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LA GUERRE (1792-179 3). FIN DE LA CAMPAGNE DE

On se rappelle que, le 20 avril 1792, la Fiance avait déclaré la guerre au roi de Hongrie et de Bohême, que le débul des opérations avait été désastreux pour la France, que les Prussiens s'étaient emparés de I.ongwy et de Verdun, mais que Durnouriez avait arrêté

l'ennemi aux défilés de l'Argonne et que la République l'avait emporté au combat de Valmy, dont la canonnade retentissait encore au moment où s'assembla la Convention.

Retraite des Prussiens.

— Les alliés s'établirent au camp de la Lune. A leurs souffrances morales vinrent s'ajouter les souffrances matérielles. Des pluies continuesdélayaient le sol crayeux des [daines de la « Champagne pouilleuse ... Une dysenterie effroyable, la année champenoise, décimait les rangs prussiens. D'autre part, Frédéric- Guillaume ne se sentait pas soutenu par l'Autriche, et la Russie profitait de l'éloignementde ses. compétiteurs prussiens pou rieur susciter en Pologne des difficultés. Durnouriez, avec le consentement de Danton, entama des pourparlers avec le duc de Brunswick pour rompre l'alliance austro-prussienne. Malgré l'échec des négociations, les troupes d'invasion durent battre en retraite. Durnouriez aurait pu tenter de les anéantir; mais il jugea préférable de ménager Frédéric- Guillaume dans l'espoir de le détacher de la coalition. La retraite commença dès le 30 septembre. Brunswick rendit Verdun à Dillon, Longwy à Kellermann, et, le 22 octobre, repassa la frontière.

L'invasion autrichienne. Siège de Lille (septembre-octobre 1792). — L'avorlement de l'invasion prussienne en Champagne fut suivi d'un échec des Autrichiens en Flandre. Après le départ de Clerfayt, le duc de Saxe-Teschen était resté en Belgique avec 35000 hommes. Franchissant la frontière française le 5 septembre 1792, et laissantà son lieutenant Latour le soin de prendre Orchies et Saint-Amand, il arriva sous les murs de Lille le 27 septembre.

Place bien fortifiée, Lille était défendue par 8 000 soldats ou gardes nationaux sous les ordres des généraux Ruault et Bryan ; le maire André encourageait la population à la résistance. Le 29 septembre, \\i\ parlementaire autrichien, le major d'Aspes, se présenta devant le conseil de défense de Lille avec deux proclamations adressées par le duc de Saxe, l'une au commandant, l'autre au maire. Tous deux firent des réponses admirables, mais négatives (1).

Une décharge de douze mortiers et de vingt-quatre pièces donna aussitôt le signal du bombardement, auquel présidait l'archiduchesse Marie-Christine, sœur de Marie-Antoinette : 60000 boulets et 6000 bombes incendiaires s'abattirent sur la ville; mais les assiégés bravèrent le danger avec une insouciance merveilleuse : les uns jouaient à la boule avec les boulets qui pleuvaient dans les rues,

(1) « Monsieur le Commandant général, la garnison que j'ai l'honneur de commander, et moi, nous sommes résolus de nous ensevelir sons les ruines de celle place plutôt que de la rendre à nos ennemis, et. les citoyens, fidèles comme nous à leur serment de vivre libres ou de mourir, partagent nos sentiments et nous seconderont de tous leurs efforts.

<• Lille, le 29 septembre 1792, l'an Ier de la République française.

« Le maréchal de camp, commandant à Lille. <i Signé : Ruault. »

La réponse de la municipalité est empreinte d'une simplicilé imposante : « Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la Nation, de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures.

« Fait à la maison commune, ce 29 septembre 1792, l'an Ier de la République française.

