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HISTOIRE DU COSTUME EN FRANCE. -- III

De Charles VIII à François il

On observe un changement curieux dans la conception du costume après la mort de Louis XI. Le goût de l'apparat, proscrit sous son règne, reprend ses droits, mais il est mitigé par un instinct d'économie auquel les esprits se sont plies. Le luxe est tout extérieur; les doublures riches s'arrêtent aux parties visibles; le pourpoint se fait de deux pièces, et celle de derrière est en étoffe commune, à la façon de notre gilet moderne. Ainsi limitée, la dépense du vêtement tourne cependant à l'excès, et, dès 1485, des lois somptuaires cherchent à la modérer, sans succès d'ailleurs. Sous Charles VIII et Louis XII, le costume est ample, le corps n'est plus bardé de vêtements étroits. On porte encore la houppelande (I, 1 et le manteau orné de fourrures, dont les manches longues et larges sont fendues par devant pour laisser passer les bras (I, 2, 8). La chemise de toile à plis étoffés apparaît au-dessus du pourpoint (I, 2, 10). JLe couvrechef a la forme d'un mortier, orné d'une enseigne ou bague, et porté à cru sur la tête (l, 1, .s), ou sur une calotte (1,2. 10). Les cheveux sont taillés en fenêtre (I, 8-. Les chaussures ont les bouts carrés. Les femmes portent une robe de dessus à corsage plat, ajusté, taillé carrément à l'encolure, laissant voir la gorgerette. Les manches, à large ouverture, ont de grands parements de fourrure. La coiffe, ou petit béguin, encadre les joues : pardessus se pose le chaperon (I, 5). La reine Anne reste fidèle à cette mode élégante et simple, qui ne disparaîtra devant l'invasion des formes italiennes qu'à l'avènement de François Ier.

Le costume des gens de robe ne varie pas. Il comporte la robe tombant jusqu'aux pieds, la calotte sans ornement, le chaperon ajusté sur l'épaule gauche I, 3). Chez les gens du peuple, c'est toujours la même simplicité pratique de forme et de couleur : jupel, sorquenie, gamaches de cuir ou de toile et, sur la tête, le capuchon, qui protège également les épaules (I, 6, 7)- L'armure ne subit pas de transformation notable (I, 9).

François /"', épris de luxe, de plaisir et de galanterie, rompt avec l'ancienne étiquette qui, dans la maison royale, séparait les dames des courtisans . c'est dès lors un assaut de prodigalités, de fêtes brillantes et coûteuses, et par suite une émigration inquiétante de l'argent vers les pays étrangers qui fournissent les matières premières. Pour y remédier, de nouvelles lois somptuaires, en 1518, surenchérissent sur celles de 1485 : défense d'importer les étoffes précieuses, réglementation du costume des financiers, gens d'affaires et gens du commun. Mais, bien entendu, les princes et la cour restent en dehors de ces lois, qui demeurent lettre morte.

La basquine et la verlugalle forment l'armature du vêtement féminin : la basquine, corset en entonnoir, raidi par des fils de laiton, serre la taille jusqu'à l'étrangler; la vertugalle, affectant la même forme en sens inverse, donne à la jupe l'aspect d'un entonnoir renversé. La robe de dessous, tendue sur ces deux pièces, prend le nom de godet. Celle de dessus, ou robe proprement dite, décolletée en carré sur la poitrine, couvre le corsage et s'ouvre en pointe à la taille. Les manches se terminent à la saignée par un large retroussis de fourrure (II, 8, 9). Ces costumes, suivant la saison, sont de toile d'or, de satin garni de cannetille, de taffetas, de velours ou de serge. La coiffure est à /'espagnole, — toque posée sur les cheveux en bandeaux, — à /'italienne, — bonnet orné d'une passe d'orfèvrerie (II, 8 , — ou à la française, — templettes et chaperon à queue pendante (II, 9). Les bijoux sont disposés en carcans ou colliers, jazerans ou guirlandes sur le corsage, patenôtres ou pendants de ceinture. L'éventail à main apparaît à cette époque. — Dans le costume masculin, c'est une débauche de découpures, de galons et d'appliques brodées. Les vêtements sont couverts de taillades régulières II, 6, 7, 10). Le bas-dechausses est fait de laines rases. Les hauts-de-chausses, bouffants, tailladés en rond, en long, en spirale, laissent passer par leurs crevés les riches étoffes des doublures II, 7). Le pourpoint décolleté montre le haut de la chemise, qui se termine à la base du cou par une petite garniture froncée, ornement minuscule d'où va sortir l'idée de la collerette fraisée. Sur le pourpoint se passe la chamarre (II, 5) ou la casaque (II, 10), longues et amples vestes non ajustées à la taille, mais pouvant se fixer par une ceinture. Elles sont de velours ou de drap d'or,

