suivi Louis XVI de fenêtre en fenêtre pour partager les dangers qu'il pourrait courir. Le peuple, qui l'avait d'abord prise pour la reine, avait crié : « A bas l'Autrichienne! •> Des grenadiers de la garde nationale les détrompèrent. « Laissez-les, dit la princesse, laissez-les dans leur erreur, et sauvez la reine. »

Sur le conseil du maire, la multitude défila entre deux haies de gardes nationaux devant le roi, qui conserva le plus grand sang-froid, puis devant la reine et le dauphin; mais le chàleau ne fut complètement évacué que dans la soirée.

Celte manifestation provoqua l'hostilité ouverte de la bourgeoisie constitutionnelle. La Fayette, après avoir pourvu au commandement de son armée, vint à Paris (28 juin 1792) et demanda à l'Assemblée la poursuite des instigateurs de la journée du 20 juin; il n'obtint que les honneurs de la séance, après avoir voulu peut-

être faire un prununciamiento en faveur du roi.

LA RÉVOLUTION

Les enrôlements volontaires en 1792, par Vinchon (Versailles).

Ses offres à la Cour ne furent pus mieux accueillies. « l.e meilleur conseil à donner à M. de La Fayette, dit le roi, est de servir toujours d'épouvantail aux factieux, en faisant bien son métier de général. »

Nouvelles opérations dans le Nord. — Luckner, successeur de Rochambeau à la tète de 1 armée du Nord, reçut l'ordre de reprendre les opérations en Belgique. Vieux, fatigué, peu capable, il ne marcba qu'à contre-cœur. Parti le llî juin du camp de Famars avec 18000 hommes, il prit Menin le 17, Courtrai le 18; mais à Ypres, effrayé de son isolement en pays ennemi avec une force aussi peu nombreuse, il repassala frontière et se retira sous les murs de Lille.

Le 3 juillet, Vergniaud dénonça avec véhémence les menées suspectes de la famille royale. Mais dans la séance du 7, Lamourelte, évèque constitutionnel de Lyon, conjura ses collègues de sacrifier leurs dissentiments à l'intérêt commun. Impressionnés par sa généreuse éloquence, les députés des opinions les plus opposées s'embrassent et se serrent les mains : Louis XVI se rend à l'Assemblée, où il est accueilli par des applaudissements, et les représentants en masse l'accompagnent jusqu'aux Tuileries.

La patrie en danger. Les enrôlements volontaires. — Le conflit un instant apaisé devint plus aigu lorsqu'on apprit que l'administration du département avait suspendu de ses fonctions le maire de Paris. Le roi, qui avaitapprouvé cette mesure, n'osa pas résister à l'Assemblée, qui la déclara non avenue; mais les ministres offrirent leur démission, déclarant qu'il n'était pas " en leur pouvoir de défendre le royaume de l'anarchie ». Le 5 juillet, au milieu de l'émotion produite par les nouvelles de la fron tière, la Législative avait rendu un décret réglant les formes d'après lesquelles, le cas échéant, la patrie serait déclarée en danger.

Le duc de Brunswick, gravé d'après A. Graff

La déclaration même, ajournée jusqu'au 1 1 juillet, fut ainsi rédigée :

Des troupes nombreuses s'avancent vers nos frontières. Tous ceux qui ont en horreur la liberté s'arment contre notre Constitution.

Citoyens, la Patrie est en danger.

Que ceux qui vont obtenir l'honneur de marcher les premiers pour défendre ce qu'ils ont de plus cher se souviennent qu'ils sont toujours Français et libres. Que leurs concitoyens maintiennent dans leurs foyers la sûreté des personnes et des propriétés; que les magistrats et le peuple veillent attentivement et que tous, dans un courage calme, attribut de la véritable force, attendent pour agir le signal de la Loi, et la Patrie sera sauvée.

Tous les citoyens valides qui avaient déjà servi dans la garde nationale furent mis en état d'activité permanente et se réunirent, par cantons, pour élire parmi eux les citoyens qui seraient envoyés aux armées.

Alin de constituer un corps de réserve entre Paris et la frontière, l'Assemblée décida la formation de 42 nouveaux bataillons de volontaires, et elle autorisa la création de compagnies franches, de légions françaises ou étrangères (Savoisiens, Hélées, Hollandais), de compagnies de chasseurs.

