PAVIE |3S
— 25 Février 1525 —
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Plan de la bataille de Pavie
Bataille de Pavie (Bas-relief du tombeau de François I*r, à Saint-Denis).
le saisir; il se relève et tue encore deux hommes de sa main. En ce moment, Molac de Kercado, premier gentilhomme de la chambre, se place devant lui, intimide un instant les ennemis, puis tombe.
François n'avait plus qu'à s'avouer vaincu. Il ne voulut rendre son épée qu'au vice-roi de Naples. Lannoy, qui reçut à genoux les armes royales, baisa la main de son illustre prisonnier et, se relevant, lui présenta sa propre épée : « Je prie Votre Majesté de l'accepter, lui dit-il; il serait trop pénible à un officier de l'empereur de voir un roi désarmé, quoique prisonnier. » François Ier avait vu tomber autour de lui ses meilleurs capitaines : Louis de La Trémoïlle, La Palice(l), Bonnivet lui-même, qui expia son erreur par une mort honorable.
Des 26 000 hommes dont se composait l'armée française, 10 000 furent tués ou faits pri-
(1) Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice, maréchal de France, avait dissuadé le roi d'engager la bataille de Pavie. Les soldats composèrent sur sa mort glorieuse une chanson dont un couplet nous est parvenu :
Monsieur d'La Palice est mort,
Mort devant Pavie ; Un quart d'heure avant sa mort,
Il était encore en vie.
Cela voulait dire que jusqu'à sa dernière heure le maréchal avait
sonniers (1525). Le soir, François Ier écrivit à sa mère, chargée en son absence de la régence du royaume, une lettre dans laquelle il disait : « De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie, qui est sauve. » Cette défaite ne décidait pas seulement du sort de l'Italie, perdue pour les Fiançais; elle exposait la France même à une invasion.
Traité de Madrid (1526). — Bourbon conseillait à Charles Quint de pousser la guerre à fond, et Henri VIII lui proposait le démembrement de la France, mais l'empereur préféra imposer à son rival des conditions de paix assez rigoureuses pour le réduire à une sorte de vassalité. Louise de Savoie, de nouveau régente, prit toutes les mesures que commandait le danger public, secondée par un magnifique élan de patriotisme. Elle repoussa les premières propositions de paix de Charles Quint, disant que, si l'empereur voulait traiter de la rançon du roi, elle écouterait ses propositions, mais ne céderait pas un pouce de territoire. En même temps, elle négociait secrètement avec le pape, avec Venise, avec le sultan des Turcs, Soliman le Magnifique, et même avec Henri VIII.
Le roi de France, conduit à Madrid, n'y trouva que l'hospitalité d'une prison dans une tour lugubre du rempart. Charles Quint fut sans générosité pour son illustre prisonnier, spéculant sur les ennuis de sa captivité pour lui arracher des concessions, employant tous les moyens pour lasser sa résistance. Cependant, partout en France, on courait aux armes. Louise de Savoie, par d'habiles négociations, dont elle chargea Joachim Passano et Jean Brinon, réussit à détacher Henri VIII de l'alliance conclue avec Charles Quint (août 1525). Le pape, de son côté, se montrait fort peu disposé à favoriser le développement de la puissance impériale, et une ligue se forma entre les princes italiens pour chasser Charles Quint de la péninsule. Celui-ci exigeait avant tout la cession de la Bourgogne; mais François Ior déclara que, si on lui faisait céder par contrainte la Bourgogne ou d'autres droits de sa couronne, il travaillerait à les recouvrer dès qu'il serait rentré en France. Sa sœur Marguerite, duchesse d'Alençon, vint à Madrid sans pouvoir triompher des prétentions obstinées de l'intraitable monarque. Alors, vers la Un de novembre, François Ier signa un acte de la plus haute importance et qui ruinait de fond en comble les espérances de l'empereur: son abdication, et il enjoignit à ses négociateurs d'accorder la cession de la Bourgogne en toute souveraineté; seulement, la veille du jour où le traité fut signé, il protesta secrètement devant eux contre la signature qu'il allait apposer au bas de cet acte, par force et contrainte : il le déclara nul et de nul effet, sauf à payer une rançon raisonnable après sa délivrance.
Par le traité de Madrid (14 janvier 1526), François Ier cédait à l'empereur et à ses héritiers des deux sexes, en pleine souveraineté, le duché de Bourgogne avec le Charolais, et il renonçait à sa suzeraineté sur les comtés de Flandre et d'Artois, à ses droits sur Milan, Asti, Gênes et Naples, ainsi qu'à ceux de la France sur Tournai, Ilesdin, Lille, Douai et Orchies. Il retirait sa protection au roi de Navarre. Il s'engageait à fournir des troupes à Charles Quint pour son expédition d'Italie. L'empereur promettait de rendre la liberté au roi avant le 10 mars 1526, à la condition qu'au moment même où il sortirait d'Espagne des otages seraient remis à l'empereur comme garantie de l'accomplissement des conditions du traité. Ces otages devaient être, soit les deux fils aînés du roi, soit le dauphin seul, avec dix personnages nominativement désignés. C'étaient tous les généraux distingués que la France possédait alors.
