LA GUERRE. FIN DE LA CAMPAGNE DE
Après l'évacuation de la Belgique, les Autrichiens du prince de Cobourg s'étaient emparés de Condé et de Valenciennes; sur le Rhin, l'empereur et le roi de Prusse étaient entrés à Mayence; au sud, les Espagnols étaient en marche sur Rayonne et Perpignan.
La route de Paris était ouverte, mais les Anglais et les Autrichiens ne surent pas s'entendre et dispersèrent leurs forces. Les premiers, qui convoitaient Dunkerque, vinrent assiéger cette place, pendant que les Autrichiens allaient bloquer Maubeuge.
Opérations de l'armés du Nord. — Siège de Dunkerque. Bataille de Hondschoote (6, 7, 8 septembre 1793). — Le 24 août 1793, le duc d'York avec 30000 Anglo-IIanovriens commença le sièixe de Dunkerque, protégé à l'est par deux corps d'observation : Freytag 16 000. hommes) à Oost-Gappel; le prince d'Orange, à Menin, sur la Lys. La place était défendue par le général Souham, que secondait le chef de bataillon Hoche. La nature du sol, sablonneux et saturé 'l'humidité, de la Flandre maritime rendait difficiles les travaux d'approche, que les ^niies des assiégés bouleversaient d'ailleurs fréquemment.
Bouchard, qui avait remplacé Kilmaine à la tète de l'armée du Nord, reçut l'ordre de débloquer Donkerque. Indécis et routinier, au lieu d'attaquer en masse il ne prit avec lui que 22000 hommes, et il fallut les injonctions pressantes des conventionnels Levasseur et Delbret pour le décider à livrer bataille; mais, au lieu de couper l'armée du siège du corps d'observation de Freytag, il se borna à débusquer celui-ci de ses positions de l'Yser et à le rejeter sur Hondschoote.
Siège vallée d
La bataille de Hondschoote dura trois jours (6, 7, 8 septembre) et eut pour résultat la délivrance de Dunkerque; car Je duc d'York, maintenant découvert, n'avait plus qu'à lever le siège en toute hâte. Bouchard eut le tort de ne pas l'obliger, comme il le pouvait, à se rendre à discrétion et de le laisser rejoindre Walmoden à Furnes.
Cinq jours après il commit une nouvelle faute : ayant chassé de Menin le prince d'Orange, il évacua cette ville dans la crainte chimérique d'une attaque de Cobourg et repassa la frontière. Sa retraite précipitée engendra une panique qu'il ne sut pas arrêter, et le tribunal révolutionnaire l'envoya à la guillotine. Jourdan le remplaça à la tète de l'armée du Nord.
de Maubeuge. Bataille de Wattignies. — Maître de la e l'Escaut par Condé et Valenciennes, de l'intervalle entre
Houchard, grave d'après Bonne ville.
Jean Cotlereau recul le sobriquet de Jean Chouan, parce qu'il avait contracté l'habitude de ne se montrer que la nuit, comme le clial-huant, et qu'il a >s hommes comme signe de ralliement le cri de cet oiseau.
Plan de la bataille de Hondschoote (1793).
f.e gros du corps de Freytag est à Ranihecke; son lieutenant Walmoden, à Wormhoudt. A droite, la division Ilédou ville doit marcher sur Rousbrugge; au centre, Jourdan avec, une colonne, Houchard avec une autre se porteront sur Bambecke, la première par Houtkerke, la seconde par llcrzeele. A gauche, la division Landrin attaquera Walmoden, le tournera et le coupera de l'armée du duc d'York.
Le G septembre, Jourdan déloge les Anglo-Hollandais successivement de Houtkerke, Herzecle, Bambecke et les refoule jusqu'à Rexpoëde, qui tombe entre nos mains. Mais, pendant la nuit, l'ennemi revient en force et nous chasse de Rexpoëde, et Houchard, perdant tout son sang-froid, bat en, retraite sur Houtkerke.
Le 7, Hédouville, qui a franchi l'Yser à Rousbrugge, s'élance de nouveau contre Rexpoëde, qu'il emporte à trois heures après-midi, et rejette sur Hondschoote Walmoden, qui avait remplacé' Freytag blessé. Pendant ce temps, Landrin prend Wormhoudt. Enfin, à six heuresdu soir, toute l'armée, Houchard en tête, marche contre Hondschoote, ou se sont ralliés et retranchés 10000 Anglais, dont fi 000 détachés de l'armée de siège.