Les volontaires de 1792 rendirent moins de services que ceux de 1791. Ceux-ci « comptaient dans leurs rangs un grand

i lue de jeunes gens instruits, pleins

d'enthousiasme, animés par un prof 1 sentiment du devoir et par une force morale qu'ils communiquèrent à leurs camarades.

l'as un général, pas un officier qui ne loue leur ardeur et leur dévouement. Ils formaient l'élite de la nation, et ce furent, comme on l'a dit, les vrais volontaires, les seuls qui méritèrent ce titre, les seuls, à peu près, qui valurent quelque chose. Ils avaient, écrit Gouvion Saint-Cyr, l'énergie, l'entrain, la confiance. Ils eurent, assure Gay de Y. i non, plus de tenue qu'on ne le croit communément; ils accouraient aux frontières, enorgueillis de leur nom, de leur nombre et de leur union ; leur patriotisme était fervent, et leur courage appelait la

guerre » (1). De leurs rangs sortirent la plupart des grands généraux de la Révolution et de l'Empire. Les volontaires de 1792, inexpérimentés, mal aguerris, « arrivaient en guenilles, sans armes, sans gibernes, sans souliers. Beaucoup n'avaient été séduits que par la solde de 15 sous par jour; ce sont, disait Biron, des gens achetés par les communes et la plupart sans aveu »; et enfin un très

Le célèbre document exigeait le rétablissement du pouvoir absolu en France. Il menaçait de mort tout garde national pris les armes à la main, tout officier et soldat français qui refuserait de prêter le serment d'obéissance à Louis XVI, tout citoyen qui « oserait se défendre ». Il rendait personnellement responsables tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, du district et de la mu-

Prise des Tuileries, le 10 août 1792, par J. Bertaux.

grand nombre d'entre eux, politiciens avant tout, étaient « bien moins souples à la discipline que les volontaires de 1791 » (2).

Il n'y en eut pas moins en 1792 un magnifique élan de patriotisme (3), et le décret fixant « les mesures à prendre quand la patrie est en danger » reçut dans toute la France son exécution. Les corps administratifs se réunirent en permanence; les citoyens vinrent déclarer devant leur municipalité le nombre et la nature des munitions dont ils étaient pourvus; les gardes nationales, rassemblées au cbef-lieu de chaque canton, choisirent » entre elles le nombre d'hommes que le canton devrait fournir ». La France se leva contre l'ennemi.

Le 19 juillet, l'armée prussienne se concentra à Coblentz, au nombre de 42000 hommes, dont 3000(1 fantassins. Avec elle devaient marcher 14 000 Autrichiens, sous les ordres du prince de Hohenlohe-Kirchberg, 5 000 Hessois, et les émigrés.

Le plan d'invasion fut l'œuvre d'un Français, le marquis de Bouille. Les forces ennemies devaient remonter la vallée de la Moselle jusqu'à la frontière française, se porter sur la Meuse, où Clerfayt, venu des Pays-Bas, leur amènerait un nouveau corps de 15000 Autrichiens, puis marcher directement sur Paris par la Champagne.

Le manifeste de Brunswick. — Avant l'entrée en campagne de l'armée d'invasion, l'Empereur et le roi de Prusse se concertèrent, le 21 juillet, à Coblentz pour lancer un manifeste destiné à expliquer et justifier leur intervention. Deux projets furent élaborés, l'un par Mallet du Pan, l'autre par un émigré, le marquis Geolfroy de Limon, ancien intendant du comte de Provence; mais c'est d'après les indications mêmes venues des Tuileries que fut rédigé le texte définitif.

(1) Arthur Chuquet, La Première Invasion prussienne, p. 71-72. — (2) Id., p. 70-71.

(3) Voir, sur la psychologie des armées de la République, L'Armée à travers les âges (conférences faites à Saint-Cyr en 1898), lre série (1899), p. 183.

nicipalité de Paris. Enfin il déclarait que, si la moindre insulte était adressée à la famille royale, « Leurs Majestés impériale et royale en tireraient une vengeance exemplaire, en livrant Paris à une exécution militaire et à une subversion totale ».

