‹ Histoire de France illustrée (volume 2)Chapitre 95 sur 196 · DOMINATION DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DOMINATION DE ROBESPIERRE

Les hébertistes. — Malgré les défaites essuyées par la coalition et l'écrasement de la guerre civile, les hébertistes, la Commune de Paris et le club des Cordeliers ne voyaient le salut de la République que dans la continuation de la Terreur, et leur journal, le Père Duchesne, préconisait dans le plus bas langage les mesures les plus violentes.

Hébert comptait au nombre de ses partisans Pache, maire de Paris; Chaumette, procureur de la Commune; Bourdon de l'Oise, Jean-Baptiste Cloots, ce baron d'origine allemande qui avait conduit à la barre de la Constituante une « ambassade du genre humain », composée de trente-six étrangers vêtus de costumes exotiques et venus pour faire adhésion à la Déclaration des droits de l'homme. Cloots, qui avait adopté le prénom d'Anacharsis et pris le titre d' « orateur du genre humain », fut élu député de l'Oise à la Convention et, après s'être déclaré contre les girondins, s'était rallié aux hébertistes, dont le programme philosophique le séduisait.

La déchristianisation. — Les hébertistes, qui faisaient profession d'athéisme, entreprirent de déchristianiser la France. Le décret du 21 avril 1793 ordonna la déportation à la Guyane des ecclésias-

Hébert, gravé d'après Bonneville.

Chaumette, gravé d'après Bonne ville.

tiques « réfractaires » et porta la peine de mort, dans les vingtquatre heures, contre tous ceux qui rentreraient sur le territoire de la République. Bientôt (19 juillet) la même peine fut déclarée applicable aux évêques constitutionnels qui s'opposeraient directement ou indirectement au mariage des prêtres, et les hébertistes poussèrent d'autre part les ecclésiastiques à renoncer au célibat en faisant décréter que les prêtres mariés ou dont les bans seraient publiés ne seraient « sujets ni à la déportation ni à la réclusion ». Les hébertistes allèrent jusqu'à demander la démolition des clochers dont « la domination sur les autres édifices » leur semblait « contrarier les principes d'égalité ». Le mouvement de déchristianisation se continua par le vole du calendrier révolutionnaire (5 octobre), par

LA RKVOLUTION

l'adoption de la proposition île Marie-Joseph Chénier, tendant à laïcisci' la religion ~ novembre) et, finalement, par l'instauration du « culte de la Raison ».

Anacharsis Cloots et Bourdon de l'Oise sommèrent l'évêque constitutionnel de Paris, Gobel, d'abdiquer l'épiscopat. Gobel parut à la barre de la Convention, avec ses vicaires, le 7 novembre 1793, déposa ses lettres de prêtrise sur le bureau et abjura le culte dont il était ministre. « L'Être suprême, dit le président, ne veut de culte

Camille Desmoulins, par Rouili.ard (Versailles)

Lucile Desmoulins, par Boilly.

que celui de la Raison, et ce sera désormais la religion nationale. » Grégoire, évêque constitutionnel de Loir-et-Cher, connu cependant par son ardeur révolutionnaire, fut écœuré de cette abjuration pusillanime et théâtrale : « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j'ai été désigné par le peuple pour être évêque; mais ce n'est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission... J'invoque la liberté îles cultes. On ne m'arrachera pas une abdication. »

Le culte de la Raison fut inauguré à Xotre-Dame le 11! novembre 1793 : la Liberté était représentée par une actrice de l'Opéra, drapée aux couleurs nationales et assise à la place de la « ci-devant Sainte-Vierge ». Un cortège, traînant la déesse sur un char, se porta à la Convention et défila devant l'Assemblée, chantant le Ça ira et la Carmagnole. L'église métropolitaine de Paris fut transformée en temple de la Raison, << à la demande des citoyens de Paris », disait le décret. L'image de la Vierge fut remplacé.' par les bustes de Marat et de Le Peletier de Saint-Fargeau.