« Le conseil permanent de la ville de Lille, « André, « Rohaut, secrétaire greffier par intérim. »

LA RÉVOLUTION

d'autres coiffaient les bombes du bonnet phrygien. Dans la rue du Vieux-Marché-aux-Moutons, une bombe éclate; on se précipite pour en avoir les morceaux; le barbier .Macs en prend un et s'écrie aussitôt : << Voilà mon plat à barbe. Qui veut se faire raser? »; vingt et un de ses voisins approchent et Macs les rase gratis à l'endroit même où la bombe était tombée. Un jour, un boulet, traversant la salle dn conseil de guerre, vient se fixer dans le mur: on le déclare en permanence comme le conseil lui-même. Un capitaine des canonniers de la garde nationale, Ovigneur, est avisé que sa maison brûle : « Mon poste est ici, répond-il simplement, feu pour feu !» La ville, qui n'avait pu être investie complètement, recevait tous les jours des renforts, et Dumouriez arrivait avec, réarmée de Valmy : dans la nuit du 7 au 8 octobre, le duc de Saxe-Teschen leva le siège et rentra en Belgique.

L'offensive dans les Pays-Bas. Bataille de Jemappes (6 novembre 1792). Conquête de la Belgique. — Le 24 octobre la Convention décréta que les armées françaises ne poseraientpas les armes tant que les ennemis de la Ile-publique n'auraient pas été repoussés au delà du Rhin.

Arrivé le 20 octobre à Valenciennes, Dumouriez, commandant en chef îles armées du Nord et des Ardennes réunies, avait bientôt 80000 hommes sous ses ordres. Ii détacha à gauche La Bourdonnaie pour envahir la Flandre maritime; à droite, d'Harville versNamur; lui-même, avec 40 000 hommes, devait pousser droit sur Mons pour attaquer l'ennemi de front. Le 28 octobre il passa la frontière. Beurnonville, à l 'avant-garde, délogea les avant-postes autrichiens du village de Theulin (3 novembre), puis du Moulin-de-Borne et du

Plan de la bataille de Jemappes (1792).

L'armée autrichienne s'étend sur la lipjno de hauteurs qui bordent la Haisne en avant de Mons et où s'élèvent les villages de Quaregnon, Jemappes, Cuesmes et Bcrtaimont. Elle n'a à opposer à Dumouriez que 20 ooo soldats, niais elle est couverte par quatorze redoutes, étagées sur les pentes et garnies d'une puissante artillerie. Clerfayt, à droite, occupe Jemappes et Cuesmes; posté à Bcrtaimont, Beaulieu forme laile gauche ; au centre, un peu en arrière, se.tientle duc de Saxe-Teschen avec la réserve. Quaregnon et, au coteau de Jemappes, le bois de Flénu, rempli de chasseurs tyroliens, servent de postes avancés.

Dumouriez range ses troupes en ordre concentrique devant les villages de Wasmes, Pâturage ei Krameries. A sa gauche, face à Quaregnon, il met Ferrand, assisté do Kozières. Le centre, commandé p ir le duc de Chartres (plus tard le roi Louis-Philippe . a pour objectif le bois de Flénu et Jemappes. I.a droite, sous Beurnonville et Dampierre, doit enlever les redoutes d 'Cuesmes. A l'extrême droite, d'Harville a pour mission de filer, par Bcrtaimont, derrière Mons. peur couper la retraite à l'ennemi.

Comme à Valmy, l'action s'envase a sept heures du matin par un violent duel d artillerie qui dure jusqu'à dix heures. A ce moment Rozières emporte Quaregnon. Devant le feu meurtrier qui accueille ses tètes de colonne, il n'ose continuer sur Jemappes, mais 1 adjudant général Thouvenot, aide de camp do Dumouriez, vient prendre le commandement et, entraînant les volontaires parisiens, force à la baïonnette les hauteurs de Jemappes. Pendant ce temps l'aile droite entre en ligne. Beurnonville éteint le feu des redoutes de Cuesmes, et Dampierre, après les avoir tournées, se heurte à un gros de cavalerie autrichienne. Beurnonville arrive à la rescousse et rétablit le combat à notre avantage.