avec de larges revers de fourrure. La coiffure est un bonnet en forme de toque, garni de joyaux et de plumes retombantes (II, 5, 7) à bords parfois très larges (II, lu . Dans son ensemble, somptueux de forme, chatoyant de couleur, riche à l'excès, mais élégant dans ses exagérations mêmes, le vêtement de cour du règne de François /er est un des plus pittoresques qu'ait à enregistrer l'histoire du costume en France.

Dans la tenue militaire apparaît l'idée de l'uniforme. Ce n'est pas d'abord la forme du vêtement qui est réglementée, mais sa couleur : elle est, dans chaque unité, celle du chef, que répète également l'enseigne. Les chevaliers (II, 1 , les gendarmes (III, 1), les capitaines de bande Jll, 8), gardent le harnais complet, ces derniers remplaçant souvent le casque par le large feutre empanaché. Les gens de pied (III, 2 à 6, '.». 1» ne conservent que la cuirasse, les tassettes et le casque, cabasset (III, 3, 11) ou morion (III, 4, :>, (i). Les piquiers et hallebardiers conservent les harnais de bras : les porteurs d'armes à feu, pour mieux épauler, s'en tiennent aux manches de buffle ou d'étoffe. Les bas officiers, vêtus comme les soldats, s'en distinguent par le port de la rondache et de la pertuisane III, 6).

Sous Henri II, la mode s'émonde des exagérations du règne précédent et réalise un type de costume simple et riche, d'une remarquable élégance. Bien conseillé par son chancelier Olivier, le roi atténue dans une juste mesure les lois somptuaires existantes, mais il y tient la main avec une extrême rigueur, et parvient à les rendre efficaces. Vers 1557, le vêtement masculin se compose de la chemise de toile; d'une longue camisole à manches, en coton ou en satin ; du pourpoint à col droit, muni de manches larges à l'épaule, serrées au poignet ; du sayon ou saie, collant sur le pourpoint, garni de basques appelées bas de saie, et orné d'une application de lacets disposés en longueur. L'habit est dit alors trace. Sur la saie, une cape, petit manteau à collet rabattu sur le dos, également tracée. Le haut-de-chausses prend la forme d'une culotte bouffante, à grands crevés longitudinaux (IV, 3). La mode des lacets aboutit vers la fin du règne à un type d'aspect très différent, bien qu'en réalité semblable : le bas de saie se raccourcit jusqu'à disparaître ; la saie et le hautde-chausses, de couleur pareille, semblent former un seul vêtement, composé de bandes longitudinales jointes sur le buste, séparées à partir de la ceinture, le haut-de-chausses tombant floche jusqu'au genou, ou gonflé par un rembourrage intérieur. Cet ensemble se complète par une casaque sans manches ou par un casaquin tracé, à collet droit et raide, à manches étroites flottant à vide sur les épaules (IV, 8, m. Dans le bas-de-chausses, le drap et la laine font place à un tissu tricoté. La coiffure est tantôt la toque à bords rigides (IV, 3, 8), tantôt le chapeau albanais en forme de melon allongé i IV, 9!. — Dans le costume féminin, comme dans celui des hommes, la mode de François Ier se retrouve, simplifiée et assagie. Si le galonnage du corsage marque encore le grand décolleté carré, un empiècement en étoffe brochée le ferme jusqu'au cou et se termine par une collerette fraisée qui encadre la figure. La robe se compose d'un corps et d'une cotte ; le devant, ouvert à partir de la ceinture, découvre la robe de dessous. Les manches, larges à l'épaule, vont se rétrécissant jusqu'au poignet IV, l). Plus tard, elles deviennent uniformément étroites et s'attachent au buste par des épaulettes en bourrelet. A ce moment, une berne, casaque longue sans manche, cintrée à la taille, passe sur la robe IV, 6).

