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TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES VALOIS-ORLEANS ET DES VALOIS- ANGOULÊME

Louis de France, duc d'Orléans (1372-1407), deuxième fils de Charles V, marié (1389) à Valentine Visconti.

Charles d'Orléans (1391-1465), marié à Marie de Clèves, nièce du duc de Bourgogne Philippe le Bon.

Jean le Bon., comte d'Angoulème, de 1407 à 1467.

Jeanne, mariée

à Jean V, duc d'Alençon

(I415-li7(i).

Marie,

mariée à Jean de Foix.

Germaine de Foix, mariée à Ferdinand d'Aragon

et de Caslille, veuf d'Isabelle la Catholique.

Gaston de Foix,

duc de Nemours

Louis XII, né en 1462,

roi de France de 1498 à 1515,

marié à :

1° (1476) Jeanne, fille de Louis XI;

2° (1499) Anne de Bretagne;

3° (1514) Marie, sœur

du roi Henri VI 11 d'Angleterre.

François,

duc de Bretagne

Claude (1499-1524),

mariée (1514)

à François 1er.

Renée (1510-1575)

mariée (1528) à Hercule d'Esté,

duc de Ferrure.

Charles, comte d'An

marié (1490) à

;oulême, de 1467 à 1496, Louise de Savoie 6-1531).

François Ier, né en 1494,

roi de France de 1515 à 15'i7,

marié à :

1° (1514) Claude de France

2° (1530) Eléônore d'Autriche

sœur de Charles-Quint.

Henri II, né en 1519,

roi de France

de 1547 à 1559,

marié (1533) à

Catherine de Médicis.

Madeleine

mariée (1537)

à Jacques V,

roi d'Ecosse.

Charles

duc d'Orléans

Marguerite de Beury

mariée (1559)

à Philibert-Emmanuel,

duc de Savoie.

Marguerite d'Angoulème

(1492-1549J, mariée à :

1» (1509) Charles d'Alençon ;

2° (1527) Henri II d'Albrel,

roi de Navarre de 1516 à 1555.

Jeanne dAlbret (1528-1572),

mariée (1548)

à Antoine de Bourbon,

duc de Vendôme (1518-1562).

Henri IV, né en 1553, roi de Navarre en 1572, roi de France en 1589.

François II,

né en 1544,

roi de France

ili' 1559 à 1560,

marié (1558 à Marie Stuart.

Elisabeth

mariée (1559)

à Philippe II,

roi d'Espagne.

Claude (1547-1575),

mariée

à Charles II,

duc de Lorraine.

Charles IX, né en 1550,

roi de France

de 1560 à 1574,

marié (1570)

à Elisabeth d'Autriche

fille de l'empereur Maximilien.

Henri III,

né en 1551,

roi de France

de 1574 à 1589,

marié (1575) à

Louise de Lorraine

Marguerite de Valois

mariée (1572)

à Henri de Navarre

(Henri IV).

François,

duc d'Alençon,

puis d'Anjou

solution rapide. Lorsque le roi épousa Anne de Bretagne, il fut stipulé que le duché passerait non au fils aiué, mais au second fils qu'Anne aurait de Louis XII, ou, à défaut, au second enfant du fils aîné. Si la reine décédait sans enfants, la Bretagne reviendrait à ses héritiers légitimes. — L'annexion définitive du duché ne devait être réalisée qu'après l'avènement de François Ier.

lâymi

Tombeau du cardinal Georges d'Amboise et de son neveu, qui fut aussi archevêque de Rouen de 1510 à 1550 (Cathédrale de Rouen).

Conquête du Milanais et de Naples (1499-1500). — Héritier

des prétentions de Charles VIII sur Naples, Louis XII revendiquait encore le duché de Milan, dont lesSforza avaient dépossédé les Visconti; or, sa grand'mère, Valentine Visconti, qui avait épousé le duc d'Orléans, frère de Charles VI, était la fille du duc de Milan, Jean-Galéas.