Le 8, à neuf heures du matin, l'armée française prend l'offensive : Vandamme à droite, Jourdan au centre, Collaud à gauche. Les retranchements ennemis sont emportés. Mais la vue de Jourdan et de Collaud blessés jette une panique parmi nos troupes, qui reculent en désordre. Alors, Delbret et Levasseur se mettent à, la tête, l'un de la division Jourdan, l'autre de la division Collaud, et les ramènent au pas de charge devant les redoutes de Hondschoote. Bientôt elles sont maîtresses des avenues qui conduisent à Hondschoote; la ville elle-même est prise après un combat dans les rues et les maisons, et Walmoden vaincu se retire sur Furnes.
LA RÉVOLUTION
l'Escaut et la Sambre par le Quesnoy, Cobôurg voulut occuper Maubeuge, s'assurer de la hante Sambre et pénétrer ensuite dans la vallée île l't lise.
Le 2S septembre, avec 65 OûO hommes, il investit la place de Maubeuge, défendue par le général Jacques Férrànd, qu'assistait le général Ghancel. Maubeuge n'avait qu'une garnison de •20 000 hommes, si mal approvisionnée qu'au bout de huit jours il fallut la rationner ; elle regorgeait de malades cl de blessés, et, dès le 10 octobre, elle était presque à bout de ressources, mais résistait quand même. Carnot, résolu à débloquer Maubeuge, rejoignit Jourdan à (mise, où se concentrèrent 50000 hommes tirés des camps voisins et. de l'nr:n,5e des Ardonncs. I.e 12 octobre, toute l'armée prit ses positions autour d'Avesnes. I.e 10, sur le plateau de Wattignies, se livra une furieuse bataille entre les Français, commandés par Jourdan et Carnot, et les Autrichiens, commandés par Clerfayt et Cobourg. La victoire, due surtout à l'intrépidité et à l'habileté de Carnot, eut d'importantes conséquences. D'abord le 17, à deux heures do l'après-midi, Carnot et Jourdan entrèrent triomphalement dans Maubeuge; en second lieu, la bataille de Wattignies était la première victoire où s'aflirmait la nouvelle tactique et mai-
Jourdan, gravé d'après Bonnevillb.
Le prince de Saxe-Cobourg
(Estampe de la Bibliothèque nationale).
Plan de la bataille de Wattignies (1793).
A l'approclie des Français, Cobourg lance au-devant d'eux son lieutenant Clerfayt avec LiO ooo hommes. Clerfayt occupe la ligne de plateaux, coupés de bois et de ravins, qui s'étend sur un espace do 15 kilomètres entre Avesnes et Maubeuge, depuis Solrc-le-Chàtcau jusqu'au confluent del'Helpe et de la Sambre et dont le village de Wattignies est le point culminant, les renforce par des retranchements si bien disposés que Cobourg s'écrie : « Si les républicains parviennent à me déloger d'ici, je me fais républicain moi-même. » La droite autrichienne, sous Bellegarde, s'appuie à Saint-Waasl ; Kinski est au centre à Dourlers ; Tercey, avec la droite, à Wattignies.
Le : i octobre, Carnot, après une reconnaissance des positions ennemies, décide de les tourner à droite et à gauche, puis d'enfoncer le centre. Il divise l'armée en cinq colonnes. A l'extrême droite, Beauregard marchera de Liessies et Solre sur Obrechies ; à droite, le général Duquesnoy se portera de Beugnies et Sars sur Wattignies ; -au centre, la division Balland fera face à Dourlers; enfin, à gauche, les divisions Cordclier et Fromentin s'empareront des coteaux de Saint- Wast et Saint-Rémy.