Daté de Coblentz le 25 juillet, le manifeste fut connu à Paris le 28. Il y produisit un effet extraordinaire, mais tout autre que celui qu'escomptaient ses auteurs. Il raviva la fermentation révolutionnaire, accrut les défiances populaires contre la Cour et précipita la chute de la royauté. Le généralissime prussien dira plus tard : « Je donnerais ma vie pour n'avoir pas signé' ce manifeste. »

La journée du Dix Août. Chute de la royauté. — Dès le

lendemain du 20 juin, la Cour s'était efforcée de désarmer les faubourgs; mais ce projet fut déjoué par Alexandre, commandant le bataillon de Saint-Marcel, qui le dévoila à la municipalité.

Le 25 juillet, les 48 sections de Paris avaient été déclarées en permanence par l'Assemblée. Le 3 août, à l'unanimité moins une, elles chargèrent le maire de Paris de demander à la Législative la déchéance de Louis XVI. Malgré le veto opposé par le roi à la formation du camp sous Paris, dès le 18 juillet des compagnies ou bataillons de volontaires fédérés s'étaient mis en marche et, après avoir célébré la fête de la Fédération, ils avaient invité l'Assemblée 23 juillet) à suspendre le roi de ses fonctions et à convoquer une Convention nationale. Ils lièrent partie avec les sections qui, informées que la Cour se disposait à la résistance, attendirent, pour mettre à exécution le projet d'insurrection qu'elles avaient secrètement formé, l'arrivée du bataillon des Marseillais appelé dans la capitale par Barbaroux, que ses concitoyens avaient envoyé à Paris pour se plaindre àla Législative du directoire du département. Les Marseillais, sous le commandement de François Moisson, entrèrent à Paris le 30 juillet, au nombre de 516, en chantant l'hymne auquel ils ont donné leur nom.

L'insurrection éclata dans la nuit du 9 au 10 août. L'assemblée révolutionnaire des commissaires des sections (Carra, Corsas, San-

LA REVOLUTION

Santerre, grave d'à près Bonne ville.

terre, Fournier l'Américain, etc.), qui s'était installée à l'Hôtel de

Ville, devait donner le signal. Mais la section du Théâtre-Français,

pour arriver aux Tuileries la première, sonna le tocsin dés onze

heures et demie : c'est dans cette section que siégeait le club des

Cordeliers, qu'un grand nombre de chefs révolutionnaires avaient

leur domicile, que les Marseillais étaient casernes. A trois heures

du malin tout le monde était

sur pied; Danton et ses amis

étaient à la tète du mouvement.

Les insurgés se divisèrent en

trois corps : celui du faubourg

Saint-Marceau, sous les ordres

d'Alexandre et de Fournier

l'Américain; celui du faubourg

Saint-Antoine, avec Santerre

et Westermann ; celui des Cor-

deliers, avec les Marseillais,

dont les rangs se grossirent

d'une foule nombreuse.

Mandat, chef d'une des six légions de la garde nationale, avait le commandement général des Tuileries : il avait obtenu du maire l'ordre écrit de repousser la force par la force; mais, dans la matinée du 9 août, une municipalité insurrectionnelle, dite Commune du 10 août, se forma à l'Hôtel de Ville et fit arrêter Mandat, qui fut tué au moment où il était conduit en prison.

Le roi disposait aux Tuileries de 1 000 Suisses, 1 200 gendarmes, 1500 soldats de l'ancienne garde constitutionnelle, 2000 gardes nationaux et une centaine de gentilshommes. La garde nationale, formée d'une nouvelle génération révolutionnaire, était, en grande partie, indifférente ou ennemie. La gendarmerie du Louvre se composait des gardes-françaises qui avaient aidé à la prise de la Bastille.

Les canonniers que Mandat avait placés sur le Pont-Neuf, pour s'opposer à la jonction des faubourgs Saint-Marceau et Saint-Antoine, firent cause commune avec les insurgés, et une partie de la garde nationale en service aux Tuileries fit défection.

