SB
SH> / ] Bp
Phot. Hanfstaengl.
Charles Quint, par Amberger (Musée de Berlin).
Francesco Sforza (Musée Luini, Milan).
pour objet de soustraire l'Italie à la prépondérance impériale et d'assurer à François I01' le comté d'Asti et la seigneurie de Gênes. François I01', s'appuyant sur les assemblées de notables tenues à Cognac (1520) et à Paris (1527) et qui déclarèrent nulle la clause du traité de Madrid aliénant la Bourgogne, n'hésita plus à protester sa signature, apposée par la violence au bas d'un acte inique.
Sac de Rome (1527). — Une deuxième guerre éclata, pendant laquelle François Ier fut au-dessous de sa tache.
Assuré du concours de Henri VIII et de l'appui des Italiens, il poussa ces derniers à prendre les armes, mais laissa les Allemands et les Espagnols ravager leur pays.
Le duc d'Urbin, généralissime de la ligue italienne, conduisit les opérations avec mollesse. Il ne parut devant Milan, où s'était enfermé le duc de Bourbon, que pour se retirer après une inutile démonstration et faire dire de lui : Vent, vidi, fugi. Il ne put empêcher le duc de Bourbon ni de se joindre aux troupes que lui amenait le célèbre lansquenet Frundsberg, ni de marcher sur Rome à la tête d'une puissante armée. Le 6 mai au matin, Bourbon, vêtu d'une casaque blanche qui le désignait aux coups comme aux regards, donna l'assaut à la ville éternelle. Une blessure mortelle le mit hors de combat, mais surexcita ses soldats, qui occupèrent toute la cité. A l'assaut succédèrent des scènes de pillage qui durèrent huit jours et scandalisèrent la chrétienté. Les églises, où s'était réfugiée la population épouvantée, furent mises à sac par les lansquenets, presque tous luthériens, et, dans les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, la chapelle pontificale servit d'écurie aux chevaux. Les prélats furent promenés en costume ecclésiastique sur des ânes.
Clément VII, réfugié dans le château Saint-Ange, y fut étroitement bloqué et dut bientôt se rendre au prince d'Orange, qui avait succédé à Bourbon dans le commandement des troupes. Il s'engagea à payer 400 000 ducats et à se remettre à la discrétion de l'empereur.
Charles Quint, à la nouvelle des ravages exercés dans la capitale du monde chrétien par une armée à sa solde, manifesta la plus vive douleur et poussa la fourberie jusqu'à ordonner des prières pour la délivrance du pontife; or, c'est lui qui, poussé par sa haine contre Clément VII, avait chargé le connétable de Bourbon du soin de sa vengeance et déchaîné contre Rome des bandes avides de massacre et de pillage.
Siège de Naples (1528). — Un long cri de protestation s'éleva dans toute l'Europe. François Ier crut l'occasion favorable pour envoyer en Italie 25000 hommes, sous les ordres de Lautrec.
Le maréchal arriva presque sans coup férir devant Naples, que bloqua l'amiral génois André Doria, au service de la Fiance. Malheureusement, Doria passa aux Impériaux à la nouvelle que les Français allaient procéder à la ruine politique et économique de Gènes, sa patrie, au profil de Savone. Nos troupes, cependant, manquaient de [out; Lautrec étail emporté par la peste, qui décimait le camp l'cimais, et l'échec du comte de Saint-Pol, en Lombardie, n taisait, perdre encore une fois le royaume de Naples (1528). Le pape signait la paix avec Charles Quint.
Paix de Cambrai (1529). — La ruine complète de l'armée «le Naples et la perte du littoral ligurien déterminèrent le mi de France à traiter, et Charles Quint y consentit, étant menacé d'une guerre de religion en Allemagne et attaqué par le sultan Soliman II en Ilon-
Le pape Clément VII (Émail de Jean II Pénicaud).
grie. Louise de Savoie se rendit à Cambrai pour y négocier un traité avec Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur : d'où le nom de Paix des Dames, donné au traité de Cambrai, en date du 3 août 1529 et proclamé solennellement le surlendemain dans la cathédrale de cette ville.
Charles Quint, résolu d'abord à exiger l'exécution intégrale du traité de Madrid, finit par reconnaître qu'il trouverait son rival intraitable sur la question de la Bourgogne. Il se résigna donc à lui laisser cette pro-
traité de Schagern (1532), il promit des subsides aux princes protestants d'Allemagne pour rétablir le duc Ulrich de Wurtemberg. Il s'unit à Gustave Vasa et à la Suède luthérienne. Enfin, cessant de tenir secrètes ses relations avec la Porte, il envoya un gentilhomme français, Jean de la Forêt, trouver Soliman à Bagdad et conclure (février 1535) les premiers traités entre la France et la Turquie : d'abord un traité de commerce ou capitulation; puis un traité d'alliance offensive et défen-
André Doria, par Angelo Bkonziso (Musée do Milan).