Le 15, à neuf heures du matin, ces deux dernières divisions, prenant l'offensive, refoulent les Autrichiens: mais, à l'entrée de la plaine de Berlaimont, elles sont sabrées parla cavalerie impériale et rejetées sur leurs lignes de bataille. Pendant ce temps, Duquesnoy s'empare de Dimont et de Dimechaux et, de là, prépare l'attaque do Wattignies par une canonnade. Alors Carnot lance Balland contre la formidable redoute à plusieurs étages que forment les pentes du plateau en avant de Dourlers, où nos soldats pénètrent, niais sans pouvoir se maintenir sous la mitraille. Carnot crie à Jourdan qui hésite à les ramener : « Pas de prudence, général ! » Blessé au vif, Jourdan revient à la charge par deux fois. La nuit tombe et le combat cesse.
Carnot reconnaît l'impossibilité matérielle d'attaquer do front son adversaire, et, sur l'avis de Jourdan. concentre ses forces contre Wattignies. Le 16, par une matinée brumeuse, les colonnes françaises s'avancent sur le terrain ondule el boisé qui s'étend entre Avesnes et Maubeuge, avec les villages de Dourlers. Sars-Poteries, Dimont, Choisies et Wattignies, où se trouve le quartier général ennemi. Des retranchements, des abatis, des redoutes renforcent encore la forte position de Clerfayt, couverte par de profonds ravins et dominant des pentes escarpées. Au lieu d'attaquer le centre ennemi à Dourlers, inabordable par les défenses qu'on y a accumulées, c'est vers la gauche ennemie, à Wattignies. que se tournent Carnot et Jourdan. Couverts par un épais brouillard, les Français s'ébranlent aux accents de la Marseillaise. Sous les ordres directs de Jourdan et de Carnot, la droite, formée en trois colonnes, débouche de Dimont, Dimechaux et Choisies, el monte à l'assaut du plateau de Wattignies. lieux attaques échouent; à la troisième, Carnot pénètre dans le village; la réserve autrichienne s'avance et, prise de panique, la brigade Gratien se débande. Carnot se précipite le fusil au poing, et, avec Jourdan et Duquesnoy, s'empare définitivement de Wattignies et refoule l'ennemi sous t'Iaxges.
A la gauch ■ et au centre, Fromentin et Balland ont conquis Dourlers et Saint-Waast ; seule la division Élie, jetée sur Philippeville, a été bousculée à Beaumont par Benjowski, ainsi que la division Beauregard à Obrechies; niais Duquesnoy, vainqueur, a pu facilement mettre fin de ce côté aux progrès des Autrichiens. Cobourg, la nuit suivante, se hâte de battre en retraite sur la Belgique et repasse la Sambre, laissant 6 000 hommes sur le champ de bataille.
quait la fin de nos revers. Jourdan n'avait pas de forces suffisantes pour poursuivre les vaincus : il se contenta de se relier par une série de postes à la Flandre maritime.
Opérations des armées du Rhin et de la Moselle. — Les Prussiens en Lorraine. Les Autrichiens en Alsace. — La frontière du Nord dégagée, Carnot se retourna vers l'Est, où l'armée de la Moselle, commandée parMoreau, avait, après une attaque infructueuse contre les Prussiens à Pirmasens, été rejetée derrière la Sarre (14 septembre).
Le mois suivant les Autrichiens prirent à leur tour l'offensive. Wùrmser, pour assiéger Landau, occupa Wissembourg, emporta les lignes de la LauLer (13 octobre) et put ainsi occuper le Geisberg. Puis, pendant que nos troupes s'enfuyaient en désordre sur Strasbourg, il pénétra à leur suite dans Haguenau (29 octobre) et prit Fort-Vauban (9 novembre).
Pichegru et Hoche. — Il importait de rétablir la discipline dans l'armée, démoralisée par les mutations inces-
Phot. Braun, dûment et C>«.
Carnot à Wattignies, par Desvahreux.
santés des généraux en chef. Le Comité de salut public envoya les conventionnels Baudot et Lacoste en Lorraine, Saint-Just et Le Bas en Alsace. Pichegruqui, dans le désarroi général des forces républicaines depuis la chute de Mayence, avait fait preuve de sangfroid, d'énergie et d'habileté, reçut le commandement de l'armée du Rhin. Celui de l'armée de la Moselle fut confié à Lazare Hoche, qui avait servi sous les ordres du général Houchard et avait été nommé général de brigade après la bataille de Hondschoote. Capable d'élan
Pichegru, gravé d'après Boxkeville.