Vers cinq heures, Louis XVI passe en revue ses défenseurs, et les premiers manifestants approchent du château. On presse le roi de se réfugier dans l'Assemblée nationale. Marie-Antoinette s'y oppose. « Sire, dit le procureur général syndic du département, Rœderer, Votre Majesté n'a pas cinq minutes à perdre. — Marchons, dit le roi. — Monsieur Rœderer, s'écrie Madame Elisabeth, vous répondez de la vie du roi? — Oui, madame, sur la mienne, reprit-il ; je marcherai immédiatement devant lui. »

Les insurgés pénètrent dans le château : aussitôt les gendarmes du Louvre abandonnent leur poste; les canonniers déclarent qu'ils ne veulent pas tirer sur le peuple et passent dans ses rangs ; les Suisses postés sur l'escalier qui conduit à la chapelle entendent le bruit d'une fusillade — les coups de feu partaient du premier étage du château — et ils tirent à leur tour, tuant trois cents insurgés. Une balai Ile s'engage, très violente. Le roi, informé, fait envoyer aux Suisses l'ordre de « déposer leurs armes » ; mais le comte d'Hervilly ne signifie la volonté de Louis XVI qu'après avoir laissé se continuer quelques instants un combat dont le peuple ne lui avait pas d abord pain devoir sortir nécessairement vainqueur. Cinq mille morts jonchaient le sol.

Le château est mis au pillage pendant que les Suisses l'abandonnent pour rejoindre la famille royale. Malmenés, frappés, ils tombent pour la plupart en se défendant. Soixante d'entre eux sont lâchement assassinés à l'Hôtel de Ville par la multitude, après qu'on les a désarmés.

Le roi suspendu de ses fonctions. — Lorsque Louis XVI et sa famille pénétrèrent dans l'Assemblée : << Je viens, dit Louis XVI, pour éviter un grand crime, et je pense, messieurs, que je ne saurais être plus en sûreté qu'au milieu de vous. — Sire, répondit le président Vergniaud, vous pouvez compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale : ses membres ont juré de mourir en soutenant, les droits du peuple et les autorités constituées. » Le roi se plaça à côté du président; mais comme les délibérations ne pouvaient avoir lieu en sa présence, aux termes de la Constitution, il passa avec sa famille et ses ministres dans une loge placée derrière le président, celle du logographe, chargé du compte rendu des séances.

La révolution du Dix Août avait été l'œuvre, non de l'Assemblée, mais du peuple de Paris. La municipalité insurrectionnelle avait envoyé à la Législative une députation, à la tète de laquelle était haillon, pour demander la convocation des assemblées primaires. Le 13, sur la proposition de Vergniaud, l'Assemblée rendit le décret par lequel Louis XVI était provisoirement suspendu de ses fonctions. Toute distinction était supprimée entre les citoyens actifs et les citoyens passifs, et une Convention nationale, convoquée pour le •21 septembre, statuerait sur les mesures propres à « assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l'égalité ».

Le roi et sa famille, dont la garde avait été confiée â la Commune, furent transférés à la tour du Temple (30 août 1792 .

Les ministres Roland (Intérieur), Clavière (Finances) et Servan (Guerre) furent rappelés au pouvoir, en même temps que Danton, Monge et Lebrun étaient chargés respectivement de la Justice, de la Marine et des Affaires étrangères: ils formèrent un conseil exécutif provisoire.

Toute-puissance de la Commune de Paris. — Il ne restait plus dans Paris que deux pouvoirs : l'Assemblée, à laquelle l'insurrection dictait ses ordres, et la Commune, produit de l'insurrection. Les vainqueurs du Dix Août laissèrent en fonctions le maire Pétion et le procureur syndic Manuel. Le commandement en chef de la garde nationale fut confié à Santerre.

Le 17 août, la Commune de Paris demanda à l'Assemblée la création d'un tribunal extraordinaire pour juger les « conspirateurs du Dix Août ». Cette juridiction d'exception, destinée à statuer sans appel sur les crimes commis dans la journée du Dix Août << et autres crimes y relatifs, circonstances et dépendances », fut le premier essai du tribunal révolutionnaire.

Le 27 mai, la peine de la déportation avait été prononcée contre les prêtres réfractaires : le soir même de la prise des Tuileries la municipalité de Paris transmit aux sections, à fin d'arrestation, les listes de ceux qui n'avaient pas quitté le territoire français.

