III. — FRANÇOIS Ier
La branche des Valois-Orléans, qui avait commencé avec Louis XII, s'éteignit avec ce roi, qui ne laissait que des filles. Claude, l'aînée, avait épousé François, comte d'Angoulème, puis duc de Valois, arrière-pelit-lils de Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, assassiné en 1407, et fils de Charles d'Angoulème et de Louise de Savoie.
La branche des Valois-Angoulême donna à la France François Ier (1), Henri II, FrançoisTI, Charles IX, Henri III : elle régna soixantequatorze ans, de 1515 à 1589, date de l'avènement des Bourbons.
Bataille de Marignan (1515). Conquête du Milanais. — A
peine roi, François Ier se trouva entraîné vers l'action par sa mère Louise de Savoie, par les compagnons de sa jeunesse, Lautrec,
(1) François Ier, né à Cognac en 14(J'i, mort à Rambouillet en 1547, avait épousé en 1514 Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne.
Il se remaria en 1530 avec Éléonore d'Autriche, sœur de Charles Quint et veuve du roi de Portugal Emmanuel le Grand. 11 n'eut pas d'enfants de ce second mariage, mais Claude de France lui donna notamment: François, duc de Bretagne (1518-1536); Henri, roi de France sous le nom de Henri II; Charles, duc d'Orléans et de Bourbon (1522- 1545 ; Madeleine (15-20-1537), femme du roi d'Ecosse Jacques V; Marguerite, duchesse de Berry, femme du duc de Savoie Emmanuel-Philibert (1523-1574).
François Ier avait pour devise une salamandre au milieu des llammes avec la devise : Nulrisco et exlinguo (je le nourris et je l'élcins).
Charles d'Angoulème (Recueil de Gaignières).
Louis XII et les membres de son conseil (Miniature de la Chronique de Louis XII, par Jean d'Aulliun).
Médaille de François I" (l'ace et revers) par Jacques de Roua mû.
LES GUERRES D'ITALIE. — LA RENAISSANCE EN FRANCE
La Palice, Fleuranges, par le souvenir de Louis XII. Aussi tourna-t-il toutes ses pensées vers l'Italie, soit dans les négociations qu'il poursuivit, soit dans les armements qu'il prépara. Tandis qu'il concluait une alliance étroite avec Charles d'Autriche, qui lui prêta l'hommage pour les comtés de Flandre, d'Artois et de Charolais; qu'il renouvelait avec le roi d'Angleterre le traité signé par Louis XII; qu'il s'assurait l'appui militaire de Venise et qu'il gagnait secrètement le doge de Gènes, il rassemblait à Lyon une armée de 3U U00 hommes d'armes, 20000 lansquenets, 6 000 arbalétriers gascons, 12000 fantassins français, 72 gros canons, et se dirigeait vers le Milanais, laissant la régence à sa mère.
L'empereur, le roi d'Espagne, les Suisses, unis avec Maximilien Sforza, duc de Milan, s'étaient coalisés contre François Ier, mais celui-ci n'eut d'autres adversaires à combattre que les Suisses, à la solde du pape et du duc de Milan, l'empereur n'ayant pas dirigé de troupes sur l'Italie et Venise se chargeant des Espagnols.
Les Suisses gardaient les passages du mont Cenis et du mont Genèvre, et il fallait tourner leurs positions.
Les bergers et les chasseurs de chamois indiquèrent dans le col de l'Argentière des sentiers connus d'eux seuls, et l'armée française s'y en-
François I" (Du Tillet, Portraits des rois de France).
des Français. Les Bernois seuls, au nombre de 6 000 à 7 000, refusèrent de violer la foi jurée et regagnèrent leurs montagnes; tout le reste, plus de 30 000 Suisses, alla s'enfermer dans Milan.
Schinner sortit de cette ville à la tête de 30 000 hommes et marcha contre les Français échelonnés sur la route de Marignan : le connétable de Bourbon occupait San Giuliano avec l'avant-garde; le corps de bataille, sous les ordres du roi, campait àSainte-Brigide, et le duc d'Alençon commandait l'arrière-garde. « L'armée ainsi disposée en échelons, tenant la chaussée de Milan sur sa gauche et appuyant sa droite à la rivière du Lambro, occupait un terrain couvert par des fossés, entrecoupé de petits canaux d'irrigation, où elle pouvait être protégée contre des attaques trop impétueuses de l'infanterie suisse et aussi être quelquefois gênée pour le déploiement et les charges de sa propre cavalerie, dans laquelle résidait une partie principale de sa force (1) ».
Le 13 septembre, à midi, le roi de France était à table avec Alviano, général des Vénitiens, lorsque tout à coup le taureau d'Uri et la vache d'Unterwalden mugirent dans les rues de Milan. Les trompettes d'alarme du camp français leur répondirent, et François Ier s'élança au milieu de
Sceau et monnaie de François I",
gagea. Pendant cinq jours, on dut faire sauter les rocs avec de la poudre, se frayer un chemin avec le pic et la pioche, traîner et hisser les canons à force de bras ou à l'aide de câbles. Grâce à ces travaux extraordinaires, dirigés par l'ingénieur espagnol Pedro Navarro, passé au service de François Ier, la cavalerie put escalader les sommets, et le roi déboucha enfin dans les vastes plaines du Piémont (15 août L515). Le duc de Savoie le reçut, Gênes se donna à lui, et ses troupes s'avancèrent sans obstacle jusqu'à Marignan (Melegnano), à 16 kilomètres de Milan. Les Suisses, effrayés, consentent à signer à Gallerate (8 septembre) un traité par lequel ils s'engagent, moyennant 60 000 écus, à passer au service de la France.