Caravelle, dite nef de Charles Quint (Orfèvrerie du xvi» siècle; musée de Cluny).
Soliman le Magnifiqua (D'après une estampe de la Bibliothèque nat.).
vince, ainsi que la Picardie et les provinces confisquées sur le duc de Bourbon ; mais en retour le roi de France renonçait absolument à l'Italie et à toutes ses alliances dans la péninsule, restituait Asti, Alexandrie, Barletti, et s'engageait même à intervenir auprès des Vénitiens pour qu'ils rendissent les villes qu'ils continuaient d'occuper; s'il n'y réussissait pas, il payerait à l'empereur, qui les y forcerait militairement, un subside mensuel de 30 000 écus. L'empereur s'empressa d'aller recevoir à Bologne la couronne de fer des rois lombards (24 février 1530) et d'organiser la péninsule de manière à y établir solidement sa domination.
Paix de six années (1529-1535). — Prise de Turin par Charles Quint. Alliance de François Ier avec les Turcs et les protestants d'Allemagne. — La suspension des hostilités dura près de sept ans, que les deux rivaux employèrent d'une manière toute différente. François Ier les consacra à la politique intérieure. Quant à Charles Quint, désireux de se poser en défenseur de la chrétienté, il résolut d'aller attaquer dans leur repaire les corsaires qui, sous le fameux Barberousse, bey de Tunis et amiral de Soliman le Magnifique, infestaient la Méditerranée. A la tête de 500 vaisseaux, qui portaient 30 000 hommes, l'empereur en personne prit Tunis après un mois de siège et rendit à la liberté 20 000 chrétiens (1535).
De son côté, François Ier cherchait partout des alliances et jamais souverain ne s'était montré plus éclectique dans ses amitiés. Pour se concilier Henri VIII, il favorisa les projets de divorce du roi d'Angleterre avec Catherine d'Aragon, en les faisant examiner par la Sorbonne, et il eut avec ce monarque une cordiale entrevue (octobre 1532). Il négocia le mariage du roi d'Ecosse Jacques V avec Marie de Lorraine. 11 reconnut Francesca Sforza comme duc de Milan et se rapprocha du pape Clément VII (entrevue de Marseille, octobre 1533) en promettant à la nièce du souverain pontife, Catherine de Médicis, la main de son second fils, et en s'engageant à empêcher le développement de l'hérésie dans le royaume. Par le
Marguerite d'Autriche Par Van Or le y (Collection privée)
sive, politique et militaire. François Ier avait compris que, dans la Méditerranée, il ne pourrait avoir de meilleur auxiliaire que le Turc, qui, d'autre part, était une menace constamment suspendue sur les États autrichiens.
L'alliance turque fut effectivement mise en œuvre. François Ier fournit de l'artillerie et le sultan des troupes, et sans doute aussi de l'argent. A Doria, aux gages de Charles Quint, fut opposé Barberousse (Khair-Eddin), au service du roi de France. Si François Ier ne retira pas de l'alliance du croissant et des lis ce qu'il en espérait, c'est-à-dire le recouvrement du Milanais et de Gênes, elle lui permit du moins de tenir en échec les Impériaux et de conserver à la France sa place dans l'Europe, délivrée de la tyrannie de Charles Quint. Elle assura à la France la prépondérance politique, religieuse et commerciale dans le Levant. Enfin, à un autre point de vue, l'intervention des infidèles empêcha indirectement l'écrasement de la Déforme par les Impériaux.
La puissance de la maison d'Autriche était devenue si menaçante que catholiques, réformés, musulmans se levaient contre l'empereur : la différence des religions cédait le pas à la défense des intérêts politiques.
Réunion de la Bretagne à la France. — François Ier obtint de la reine Claude un testament qui, modifiant les clauses du traité de mariage de Louis XII, léguait au dauphin le duché de Bretagne. Conformément aux avis du chancelier Duprat, il résolut de donner à cette libéralité un caractère irrévocable et, dans ce but, de gagner à la cause de l'annexion les États de la province, qui délibérèrent pendant l'été de 1532. Quelques résistances individuelles se manifestèrent, mais les « indépendants » ne persistèrent pas dans leur opposition, et les États finirent par demander eux-mêmes la réunion définitive du duché, sous réserve du maintien de ses « droits, libertés et privilèges ». Le dauphin fut couronné à Rennes comme duc de Bretagne, le 12 août 1532 : l'Angleterre n'avait plus désormais de prétexte pour intervenir dans les affaires armoricaines.