Il fit d'abord valoir ses droits sur le Milanais contre Ludovic le More, et, pour les faire triompher, il s'assura partout des alliances. Il partagea avec les Vénitiens ses futures conquêtes (traité de Blois, 1499) en leur laissant le pays compris entre FOglio et l'Adda, avec Crémone. Il gagna le pape Alexandre VI en donnant à César Borgia une compagnie de cent hommes d'armes, une importante pension, le duché de Valentinois et la main d'une princesse de la maison d'Albret. Enfin, il rendit à l'empereur Maximilien les places de l'Artois qu'avait conservées Charles VIII.

Sûr désormais de Venise, du pape et de l'empereur, il fit envahir le Milanais par une armée de \ 800 lances et de 13000 hommes d'infanterie, Suisses et Français,

Médaille de Georges, cardinal d'Amboise.

Anne de Bretagne en prières {//cures d'Anne de Bretagne).

LES GUERRES D'ITALIE

LA RENAISSANCE EN FRANCE

commandés par le comte de Ligny et le seigneur d'Aubigny. Grâce au ciincours d'un Milanais passé à son service, le maréchal Jacques Trivulce, cette armée entra sans coup férir à Milan (6 octobre 1499), força Ludovic à s'enfuir en Allemagne el opéra le partage convenu avec les Vénitiens. Louis XII lit à Milan une entrée triomphale. Mais Trivulce indisposa à ce point le parti gibelin que celui-ci

retira à Iscliia, accepta de Louis XII en échange de son abdication une pension de 1000 livres et le comté du Maine, et alla mourir en France 1504).

Mais Louis XII va se trouver dupé par ses deux alliés successifs : Ferdinand d'Aragon, qui l'obligera à évacuer l'Italie méridionale, et le pape Jules II qui, voulant réaliser à son profit l'unité italienne.

Ferdinand le Catholique (Musée de marine, Madrid).

Gonzalve de Cordoue (Kstampe française de la Biljlioth. nat/

Le donjon du château de Loches.

appela Ludovic et que l'armée française dut se replier sur Alexandrie. Renforcée par Georges d'Amboise et par La Trémoïlle, elle attaqua Ludovic à Novare : le More, abandonné par ses Suisses, fut pris, envoyé en France et enfermé au château de Loches, où il finit ses jours dans une douloureuse captivité (1508).

Reprise et perte du royaume de Naples (1500-1505). —

Batailles de Seminara, de Cérignoles et du Garigliano(1503). — Maître du Milanais, Louis XII, arbitre tout-puissant du nord de l'Italie, songea à en conquérir le sud et se préoccupa, dans ce but, de gagner les princes qui en occupaient le centre.

Son prestige lui valut l'appui du duc de Ferrare, Jean Bentivoglio, et du marquis de Mantoue. Les' secours qu'il envoya à Florence contre Pise révoltée assurèrent dans cette ville la domination du parti français. Il se concilia Alexandre VI en devenant le complice de ses desseins. Beaucoup de villes et de seigneuries du territoire de l'Église appartenaient à des familles qui les gouvernaient presque souverainement : les Colonna et les Orsini autour de Rome, les Montefeltri à Urbin, les Vitelli à Citta di Gastello, les Baglioni à Pérouse, Jean Bentivoglio à Bologne. Alexandre VI avait entamé contre ces potentats une campagne systématique, qu'il ne pouvait mener à bien sans le secours d'une force étrangère. Louis XII permit à César Borgia, gonfalonier de l'Église, en lui prêtant 300 lances françaises, de déposséder les seigneurs de la Romagne, dont il fut nommé duc, de prendre Imola, Forli, Pesaro, Rimini, Césène, et de détruire la puissance des Colonna.