Les choses ainsi réglées, le roi prépare son entrée à Milan, mais une nouvelle volte-face des Suisses vient rendre une bataille inévitable : au moment où ils s'apprêtaient à exécuter le traité, ils furent rejoints par une seconde armée, commandée par le cardinal Mathias Schinner, inflexible ennemi de la France, qui les détermina à assaillir brusquement le camp
Le passage des Alpes (Bas-relief du tombeau de François I", à Saint-Denis).
ses troupes en criant : Qui m'aime me suive! tandis qu'Alviaho remontait précipitamment à cheval pour aller chercher un corps de 15 000 à 16 000 Vénitiens et Esclavons qu'il avait amené au secours des Français et qui était campé à Lodi, sur l'Adda.
Les Suisses, en colonnes serrées, assaillirent impétueusement les premiers corps français, malgré les décharges multipliées de l'artillerie, habilement dirigée par le grand maître en personne, Galiot de
Claude de France 'Saint-Denis).
Éléonore d'Autriche (École des Clouet).
(1) Mignet, Rivalité de François l"etde Charles Quint, t. Iur, p. 83.
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Bataille de Marignan (Bas-relief du tombeau de François I", a Saint-Denis).
Genouillac. Malheureusement, la place manquait à la cavalerie française pour se déployer; elle ne pouvait faire que des charges partielles. Aussi fut-elle rejetée par les Suisses sur l'infanterie, où elle mit le désordre. De plus, les lansquenets au service de la France, s'imaginant que le roi était d'accord avec les Suisses pour les sacrifier à leurs rivaux, faiblirent sous le choc furieux de ces derniers. Le sort de la bataille paraissait sérieusement compromis lorsqu'une charge irrésistible de 2 000 fantassins, conduits par le roi en personne à la tête de sa maison, arrêta enfin les efforts de l'avantgarde suisse. De leur côté, les lansquenets, reprenant confiance, revinrent au combat. Mais on était si près les uns des autres que toute manœuvre d'ensemble était devenue impossible. Pour se soustraire au feu effroyable de l'artillerie, les Suisses avaient quitté la grande route suivie par eux jusqu'alors et s'étaient jetés résolument à droite et à gauche pour tomber sur les Français.
La nuit tombant, le combat dégénéra en mêlée confuse et se prolongea, à la clarté de la lune, jusqu'à onze heures du soir. Le roi écrivit à Alviano de venir en hâte le rejoindre et « demeura, le reste de la nuit, ainsi qu'il l'écrivit à sa sœur, le cul sur la selle, la lance au poing, l'armet à la tète et les lansquenets en ordre pour combattre ». Il ne prit qu'un repos de quelques instants, appuyé sur L'affût d'un canon.
Les chefs français parvinrent cependant à rallier leurs troupes qui, au point du jour, se trouvèrent rangées sur une seule ligne, lorsque 1rs Suisses recommencèrent la lutte : décimés par l'artillerie, ceux-ci essayèrent encore de l'enlever, mais les charges de la gendarmerie sur leurs flancs, la résistance
obstinée des lansquenets commencèrent à les ébranler. Ils tentèrent alors de tourner la position des Français en assaillant les deux ailes, que commandaient le connétable de Bourbon et le duc d'Alençon, frère de François Ier : une de leurs colonnes fut écrasée par l'infanterie de Pedro Navarro, soutenue par l'infanterie du connétable; l'autre colonne et le centre se virent également repoussés avec vigueur. Il était environ neuf heures du matin. Peu après, le cri de Saint-Marc retentit : Alviano arrivait avec ses Vénitiens. Les Suisses tentent alors une attaque désespérée sur les lignes françaises : pris en écharpe par l'artillerie, repoussés à coups de piques par les lansquenets et les arbalétriers gascons, chargés enfin par le roi et sa cavalerie, partout battus, ils se replient sur Milan, après avoir perdu 7 000 ta 8 000 morts et leur renom d'invincibles. Le roi n'osa ou ne voulut point, en les poursuivant, les pousser à un acte de désespoir.
La victoire (13-14 septembre 1515) avait coûté à l'armée française près de 20 000 hommes, morts ou blessés. François Ier voulut être armé chevalier de la main de Bayart, sur le champ de bataille, et, de son côté, le roi conféra l'ordre à Robert de La Marck, seigneur de Fleuranges.
On connaît le mot du vieux maréchal de Trivulce au sujet de cette effroyable lutte : « J'ai assisté à dix-huit batailles, mais ce n'étaient que des jeux d'enfants : Marignan est un combat de géants. »
Paix perpétuelle avec les Suisses ; Concordat avec Léon X
(1516). — François Ier ne négligea rien pour tirer le meilleur parti possible de cette glorieuse victoire.