Fuite de La Fayette. — L'Assemblée législative envoya dans les départements et. aux armées des commissaires pour notifier ses

décrets et faire prêter un nouveau serment. La Fayette, inébranlablement attaché à son idéal politique, fit arrêter à Sedan les commissaires et jurera ses troupes de rester fidèles à la Constitution de 1791. Déclaré par l'Assemblée traître à la patrie (19 août 1792), il songea un instant à marcher sur Paris, au secours du roi ; mais les soldats étaient ébranlés, les autorités civiles hésitantes, et il se décida à chercher un asile à l'étranger. Le 20 août, il qui lia secrètement son camp avec quelques officiers, constitutionnels coin me lui : Bureaux de Puzy, Latour-Maubourg, l.ameth, et entra dans les Pays-Bas.

Arrivé aux avant-postes autrichiens, il fut arrêté contre le droit des gens el traité comme prisonnier de guerre I

L'invasion prussienne. La

journée du I > i m Aoûl et rapproche de l'automne déterminèrent les généraux ennemi 5, malgré les effortsde la diplo-

La tour du Temple (Estampe de la Bibliothèque nationale).

i II i ni interné clans la citadelle d'I llmutz Moravie), où il resta jusqu'en 1 7 *. • 7 . Sii mise en liberté fui imposée par Bonaparti quand celui-ci signa avec l'Autriche le traité impo-Formio.

malie secrète de Danton, à mener activement les opérations militaires. Le feld-maréchal Brunswick, maître de Coblentz, de Trêves et de Luxembourg, se proposa de remonter le Rhin, de passer les Ardennes et l'Argonne, et de marcher sur Paris, pendant que le duc Albert de Saxe-ïeschen et les Autrichiens attaqueraient nos places du Nord. L'armée sarde envahirait au premier signal le Dauphiné et la Provence. Notre frontière était dune menacée sur trois points à la fois : au nord par les Autrichiens, à l'est par les Prussiens, au sud-est par les Sardes.

Dumouriez, remplaçant La Fayette, avait le commandement de l'armée du Nord et Kellermann celui de l'armée de l'Est.

Les coalisés (80000 hommes) avaient quitté Coblentz le 30 juillet. Élevé à l'école de Frédéric II, nourri des traditions de lenteur méthodique et de souci des détails qui caractérisaient la tactique prussienne, le duc de Brunswick était en outre effrayé de la témérité du plan de campagne qu'on lui avait imposé. Se déliant de ses alliés les Autrichiens, aussi bien que des assurances fanfaronnes des émigrés, il hésitait à se lancer au milieu de tout un peuple en armes.

Les émigrés. — Les émigrés se proposaient de faire échec à la Révolution tant en empruntant le concours des armées étrangères qu'en fomentant des insurrections à l'intérieur. Les rois de France étaient intervenus dans les îles Britanniques pour rétablir les Stuarls: pourquoi, à leur tour, les États ne se coaliseraient-ils pas, dans un senti ment de solidarité monarchique, en faveur de Louis XVI? Les émigrés marcheraient à la tète des régiments étrangers, amenés en France, dans la pensée des princes, comme défenseurs du trône, non comme conquérants.

Mais les émigrés avaient apporté avec eux l'esprit de coterie; leurs chefs étaient divisés et la politique de Calonne était intempestive et cassante. La coalition, inquiète de la légèreté de ces Français, de leur humeur indépendante et frivole, de leurs exagérations, de leur imperturbable conliance, les considérait comme des auxiliaires maladroits, partageant sur ce point le sentiment de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qui comptaient, non sur Coblentz, mais sur les alliés. Ceux-ci décidèrent, au mois de juillet 1792, que les émigrés seraient répartis en trois corps : les uns (Monsieur et comte d'Artois) suivraient l'armée prussienne; les autres (prince de Condé) se joindraient aux Autrichiens dans le Brisgau; les autres 'enfin opéreraient à la suite des Autrichiens dans les Pays-Bas. Ainsi l'émigration allait rentrer en France, non en avant de l'armée d'invasion, mais à sa suite, et elle fut irrémédiablement perdue dans l'opinion (1). A la conception traditionnelle qui identifiait le roi et la France, la Révolution avait substitué une conception nouvelle : l'identification de la nation et de la patrie. Le principe d'intervention étrangère, admis dans l'ancien droit public de l'Europe, était main-

tenant condamné, et les émigrés apparurent comme des traîtres à la patrie, accusation qu'ils auraient évitée en se serrant autour du trône menacé.