A rnidi l'infanterie du duc de Chartres se met en marche vers le bois de Flénu, soutenue par les dragons de Drouet. Criblée de balles par les chasseurs tyroliens, labourée parles boulets des redoutes, menacée, écharpée par la cavalerie de Clerfayt, la mas^e des assaillants recule en désordre; m is Dumouriez se jette dans la mêlée, et, aidé: par le duc de Chartres, Kilmainc et quelques soldats énergiques de Dumouriez, il arrête les fuyards, les rallie et les masse en une grosse colonne qu'il décore du nom de « bataillon de Mons » et qu'il coudait à l'assaut de Jemappes. Les Autrichiens, serrés entre l'infanterie victorieuse de Thouvenot qui apparaît au sommet de la colline et Le bataillon de Mons qui les pourchasse la baïonnette aux reins, s'enfuient vers la Haisne. A deux heures toute l'armée française couronne les hau teurs de Jemappes.

D'Harville n'exécuta pas les ordres de Dumouriez et se borna à cannnnerles débris de l'armée de Saxe-Teschen, qui purent se rallier et gagner la route de Bruxelles.

Custine, grav é d ' apri s Bonneville.

bois de Sars (4 novembre). Le lendemain, au soir, Dumouriez. découvrit en face de lui l'armée du duc de Saxe-Teschen. Une bataille était inévitable; elle eut lieu le 6 novembre 1792 à Jemappes, et les armes françaises furent victorieuses.

Valmy avait été au point de vue moral une affaire d'importance, mais au point de vue technique une simple canonnade : la bataille de Jemappes, gagnée par nos soldats, malgré leur inexpérience et celle de leurs chefs, marqua l'inauguration d'une lactique nouvelle nécessitée par l'introduction d'un élément nouveau,, les bataillons de volontaires qui, à Valmy, n'avaient eu guère à faire preuve que de solidité dans la défensive, et aussi par le rôle de plus en plus prépondérant de l'artillerie etla création de l'artillerie à cheval ou légère, dont l'extension allait être si rapide. Cette première victoire offensive de la France révolutionnaire eut pour conséquence immédiate la conquête de la Belgique, où les Français furent accueillis en libérateurs : Mons ouvrit ses portes à Dumouriez le 7 novembre, Bruxelles se rendit le 13, puis ce fut le tour de Louvain et de Liège. Valence prit Namur. La Bourdonnaie occupa Tournai, Bruges, Gand.

Miranda obligea la garnison

d'Anvers à capituler. Enfin, après avoir rejeté les Autrichiens derrière la Boër et poussé une pointe jusqu'à Aix-la-Chapelle, Dumouriez revint sur la Meuse et y prit ses quartiers d'hiver.

L'offensive sur les Alpes. Conquête de la Savoie et du comté de Nice. — Le drapeau tricolore flotta bientôt aussi en Savon', dans le comté- de Nice et dans le Palatinat.

Depuis longtemps négligée par ses anciens ducs, devenus rois de Sardaigne, la Savoie était française de cœur. Le chef de l'armée des Alpes, Montesquiou, l'envahit, le 21 septembre, avec 18 000 hommes, emmenant avec lui la légion des Allobroges, formée à Grenoble par les Savoisiens. Le 24 septembre, il fit son entrée à Chambéry, déjà évacué par les Piémontais. Lue seule forteresse, Montmélian, pouvait l'arrêter : le général Lazarila lui abandonna et repassa le Mont-Cenis. L'« Assemblée nationale souveraine des Allobroges », composée de députés élus par le peuple, se réunit le 21 octobre, adopta en quatre jours toutes les réformes accomplies en France et envoya une délégation à la Convention pour demander la réunion de la Savoie à la France. La Convention décréta que le nouveau territoire formerait le département du Mont-Blanc.