Favoriser une concentration de territoires était une première faute qui devait tourner au désavantage des Français. Louis XII en commit bientôt une seconde, plus grave encore, en appelant en Italie Ferdinand le Catholique, déjà roi d'Aragon et de Sicile, prince rusé et heureux, très habile à violer ses engagements sans mécontenter ceux qu'il trompait. Il s'entendit avec lui pour partager le royaume de Naples après l'avoir conquis. Par le traité de Grenade (11 nov. 1500), il se réserva le titre de roi avec l'Abruzze,laterrede Labour et Naples, c'est-à-dire la partie septentrionale du royaume. Ferdinand aurait, avec le titre de duc, la Pouille et la Calabre, voisines de la Sicile.

Louis XII chargea d'Aubigny de faire la conquête projetée, pendant que Gonzalve de Cordoue attaquait Frédéric III, roi de Naples 1496-1501), parle midi, dans la Calabre, dont il s'était fait ouvrir les principales villes en allié et qu'il occupa ensuite en ennemi. Train, vendu, le malheureux Frédéric fut facilement dépouillé et obligé de livrer Naples au roi de France, qui investit de la viceroyauté Louis d'Armagnac, duc de Nemours août 1501] (1). Il se

(1) Louis d'Armagnac, duc de Nemours, fils de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, décapité en 1477.

se servira du roi de France contre les Vénitiens avant de former une coalition contre Louis XII.

Ferdinand, qui ne jugeait pas suffisantes pour sa part la Pouille et la Calabre, disputa à Louis XII la possession de la Capitanate et de la Basilicate. Le 19 juin 1502, le vice-roi français, le duc de Nemours, commença les hostilités et bloqua dans Barletta Gonzalve de Cordoue. Ferdinand signa alors avec le roi de France le traité de Lyon, mais uniquement pour avoir le temps de préparer de nouvelles forces et tenter de nouveau le sort des armes. Celte fois, d'Aubigny succomba sous le nombre et fut fait prisonnier à Seminara, en Calabre (21 avril 1503). Quelques jours après (28 avril), Nemours perdait la vie en attaquant Gonzalve de Cordoue devant Cérignoles (Pouille). Louis XII, qui était à Lyon, envoya une armée en Espagne, pendant que 1 800 lances et 18 000 fantassins se portaient, sous les ordres de La Trémoïlle, vers les États pontificaux. Le cardinal d'Amboise les accompagnait , espérant, avec l'appui de César Borgia, succéder à Alexandre VI, décédé le 18 avril 1503; mais ses combinaisons échouèrent, et la tiare échut à Pie III; puis, la même année (1er novembre 1503), au cardinal Julien de la Rovère (Jules II).

Les Français marchèrent sur Naples et rencontrèrent les Espagnols sur la rive gauche du Garigliano. Gonzalve de Cordoue tourna leur position e1 les obligea à se retirer 28 décembre 1503 . Un jour, pendant la retraite, Bayait, s'étant écarté du gros de l'armée, aperçut des cavaliers ennemis qui menaçaient, en passant le pont du Carigliano, de cerner nos troupes prises au dépourvu.

Tandis que son compagnon Pierre de T. odes va prévenir les Fiançais, Bayarl court à la tête du pont. Les quatre pre

miers qui avancent i lenl la

poussière, ainsi que leur capitaine, et le chevalier se défend si vigoureusement à coups d'é- Armure de Bayart (Musée d'artillerie). pée que les Espagnols hésitent

à se présenter. Pendant ce temps, les Français arrivent, et, fondant sur les ennemis, les mettent en déroute.

Les débris de l'armée se réfugièrent dans Gaèle, qui capitula le 1er janvier 1504; Louis d'Ars, abandonné à Venouse (Rusilicate), s'ouvrit un passage les armes à la main pour rentrer en France, et le royaume de Naples fut de nouveau perdu.

r Les traités de Blois (1504). Etats généraux de Tours (1506).

— Au milieu de ces revers, le roi tomba gravement malade et n'en offrit que plus de prise à l'influence d'Anne de Bretagne, qui lui fit signer les traités de Blois, au nombre de trois, avec l'empereur et Ferdinand le Catbolique (22 septembre 1504).