Prise de Longwy et de Verdun. — L'armée d'invasion franchit la frontière le l'Jaoût près de Bedange (Moselle) et se glissa dans la trouée qui séparait l'armée du Rhin de l'armée de Sedan. Les Prussiens arrivèrent le 20 août sous les murs de Longwy.

Dumouriez, nommé général en chef, se disposait à envahir la Belgique, lorsqu'il apprit la capitulation de Longwy (23 août), le blocus de Thionville et la marche des envahisseurs sur Verdun, derrière laquelle il n'y avait plus de place forte jusqu'à Paris.

Les fortifications de Verdun étaient aussi délabrées que celles de Longwy. La population, en partie royaliste, était peu disposée à se défendre et la garnison était formée d'éléments disparates, en tout 4 0C0 hommes. Le commandant delà place, Beaurepaire, lieutenant-colonel du bataillon de volontaires de Maine-et-Loire, énergiquement secondé par Marceau, lieutenant-colonel en second du bataillon d'Eure-et- Loir, voulaitrésister à outrance; mais le conseil de défense résolut de capituler (2 septembre) : Beaurepaire se fit sauter la cervelle.

Le prince gravé d'après

(1)11 y eut en réalité deux émigrations. La première, celle des princes (comte d'Artois, Condé, etc.), fui mwlh ee par le désir de forcer la main au roi, bien plus encore que parle sentiment du danger personnel qui, à ce moment, n'existait pas; elle fui, en somme, une manœuvre d'une partie de la Cour contre Louis XVI el Marie- Antoinette.

La seconde eul pjur cause les progrès mêmes de la Révolution : actes de violence contre les personnes et les propriétés, sans parler de la peur el de la contagion de l'exemple. Toutefois l'émigration ne fut pas générale; on vit des hommes appartenant à de très nobles familles (Biron, Cusline, Dillon, Dampierre) accepter des commandements dans les armées révolutionnaires.

L'émigration élégante se groupa à Bruxelles et à Londres; l'émigration militaire, à Coblentz, à Mayence, à Worms; l'émigration pauvre, à Soleure, à Lausanne el à Fribourg, où l'on pouvait vivre à meilleur prix. (Erue>l Daudet.)

Après Valmy, l'armée de Monsieur et du comte d'Artois fut licenciée, et les princes conseillèrent aux émigrés

5ûP\

Un démagogue | D'après iinc estampe populaire de I époque du Directoire)

de Condé,

Vigneron. d'accepter la solde de l'étranger, d'abord dans le corps

de Condé, qui garda son autonomie à l'effectif réduit d'une division, mais passa au service de l'Angleterre et de l'Autriche; puis dans les régiments que levèrent le roi d'Angleterre, l'empereur et les Provinces-Unies : ce furent le Loyal-Émigrant, les régiments de Rolian, d'IIervilly, Hector, Béon, Périgord. Les frères de Louis XVI obtinrent du roi de Prusse, non sans peine, un asile à Hamm (Weslphalie).

Les émigrés s'imaginaient que leur exil serait de courte durée. Les événements donnèrent un cruel démenti à leur robuste confiance, et leur séjour hors des frontières finit par être une longue humiliation, une lamentable odyssée. Fuyant de ville en ville devant les victoires des autres Français, repousses comme des vagabonds par les Belges et la plupart des princes allemands, beaucoup vécurent dans la misère et l'indiscipline, toujours braves et dévoués, mais légers.

Les pelits princes d'Allemagne, flattés d'abord de recevoir la fine fleur de l'aristocratie française, se lassèrent bientôt d'héberger des vaincus. L'un d'eux lil apposer à l'entrée de sa capitale un placard portant: Défense aux mendiants et aux émigrés de traverser la ville. Les généraux étrangers qui enrégimentèrent les émigrés les traitèrent maintes fois avec une extrême dureté, et Brunswick en vint à les qualifier ouvertement de traîtres.