Le 23 novembre, sur la proposition de Chaumette, toutes les églises, tous les temples, toutes les synagogues de Paris furent fermés, et cette mesure se généralisa dans les départements : au mois d'avril 1794 il ni; restait pas cent cinquante communes où la messe fût dite publiquement .

Les o enragés » et les « indulgents » . Exécution des hébertistes (24 mars 1794). — Cependant Danton et ses amis préconisaient le retour à des pratiques moins violentes. Aux » enragés » commençaient à s'opposer les » indulgents ».

Parmi les plus fervents soutiens du parti dantoniste était Camille Desmoulins, qui, maladroitement attaqué par Robespierre au club des Jacliius, ('tait devenu l'ennemi acharné de son ancien chef. Dans son journal le Vieux Cordelier, il criblait les violents de ses invectives, comparait la tyrannie exercée par les terroristes intran-

- ■■■ints au despotisme des empereurs romains, demandait, enfin la formation d'un « Comité' de clémence » comme le seul moyen de pacifier les partis et de terminer la Révolution.

Cette campagne produisit une impression si vive sur la Convention et sur l'opinion que Robespierre s'en émut. Dans une séance des Jacobins il proposa perfidemenl de donner au pamphlétaire une

correction paternelle» et de brûler les numéros du journal. « Brûh-r n'est pas répondre ! », s'écria Camille. — « Eh bien ! répliqua Robespierre, qu'on ne brûle pas, mais qu'on réponde ; qu'on lise sur-le-champ les numéros de Camille, puisqu'il le veut, et qu'il soit couvert d'ignominie. » Et Camille fut exclu du club des Jacobins.

Maintenant Robespierre va briser tout ce qui gène ses projets de dictature : •• Si, disait-il le '■> février 179'i, le ressort du goiiver nement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouver

Saint-Just, gravé d'après Bonne ville.

nement populaire en révolution est la terreur. La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inllexible; elle est donc une émanation de la vertu. Punir les oppresseurs de l'humanité, c'est clémence; leur pardonner, c'est barbarie. Deux factions également coupables nous menacent : l'une nous pousse à la faiblesse, l'autre aux excès. » Ainsi la guerre est formellement déclarée par Robespierre aux indulgents comme aux enrayés.

Ceux-ci eurent la maladresse, aux Gordeliers, le 4 mars 1794, de se mettre en état d'insurrection à la fois contre les dantonistes et contre Robespierre. La population, qui les rendait responsables de la disette, prit position contre eux, et le Comité de salut public les fit arrêter dans la nuit du 13 au 14 mars.

Ils fuient accusés d'avoir formé une conspiration pour réduire Paris à la famine et anéantir la représentation nationale : Hébert, le général Ronsin Vincent, Anacharsis Cloots, en tout dix-neuf accusés, comparurent devant le tribunal révolutionnaire. Le troisième jour des débats, le jury se déclara suffisamment éclairé et condamna pêle-mêle ces « agents de l'étranger» comme ayant conspiré pour « donner un tyran à l'Etat ».

Leur exécution eut lieu le 24 mars et fut suivie du licenciement deYarmée révolutionnaire de l'intérieur, qui était à leur discrétion.

Exécution des dantonistes (15 avril 1794). — Danton s'était retiré à Arcis-sur-Aube, « pour y respirer en liberté » : il revint à Paris avec le projet d'arrêter le torrent des fureurs révolutionnaires, et, « maintenant que la République était maîtresse du champ de bataille », de la faire rentrer dans le règne des lois. Mais Robespierre laissa alors éclater toute sa haine contre Desmoulins et contre Danton lui-même. « Qu'importe, s'écria-t-il aux Jacobins, qu'Hébert expire sur l'échafaud, s'il lui reste des traîtres d'une autre espèce pour venir à bout de ses projets? Vous n'avez donc rien fait s'il vous reste une faction à détruire, et la Convention est résolue à les immoler toutes, jusqu'à la dernière. >