La conquête du comté- de Nice, autre possession du roi de Sardaigne, ne coûta pas plus de peine. Tandis que le général Anselme l'envahissait avec l'armée de terre, Truguet l'abordait avec la flotte : les 20000 hommes du général Saint-André se retirèrent devant eux sans tirer un seul coup de fusil. Le 29 septembre Nice ouvrit ses portes aux Français, et il suffit d'un détachement de cavalerie [ionise rendre maîtres de Mont- Al ban et de Villefranche, les deux seules places fortes dn pays. Quelques semaines plus tard un plébiscite des Niçois proclamait l'annexion du comté.

L'offensive sur le Rhin. Conquête du Palatinat par Custine. — Le marquis de Custine, « le général Moustache », comme l'appelaient ses soldats, commandait, à Landau, une division française. La conquête de la frontière du Rhin était son idée fixe, comme celle de la Belgique avait été celle de Dumouriez.

Le 30 septembre 1792 il entra à Spire, après avoir culbuté un corps de 3000 Mayençais, commandés parWinckelmann. Le 5 octobre ses lieutenants Bouchard et Neuwvinger entrèrent avec la même facilité à Worms, qu'ils frappèrent, comme Spire, d'une contribution de guerre, prélevée sur les prêtres et les nobles, la petite armée française se dirigea ensuite sur Mayence, d'où l'archevêque-électeur s'enfuit en toute hâte. La place se rendit le 21 octobre et Francfort le 27. « Les villes sont prises sans coup férir, écrit Gouverneur Morris, et la Déclaration des Droits de l'homme produit l'effet de la trompette de Josué. »

Les Mayençais fondèrent un club de patriotes, plantèrent des

arbres de la Liberté et nommèrent une Convention nationale rhéno-germanique qui, le 18 mars 1793, prononça la réunion de la rive gauche du Rhin au territoire français.

Politique extérieure de la Révolution. Les décrets des 19 novembre et 15 décembre 1792. — Le conseil exécutif de la Convention avait, par l'organe de Lebrun, chargé des affaires étrangères, répudié toute idée d'annexion par respect pour les droits des peuples. Mais tous les jours défilaient à la barre des députations de Bataves, de Brabançons, d'Allemands, de Savoisiens, de Niçois, apportant des vœux de réunion et inspirant à l'Assemblée la conception d'une République entourée de petits États affranchis. Le 19 novembre 1792 un décret déclara que la Convention accorderait « fraternité et secours » à tous les peuples qui voudraient recouvrer leur liberté, et que les généraux recevraient du pouvoir exécutif des ordres en conséquence.

Le mois suivant la Convention, modifiant sa doctrine, vota le décret du 15 décembre 1792, préparé par Cambon. La France proclamait « la liberté et la souveraineté de tous les peuples chez lesquels elle a porté et portera ses armes ». Mais les peuples devant payer les frais de leur libération, les Français vont prendre le pouvoir dans les pays conquis, y établir des institutions démocratiques et taxer les privilégiés. Or les nations entendent par le mot « peuple » l'ensemble des citoyens, et par « liberté » le droit du peuple de se gouverner lui-même, tandis que la République ne considère comme «peuple» qu'une seule catégorie sociale et comme régime de liberté que le système révolutionnaire français.

L'histoire extérieure de la période révolutionnaire a été longtemps mal comprise. Pendant la première moitié du xixe siècle, les écrivains l'ont isolée dans le temps et dans l'espace, sans précédents dans le passé et sans relation avec le présent, la soustrayant ainsi aux lois de la continuité historique et de la solidarité européenne. D'une part, la lutte de la Révolution avec les souverains était représentée comme une lutte de principes, non d'intérêts, ayant sa cause profonde dans la répulsion que les idées nouvelles inspiraient aux vieilles monarchies; d'autre part on admettait communément qu'elle avait, aussitôt engagée, absorbé en Europe toutes les forces, toutes les attentions et tous les conflits partiels. C'était là une vue incomplète de la réalité, que deux historiens surtout ont contribué à dissiper. L'un, Sybel, a démontré qu'au début, et même au cours de la Révolution française, il se débattait à l'orient de l'Europe de très hauts intérêts, dont la discussion réagit à diverses reprises sur les luttes qui se livraient à l'occident. L'autre, Albert Sorel, entreprenant pour l'histoire extérieure de la Révolution la démonstration que Tocqueville avait faite pour son histoire intérieure, a établi qu'elle n'aurait pu, malgré tous ses efforts, rompre avec le passé et que sa lutte contre l'Europe avait été la prolongation, sous une autre forme, mais au nom des mêmes intérêts, de la lutte que l'ancienne France avait soutenue contre les monarchies voisines. Elleainconsciemmentobéi aux mêmes considérations pratiques, suivi les mêmes traditions, affiché les mêmes prétentions que les anciens rois; sa politique extérieure forme un bloc avec la politique royale qui l'a précédée, avec la politique impériale qui l'a suivie.

