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Les possessions européennes de l'Espagne après la paix dos Pyrénées.
Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV dans l'île des Faisans, par Ch. Lebrun.
nier. Les Espagnols, aux ordres de don Juan d'Autriche, Ois de Philippe IV, et du prince de Condé, arrivèrent au secours de la place et, le 13 juin, s'établirent sur les dunes qui bordent la côte entre Nieuport et Dunkerque. Turenne prit l'offensive le lendemain 14 juin au point du jour. Il s'avança résolument, de dune en dune, l'infanterie sous ses ordres directs, la cavalerie aux deux ailes sous le commandement du marquis de Gastelnau et du maréchal de Créqui; ses auxiliaires anglais, sous lord Lockhart, neveu de Cromwell, chargèrent les premiers. Ils culbutèrent l'aile droite des Espagnols, dont les escadrons de Castelnau achevèrent la déroute en les prenant à revers. Le combat fut plus acharné à l'aile droite française, qui avait Condé en face d'elle. Elle fut enfoncée et sur le point d'être écrasée. Mais Turenne, accourant avec toute sa cavalerie, arrêta Condé de front, tandis qu'il le faisait mitrailler de flanc par l'infanterie. Le vainqueur de Rocroi dut prendre la fuite : un millier de morts, 4 000 prisonniers, toutes les munitions et tous les bagages perdus, tel fut pour l'Espagne le bilan de cette défaite des Dunes, dont elle ne devait jamais se relever.
« Avez-vous jamais assislé à une bataille? avait demandé Condé au jeune duc de Glocester qui, placé près de lui, servait avec son frère, le duc d'York, dans l'infanterie espagnole? — Eh bien! dans une demi-heure vous verrez comment on en perd une. »
Paix des Pyrénées (1659). — Après la bataille des Dunes, Dunkerque se rendit (23 juin) et fut aussitôt remis aux Anglais. Gravelines succomba le 30 août; le 9 septembre, l'armée française s'emparait d'Oudenarde et il semblait qu'un élan irrésistible dût l'emporter jusqu'à Bruxelles. En quinze mois, l'alliance anglaise avait donné des résultats si décisifs qu'il ne restait plus rien des critiques acerbes qu'elle avait provoquées à l'origine. L'Espagne ne pouvait plus désormais échapper à la nécessité de traiter. Des négociations préliminaires avaient eu lieu dès 1656 entre don Luis de Haro, premier ministre de Philippe IV, et Hugues de Lionne, envoyé en mission spéciale à Madrid : elles avaient semblé aboutir sur la question des conquêtes, puisque l'Espagne cédait l'Artois et le Roussillon, mais l'hilippe IV ne voulait pas abandonner Condé. Elles servirent de base à celles que dirigèrent Mazarin et don Luis de Haro dans les vingt-quatre conférences qu'ils eurent du 13 août au 7 novembre 1659 dans l'île des Faisans, sur la Bidassoa. Ces conférences, que les prétentions exagérées de Condé prolongèrent pendant trois mois, aboutirent enfin au traité des Pyrénées (7 nov. 1659), ratifié à Toulouse le 24 novembre suivant.
La France gardait l'Artois (L et le H<uissilh>n jusqu'à la crête des Pyrénées. Dans le Luxembourg, le roi de France restituait toutes les autres places qu'il occupait, mais il obtenait, au milieu des provinces espagnoles du Nord, une série de villes qui lui serviraienl de postes avancés et de pierres d'attente pour une nouvelle frontière.
2° Le «lue de Lorraine recouvrait ses Étals, mais à la condition de céder le liai rois, de démanteler Nancy et de fournir en tout temps passage aux troupes françaises.
3° Le prince de Condé rentrait en grâce; on lui rendait ses biens, mais non tous ses honneurs; il recevait, au lieu de la Guyenne, le gouvernement de la Bourgogne, de la Bresse, du Valromey, du pays de Gex, et son fils la charge de grand maître de France. Il devait signer, au préalable, un acte de repentir tel que le voudrait Louis XIV.