Par le premier, Louis XII, craignant de perdre sa position dans le nord de l'Italie , s'allia avec l'empereur contre les Vénitiens et acheta de Maximilien, pour 120 000 florins, l'investiture du duché de Milan; en même temps, il cédait définitivement à Ferdinand, moyennant 900000 florins, le royaume de Naples. Par le second, il était stipulé que le petitfils de Ferdinand, Charles d'Autriche, épouserait Claude de France, fille de Louis XII, qui lui apporterait en dot, avec le ducbé de Milan, Gènes et Asti, la Bourgogne et la Bretagne. Par le troisième, le roi et l'empereur s'alliaient pour dépouiller la République de Venise.

Ces traités désavantageux consacraient à la fois le démembrement de la France et l'extension des États de Charles d'Autriche. Aussi Louis XII chercha-t-il aies rompre et l'occasion lui en fut fournie par le mariage de sa nièce Germaine de Foix avec Ferdinand, veuf d'Isabelle, qui désirait

déshériter son gendre Philippe le Beau. Par un quatrième traité de Blois, il céda en dot à cette princesse ses droits sur Naples, les retirant ainsi à Claude (octobre 1505). Quant à la Bourgogne et à la Bretagne, les États généraux (1), spécialement convoqués à Tours (mai 1506), les déclarèrent inaliénables. Sur leurs remontrances, le roi maria même sa fille avec son héritier présomptif, François d'Angoulème. Ainsi se trouvèrent effacés les résultats d'une politique inconsidérée.

Gènes, révoltée contre la domination française, fut bientôt réunie au domaine royal (1507). Le roi entra dans la ville, l'épée à la main; il fit pendre le doge et les citoyens les plus compromis, exigea le payement d'une amende de 200 000 florins, annexa la seigneurie et ses dépendances (Corse, Chio, etc.), et obligea les Génois à construire à l'entrée du port la forteresse de la Briglia pour recevoir une garnison française.

Ligue de Cambrai contre Venise (1508). — Bata/7/e d'Agnadel (1509). — Un événement d'une importance capitale avait modifié les conditions politiques de l'Italie. Après avoir achevé la conquête de la Romagne et commencé celle de la Toscane, Alexandre VI avait été arrêté par la mort, et le Génois Julien de la Rovère (Jules II), élu le 1er novembre 1503, porta sur le trône pontifical l'ambition d'un politique et l'âme d'un guerrier. Il résolut de restaurer la puis-

Louis XII faisant son entrée à Gênes (Miniature d'un manuscrit français de la Bibliothèque nationale)

i C'est dans la séance solennelle du 10 mai 1506 que les États généraux décernèrent à Louis XII le titre de Père du peuple.

sanec politique et territoriale du Saint-Siège, et, pour atteindre ce but, d'écraser la République de Venise, puis de chasser les étrangers de la péninsule. Son caractère indomptable, son ardeur belliqueuse, son esprit astucieux, sa volonté opiniâtre allaient faire de

lui l'arbitre de la politique italienne et même de l'Occident. Il utilisa avec une rare énergie les ressources d'une diplomatie que Machiavel devait admirer. II eut, avec les vices communs à l'Italie de son temps, les qualités d'un homme d'État, et, avec son caractère et ses goûts, il eût été plus grand sur un trône profane que sur le siège pontifical.

Il commença par déposséder César Borgia, qui alla mourir en Espagne, et par reprendre leurs places fortes aux seigneurs qui avaient profité de la mort d'Alexandre VI. A la tète d'une armée, qu'il conduisit à cheval, il soumit Pérouse et Bologne (1506), et rentra à Rome au bruit du canon sous des arcs de triomphe élevés en son honneur. Il se tourna ensuite contre les Vénitiens, entraîné par sa vieille jalousie de Génois, les sollicitations de l'ambassadeur florentin Machiavel, le désir de reprendre les places de Faenza, Rimini, Ravenne, Cervia, où Venise tenait garnison. Il n'eut pas de peine à mettre dans ses intérêts Maximilien et Ferdinand, qui désiraient s'agrandir à leurs propres dépens, et même Louis XII, fidèle à la fatale politique qui lui avait fait partager en 1499 le duché de Milan avec les Vénitiens, en 1501 le royaume de Naples avec le roi d'Aragon, en 1504 la Lombardie vénitienne avec Maximilien (1).