Cette politique traditionnelle de la France se résumait en une formule : la conquête des limites naturelles. Elle s'imposa inconsciemment à la République dès le lendemain des victoires qui délivrèrent la France de l'invasion. A la guerre «girondine » d'affranchissement et de propagande, qui introduisit dans le droit international un facteur nouveau — le droit des peuples — succéda la guerre « montagnarde » d'accroissement territorial et de suprématie. Un mois après la mort de Mirabeau, lors de la discussion des affaires d'Avignon, Barère estimait déjà « que la France pouvait, pour sa sûreté, user des mêmes droits qu'avaient exercés Louis XIV et Louis XV pour des intérêts moins grands ». Peu à peu l'intérêt national l'emporta sur la raison pure, et Danton fut à ce point de vue le continuateur de Richelieu. Mais après avoir acquis ses « limites naturelles », la France eut à défendre ses conquêtes : la Révolution devint belliqueuse.

Et l'attitude de l'Europe à l'égard de la Révolution ressembla de même à ce qu'elle avait été à l'égard de Louis XIV: de part et d'autre les puissances poursuivirent la réalisation de leurs a m bit ions particulières et historiques. Au moment où Louis XVI convoqua les Etats généraux, chaque Etat avait son projet national, dont il poursuivait la réalisation à la faveur des troubles qui pouvaient affaiblir ses voisins. Quand les coalisés se ruèrent sur la frontière, l'indignation contre les « brigands » de Paris fit promptement place aux anciennes convoitises, et ils ne virent dans la dissolution de

la monarchie française qu'une occasion de bénéfices, tels que ceux qui étaient résultés pour nous de l'écroulement de la maison d'Autriche. Si les souverains étrangers songent, au début, à rétablir Louis XVI, c'est que la propagande révolutionnaire compromet leurs intérêts dynastiques. S'ils luttent ensuite contre la politique montagnarde, c'est qu'elle fait renaître leurs anciennes prétentions sur l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le Hainaut, l'Artois. Si enfin ils se trouvent unis plus tard contre les annexions impériales, ils le sont par cette même communauté d'intérêts qui a coalisé contre Louis XIV l'Europe du xvu" siècle.

Première coalition (1793). A la fin de 1792, la France était partout victorieuse : en Belgique, sur le Rhin, dans le comté de Nice, en Savoie.

Au commencement de 1793, cette situation avantageuse fut compromise par diverses mesures : « francisation » violente de la Belgique, annexée malgré le vœu des populations; proclamation par Dumouriez de la liberté du commerce de l'Escaut, dont la Fiance avait garanti naguère la navigation exclusive aux Hollandais; approbation donnée par la France à l'occupation de Francfort par (Justine et aux abus que ce général commettait outre- Rhin ; humiliations infligées au roi de Naples, qui refusait de reconnaître la République; propagande des émissaires français en Irlande; enfin et en dernier lieu condamnation du roi à la peine capitale.

« Il faut, avait dit Danton, jeter en défi à l'Europe une tête de roi. » Et le 31 janvier 1793, alors que la guerre avec l'Angleterre est imminente, il fixe les conditions de la paix : « Les limites de la France sont marquées par la nature.