Le costume bourgeois ne se distingue plus de celui de la noblesse que par la simplicité des étoffes et des ornements. Les hommes d'occupation sédentaire portent fréquemment, sur le pourpoint, une robe flottante à larges manches IV, lu . Les laquais ont la mandille, petite casaque légère, et leur livrée est aux couleurs de leur maître IV, il).

L'armure de plates est à son déclin. Le souci de l'alléger se manifeste par la disparition de certaines pièces, par exemple la face postérieure des grèves. Dans beaucoup de corps, l'armura se réduit déjà au casque en forme de bourguignotte, salade garnie de larges oreillons, aux tassettes et à la cuirasse façonnée en pointe à la taille, avec une arête saillante sur la poitrine TV, 5); le perfectionnement rapide des armes à feu diminue l'utilité du harnais plein et amène sa progressive décadence.

LES GUERRES D'ITALIE

LA RENAISSANCE EN FRANCE

François I" en 1547, par Jean Clouet.

parer 1rs logements, de donner l'assaut à une ville, ou bien de la défendre, de-diriger l'artillerie; il ne comprend pas seulement tout ce qui a trait à la guerre maritime, mais il est très expérimenté dans la chasse, dans la peinture, en littérature, dans les langues, dans les différents exercices du corps qui peuvent convenir à un bon chevalier. Vraiment, lorsqu'on voit que, malgré son savoir et

ses beaux discours, tous ses exploits de guerre lui ont mal réussi, on dit que toute sa sagesse est sur les lèvres et non pas dans l'esprit.

Mais je pense que les adversités de ce roi viennent cl u manque d'hommes capables de bien exécuter ses desseins. Quant à lui, il ne veut jamais prendre part à l'exécution, ni même la surveiller aucunement; il lui semble que c'est bien assez de savoir son rôle, qui est celui de commander et de donner les plans; le soin du reste, il le laisse à ses subalternes.

Ainsi, ce qu'on pourrait encore désirer en lui, c'est un peu plus de soin et de patience, et non pas d'expérience ni plus de savoir. Sa Majesté pardonne facilement les offenses, elle se réconcilie de bon cœur avec ceux qu'elle a offensés; elle est aussi prête à donner, quoique la nécessité des temps ait un peu tempéré cette envie de largesse (1). »

Malgré des fautes politiques graves et multiples, il resta populaire parce qu'il fut à tout prendre aimable, bienfaisant, généreux, accessible au mérite, et que le charme de l'homme fit oublier les défauts du monarque, chez qui l'on admirait le gentilhomme le plus accompli de son temps.

Si son administration fut arbitraire, il sut du moins assurer fortement l'autorité du pouvoir royal : sur l'Église, par le concordat de Bologne ; sur les seigneurs, qu'il asservit à la domesticité brillante de la vie de la cour, véritablement organisée par lui ; sur le parlement, dont il négligea les remontrances; sur l'administration provinciale, qu'il confia à de véritables intendants; sur la bourgeoisie, à qui il délégua les fonctions administratives et qui lui fut toute dévouée. Il reconstitua une armée permanente nationale, créa l'état civil par l'ordonnance de Villers-Cotterets (153Î3), imposa l'usage de la langue française dans les actes judiciaires. Il encouragea le commerce, l'industrie, l'expansion coloniale. Enfin, il favorisa h' développement de l'imprimerie, fonda le Collège de France où s'épanouit un haut enseignement ru dehors de l'Université, appela les savants à sa cour, les employa dans les affaires, les éleva aux dignités publiques, les

1 ira de sa confiance, méritant

ainsi le titre de Père des lettres, que ses contemporains lui ont décerné. Il protégea les artistes français et, subissant le prestige de la civilisation italienne, attira en France les artistes les plus célèbres des écoles d'outre-mont,

i Relations des ambassadeurs vénitiens sur les a fi': iirc\ île France au xvic siècle, recueillies et traduites par N. Tommaseo, tome 1 '. p. i~'J et 281.

Tombeau de François I ' A.bbayi de "!l1 I

Mort de Léonard de Vinci, par Ingres.

qu'il entoura de ses sympathies affectueuses, assistant Léonard de Vinci à son lit de mort.

Les trente années de son règne marquent une période de transformation complète dans l'état politique, économique, artistique cl moral du pays.

BIBLIOGRAPHIE

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