Le roi de France ne craignait pas d'adhérer à une ligue dont les projets tendaient à remplacer, dans le nord de l'Italie, une petite République par de grandes puissances. Aux termes de la ligue conclue à Cambrai (10 décembre 1508), il fut convenu entre Louis XII, Maximilien, le pape et le roi d'Aragon qu'on déclarerait la guerre aux Vénitiens pour leur enlever : Ferdinand, les ports qu'ils détenaient dans le royaume de Naples; Louis XII, Crémone, Bcrgame, Brescia, la Ghierra d'Adda; Jules II, liavenne, Cervia, Faenza, Rimini; Maximilien, Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, le Frioul, l'Istrie, autrement dit le reste de leurs possessions de terre ferme. Le 27 avril 1509, le pape lançait l'interdit contre la République et commençait une guerre qui fut, dit l'historien Paul Jove, la plus atroce et la plus longue que l'Italie eût connue depuis l'expulsion des Goths.

Louis XII, prêt le premier, passa les Alpes, réunit 2300 lances, 10 000 à 12000 fantassins français et 6 000 à 8 000 Suisses, avec une artillerie formidable. Il atteignit les Vénitiens au village d'Agnadel, à 15 kilomètres nord-est de Lodi. le 14 mai 1509. La lutte fut sanglante; Louis XII paya vaillamment de sa personne ; 8 000a 10000 hommes restèrent sur le champ de bataille. Bayait fut fait prisonnier en se dévouant pour arrêter l'ennemi.

Mais dans ses lagunes Venise était inexpugnable; elle s'y retira.

Sainte Ligue contre Louis XII (1511-1512). — Jules II accomplit alors dans sa politique extérieure une brusque évolution, comprenant qu'il avait obtenu

Le pape Jules II, par Raphaël (Galerie des Offices, Florence).

(1) Par un traité secret qui ne fut pas exécuté.

LES GUERRES D'ITALIE

LA RENAISSANCE EN FRANCE

L'empereur Maximilien, par Albert Durer.

contre Venise des satisfactions suffisantes, qu'il ne pouvait que perdre à la disparition île cet État et que son intérêt était de se retourner contre la France. Il commença par recevoir solennellement à Saint-Pierre les ambassadeurs de Venise, et, après une cérémonie symbolique, leva l'interdit lancé naguère contre la République. Puis il détacha de la ligue Ferdinand d'Aragon en lui concédant la souveraineté du royaume de Naples, brouilla Henri VIII d'Angleterre avec Louis XII, attaqua le duc de Ferrare allié de la France et suscita bientôt contre cette dernière l'hostilité des Suisses, jusque-là ses plus valeureux auxiliaires.

En 1509, en dépit de l'alliance qu'il avait conclue avec eux au début de son règne (1G mars 1499), Louis XII n'avait rien fait pour les engager de nouveau à son service et leur avait même préféré des lansquenets allemands. Jules II sut avec beaucoup d'habileté exploiter leurs ressentiments, rêva d'en faire les ouvriers de ses projets contre la France, et les engagea à sa solde par l'intermédiaire de l'évêque de Sion, Mathieu Schinner, qu'il nomma cardinal. Puis, malgré ses soixante-dix ans, il les conduisit vers Bologne, évita par de feintes négociations une attaque de Chaumont d'Amboise et se porta sur la Mirandole, dont la prise devait faciliter la conquête du Ferrarais. « Dieu sçait, dit un chroniqueur, comment ses mitres, croix et crosses étaient belles avoir voltiger parmi les champs. » Il força la place et y entra lui-même par la brèche. Il conclut ensuite, le 5 octobre 1511, sous le nom de Sainte Ligne, une coalition dans laquelle entrèrent, avec le titre de « défenseurs du Saint-Siège », Venise, Ferdinand, Henri VIII, Maximilien et les Suisses.