Il marcha sur Milan, assiégea la citadelle et obtint que Maximilien abandonnât son duché sans combat, en échange d'une pension de 30000 ducats. Pour fermer aux Suisses l'Italie, il leur paya
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Hallebardiers (Tombeau de François Ier).
Plan de la bataille de Marignan.
Arthus Gouffier, par Jean Clouet.
LES GUERRES D'ITALIE. — LA RENAISSANCE EN FRANCE
700000 écus et conclut avec eux à Fribourg une alliance (novembre L516] qui fut appelée paix perpétuelle, et qui dura, en effet, autant que l'ancienne monarchie. Chacun des contractants y trouva de sérieux avantages : les Suisses couvraient leur frontière de l'ouest, et les rois de France pouvaient recruter chez eux des troupes excellentes. Ce fut là un des meilleurs actes politiques de François Ier et un de ceux où il montra le plus de sens politique.
Après avoir ainsi brisé la ligue de ses ennemis, il se rapprocha du pape Léon X, qui lui avait cédé Parme et Plaisance (traité de Viterbe) et conclut avec lui le Concordat.
L'année suivante, il signa avec l'archiduc Charles d'Autriche, qui venait de monter sur le trône d'Espagne, le traité de Noyon, négocié par Arthus Gouffier, seigneur de Boisy (13 août 1516) : il reconnaissait au roi d'Espagne la possession de Naples, mais Charles lui reconnaissait, de son côté , la possession du Milanais. Par l'alliance avec Venise (1517) et avec l'Angleterre (1518), qui rendait Tournai, Saint-Amand et Mortagne, il acheva la pacification de l'Europe, et se trouva dès lors un des princes les plus considérables de la chrétienté.
Un rival redoutable, jeune comme lui, allait se poser en face de François Ier. C'était le fils de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, Charles d'Autriche, qui monta en 1516 sur le trône d'Espagne etqui devint si célèbre sous le nom de Charles Quint.
Philippe le Beau était fils de Maximilien, archiduc d'Autriche et empereur d'Allemagne, et de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire. Par son père, Charles possédait les Pays-Bas, l'Artois, la Flandre, la Franche-Comté, sans compter les provinces autrichiennes, qu'il partagea avec son frère Ferdinand Ier. — Jeanne la Folle était tille de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille. Par sa mère, Charles d'Autriche possédait l'Espagne, le Roussillon, la Sardaigne, la Sicile, Naples et une partie du nouveau monde (1). Le soleil, comme on l'a dit, ne se couchait jamais sur ses domaines.
A la mort de Maximilien, survenue le 12 janvier 1519, la couronne impériale fut revendiquée par son petit-fils Charles d'Autriche, par François Ier et par Henri VIII d'Angleterre. La candidature de ce dernier ne fut, pour ainsi dire, pas prise en considération. Quant aux deux autres concurrents, ils se disputèrent, à beaux deniers comptants, les voix des électeurs. La couronne d'Allemagne était élective et non héréditaire ; on donnait le nom d'électeurs aux princes et évoques qui concouraient à l'élection de l'empereur d'Allemagne.
Mais ni la diplomatie de Robert de La Marck, ni les mulets char-
Charles Quint (École flamande du xvi" siècle; Louvre).
(1) Maison d'Autriche (Pays-Bas, Artois, Franche-Comté, possessions autrichiennes, Empire allemand).
Maximilien,
empereur d'Allemagne (1493-1819 ,
époux de Marie de Bourgogne,
fille de Charles le Téméraire
Philippe le Beau,
époux de Jeanne la Folle.
Maison d'Espagne
(Espagne, Italie, Amérique)
Ferdinand d'Aragon, époux d'ISABELLE la Catholique.
Jeanne la Folle, épouse de Philippe le Beau.
François I", par Le Titien (Louvre).
gés d'or que François Ier envoya en Allemagne ne suffirent à emporter les suffrages d'une assemblée qui d'ailleurs, par sympathie instinctive, préférait un Allemand au vainqueur de Marignan. Esprit froid et cauteleux, diplomate retors et connaissant à fond les hommes, d'une énergie sans cesse agissante, Charles Quint était, en dépit d'une piété solide, profondément dissimulé, généreux par calcul, uniquement préoccupé de commander la chrétienté et de gouverner le monde, en d'autres termes de fonder une monarchie universelle. A ce prince hautain et sombre, maître d'États immenses mais sans cohésion, l'histoire oppose la figure souriante et gracieuse du roi de France, chef absolu d'un Etat déjà centralisé et dont les habitants étaient unis par le sentiment de la solidarité nationale. Léger et inconstant, magnifique et prodigue à l'excès, politique superficiel, mais capable parfois de résolutions très heureuses, François Ier fut le type du parfait gentilhomme et du soldat sans peur. Il essaya de ressusciter l'ancienne chevalerie et il introduisit à la cour cette courtoisie affable qui devint l'une
Charles dAutricue (Charles Quint).