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Carte des guerres de la Vendée.
(1) C'est ici que se place l'élection de Cathelinéau comme généralissime à la place de Lescure, élection admise par la majorité des auteurs, mais contestée par Célestin Port dans sa Légende de Cathelinéau (1893).
LA REVOLUTION
prirent de flanc les républicains et les forcèrent à reculer jusqu'aux portes de la ville, où se livra un combat acharné : plusieurs chefs vendéens, Talmont, Fleuriot, Mesnard, furent blessés. A dix heures, Cathelineau arriva sur la place Viarmes : à peine y avait-il pénétré qu'il était frappé à mort par une balle tirée d'une fenêtre par un ouvrier, qui l'avait reconnu. Les Vendéens découragés repassèrent la Loire, et Cbarette regagna le Marais.
D'Elbée remplaça Cathelineau dans le haut commandement de la grande année catholique et royale (19 juillet).
Le décret du 1er août 1793. Offensive des républicains. — Les Vendéens se reformèrent à Cholet et marchèrent sur Chàlillon, où ils firent essuyer une sanglante défaite au général Westermann (5 juillet), qu'ils rejetèrent sur Bressuire. Le 15, le général La Barollière écrasa Bonchamp, La Rochejaquelein et Lescure à Martigné-Briand ; mais Westermann échoua dans sa marche sur Chàlillon et, le 18, les républicains furent mis en déroule à Vihiers. Le général Biron, qui n'avait pu faire adopter ses vues, fut rendu responsable de ces échecs et guillotiné bientôt après.
Plus heureux dans la plaine qu'au centre, les bleus eurent leur revanche à Luçon, où les 2 500 hommes du général Tuncq écrasèrent à deux reprises les troupes de d'Elbée (30 juillet et 13 août .
Le Comité de salut public voyait dans l'insurrection vendéenne comme la pierre d'achoppement contre laquelle se brisaient les forces républicaines et, le 1er août, la Convention, exaspérée par la résistance des Vendéens, rendit un décret ainsi conçu : « Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles détruits, les récoltes coupées par des compagnies d'ouvriers: les bestiaux seront saisis, et le tout transporté hors du pays.
Les vieillards, les femmes, les enfants, seront conduits hors de la contrée, et il sera pourvu à leur subsistance avec les égards dus à l'humanité. »
Pendant que le représentant Carrier était envoyé à Nantes, où il se déshonorait par ses folles cruautés, le général Biron était remplacé, à la tète de Vnrmèe des côtes de La Rochelle, par Rossignol. Cet ancien ouvrier orfèvre et son chef d'état-major, l'ex-comédien Ronsin, créatures des hébertistps, étaient aussi incapables l'un que l'autre. Leur conduite et leurs projets d'extermination provoquèrent les censures des représentants Goupilleau et Bourdon de l'Oise, qui suspendirent Bossignol de ses fonctions; la Convention l'y réintégra (28 août); mais le Comité' do salut public se rallia au plan du général Caudaux et dépêcha en Vendée la garnison de Mayence, qui s'était engagée à ne pas servir pendant un an contre les Prussiens : Canclaux vit donc arriver, le 3 septembre 1793, Kléber, Haxo, Aubert-Dubayet, Beaupuy, avec 18000 hommes, et les représentants Merlin de Thionville et Reubell.
11 fut convenu que l'armée des côtes de La Rochelle (Saumur) et l'armée de Mayence, réunies à celle des côtes de Brest (Nantes), se rejoindraient à Mortagne après avoir balayé' et cerné les Vendéens. La seconde exécuta le plan convenu, mais la première reçut brusquement l'ordre de s'abstenir. Les Vendéens purent donc, après avoir défait à Torfou (19 septembre) l'avant-garde de l'année de Nantes (Kléber), accabler à Montaigu la colonne du général Beysser -1 septembre , à Saint-Fulgent la colonne des Sables (Mieskowski) [22 septembre). Les ordres donnés par Rossignol dans ces circonstances critiques furent si incohérents que Ronsin, prenant les devants, se rendit en toute hâte au Comité de salut public, dont il obtint la révocation de Canclaux et d'Aubert-Dubayet (6 octobre).