Il était temps que Danton songeât à se défendre; ses amis l'en pressaient, l'engageaient même à partir. «Partir!... dit-il avec colère et dédain, partir! Est-ce qu'on emporte sa patrie à la semelle de ses souliers? » Quand on vint lui annoncer que les Comités discutaient son arrestation, on le pressa encore de quitter Paris; niais il répondit, après un moment de réflexion : « Ils n'oseraient. » Danton se trompait : dans la nuit du 30 au 31 mars 1794, il fut arrêté avec ses principaux amis et traduit devant le tribunal, le 2 avril 1794, avec ses coaccusés, au nombre de seize. Il embarrassa ses juges par son assurance audacieuse.

L'instrument des rancunes de Robespierre avait été, dans cette machination, le conventionnel Saint-Just, républicain à la Spartiate, dont l'énergique activité s'employa très utilement aux armées, mais fut à l'intérieur au service d'un autoritarisme malfaisant. Dans un rapport empreint de la subtilité la plus perfide, il accusa Danton de s'être vendu à Mirabeau, au duc d'Orléans, à Dumouriez, d'avoir voulu traiter avec l'étranger pour rétablir la monarchie, et, redoutant l'éloquence persuasive de son collègue, il fit décider par la Convention que le tribunal pourrait mettre les accusés <■ hors des débats ».

Sur injonction du Comité de sûreté générale, le tribunal condi a

effectivement les accusés sans plus les entendre et hors de leur présence, sous prétexte qu'ils manquaient de respect à la justice. « On nous immole, s'écria Danton, à l'ambition de quelques biches brigands, mais ils ne jouiront pas longtemps du fruit de leur criminelle victoire; j'entraîne Robespierre, Robespierre me suit. » Au

pied de l'échafaud, c me Danton voulait embrasser Hérault de

Séchelles, qui lui tendait les bras, l'exécuteur s'y opposa. « Tu es donc [dus cruel que la mort? lui dit Danton; va, tu n'empêcheras pas que dans un moment nos tètes ne s'embrassent, dans le panier » (16 germinal-5 avril 170 4 . Ayant de s'incliner sous le couperet, il dit au bourreau : «Tu montreras ma tète au peuple, elle en vaut la peine. ■> Le plus grand homme d'État de In Révolution tombait victime du gouvernement, formidable qu'il avait contribué à organiser.

Couthon, gravé d'après Bonn k v i l l e (Musée Carnavalet).

I En même temps que lui, le tribunal révolutionnaire envoya au supplice l'ex-capucin Chabot, Fabre cTÉglantine, Basire, Westermann, Hérault de Sécbelles, Philippeaux, Camille Desmoulins qui, sur la charrette, s'agitait et haranguajt la foule : « Peuple, disait-il, on tue tes amis? Qui t'a appelé à la Bastille? Qui te donna la cocarde? >< Lucile Desmoulins, en apprenant l'arrestation de son mari, avait écrit à Robespierre une lettre indignée, où elle flétrissait l'orgueil du dictateur et lui rappelait l'amitié qui l'avait uni au pamphlétaire : « Toi, disait-elle, qui lis des vœux pour notre union, qui joignis nos mains dans les tiennes; toi qui as souri à mon iils et que ses mains enfantines ont caressé tant de fois, pourras-tu donc rejeter ma prière, mépriser mes larmes, fouler aux pieds la justice? » Accusée d'avoir formé avec le général Dillon un complot pour délivrer les dantonisles, elle fut condamnée et présenta bravement au couperet sa jolie tête de vingt-deux ans.

Dictature de Robespierre.

La fête de l'Être suprême.