4° Le point essentiel du traité était le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV. Celle-ci renonçait à l'héritage paternel, mais moyennant i
dot de 500 000 écus d'or payable à termes iixes. La paix de Westphalie avait réduit l'Allemagne à l'impuissance en la morcelant et abaissé les Habsbourg d'Autriche. La paix des Pyrénées consacrait la défaite de l'Espagne, et l'union de Louis XIV avec l'infante — dont le frère Charles était d'une santé débile — permettrait un jour au roi de France, dans la pensée de Mazarin, de prétendre à la succession de Philippe IV : car la renonciation de Marie-Thérèse n'était valable qu'autant que sa dot serait payée.
Elle mettait fin aux grandes révolutions qui depuis quarante ans épuisaient l'Europe, continuait l'œuvre de Richelieu, nous donnait au sud nos limites naturelles, poursuivies en vain depuis quatre siècles, et au nord une riche frontière. Elle souleva pourtant de vives critiques : pourvue d'une armée nombreuse, disposant de l'alliance anglaise, maîtresse de l'Allemagne rhénane, secondée par le Portugal, assurée du bon vouloir de la Savoie, la France était en effet dans une situation unique pour pousser victorieusement ses armées vers la Flandre et le Brabant. Mazarin renonça à ces avantages devant les perspectives plus vastes qu'ouvrait le mariage espagnol et le payement problématique de la dot de Marie-Thérèse. Sans méconnaître la valeur du traité des Pyrénées, on peut donc y découvrir le germe des conceptions grandioses et chimériques qui devaient obséder Louis XIV.
Louis XIV et Philippe IV se rencontrèrent dans l'île des Faisans le
6 juin 1660. Le mariage fut célébré à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin, et
la jeune reine, dont le voyage à travers la France ne fut .qu'une
fête perpétuelle, fit son entrée à Paris le 26 août. A cette occasion
on avait dressé sur l'esplanade qui termine
la grande rue du faubourg Saint-Antoine
un trône somptueux où le roi et la reine
reçurent les hommages de tous les corps :
la barrière s'appela depuis « barrière du
trône ».
Etablissement de l'influence française en Allemagne. La ligue du Rhin.
— Le traité de Westphalie avait ruiné dans l'Empire la domination de la maison d'Aotriche; Mazarin voulut l'en chasser complètement en la dépouillant de la couronne impériale. Après la mort de l'empereur Ferdinand III (1657), une diète s'était réunie à Francfort pour procéder à son remplacement. Mazarin envoya deux ambassadeurs, le maréchal de Gramontet Hugues de Lionne, pour soutenir la candidature de Bavière, avec l'arrière-pensée d'inspirer aux Allemands l'envie d'élire le roi de France.
Comme « l'argent était un rhétoricien qui
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les Espagnols.
(1) Le roi de France gardait en Artois: Arras, Hesdin, Bapaume, Bélhune, Lens, Saint-Pol, Tbérouanne et tous les bailliages et châtellenies de l'Artois, à l'exceplion d'Aire et de Saint-Omer.
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Philippe IV, par Vélasquez (détail) [Louvre],
persuadait mieux qu'autrefois Cicéron à Rome el Démosthène à Alhènes, les envoyés en furent abondamment pourvus, malgré la détresse du Trésor ». Ils s'en servirent pour traiter royalement les princes et même le peuple de Francfort. Néanmoins, Léopold, (ils de Ferdinand, réussit à se faire élire (18 juillet) parce qu'il paraissait moins dangereux que Louis XIV.
Par contre, les Français imposèrent au nouvel élu une « capitulation »
par laquelle il séparait nettement sa cause de celle de l'Espagne et refusait tout secours aux ennemis de Louis XIV. D'autre part Mazarin, reprenant un projet qu'il n'avait pu faire triompher à Munster, proposa une alliance et une confédération aux Liais allemands, qui, ayant à se défier de l'empereur, avaient intérêt à se rapprocher de la France.