Combats de Cholet (17 octobre), du Mans (10 décembre) et de Savenay (23décembre). Dispersion de la grande armée catholique et royale. — Le. Comité de salut public, résolu à introduire l'unité dans le commandement, décida qu'il n'y aurait plus qu'une seule armée, Varmée de l'Ouest, mais il plaça à la tète des forces républicaines
Tombeau de Bonchamp, par David
l'incapable général Léchelle. Le 1er octobre, la Convention décréta que la guerre de Vendée devrait être terminée le 20.
Les colonnes parties de Nantes (Kléber), de Luçon (Bard, puis Marceau) et de Bressuire (Chalbos et Westermann) se rejoignirent le 14 à Cholet : les chefs vendéens n'avaient pu défendre Chàlillon, qui fut incendié (11 octobre). Les troupes républicaines acculèrent entre Cholet et Beaupréau les Vendéens, qui livrèrent bataille aux républicains le 17 octobre, depuis deux heures jusqu'à six. Tenus en échec par le général Beaupuy, accablés par les Mayençais, chargés par la cavalerie, les Vendéens vaincus, suivis d'une population affolée, se réfugièrent, au nombre de 80000, à Saint Florent-sur- Loire (18 et 19 octobre). Lescure, d'Elbée, Bonchamp étaient blessés :
ce dernier, avant d'expirer, demanda et obtint la grâce de 5000 prisonniers républicains, que l'armée catholique traînait à sa suite et qu'elle allait fusiller.
Les Vendéens purent passer la Loire à Varades sous le commandement de La Rochejaquelein, élu généralissime. Maîtres d'Ancenis et de Laval, ils repoussent à Entrâmes les républicains qui les poursuivent (26 octobre), entrent à Mayenne (1er novembre) et à Fougères (4 novembre), où deux émigrés, venus de Jersey, engagent La Rochejaquelein, au nom du gouverneur anglais, à occuper Cranville : il échoue dans cette tentative et se replie sur Avranches (13-14 novembre). Mais alors les républicains sont obligés d'évacuer Pontorson ; Rossignol, qui a remplacé Léchelle, est défait à Dol et à Antrain (21 novembre) et, conscient enfin de son ineptie, il démissionne :
désormais les mesures de défense seront prises par Kléber et Marceau.
Les Vendéens, victorieux, mais trop faibles pour se porter sur Rennes, décident de retourner dans le Bocage et reviennent vers la Loire. Ils attaquent inutilement Angers (3 décembre), entrent à La Flèche (8 décembre) et marchent sur Le Mans :
La Rochejaquelein, appuyé par d'Autichamp et Georges Cadoudal, emporte sans peine le pont de l'Huisne à Pontlieue et se rend aussitôt maître de la ville (10 décembre); mais le lendemain Westermann et Marceau pénètrent jusqu'à la place des Halles et, arrêtés là par l'artillerie de Talmont et de Marigny, ils se jettent dans les rues adjacentes, où la fusillade continue toute la nuit; le 13, à la pointe du jour, Kléber arrive à son tour, et, maison par maison, déloge les Vendéens, qui s'enfuient vers la Loire, sans pouvoir la traverser. (Jninze mille survivants arrivent à Savenay; Westermann et Kléber les y rejoignent avec l'avant-garde, puis Marceau prend des dispositions de combat. Les Vendéens s'avancent en masses, sur une seule ligne; mais Westermann, Kléber et Beaupuy, filant par les hauteurs derrière Savenay, tournent les royalistes, commandés par Fleuriot de La Fleuraye et dont une partie se fait jour, l'épée à la main, à travers les colonnes républicaines. Les autres sont bientôt aux prises dans la ville avec les bleus : c'est un choc terrible entre les républicains, exaltés par le succès, et les Vendéens en désarroi. La Rochejaquelein et Stofflet purent repasser le fleuve; Charette continua de lutter dans le bas Poitou, et, en Bretagne, la chouannerie ne désarma pas; mais la journée de Savenay était décisive : l'anéantissement de l'armée royaliste et catholique mettait fin à la grande guerre de Vendée (1).