LES GUERRES D'ITALIE
LA RENAISSANCE EN FRANCE
■*wt
■ Mil /jiH
tk
Le pape Paul III Farnèse
(D'après une estampe de la Bibliothèque
nationale).
Troisième guerre (1535-1538). — L'exécution à Milan de son agent secret Maraviglia (Merveille), dont le supplice valut au duc Francesco Sforza la main d'une nièce de Charles Quint, fournit à François Ier le prétexte qu'il cherchait. A la mort du duc de Milan (24 octobre 1535), qui ne laissait pas d'héritier, le roi de France réclama sa succession, et, en février 1536, il envahit la Savoie et le Piémont, gouvernés par le faible Charles III, que dominait sa femme Béatrix, belle-sœur de l'empereur.
Seconde invasion de la Provence (1536). — Charles Quint, furieux, jura de poursuivre la guerre « jusqu'à ce que le roi ou lui demeurât le plus pauvre gentilhomme de son pays ». Il résolut de se jeter sur la Provence, et comme il demandait à son prisonnier La Roche du Maine, qui avait dû capituler dans Fossano (19 kilomètres nord-est de Coni), combien il pouvait y avoir de journées jusqu'à Paris : « Si Votre Majesté, répondit-il, entend journées par batailles, il peut y en avoir une douzaine pour le moins, sinon que l'agresseur ait la tète rompue dès la première. »
D'après le conseil du connétable de Montmorency, François Ier prit un parti désespéré ; il fit de la Provence un désert :
villages, fermes, moulins, moissons, tout fut brûlé. Montmorency, dans une position inattaquable, près d'Avignon, attendit que la misère et la dysenterie eussent décimé les Impériaux. L'empereur fut obligé de repasser le Var (25 septembre 1536). Il avait perdu plus de 30 000 hommes, et ses capitaines avaient essuyé des échecs en Languedoc et en Flandre. Bientôt la flotte ottomane ravagea les côtes de la Pouiile et enleva 10 000 captifs. L'année suivante tl537), elle battit André Doria à Pieveza; 100 000 hommes furent réunis en Albanie pour se jeter sur l'Italie, et Barberousse (dont quelques historiens font un renégat provençal) débarqua près d'Otrante avec 70 galères. Les Turcs n'attendaient plus que l'arrivée de François Ier pour agir de concert avec lui; mais le roi de France- n'osa braver les censures de la chrétienté : il s'abstint. L'intervention ottomane en Italie et la victoire d'Eszeck (Hongrie), remportée par les Turcs sur les troupes de Ferdinand d'Autriche, frère de Charles Quint, furent du moins très utiles à la France.
Trêve de Nice (1538). — L'intervention du pape Paul III (Farnèse) détermina l'empereur à signer à Nice une trêve de deux ans (18 juin 1538), et cette fois la réconciliation des deux monarques, dont chacun devait garder ses conquêtes, parut sincère. Dans l'entrevue d'Aiguesmortes, François Ier accorda à Charles, sous la vague promesse de la cession du Milanais à l'un de ses fils, le passage à travers ses États, afin qu'il pût aller plus promptement châtier les Gantois révoltés. Charles Quint vint à Paris : il fut conduit par François Ier à l'abbaye de Saint-Denis, où il fut reçu avec le cérémonial le plus éclatant ; François Ier voulut guider lui-môme son hôte dans sa visite aux tombes royales. A Paris, il le présenta à la duchesse d'Étampes (voir p. 324) et lui dit en riant : « Mon frère, cette belle dame me conseille de vous obliger à détruire à Paris l'ouvrage de Madrid. » Ce à quoi l'empereur répondit : « Eh bien ! si l'avis est bon, il faut le suivre ! »
Quatrième guerre (1541-1544). — Une quatrième guerre éclata à l'occasion du meurtre commis près de Pavie par ordre de Charles Quint sur deux envoyés de François Ier (3 juillet 1541). Le roi de France, qui se serait cru déshonoré en retenant Charles Quint captif à Paris, était joué une fois de plus par un ennemi sans scrupules.
Quelques jours après (30 juillet 1541), Soliman faisait une entrée triomphale dans Bude, capitale de la Hongrie. La sanglante défaite de son frère Ferdinand ne fit que confirmer Charles Quint dans sa résolution de prendre une revanche éclatante, en traitant les barbaresques d'Alger, vassaux de la Porte, comme il avait traité ceux de Tunis en 1536 : 500 voiles, portant 24000 combattants, choisis entre les meilleurs soldats d'Espagne, d'Allemagne et
d'Italie, couvrirent les mers, mais un affreux ouragan dispersa celte Hotte formidable, qui fut presque entièrement détruite (octobre et novembre 1542).