Nous les atteindrons dans leurs quatre points : à l'Océan, aux bords duRhin, aux Alpes, aux Pyrénées. Aucune puissance nepeut nous arrêter. » Ces paroles mémorables seront la maxime fondamentale de l'État français pendantvingt-deux ans. L'Angleterre nous était depuis longtemps hostile, par suite de l'occupation de la Belgique et de la réouverture de l'Escaut; caries embouchures de l'Escaut menacent celles de la Tamise, et, comme le disait Napoléon, « Anvers est un pistolet chargé au cœur de l'Angleterre ». Malgré les efforts de notre ambassadeur, Chauvelin, et la mission secrète de Maret, la rupture définitive fut consommée à la nouvelle du 21 janvier.

Le premier ministre William Pitt donna le signal des hostilités en envoyant ses passeports à Chauvelin et en lui ordonnant de quitter l'Angleterre sous les huit jours. II réussit ainsi à se faire déclarer la guerre par la Convention (1er lévrier 1793), qui la déclara le même jour à la Hollande et le 7 mars à l'Espagne. Le roi de Naples, sur les instances de sa femme, Marie-Caroline, sœur de Marie-Antoinette, se prononça contre nous. Enfin, la Diète de Ratisbonne prit parti pour la coalition, à laquelle la Russie se déclara favorable. Pitt mit à la disposition des coalisés la marine britannique et accorda des subsides aux armées de terre. En somme, la Suisse, la République de Venise, l'Empire ottoman, la Suède, le Danemark observèrent seuls la neutralité (1).

« Voyez, disait Danton, voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi! vous avez une nation entière pour levier, la

William Pitt, par Hobbner.

1 La simple énumération des traités auxquels donna lien la première coalition montre à quel point fut actif le rôle de William Pitt et de l'Angleterre, surloul depuis le jour où Dnmouriez eut conquis la Belgique : traités de Berlin, entre l'Autriche et la Prusse (7 février 1792); de Saint-Péters-

b 'g, entre la Prusse et la Russie (\ï juillet 1792); de Londres, entre

l'Angleterre et la Russie (j.-s mars 1793); de Càssel, entre l'Angleterre et le landgrave de liesse (10 avril 1793); de Londres, entre l'Angleterre etla Sardaigne (25 avril 1793); de Madrid, entre l'Angleterre ell'Espagne (25 mail793); de Naples, enlre l'Angleterre et lesDeux-Siciles (12 juillet 1793); deMayence. entre l'Angleterre et la Prusse (14 juillet 1793) ; de Londres, entre l'Angleterre et le Portugal (26 septembre 1793); de La Haye, entre l'Angleterre, la Prusse et la Hollande (19 avril 1794).

LA RÉVOLUTION

raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde ! »

Les forces françaises se réduisaient à 150000 hommes, mal vêtus, mal nourris, répartis en deux années : Vannée de l'Est, sous Cusline, stationnée à Mayence et Francfort; Varmée du Nord, sous Dumouriez, qui occupait la Belgique. Le 2'» février, la Convention avait voté une levée de 300000 hommes.

Opérations de l'armée du Nord. Invasion de la Hollande. — Dumouriez reçut l'ordre de s'emparer de la Hollande. Laissant à sa droite Valence autour d'Aixla-Chapelle et Miranda devant Maastricht, il quitta Anvers avec 18 (RIO hommes et, longeant la côte, déboucha dans les Pays-Bas, près de Berg-op-Zoom (17 février. Il prit celte place, le fort de Klondert, Bréda (27 février), Geertruidenberg (5 mars), et il s'apprêtait à marcher sur Amsterdam quand il fut arrêté par de mauvaises nouvelles de ses lieutenants.

Offensive des Impériaux. Bataille de Neerwinden (18 mars 1793).

Perte de la Belgique. — Le 1er mars, le prince de Saxe-Cobourg avait franchi la Roër avec 50 000 hommes, culbuté Valence à Aldenhoven, pris Aix-la-Chapelle sur Miacsinski, forcé Miranda à lever le siège de Maëstricht et à se replier au delà de la Meuse, sur Tongres, poursuivi par l'archiduc Charles.