Louis XII, ainsi pressé, « eut recours aux armes spirituelles pour résister au pape, en même temps qu'il employa les armes temporelles pour repousser les attaques de la Ligue ». (Migm;t.) Un concile national, réuni à Orléans (1510), déclara la France soustraite à l'obédience de Jules II, et Louis XII pour effrayer Jules II fit convoquer un concile à Pise, par quelques cardinaux amis ; mais le pape en assembla un autre, beaucoup plus nombreux, à Saint- Jean-de-Latran (1512), fit déclarer schismatique celui de Pise et alla jusqu'à excommunier Louis XII, dont les sujets furent libérés de leur devoir de fidélité. Battu sur ce terrain, le roi de Fiance prit heureusement sa revanche par ailleurs.

Gaston de Foix. Bataille de Ravenne (1512). —

Il confia le commandement de ses troupes à son neveu Gaston de Foix, âgé de vingt-deux ans. Le jeune capitaine conjura un moment tous les dangers; il refoula les Sui-^ ss dans leurs montagnes, délivra Bologne assiégée par les Espagnols, prit Brescia (1), dont les Espagnols, après une lutte acharnée, s'étaient emparés par surprise 1512 , ei vint assiéger Ravenne. Dom Bamon de Cardona, vice-roi de Naples et commandant de l'armée espagnole, ayanl résolu d'enfermer les Français entre Ravenne et le camp espagnol, Gaston décida aussitôt la bataille, surtout lorsqu'il apprit que les 5000 lansquenets allemands allaienl bientôtj sur l'ordre de Maximilien, (initier le camp français. Les forces espagnoles et pontificales (1400 lances, 1000 chevau-légers, 12 000 fantassins

étaient sous les ordres de Pedro Navarro, Fabrizio Colonna, Pescaire. Les Français, Bayart, le duc de Ferrare, LaPalice, Louis d'Ars, avaient l'avantage du nombre, mais le désavantage de la position. Néanmoins, la bataille était gagnée quand Gaston de Foix, apercevant une bande d'infanterie espagnole qui s'était ralliée et se repliait en bon ordre, se jeta sur elle avec quelques gentilshommes

Gaston de Foix (Galerie des Offices, Florence).

Maximilien Sforza (Musée de Milan).

et tomba glorieusement percé de coups (11 avril 1512). Les Espagnols, dit le biographe de Bayart, « eurent perte qui de cent ans ne sera réparée », mais les Français n'avaient pas moins perdu dans un seul homme, « dont sera mémoire tant que le monde aura duré. Fort jeune, mais déjà couvert d'une gloire immortelle, on peut dire qu'il fut grand capitaine avant d'avoir été soldat. » (Guicharwn.) Ce gentilhomme, bien Français par sa bonne humeur et ses qualités aimables, semblait certainement promis aux plus hautes destinées : il savait préparer la guerre, attendre pour agir, et, l'heure venue, prendre des résolutions qu'il exécutait avec une rapidité déconcertante.

Invasion de la France. — Bataille de Novare et de Guinegatte (1513). — Dès lors, la France n'éprouva plus que des revers : les Suisses enlrèrent à Milan (mai 1512) et y rétablirent Maximilien Sforza, fils de Ludovic le More ; ils battirent à Novare, après une

(1) Bayart y fut blessé grièvement d"un coup de pique à la cuisse. Il lui recueilli el soigné dans une maison que .-a présence sauva du pillage. Quand il partit, la dame dont il avait reçu l'hospitalité voulu I lui remettre, comme remerciement, une forte somme d'argent, mais il la refusa cl la partagea entre les deux filles de la maison, qui se trouvèrent ainsi dotées.