— « 11 n'y a que les morts qui ne reviennent pas », avait dit Barère, et Collot d'Herbois ajoutait : « Plus le corps social transpire, plus il devient sain. »

— « Que serait devenue une république indulgente? déclarait

à son tour Saint-Just; nous avons opposé le glaive au glaive, et la République est fondée. » Conformément à ces impitoyables principes, Saint-Just proposa de proscrire en masse les ci-devant nobles et les étrangers, qui durent quitter le territoire français dans les dix jours, sous peine d'être mis hors la loi.

Lorsque le Conseil exécutif provisoire eut été remplacé par douze commissions dépendantes du Comité de salut public, Robespierre, débarrassé des hébertistes et des dantonistes, fut le maître de la France et forma avec Couthon et Saint-Just un triumvirat résolu à briser toute résistance. Sa dictature fut à la fois religieuse et politique. Disciple de Jean-Jacques Rousseau, il rêvait d'appuyer les institutions politiques sur une religion dont les fondements seraient la croyance en Dieu et l'immortalité de l'âme; il se défiait du « philosophisme », du culte de la Raison (1), auquel il prétendit, substituer une religion nouvelle, morale et sociale, dont il serait le grand pontife.

Le 7 mai, Robespierre prononça à la tribune de la Convention son discours fameux sur Dieu et l'immortalité de l'âme. Il attaqua l'athéisme, critiqua les Encyclopédistes et conclut en disant : « Le véritable prêtre de l'Être suprême, c'est la nature; son temple, c'est l'univers; son culte, la vertu; ses fêtes, la joie d'un grand peuple rassemblé sous ses yeux pour resserrer les nœuds de la fraternité universelle et pour lui présenter l'hommage des cœurs sensibles et purs. » Sur sa proposition, l'Assemblée vota d'acclamation le décret suivant :

Article premier. — Le peuple français reconnaît l'existence île l'Etre suprême et de l'immortalité de l'âme.

Art. 2. — Il reconnaît que le culte le plus digne de l'Etre suprême est la pratique des devoirs de l'homme.

On institua des fêtes décadaires et, le jour même où se célébrait autrefois la Pentecôte (20 prairial an 11-8 juin 1794), une fête de l'Etre suprême eut lieu dans toute la France. A Paris, on avait élevé dans le jardin des Tuileries un amphithéâtre, décoré par David de peintures allégoriques et sur lequel Robespierre parut à la tète des membres de

(I Sur le rôle de Robespierre et des divers partis dans la déchristianisation, voir Le Culte de la raison, par F. -A. Au lard (pour qui Robespierre fut hostile à la déchristianisation pour des motifs religieux hypocritement voilés de motifs politiques), et, contra, La Révolution, et ÏÊfjlise, par A. Mathiez.

la Convention, tous tenant à la main un bouquet de ileurs, de fruits et d'épis de blé. Après une courte allocution, Robespierre descendit de l'amphithéâtre, se saisit d'une torche et mit le feu aux monstres de l'Athéisme, « seul espoir de l'étranger », de la Discorde et de l'Égoïsme : les ilammes découvrirent alors la statue de la Sagesse. Le cortège se mit ensuite en marche vers le Champ-de-Mars. Un chariot antique, chargé des instruments des arts, était traîné par huit bœufs aux cornes dorées, suivis d'une foule couronnée de Heurs. La Convention prit place sur une montagne artificielle; Robespierre prononça un nouveau discours; on chanta des hymnes de Chénier et de Désaugiers, et la fête s'acheva au milieu des manifestations patriotiques, des bénédictions et des serments.