Menacé d'être pris à revers, Dumouriez évacua la Hollande et rentra à Anvers (11 mars). Puis, à la tète de 45 000 hommes , il attaqua les Autrichiens, qui occupaient les hauteurs de la petite Ghette, que couronnent les villages de Landen, Overwinden, Neerwinden, Laër, Orsmaël et Leuw. Clairfayt commandait l'aile gauche ; l'archiduc Charles, l'aile droite; Cobourg, le centre. De notre côté, Miranda commandait la gauche, avec Leuw et Orsmaël comme objectif; Valence, la droite, en face d'Overwinden ; le duc de Chartres, le centre, avec mission d'occuper Neerwinden. Les Français, divisés en huit colonnes, prirent l'offensive, mais la formidable artillerie qui garnissaitles positions ennemies les arrêta. La bataille de Neerwinden (18 mars 1793) resta longtemps indécise. Enfin, notre gauche fut enfoncée par l'archiduc et rejetée sur Tirlemont. Craignant pour son centre et sa droite, Dumouriez se décida à la retraite et, après un combat d'arrière-garde à Louvain "21 mars), il abandonna Bruxelles et se décida à exécuter le coupable projet qu'il avait formé.

Trahison de Dumouriez. — Le 12 mars 1793, Dumouriez, escomptant la victoire, avait adressé à la Convention une lettre blâmant la politique d'oppression suivie dans les pays conquis; il eut, le 25, une entrevue avec Mark, chef d'état-major de l'archiduc Charles, lui exposa ses [dans et s'engagea à abandonner la Belgique; la Convention, qui suspectait ses intrigues, le manda à sa barre et lui envoya (30 mars) les représentants Camus, Quinette, Lamarque et Bancal, et le ministre de la Guerre, Beurnonville, avec mission de le traduire devant elle ou de l'arrêter au milieu de son armée.

Sur son refus d'obéir, Camus suspendit Dumouriez de ses fonctions et ordonna qu'on s'emparât de sa personne. Mais Dumouriez fit arrêter les représentants, dont Beurnonville demanda à partager le sort, et, dans la nuit du 4 au 5 avril, il consomma sa trahison en passant à l'ennemi. Il fut déclaré traître à la patrie, sa tête mise à prix, et la Convention le bannit du territoire de la République, ainsi que tous les Bourbons. Son armer refusa de le suivre, mais se replia sur nos places du Nord, où les alliés, de nouveau maîtres de la Belgique, entamèrent une campagne de sièges.

Le décret du 13 avril 1793. — L'insurrection de la Belgique

et la défection de Dumouriez déterminèrent une évolution dans 1rs idées politiques de Danton. Redoutant désormais une guerre qui aboutirait à la dictature militaire, il jugea la paix désirable dans l'intérêt de la République, et, par le décret du 13 avril 1793, la Conven-

Mayence; 14 juillet 1793, tableau d'Alphonse Lalauze.

tion déclara qu'elle ne s'immiscerait en aucune manière dans le gouvernement des autres puissances, mais qu'elle « s'ensevelirait plutôt sous ses propres ruines » que de souffrir leur intervention dans le gouvernement intérieur de la République. Et Danton négocia aussitôt avec les puissances.

Opérations de l'armée de l'Est. Retraite de Custine. Sièg-e et perte de Mayence (avril-juillet 1793). — Custine, chef de l'armée du Rhin, se trouvait à Francfort avec 25 000 hommes seulement. A l'approche de l'armée prussienne, commandée par le roi Frédéric-Guillaume et le duc de Brunswick, qui avaient franchi le Rhin, il craignit pour sa ligne de retraite et se replia sur Mayence. Puis, perdant complètement la tète, il abandonna cette place et recula jusqu'à Worms, jusqu'à Landau, jusqu'à Wissembourg (avril 1793). Alors les Prussiens et les Hessois, ralliés par les Autrichiens de Wûrmser — en tout

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