Tombeau du Louis XII et d'Anne de Bretagne, par Jean Jl'sti; (Saint-Denis).

lulle acharnée (juin 1513), les Français commandés par La Trémoille et Trivulce, après quoi ils envahirent la Bourgogne et assiégèrent Dijon; Henri VIII d'Angleterre, qui venait d'entrer dans la Sainte Ligue, pénétra par Calais en Picardie, et, pendant que le Espagnols s'emparaient de la Navarre, notre alliée, il gagna la bataille de Guinegatte, appelée aussi Journée des Éperons, parce qu' « on y fit plus usage des éperons que de la lance ». Les Français, coupés par les Impériaux et les Anglais, s'étaient enfuis, pris d'une terreur panique. Bayart dut se rendre avec les quelques compagnons qu'il avait groupés pour tenter une résistance impossible.

Sur nier, près d'Ouessant. une flotte française de vingt navires, commandée par le Breton Hervé de Portzmoguer (Primauguet), se mesura avec les quatre-vingts voiles de la flotte anglaise. Monté sur la Belle Cordelière, il jetales grappins d'abordage sur le Régent et mit le feu aux deux navires, préférant la mort à la capitulation.

L'invasion étrangère força Louis XII à traiter avec ses ennemis. Il se réconcilia avec le nouveau pape Léon X de Médicis, successeur de .Iules II (décembre 1513), et reconnut Maximilien comme duc de Milan. La paix fut signée à Dijon avec les Suisses, à Orléans avec l'Allemagne et l'Espagne (1514), enfin à Londres avec Henri VIII. La paix avec l'Angleterre fut scellée par le mariage de Louis XII, veuf d'Anne de Bretagne, avec Marie, sœur de Henri VIII (1514).

Mort de Louis XII (1515). — Le roi de France mourut l'année suivante (1er janvier 1515). Si ses fautes dans la conduite des affaires extérieures lui firent perdre le Milanais et le royaume de Naples, il n'en resta pas moins populaire et fut sincèrement regretté. Il témoigna beaucoup de bienveillance aux classes agricoles et industrielles, publia une ordonnance contre les exactions et les violences des gens de guerre, diminua les tailles de 200000 livres, dispensa Paris et tout le royaume du don de joyeux avènement. Il faut mentionner aussi d'utiles réformes dans l'administration de la justice, durs surtout au chancelier Rochefort : l'ordonnance de Blois(1499) interdisait les ventes d'offices judiciaires, les épices, etc., et apportait des adoucissements dans les pénalités. Aussi 1rs Etals généraux réunis à l'ours en 1506 lui décernèrent-ils le surnom de Père du Peuple, sur la proposition de Thomas Bricot, chanoine de Notre-Dame et député de Paris.

11 avait en partie mérité ce surnom par sa modération dans

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l'exercice du pouvoir, par son économie et par d'utiles réformes. » C'était, dit Michelet, un bon homme, naturellement honnête, ridicule parfois, indiscret, bavard, colérique; mais il avait du cœur; et la seule manière de le flatter, c'était de lui persuader qu'on voulait le bien des sujets... On le remercia pour trois choses, vraies toutes trois : d'avoir réduit l'impôt, réprimé les pillages des gens de guerre, réformé les juges. L'indépendance de la Chambre des Comptes de celle des Aides, la forte organisation de la justice de finances, sont la gloire de ce règne. 11 payait et ne faisait point de dettes. A peine en laissa-t-il une très faible, à la fin de son règne, après deux ans d'une guerre générale où la France tint tète à l'Europe. »

La France souffrit relativement peu de ses dépenses militaires, car pour la ménager il épuisait l'Italie. A ceux qui le trouvaient avare encore plus qu'économe : « J'aime mieux, répondait-il, voir des courtisans se moquer de mon avarice que le peuple pleurer de mes prodigalités. »

BIBLIOGRAPHIE

Voir les sources elles ouvrages indiqués à la fin dii chapitre précédent.

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