Hoche, par Ursule Boze.
plus que de réflexion, tour à tour passionné et mesuré, enthousiaste et défiant, Hoche était sympathique par ses qualités brillantes et généreuses, sa nature primesautière. Il alliait à une inflexible sévérité en matière de discipline une affectueuse sollicitude pour ses subordonnés, dont son entrain et sa bonne humeur doublaient le courage. Un jour, ayant eu deux chevaux tués sous lui : « Ces messieurs, dit-il en riant, voudraient me faire servir dans la ligne. » Il a ainsi résumé sa politique : « Sans songer au passé', j'ai travaillé sans relâche à venger la patrie des maux que lui a causés l'Angleterre. »
Bataille de Kaiserslautem, de Wœrth et de Frœschwiller. Landau débloqué. — Les deux nouveaux généraux agirentd'abord isolément. Pichegru, secondé par Desaix, parvint, après trois semaines de combats quotidiens, à refouler Wùrmser et les Autrichiens sur la Moder (18 novembre-9 décembre .
Hoche fut d'abord moins heureux contre Brunswick. Débouchant de la vallée de la Sarre à la tète de 35 000 hommes, il repoussa les avant-postes prussiens jusqu'au delà de Blieskastel; mais, trois jouis de suite (28-29 novembre), il échoua contre Kaiserslautem et dut se replier sur Deux-Ponts avec une perte de 3000 hommes. Changeant de tactique, il projeta une action combinée des deux armées du Rhin et de la Moselle contre Wùrmser.
Laissant une partie de ses troupes pies de Deux-Ponts pour surveiller Brunswick, il franchit les Vosges le 19 décembre avec 12 000hommes et culbuta à Wœrth età Frœschwiller, le 22, un corps prussien qui couvrait le flanc droit de Wùrmser, établi sur le Geisberg. Le représentant Baudot, qui avait deviné la valeur de Hoche, le substitua à Pichegru et lui confia le commandement des deux années réunies du Rhin et de la Moselle. Dès le 26, Hoche emporta d'assaut le Geisbe,.*g, entra dans Wissembourg et, profitant de l'enthousiasme de ses soldats, les porta rapidement au secours de Landau, bloqué par les Prussiens depuis le mois d'avril. Le 28, l'ennemi effrayé levait le siège. Baudot adressa aux troupes victorieuses cette brève proclamation : « Républicains, vous avez fait votre devoir. »
A cette occasion, Wùrmser et Brunswick, qui se jalousaient, se brouillèrent tout à fait et se séparèrent. L'Alsace était délivrée, l'ennemi rejeté au delà du Rhin, et l'armée républicaine put hiverner dans le Palatinat.
Opérations aux Alpes et aux Pyrénées. — Aux Pyrénées-Orientales, Ricardos, battu à Niel (17 juillet), s'empara de Villefranche-sur-Tet (3 août); mais le camp espagnol de Peyrestortes fut enlevé, après une bataille où les représentants Fabre et Cassanges jouèrent un rôle capital (17 septembre ). Ricardos prit sa revanche sur la Tech à Sains, enleva le camp de Montlouis (27 octobre) et se retrancha
dans le camp du Boulon, d'où Ragoberl, qui venait de se signaler par une série de succès en Cerdagne, tenta en vain de le déloger.
Turreau, qui succéda à Dagobert, fut battu devant Céret par La Union (26 novembre). Pendant ce temps, Ricardos, reprenant l'offensive, écrasait un corps de 10 000 hommes à Villalongue (7 décembre).
L'armée espagnole attaqua les crêtes des Albères pour obliger à se rendre les places de Collioure et de Port-Vendres : le 15 décembre 1703, l'armée française, commandée par Delattre, abandonna ses positions. L'important passage du col de Banyuls fut courageusement défendu par les habitants du village, pendant que leurs femmes et leurs enfants chargeaient les fusils et leur passaient des munitions. Sommé de se rendre, le maire, ayant deux blessures à la tète, répondit, en agitant son écharpe : « Les républicains ne se rendent jamais; ils savent mourir. » Et ces héros n'abandonnèrent leur rocher que pour se précipiter sur les Espagnols qui, désespérant de les vaincre, s'étaient mis à saccager Banyuls.
Grâce à la prodigieuse impulsion donnée à la défense nationale, à la fin de l'année 1793 la France était sauvée de l'invasion.