Les électeurs de Trêves, Mayence et Cologne, l'évêque de Munster, le comte palatin du Rhin, duc de Bavière, le landgrave de Hesse- Cassel, les ducs de Brunswick et de Luxembourg, le roi de Suède signèrent, le 15 août 1658, la Ligue du Rhin, par laquelle ils se confédéraient et s'alliaient sous le roi de France pour le maintien des traités de Westphalie ; ils prenaient l'engagement de ne laisser passer sur leurs terres aucune troupe envoyée contre la Fiance ou ses alliés dans les Pays-Bas ou ailleurs, et formaient dans ce but une armée de 30 000 hommes. Ainsi une des grandes idées de Turenne triomphait : l'extension de la frontière militaire française jusqu'au Rhin; la rive gauche de ce fleuve était occupée par des princes qui s'intitulaient euxmêinesles Allemands de France et commandèrent dans les armées de Louis XIV.
Sans doute les signataires de la Ligue envisageaient, dans l'acte du 15 août 1668, leurs propres intérêts, mais la diplomatie avait atteint ici la limite extrême des résultats qu'on peut espérer d'elle par 1 a seule l ii ce de la persuasion el des influeni es politiques. La même pensée inspirera à Napoléon la formation de la confédération du Rhin et i estera pendan! deux siècles un i tique française en Allemagne.
NU
Mancini, par Migna rd.
1rs principes directeurs de la poli-
Maintien de l'influence française dans le Nord. — Peu de temps après la paix des Pyrénées, Mazarin faisait cesser dans le Nord la guerre particulière qui y avail survécu à la guei rc de 1 1 ente ans. Le roi de Suède Charles Gustave, après avoir pris la Pologne et agrandi le Brandebourg, s'était jeté sur I Danemark. Il étail mort en pleine gloire 23 février 1660 . laissant \n\ fils de quinze ans incapable de résister aux ennemis de son royaume. Mazai in interposa
Le cardinal Mazarin.
sa médiation el obtint pour la Suède les traités d'Oliva (3 mai 1660) et de Copenhague (6 juin). Par le premier, la Suède et la Pologne rentraient dans leurs anciennes limites el les deux rois renonçaient à toute prétention sur leurs couronnes respectives. Par le second, le Danemark achetait son indépendance au prix de la Seanic. Ainsi le principe de l'alliance suédoise était maintenu.
Celle alliance, traditionnelle pour la France, nous servait à envelopper la Baltique, où se croisaient tant d'influences diverses, politiques ou commerciales. La Suèdej maîtresse d'une grande partie de ses acquisitions littorales, pouvait, alliée au Danemark, fermer le détroit du Sund aux puissances maritimes : l'Angleterre et la Hollande. L'amitié do cet Etat donnait de plus à Louis XIV un moyen certain de faire pénétrer l'action de la Fiance en Allemagne et de s'y faire écouter. Le roi de Suède, maître de la Poinéranie occidentale, pouvait avoir constamment des troupes à la dis- --—•- — -
position du roi de France, /^Z-. '"■■.
son allié, contre la maison 1^^.
d'Autriche. Maître de Brème, il pouvait agir sur les princes allemands des bords du Rhin , se liguer contre l'empereur, menacer facilement soit les Pays-Bas espagnols, soit au besoin les frontières des Provinces-Unies.
Mort de Mazarin (1661). — Mazarin mourut, le 9 mars 1661, au château de Vincennes.