Robespierre avait constamment affecté de se tenir fort en avant de ses collègues. Quelques conventionnels se rapprochèrent de lui et firent entendre à ses oreilles étonnées des mots étranges : « 11 est encore des Brutus. — La roche Tarpéienne est près du Capitule. »

Madame Elisabeth

Le décret du 22 prai- (Mus,'e de VcrsaiUes)-

rial (10 juin 1794). —

Dès le lendemain, Robespierre vint au Comité de salut public demander vengeance des sarcasmes dont il avait recueilli les échos : il n'y rencontra qu'un accueil froid ou railleur. Alors, de sa propre initiative, il présenta avec Couthon, en l'absence de Saint-Just, un projet étendant la compétence du tribunal révolutionnaire, augmentant le nombre des jurés, des juges et des substituts, supprimant toute instruction préparatoire, et même toute audition de témoins lorsqu'il existait des « preuves soit matérielles, soit morales ». Plus d'avocats : « la loi donne pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes; elle n'en accorde point aux conspirateurs. » Une seule peine : la mort. Ainsi, toutes les garanties étaient supprimées, et en attribuant aux Comités de salut public et de sûreté générale, aux représentants du peuple et à l'accusateur public, le droit de traduire devant le tribunal révolutionnaire tous ceux que la loi « réputait ennemis du peuple », personne, même les membres de la Convention, n'était désormais à l'abri d'un assassinat judiciaire. «Toute lenteur, disait Couthon, est un crime, toute formalité indulgente est un danger public; le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître. » Robespierre parvint à faire adopter ce décret abominable en une demi-heure (22 prairial-10 juin 1794); mais, le surlendemain (24 prairial), la Convention se ressaisit du droit exclusif de mettre les députés en accusation.

Le décret du 22 prairial fut le prélude de la Grande Terreur (10 juin-27 juillet 1794). Madame Elisabeth, la vertueuse sœur de Louis XVI (1), avait été exécutée le 9 mai 1794. Maintenant on allait

frapper sans pitié et envoyer à l'échafaud Lavoisier, le général Biron, les Nouilles, les Boufflers,les Mouchy, les Montmorency, les Pasquier. les Mole, lesMalesherbes, les poètes André Chénier et Boucher (2).

La marmite épuratoire des Jacobins (Caricature antirobespierriste de 1793).

(1) Marie-Thérèse, dite madame Royale, fille de Louis XVI, née en 1778, fut, sous le Directoire, échangée contre les commissaires de la Convention (pic Dumouriez avait livrés aux Autrichiens. Elle épousa, en 1799, son cousin Louis-Antoine de Bourbon, duc d'Angoulème, fils du comte d'Artois (Charles X).

(2) Les deux poêles allèrent au supplice en récitant la première scène d'Andromaque, entre Oresle et Pylade. Tout à coup Chénier se frappa le Iront et s'écria : « Hélas ! je n'ai rien fait pour la postérité, et pourtant j'avais quelque chose là !» — C'est dans sa prison de Saint-Lazare que Chénier avait composé sa célèbre élégie de la Jeune Captive.

LA REVOLUTION

L'appel des dernières victimes de la Terreur, par Mui.i.kr.

Fouquier-Ti avilie semble vouloir mériter de plus en plus son renom Je sinistre férocité. Il rédige des actes d'accusation avant d'avoir vu les pièces, pèse sur la conscience des jurés, a pour ses victimes des mots impitoyables. « Pédant et citant volontiers Horace, il lui arriva cependant quelquefois de se montrer humain par caprice. » (A. Aulahu.) Aucune circonstance atténuante ne peut être plaidée en faveur de ce monstre, qui se lit l'instrument aveugle du Comité de salut public. Depuis l'établissement du tribunal révolutionnaire, en quinze mois (10 mars 1793-10 juin 1794), la Terreur avait fait douze cent soixante-neuf victimes : du 10 juin 1794 à la mort de Robespierre (27 juillet), le chilîïe des guillotinés s'éleva à près de quatorze cents. Et ers hécatombes coïncidaient avec la victoire de Fleurus, avec le succès général des armées républicaines!

Le 9 Thermidor (27 juillet 1794). — Robespierre, qui depuis son échec du 2i prairial s'était retiré du Comité de salut public, assistait rarement aux séances de la Convention, mais se montrait très assidu à celles des Jacobins, où sa domination s'exerçait sans partage. Après la chute des hébertistes, il avait formé une nouvelle Commune : le procureur général Chaumette, le maire Fleuriot, le commandant général Hanriot étaient à ses ordres.