Le roi de France s'engageait à rendre au duc de Bourbon tous ses biens, terres et seigneuries, tels qu'il les possédait originairement, et à lui restituer les revenus perçus depuis la confiscation. Les deux souverains contractaient enfin une alliance défensive
La Palice, par Jean Cloubt.
combattu, et l'intention primitive n'était donc pas satirique, mais la naïveté
des deux derniers vers donna par la suite l'idée d'une chanson comique,
rajeunie au xvme siècle par La Monnoye et qui a ridiculisé contre toute équité un de nos plus vaillants hommes de guerre.
LES GUERRES D'ITALIE. — LA RENAISSANCE EN FRANCE
contre tous leurs ennemis, et devaient se fournir réciproquement 500 hommes d'armes et 10000 fantassins.
En retour de ces clauses écrasantes, l'empereur renonçait aux prétentions qu'il pouvait élever sur les rives de la Somme, sur Péronne, Montdidier et Roye, les comtés de Boulogne, Guines et le Ponthieu. Il donnerait au roi pour épouse sa sœur Éléonore, douairière de Portugal, avec les comtés d'Auxerre, de Màcon et la ville de Barsur-Seine pour dot. Ces terres devaient passer aux enfants mâles à naître du mariage. L'infante Marie, fille d'Eléonore, épouserait le dauphin.
Aussitôt que le roi serait remis en liberté, il ratifierait et jurerait la paix; le dauphin la ratifierait de même, lorsqu'il aurait atteint l'âge de quatorze ans. Le traité serait enregistré au parlement de Paris dans un délai de quatre mois; sinon, le roi se reconstituerait prisonnier. En cas de violation de leurs engagements réciproques, les deux souverains se soumettraient aux censures ecclésiastiques.
L'échange de François Ior contre ses deux fils, qui étaient alors âgés de sept et de six ans, se fit le 6 mars 1526, au milieu de la Bidassoa, qu'on regardait comme formant la frontière entre la France et l'Espagne. Lannoy y amena le roi, et Lautrec les deux petits princes, François et Henri. Le roi les bénit les larmes aux yeux, puis gagna la rive française, s'élança sur un fougueux cheval turc en s'écriant : « Me voici roi derechef! » et arriva presque tout d'un trait à Baronne, où la cour l'attendait. Sommé par les ministres impériaux qui l'avaient suivi de ratifier le traité de Madrid, il répondit qu'il lui fallait « savoir premièrement l'intention de ses sujets de Bourgogne, parce qu'il ne les pouvait aliéner sans leur consentement ». Cette réponse dut éclairer l'empereur sur la valeur du traité de Madrid et les États de Bourgogne refusèrent, en effet, de se séparer de la couronne de France.
Deuxième guerre entre François Ier et Charles Quint (1527-1529). — François Ier reçut à Cognac le viceroi de Naples, Lannoy, envoyé par Charles Quint pour le conjurer de ne pas manquer à ce
qu'il avait solennellement promis. Le chancelier Duprat répondit (10 mai) que le roi ne pouvait, devant la résistance de ses sujets, détacher la Bourgogne du royaume, et François Ier expliqua lui même « qu'il n'avait pas pu donner sa foi et n'était pas lié par son serment parce qu'on avait exigé l'une et qu'il avait prêté l'autre pendant qu'il était en prison et demeurait étroitement gardé ». Puis il prépara aussitôt une nouvelle coalition contre Charles Quint. Le roi d'Angleterre avait été le premier à lui faire entendre que l'observation du traité exposait la couronne de France aux plus grands maux et ouvrirait la voie « qui mènerait l'empereur à la monarchie de la chrétienté ». Le nonce du pape lui écrivait de Tolède ■' que les aCcords faits par la crainte ne se maintiennent pas ». Enfin lés Italiens, voyant Charles Quint, solidement établi à Naples, Milan et Gènes, étendre ses exigences sur Florence, Rome et Venise, redoutaient en lui le maître futur de la péninsule; le pape Clément Vil reprenait le plan d'une Confédération italienne placée sous la protection française.
Ligue de Cognac. — Le 22 mai 1526 fut signé, sous le nom de Sainte Ligue et lac protection » du roi d'Angleterre, un traité qui unissaitle souverain pontife, le roi Très Chrétien, les républiques de Venise et de Florence, et le duc de Milan, Francesco Sforza: il avait
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