D'une cupidité maladive, il avait amassé un revenu
de 5 millions; le surintendant des finances Nicolas Foucquet disait ironiquement au roi : « Sire, il n'y a plus d'argent dans les coffres île Votre Majesté, mais monsieur le cardinal vous en prêtera. » Brienne, son secrétaire, a dépeint le cardinal mourant, « nu dans sa robe de chambre fourrée de petit-gris, son bonnet de nuit sur la tète », errant à travers les galeries où il avait accumulé ses trésors. « Il s'arrêtait à chaque pas, car il était fort faible et se traînait
tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et jetantles yeux sur l'objet qui lui frappait la vue, il disait du profond du cœur :
« Il faut quitter tout cela » ; et se tournant il ajoutait : « Et encore cela, que j'ai eu tant de peine à acquérir; ces choses, je ne les verrai plus où je vais. »
Pendantqu'il s'enrichissait aux dépens de l'État, Mazarin laissait s'accroître la dette publique, se désintéressant de la décadence économique et de la misèi e du royaume. A cil i que nouvel impôt, il pleuvait des pain phlels sur < le Mazn nu ». Mais rassuré sur une opposition qui ne s'cxhalail qu'en couplets satiriques, il répondait tranquillement : c Qu'ils content la canzonnetta, ils payaroi
Regrettableuienl soucieux de ses intérêts, il ne le fui pas moins
de ceux de sa famille. Avant de quitter Home, en 1634, il avait
'avantageusement établi ses sœurs en marianl l'aînée à Girolamo
Martinozzi, el la cadette, Hye ima, à Lorenzo Mancini, baron
romain. Devenu ministre, il réserva à ses niées des partis plus avantageux encore. Amie Marie et Lame Martinozzi épousèrent l une [e prince de Conti,, l'autre le duc Alphonse de Modène. Lauro Mancini épousa le duc de Mcrcœur, (ils de César de Vendôme. —
Horlcnso Mancini, d'après Liïly.
0 1 y 1 1 1 1 1 1 • Mancini, ambitieuse el intrigante, songea un instant h d< i e nir reine de France el se résigna à épouser Eugène Maurice de Savoie- Carignau, pour qui Mazarin lii re vivre le titre de comte de Soissons.
— Marie Mancini inspira à Louis XIV une passion plus violente cl le mi ['aurait peut-être épousée si la reine mère et Mazarin ne s'y fussenl opposés 1 ; nu peu plus tard, le prince Colonna, connétable de Naples, vice-mi d'Aragon, lui donna son nom. — Hortense Mancini, la plus belle des nièces ilu cardinal, dont le mari devait hériter de la fortune du ministre à la condition qu'il prendrait le nom et les armes de Mazarin, fut demandée par les
plus liauls personnages el inènie par Charles II , roi d'Angleterre.
Finalement, «die épousa le fils du maréchal de La Meilleraye, le 28 Février 1661, deux jours juste avant la mort du cardinal. Le nouveau duc de Mazarin, gouverneur d'Alsace el île Bretagne, était d'une
bigoterie ridicule, ne voulant pas qu'on éteignît un incendie parce que, disait-il, un décret de la Providence l'avait allumé. Hortense l'abandonna et on ne put la lui ramener. - La main de Marie-Anne Mancini fut recherchée par le propre neveu de Turenne. - Enlin Philippe Mancini, duc de Nevers, fut successivemenl gouverneur de La Rochelle, de Brouage et du .Nivernais, et le frère du ministre devint cardinal d'Aix.
Au dernier moment, la source illégitime de sa fortune causa au cardinal quelques remords, et il l'offrit au roi, qui la refusa. Il en disposa alors par testament, après en avoir fait d'ailleurs souvent \\n bon usage. Il pensionna les gens de lettres. 11 fonda le Collège des Quatre-Naiiôns (2) pour l'entretien et l'instruction de soixante
(1) Lorsque le cardinal éloigna sa nièce, Marie dit à Louis XIV : « Pourquoi, si Votre Majesté est si résolue, cède-l-elle sur cet ordre d'exil? » lie à quoi on a substitué la phrase plus romanesque : « Sire, vous pleurez, je pars, et vous êtes roi ! »
(2) Supprimé sous la Révolution ; aujourd'hui, siège de l'Institut de France.
Le tombeau de Mazarin, par Coysevox (Louvre).
Le collège des Quatre-Nations, gravure <le Pereli.e.
enfants des quatre provinces que la paix de Westphalie et le traité des Pyrénées avaient réunies à la France : Artois, Roussillon, Alsace, district de Pignerol. il constitua la bibliothèque qui porte sou nom, à la charge d'en ouvrir l'entrée aux gens de lettres. Il était grand collectionneur, avait le culte des arts et fonda l'Académie de peinture et de sculpture.
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