La confiscation de leurs biens (décret du 6 octobre 1792), qui consomma la révolution agraire cl fit des acquéreurs des terres nobles autant de partisans irréductibles du nouvel état de choses, les réduisit au denûment. Condamnés par l'Assemblée, le 23 octobre 1792, au bannissement perpétuel, les émigrés durent, pour vivre, exercer loutes sortes de petits métiers. Des gentilshommes tinrent des cafés, des restaurants où l'on venait savourer la cuisine française; à Bruxelles, un prêtre gagnait sa vie en faisant sauter des crêpes. De nobles dames se firent marchandes de modes, lingères, dentellières, parfumeuses. A Hambourg, le marquis de Romance, associé avec la comtesse d'Asfeld, vendait des comestibles. A Viltmold, la comtesse de Tessé, née Noailles, vivait et faisait vivre ses amis de la vente du lait de trente vaches que soignait sa nièce, Mlle d'Ayen, marquise de Monlaigu. La duchesse de Lorges ourlait des

chemises; la marquise de Chahanne dirigeai lune école; à Erlang, La Vieuville était commissionnaire; Mailly, typographe; Vassé, teinturier; Caumont, relieur; Mmede Montmorency, porteuse d'eau. D'aulres demandaient au jeu des ressources quotidiennes; quelques-uns, dégradés par la misère, s'abaissèrent jusqu'à espionner leurs compagnons d'exil.

Les émigrés de l'armée de Condé avaient une cocarde hanche, qui rappelait le drapeau fleurdelisé. Ceux qui prirent du service dans les armées d'Angleterre el de Hollande avaient une « cocarde noire, sorte d'insigne militaire anonyme, nœud de ruban qu'avaient adoplé les armées anglaises et autrichiennes, et que les émigrés porteront comme un emblème de deuil el de servitude » (Bittard ues Portes); leur histoire — le chapitre le plus triste de l'émigration — s'acheva dan.le désastre de Quiberon.

LA REVOLUTION

Les massacres de Septembre. — La nouvelle de l'investisseincnl de Verdun arriva à Paris le matin du 2 septembre. La route de la capitale s'ouvrait maintenant à l'année autrichienne, où commandaient les frères du roi; la Vendée conspirait, ainsi que la Bretagne; le bruit courait d'un complot imaginaire ayant pour objet de délivrer les prisonniers royalistes, qui seconderaient dans la capitale les efforts des alliés.

Danton se présenta à l'Assemblée pour lui rendre compte des décisions prises par le gouvernement en vue de la défense nationale : « Le tocsin qu'on va sonner, s'éeriat-il, n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, el la France est sauvée ! » Cependant la Commune faisait tirer le canon, sonner le tocsin, fermer les barrières. Les « sections » décidèrent, les unes qu'on mettrait les prisonniers au premier rang de l'armée pour servir de rempart aux patriotes, les autres

qu'on « purgerait les prisons en faisant couler le sang de tous les détenus ». Marat, qui était parmi les dirigeants du « Comité de surveillance » institué par la Commune, préconisait ce dernier parti dans des termes particulièrement violents : « Les véritables ennemis du peuple, disait-il, ce sont les prêtres, les Suisses, les défenseurs du roi, arrêtés au lendemain du Dix Août; il faut les massacrer, si on ne veut pas qu'ils sortent de leurs prisons pour donner la main aux Prussiens ou attaquer les patriotes par derrière, lorsqu'ils vont repousser l'invasion ! »

Le dimanche 2 septembre, à deux heures de l'après-midi, vingtquatre piètres insermentés étaient conduits du Cbàtelet à l'Abbaye ; une foule furieuse se rua sur eux et tua impitoyablement ces hommes sans défense pour les empêcher de mettre à exécution les desseins que Marat leur prêtait.

Les massacreurs se portèrent ensuite aux Carmes et à l'Abbaye pour continuer leur sinistre besogne. Au début, ils égorgèrent en masse les femmes, les piètres, les criminels de droit commun. L'huissier .Maillard, dit Tape-dur, qui les dirigeait, s'est défendu, avant de mourir, d'aroir joué à l'Abbaye le rôle horrible qu'on lui attribuait dans les massacres; il prétendit que, s'il n'avait pas eu l'idée de constituer une sorte de tribunal populaire, tous ! s prisonniers eussent été assassinés, en particulier les Suisses, et qu'en dirigeant t< rrogatoires il avait pu obtenir des élargissements. Quoi qu'il en soit, les condamnés, une fois prononcée la sentence, étaient renvoyés dans le jardin par un escalier sur les degrés duquel les massacreurs les attendaient et les tuaient un à un, à ire qu'on prononçait leur nom.

