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Le général Aubert-Dubayet, par Guérin (Musée Carnavalet).
45 000 hommes — concentrèrent tous leurs efforts sur le siège de Mayence.
Custine y avait laissé une garnison de 22000 hommes sous les ordres des généraux Kléher, Aubert-Dubayet, d'Oyré et Meusnier. Ces deux derniers dirigeaient les travaux de défense. Deux membres de la Cou vention, Reubell et Merlin de Thionville, s'étaient enfermés dans la place pour soutenir le curage des habitants.
L'investissement commença le 6 avril. Le roi de Prusse commandait l'armée de siège, que couvrait du côté de l'Alsace l'armée d'observation de Brunswick et de Wùrmser. Pendant deux mois, le poste avancé
de Kostein, à l'embouchure du Main, le faubourg de Cassel, sur la rive droite du Rhin, relié à Mayence par un pont de bateaux, les îles des deux fleuves furent le théâtre de combats acharnés. Les Mayençais faisaient de fréquentes sorties nocturnes, bouleversant les travaux d'approche et démoralisant les assiégeants. Dans la nuit du 30 mai, l'une d'elles amena 6 000 Fiançais en plein quartier général ennemi, à Marienborn : le roi de Prusse faillit être pris. Un autre engagement coûta la vie au général Meusnier. Le vrai siège ne commença toutefois qu'en juin, après l'arrivée de l'artillerie de position : la tranchée fut ouverte le 16. Dès lors le cercle de fer et de feu se resserra autour de Mayence, désormais complètement isolée, abandonnée par Gustine, accablée d'une pluie de fausses nouvelles, livrée à toutes les horreurs d'un bombardement qui, en quelques jours, détruisit le tiers des maisons. La résistance des défenseurs, encouragée par l'exemple de Merlin de Thionvillè, « le Feuer Teuffel, diable de feu », comme on l'appelait dans le camp ennemi, n'en devint que plus énergique. Les moulins ayant été détruits par les bombes, la disette se fit sentir, et l'on dut se nourrir de viande de cheval mort, de chiens et de chats. Dans un dîner offert par Aubert-Dubayet à son état-major figura un chat flanqué de douze souris. Enfin, la famine exerça de tels ravages que Mayence dut se rendre (21 juillet). La garnison obtint de sortir avec armes et bagages, à condition de ne pas servir pendant un an contre la coalition.
Opérations de l'armée du Nord. Prise de Condé et de Valenciennes. — Dampierre, qui avait remplacé Dumouriez, essaya vainement de débloquer Valenciennes et fut emporté par un boulet (9 mai).
Trois autres généraux (Lamarche, Custine, Kilmaine) se succédèrent à la tête de l'armée du Nord. Lamarche fut rejeté sur Bouchain. Custine, venu du Palatinat, se borna à concentrer l'armée dans le « camp de César », qui couvre Bouchain, et ne fit rien pour secourir Valenciennes (1); destitué, il fut remplacé par Kilmaine, qui, chassé lui-même du camp de César, le 8 avril, fut rejeté sur le camp de Gavrelle, entre Douai et Arras.
Condé, que défendait le général Chancel, fut contraint par la famine de se rendre à Clerfayt, après quatre mois de siège (15 juillet). Valenciennes était défendue par une garnison de 10000 hommes, aux ordres du vieux général Ferrand, un des héros de 1792, qu'assistaient les représentants Briez et Corhon de Lapparent. Dès la mi-juin, 300 pièces de canon tonnèrent contre Valenciennes. Écrasée pendant quarante-trois jours sous le feu de 162 000 boulets et bombes, la ville, à moitié brûlée, réduite aux dernières extrémités, capitula le 28 juillet. Ferrand obtint les honneurs de la guerre.
Opérations dans les Alpes et les Pyrénées. — Le Dauphiné et la Savoie, menacés par les Austro-Piémontais, avaient été préservés par l'énergie de Kellermann ; mais les dangers d'une invasion reparurent lorsque celui-ci eut détaché deux divisions contre l'insurrection lyonnaise. Dans le Comté de Nice, les Piémontais furent tenus en échec par Dumerbion, puis par Dugommier.
Aux Pyrénées, 3 000 Français, sous le général Sahuguet, occupèrent facilement la vallée d'Aran (31 mars 1793); mais, dans la suite, la fortune des armes nous fut moins favorable.
Dans les Pyrénées-Occidentales, l'insuffisance de nos forces nous obligea à la défensive.
Dans les Pyrénées-Orientales, où commandait Servan, le Roussillon avait été envahi dès le mois d'avril par 24000 Espagnols, sous les ordres de Ricardos et de La Union. Ricardos s'empara de Saint- Laurent de la Cerda (17 avril) et de Céret (20 avril).
Le généra] Fiers, successeur de Servan, concentra l'armée au Mas d'Eu : Ricardos enleva cette position, malgré les efforts de Dagobert (19 mai), et s'empara de Prats de Moljo el de Bellegarde (27 juin).
La situation au milieu de l'année 1793. — Ainsi la frontière
est entamée au nord, à l'est et au sud. En même temps la Convention est aux prises avec 1rs insurrections de l'intérieur, encouragées par l'Angleterre. Mais les puissances, au lieu de marcher sur Paris, itenl des projets particuliers : elles dépèceront la France, puis, dans notre pays mutilé, réduil à l'impuissance et privé de son élite par des exécutions, elles l'établiront la monarchie. Heureusement pour nous, leurs intérêts les divisèrent : le 23 janvier 1793 la Russie et la Prusse avaient signé à Saint-Pétersbourg le second partage
(1) Custine paya de sa vie son inertie devant Valenciennes, et le même sort fut réservé à Beauharnais, son successeur à l'armée du Rhin, qui n'avait pas secouru Mayence.
de la Pologne. La Cour de Vienne n'admit pas que les deux puissances réalisassent des bénéfices immédiats, alors qu'elle-même n'avait rien retiré de la guerre contre la République, et Catherine II devint ^arbitre de la coalition; d'où un ralentissement relatif des opérations militaires. Ces divisions d's souverains et l'énergie de la défense nationale permirent à la France de triompher de la coalition.