La chouannerie. — Le berceau de la chouannerie fut le bas Maine, région assez semblable au Bocage vendéen ci comme lui propre aux embuscades cl aux- fuites rapides. < organisés en année, les Vendéens avaient livré de véritables batailles : la chouannerie ne fut qu'une
à Saint-Florent-le-Vieil, d'Angers.
(1) C'est pn''s de Clmlel, le 17 frimaire an II (7 décembre 1793), que le jeune François-Joseph Bara, né h Palai i au en 1779, fut entouré par les Vendéens el mis à mort pour avoir refusé de se rendre et de livrer deux chevaux qu'iL conduisait.
UISTOIRE DE FRANCE
guerre de partisans, une série de coups de main accomplis par des bandes isolées. La vie du chouan en campagne fut une vie d'aventures, d'alertes, d'escarmouches, d'embuscades derrière les haies quand l'ennemi se montrait à découvert, de fuites éperdues à travers les genêts ou les chemins creux quand les bleus se présentaient en force.
Dans une lettre à Aubert-Dubayet, Hoche caractérisait ainsi la chouannerie : « Réunis sous des chefs qui sont ordinairement du pays, les chouans se répandent imperceptiblement partout, avec, d'aiilanL plus de facilité qu'ils ont partout des agents, des amis, et qu'ils trouvent partout des vivres et des munitions, soit de gré, soit de force. Leur principal objet est de détruire les autorités civiles; leur manœuvre, d'intercepter les convois, d'assassiner les patriotes des campagnes, de désarmer nos soldats lorsqu'ils ne peuvent les embaucher, d'attaquer nos cantonnements, postes ou détachements, lorsqu'ils sont faibles, et enfin de soulever les habitants des villes même en les affamant; leur tactique est de combattre derrière les haies. » Ces renseignements trouvent leur confirmation dans les Mémoires du marquis d'Andigné — un chef de chouans — où l'on voit la chouannerie se recruter, non seulement parmi les paysans en général, mais aussi parmi les conscrits réfractaires, les déserteurs de l'armée républicaine, les citadins mécontents, et tirer ses ressources du sac des diligences ou de contributions prélevées sur les bourgs « patriotes », sur les dîmes ecclésiastiques, sur les biens vacants des émigrés. Il convient de remarquer que plusieurs des crimes reprochés à la chouannerie sont imputables soit aux faux chouans, aux chauffeurs, qui torturaient les malheureux jusqu'à ce qu'ils eussent indiqué la cachette où était leur argent, soit encore aux contre-chouans suscités par la police.
Au mois de mars 1793, à La Roche-Bernard, entre Nantes et Vannes, le président du district, Sauveur, refusant de crier : Vive le roi! fut déchiqueté à coups de couteau et brûlé vif. A Pontivy, les paysans, conduits par un prêtre réfractaire, martyrisèrent dixsept gardes nationaux. A Saint-Ouen-des-Toits, le 19 août 1793, un sabotier des environs de Laval, faux saunier et déserteur, Jean Gottereau, souleva les conscrits de sa commune et décida plusieurs de ces jeunes gens à le suivre (1). La bande, renforcée de quelques contrebandiers et de nombreux paysans, prit pour centre de ralliement le bois de Misdon, près de Porl-Brillet. Une autre bande se forma près de Saint-Denis-d'Orques, au camp de la Vache-Noire, sous les ordres d'un ancien garçon de ferme, Louis Courtilliers, dit Saint-Paul. Quand l'armée vendéenne, en octobre 1793, traversa le Maine pour marcher sur Gran ville, les chouans la rejoignirent à Laval et partagèrent ses destinées jusqu'au grand désastre de Savenay.