A la Force, un simulacre de tribunal rendait aussi un simulacre de jugement. Les eondamnés étaient, à lasortie,abattusà coups de sabre ; les prisonniers acquittés n'échappaient pas toujours à la fureur des masses, mais i! se trouvait dans la foule de braves pour s'interposer ou faciliter leur fuite.

Si à l'Abbaye et à la Force il y eut une parodie des formes de la justice, aux Carmes, à la Conciergerie, au Chàtelet, on tua et on massacra, sans même sauvei les apparences, les prétics qui y étaient enfermés. Il en fut de même le 3 et le i • tembre à Dicètre et à la Salpêtrière.

Le massacre des prisonniers à l'Abbaye (Estampe de la Bibliothèque nationale)

L'abbé Sicard, instituteur des sourds-muets, fut reconnu à temps et sauvé. La princesse de Tarente, Cazotte, M"0 de Sombreuil I et d'autres royalistes échappèrent aux tueries; mais la princesse de Lamballe, l'amie de la reine, lui égorgée sans pitié; on porta au bout d'une pique et on promena dans Paris sa lèle et son cœur (2). Les massacres ne prirent lin que le (j septembre. Le nombre des victimes fut, à Paris, d'un millier au moins; mais il y en eut aussi à \ ersailles, où fut tué l'ancien ministre de Lessart; à Reims, àMeaux, à Lyon et à Orléans.

La Législative avait enjoint à la municipalité', au Conseil général, au commandant de la garde nationale de donner des ordres pour enrayer les massacres : elle condamnait, dans sa délibération, les « fureurs de la plus déplorable anarchie », les « haines particulières substituées à l'action de la loi », « l'esprit des factions remplaçant l'amour de la liberté, et la fureur des proscriptions se couvrant d'un faux zèle »

(2 septembre); mais, en somme, les pouvoirs publics, y compris les ministres, coupables d'imprévoyance d'abord, puis de faiblesse, laissèrent les instincts de la basse populace suivre leur cours, sans tenter de les réprimer par la force. Quant à la responsabilité directe des massacres, elle incombe aux odieuses excitations de Marat et au « Comité de surveillance », qui osa, le 2 septembre, adresser cette circulaire à toutes les communes de France :

Prévenue que des hordes barbares s'avançaient contre elle, la Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les déparlements, qu'une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple, actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur des légions de traîtres renfermées dans ses murs au moment où elle allait marcher à l'ennemi; et sans doute, la nation, après la longue suite de trahisons qui l'a conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si utile et si nécessaire, et tous les Français se diront comme les Parisiens : « Nous marchons à l'ennemi, et nous ne laisserons pas derrière nous des brigands pour égorger nos femmes et nos enfants. »

La campag-ne de l'Argonne. Bataille de Valmy (20 septembre 1792). — Sous

prétexte de renouveler ses approvisionnements et d'attendre ses lieutenants, Hohenlohe et Clerfayt, Brunswick resta onze jours sur la Meuse. Ce retard permit à Dumouriez d'accourir de Sedan.

Entre la Lorraine et la Champagne s'étend une suite de hauteurs boisées, entrecouj s

Le général Dumouriez, par RouiLLARD

(1) Sombreuil, maréchal de camp et gouverneur des Invalides, enfermé à l'Abbaye après le Dix Août, échappa aux massacres grâce à sa fille, Marie-Maurine, qui sejelaau milieu d a assins

en les suppliant avec tant de c âge el Je (ou

chante beauté qu'elle réussit à les fléchir. Les littérateurs ont célébré son dévouement lilial et surtout l'épisode plus ou iimins authentique du verre de sang que les massacreurs lui auraient fait boire comme rançon de la \ ie de son

• (2) Le 3 septembre, la tôle de la princesse de Lamballe fut présentée au boul d une pique à une fenêtre du rez de i b lus ée de la petite tour du Temple. « Le ci i d'effroi que les massacreurs entendirent, et où ils crun ni reconnaître la voix de la reine, étail jeté par Victoire Ti son. » Le ménage Tison, mis par Pélion au service de Louis XVI, prenail ses n pa dans cette salle en compagnie de Cléry. Voir G Li iotrb, Vieilles maisons, Vieux papiers, r série, p. .:>a-)

La bataille de Valmy, par Mauraisse, d'après Horace Vernet (Versailles).

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