François Ier profita de l'humiliation de son rival pour recommencer les hostilités. Il mit sur pied 12000 hommes et envahit presque en même temps le Boussillon, le Piémont, le Luxembourg, la Flandre. L'alliance des lis et du croissant fut rendue publique. Barberousse
François I" et Charles Quint visitant les tombeaux de l'abbaye de Saint-Denis, par Gros (Louvre).
réunit ses galères à la flotte française pour débarquer des troupes sous les murs de Nice, qui fut obligée de capituler (1543). La conquête du Milanais fut résolue.
Bataille de Cérisoles. — Le 14 avril 1544, le lundi de Pâques, les Français, au nombre de 16000 environ, sous les ordres du comte d'Enghicn (1), marchèrent sur Cérisoles (Piémont), où étaient campés les 22 000 Impériaux du marquis del Guasto, lieutenant de Charles Quint. La bataille commença au point du jour. Les lansquenets ennemis parvinrent tout d'abord à ébranler fortement les lignes françaises, où combattaient pourtant des capitaines comme Monluc, et le comte d'Enghien dut faire charger les vieilles bandes e; pagnoles par sa gendarmerie. Il ne put les disperser et il allait succomber sous le nombre lorsque, vers onze heures, il fut dégagé par ses Gascons et par les Suisses. Del Guasto s'enfuit, les Impériaux furent poursuivis par la cavalerie et laissèrent sur le champ de bataille 12000 morts et blessés et 3000 prisonniers.
(1) Le comte d'Enghien était le père d'Antoine de l'ourbon, père lui-môme de Henri IV.
Invasion anglo-impériale (1544). — Malheureusement, l'empereur et le roi d'Angleterre avaient envahi la France et décidé de marcher droit sur Paris, chacun de son côté. A la tête de 45 000 ou 50000 hommes, l'empereur passala Meuse et assaillit Saint-Dizier-sur-Marne (10 juillet).
Cette petite ville, vaillamment défendue, l'arrêta pendant quarante jours; encore fut-ce un stratagème qui lui livra la place. Il fit alors sommer Henri VIII de tenir ses engagements. Mais le roi d'Angleterre se souciait médiocrement de s'aventurer au cœur du royaume, et, avec le bon sens pratique qui a toujours distingué les hommes d'outre-Manche, il préféra s'assurer de quelques points avantageux sur le continent ; il continua donc, sans s'émouvoir des injonctions de Charles, à presser les sièges de Montreuil et de Boulogne. L'empereur se résigna à marcher seul sur la capitale, en s'avançant par la rive droite de la Marne, de manière à mettre cette rivière entre lui et l'armée française, commandée par le dauphin, lequel avait ordre de ne pas l'attaquer. Charles s'avança jusqu'à Château-Thierry, ce qui jeta la terreur dans Paris; mais il ne se sentait pas assez fort pour assiéger une aussi grande ville, avec une armée française sur les flancs;
et comme, d'autre part, il s'inquiétait de la tournure prise en Allemagne par les affaires religieuses, il rétrograda jusqu'à Soissons, franchit l'Aisne et alla camper à Crépy-en-Laonnois.
Il y fut rejoint par l'amiral d'Annebaut, négociateur de François Ier, et des pourparlers en vue de la paix furent entamés sur sa demande. Le roi de France reçut sur ces entrefaites la nouvelle que Boulogne venait de se rendre à Henri VIII, et, craignant que ce dernier ne se décidât enfin à poursuivre sa marche offensive, il envoya à l'amiral l'ordre de conclure avec l'empereur immédiatement et à tout prix, avant qu'il fût instruit du succès de son allié'.
Paix de Crépy (1544) et d'Ardres (1546). — Le 18 septembre 1544, la paix fut signée entre le roi de France et l'empereur. François Ier renonça à ses prétentions sur Naples, ainsi qu'à la suzeraineté de la Flandre et de l'Artois. Il s'engagea à fournir, à payer une armée contre les protestants et à travailler à la pacification de l'Église, de concert avec l'empereur. Non seulement il abjura l'alliance des infidèles, mais il promit contre eux un renfort considérable pour la guerre de Hongrie. En retour, l'empereur cédait Hesdin; il fut en outre convenu que le fils puîné de François Ier, le duc d'Orléans, épouserait ou une fille de l'empereur, l'infante Maria, ou une fille de Ferdinand, roi des Humains, avec les Pays-Bas et la Franche-Comté pour dot dans le premier cas, le Milanais dans le second; de son côté, François Ier assignait en apanage à son fils les duchés d'Orléans, de I; ubonnais, de Châtellerault et d'Angoulème. Ci raité humiliant fut avant tout l'œuvre de la ni.ii ssse du roi, la duchesse d'Étampes.