Les conventionnels, menacés, s'unirent pour le renverser. On répandit des bruits sur ses projets, on fit circuler des listes de proscription qu'on l'accusa d'avoir dressées, on prononça le mot de dictature. Vadier, président du Comité de sûreté générale, avait, dès le mois de juin, envoyé au supplice cinquante personnes, entre autres Cécile Renault, accusée sans preuves d'avoir voulu attenter aux jours de Robespierre : cette journée, dite des Chemises ronges, avait été « arrangée » par le Comité pour disqualifier le « tyran », pour faire croire qu'il se débarrassait en bloc de ses ennemis personnels. Le 8 thermidor 26 juillet 179 i , Robespierre parut à la tribune de la Convention ei annonça l'intention de faire « épurer » les deux Comités de salut public et de sûreté générale, demanda de nouvelles proscriptions, se livra à des insinuations perfides contre plusieurs de ses collègues, contre Cambon, contre Cai'not. Il acheva son réquisitoire dans le silence et alla le recommencer aux Jacobins.

L( lendemain 9 thermidor — 27 juillet 1794 , à peine Saint-Just a-l-il fuis la parole que Tallien l'interrompt et entasse les accusations contre Robespierre. Celui-ci s'élance à la tribune; les cris : « A Las letj ran ! » retentissent de ton les parts. - Nier, dit Tallien, j'ai as>isté à la séance des Jacobins, j'ai vu se former l'armée <\w nouveau Cromwell, j'ai frémi pour la pairie, et je me suis armé <1 un poignard pour lui percer le sein si la Convention n'avait pas le courage de' le décréter d'accusation. Robespierre s'épuise en vains efforts pour se faire entendre. « Le sang de Danton t'étouffe, » lui «lit Garnier de l'Aube. Ah! qu'un tyran est dur à abattre ! » ajoute

Fréron. Enfin, au milieu d'un tumulte épouvantable, Robespierre, Couthon ci Saint-Just sont décrétés d'accusation; Le Bas et Robes-

pierre jeune demandent à partager leur sort. Toute la salle retentit des cris : « Vive la liberté! Vive la République! Les tyrans ne sont plus! » Il était cinq heures du soir.

Mais Hanriot, commandant la garde nationale, a préparé l'insurrection de la Commune; Robespierre, délivré avec ses amis, est conduit h l'Hôtel de ville, et Hanriot ordonne à ses canonniers de braquer leurs pièces contre la Convention. Celle-ci a mis Robespierre « hors la loi » et, sous les ordres dû représentant Barras, l'Hôtel de ville est envahi vers deux heures du matin par les bataillons des sections restées fidèles. Le Bas se brûle la cervelle; Robespierre jeune se jette par une fenêtre; quant à Robespierre aîné, au moment, où, après de longues hésitations, il commence à signer un appel aux armes, il est blessé par le gendarme Merda d'un coup de pistolet qui lui fracasse la mâchoire.

La mise hors la loi dispensait do faire juger ceux qu'avait frappés cette mesure : il suffisait que leur identité fût constatée pour qu'on fût en droit de les exécuter. Le 10 thermidor au soir (28 juillet, 1794), les robespiernstes, au nombre de vingt et un, furent conduits au supplice au milieu d'un peuple immense, qui saluait de ses applaudissements chaque exécution.

Les 11 et 12 thermidor (29, 30 juillet 1794), la défaite de la Commune fut complétée par l'exécution de quatre-vingt-trois de ses membres, qui furent guillotinés sans jugement préalable, sansmême une constatation régulière d'identité. Le régime terroriste avait vécu : la victoire de Fleurus avait eu raison de Bobespierre.

La dernière charrette, par lui ht.

HISTOIRE DE FHAiNCE

Page 1