Le ici d'Angleterre ne se décida à conclure la paix d'Ardres qu'en 1546 et, pendant ,1'année 1545, Anglais et Français se battirent sur mer et dans le Nord : Boulogne fut rachetée à Henri VIII moyennant 2 millions d'écus d'or.
Mort de François Ier. Caractère de ce roi. — Henri VII! et François Ior moururent en 1547, à qu lies mois l'un de l'autre : Henri VIII le 28 mvier, à l'âge de cinquante-
i^tSêêM
JE
François I" et la duchesse d'Étampes, par Bonington (Louvre).
six ans, et François Ier le 31 mai, à l'âge de cinquante-trois ans.
« Ce gros garçon gâtera tout ! »
avait dit, en parlant du futur François Ier, le sage Louis XII. Son règne, cependant, ne fut ni sans éclat, ni sans- importance historique.
François Ier fut un prince léger, frivole, galant, libertin (1), d'une prodigalité qui, sauf dans les dernières années de sa vie, allait jusqu'au gaspillage, mais doué de qualités brillantes et de défauts parfois séduisants. Courageux, chevaleresque, téméraire, capable de sentiments généreux, il en imposait par sa haute mine, son élégance somptueuse, l'agrément de sa conversation vive, spirituelle, gaie, portant sur les sujets les plus divers, depuis les travaux des champs jusqu'à l'art, la littérature et la guerre. Personne n'était plus que lui capable de donner à la vie de cour un charme et un éclat incomparables.
L'ambassadeur vénitien Marino Cavalli, dans sa « relation » datée de 1546, a tracé de François Ier un portrait vivant et curieux. « Le roi est maintenant âgé de cinquantedeux ans : son aspect est tout à fait royal, en sorte que sans jamais avoir vu sa figure ni son portrait, à le regarder seulement, on dirait aussitôt : C'est le roi. Tous ses mouvements sont si nobles et si majestueux que nul prince ne saurait l'égaler. Son tempérament est robuste, malgré les fatigues excessives qu'il a toujours endurées et qu'il endure encore dans tant d'expéditions et de voyages. Il y a bien peu d'hommes qui eussent supporté de si grandes adversités. Il mange et boit beaucoup; il dort encore mieux, et, qui plus est, il ne songe qu'à mener joyeuse vie. Il aime un peu la recherche dans son habillement, qui est galonné et chamarré, riche en pierreries et en ornements précieux; ses pourpoints mêmes sont bien travaillés et tissus en or; sa chemise est très fine, et elle sort par l'ouverture du pourpoint, selon la mode en France. Cette vie délicate et choisie contribue sans doute à conserver sa santé.
« Autant ce roi supporte bien les fatigues corporelles et les endure sans jamais plier sous le fardeau, autant les soucis de l'esprit lui pèsent, et il s'en décharge presque entièrement sur le cardinal de Tournon et sur l'amiral d'Annebaut. Il ne prend aucune décision, il ne fait aucune réponse, qu'il n'ait écouté leur conseil; en toute chose il s'en tient à leur avis. Mais pour ce qui est des grandes affaires de l'État, de la paix ou de la guerre, Sa Majesté, docile en tout le reste, veut que les autres obéissent à sa volonté. Dans ce cas-là, il n'est personne à la cour, quelque autorité qu'il possède, qui ose en remontrer à Sa Majesté.
« Ce prince est d'un jugement très sain, d'une érudition très étendue; il n'est chose, ni étude, ni art, sur lequel il ne puisse raisonner très positivement, et qu'il ne juge d'une manière aussi assurée que ceux-là même qui y sont spécialement adonnés. Ses connaissances ne se bornent pas simplement à l'état de la guerre, à la manière d'approvisionner, de conduire une armée, de dresser un plan de bataille, de pré-
Armure de François I" (Musée d'artillerie).
(1) Sur la maladie et la mort de François Ier, voir Paulin Paris, Études sur François 1^ (1885), t. II, cli. ix. L'auteur fait justice de la légende de la Belle Ferronnière et rappelle que le portrait célèbre de Léonard de Vinci connu sous ce nom est en réalité celui de Lucrezia Cruvelli, favorite de Ludovic Sforza.
HISTOIRE DU COSTUME. — III. DE CHARLES VIII A Wfëk FRANÇOIS II
Histoire lie France. — I .