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LA VIE EN FRANCE. — XV. REGNE DE FRANÇOIS V

HisTuiHii de France. — I,

Planche XV.

LA VIE EN FRANCE. — XVI. RÈGNE DE FRANÇOIS If

Planche XVI.

LA VIE EN FRANCE. — XVI

Règne de François I

Fig. 1. — La place de Grève en 1o48. Le feu de la Saint-Jean. — Au premier plan, la place de Grève et le feu de la Saint-Jean. Au second plan, l'Hôtel de Ville, dont la façade se composait d'un sous-sol et d'un rez-de-chaussée élevé de quinze pieds au-dessus du niveau de la place de Grève. Les deux grandes arcades qui se remarquent à droite et à gauche donnaient accès, l'une, celle de gauche, à l'hôpital du Saint-Esprit, et l'autre au pavillon Saint-Jean. Le pignon pointu qui se voit au-dessus de l'entrée de gauche appartient à la chapelle de l'hôpital du Saint-Esprit. A côté, à droite de cette chapelle, on aperçoit un autre pignon du XVI0 siècle, reste de l'ancienne maison aux Piliers, et, pardessus le tout, les deux tours de l'église Saint-Jean en Grève.

Au commencement du XVIe siècle, les bâtiments de la maison aux Piliers (voyez planche XIV, fig. 1 ) n'étaient plus en rapport avec l'importance de la prévôté de Paris, et, dès la fin de l'année 1529, on se mit en mesure de rebâtir l'Hôtel de Ville. Pour l'agrandir, on fit l'acquisition de onze maisons environnantes.

Le 29 août 1532 « Dominique de Cortonne monstra le pourtraict du bastiment nouvel » et fut chargé de la direction des travaux, assisté de Jehan Asselin, maître des œuvres de la Ville de Paris, et de Pierre Chambiges, maître maçon.

En 1533, on procéda, malgré l'absence du roi, à la cérémonie de la pose de la première pierre; mais, à la mort de François /"r, l'édifice était encore en voie de construction, les travaux ayant été fréquemment interrompus, faute d'argent.

Henri II, désireux de plaire à l'opinion publique, donna des ordres pour hâter l'achèvement de l'Hôtel de Ville; mais les plans et dessins furent modifiés. L'achèvement du pavillon Saint-Jean, à partir de la corniche du premier étage, fut exécuté sur les devis et élévations présentés a» roi, à Saint- Germain-en-Laye.

Chaque année, la veille de la fête de saint Jean, les magistrats de la ville faisaient planter, au milieu de la place de Grève, un arbre de soixante pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attachait cinq cents bowrées et deux cents cotrets : au pied étaient entassées dix voies de gros bois et une grande quantité de paille. Un panier contenant deux douzaines de chats et même un renard, destinés à être brûlés vifs, était attaché au haut de l'arbre. Les joueurs d'instruments, notamment ceux que l'on qualifiait de la grand bande (sept trompettes sonnantes), annonçaient la solennité. Les magistrats de la ville, prévôt des marchands, échevins, armés de torches en cire jaune, s'avançaient vers l'arbre, présentaient au roi une torche de cire blanche, garnie de deux poignées de velours rouge, et Sa Majesté allumait gravement le feu de la Saint-Jean.

Fig. 2. — Fontaine de Jeanne D'Ane sur i.a place du Vieux-Marché a Rouen, au xvie siècle. — Ce monument, haut de 1 1 mètres et qui avait remplacé en 1530 la croix élevée sur le lieu du supplice de l'héroïne, se composait d'un bassin circulaire à la margelle duquel adhéraient les bases de trois colonnes portant un baldaquin triangulaire Sur ce baldaquin était établi un réservoir abrité lui-même sous un dais triangulaire plus petit et que couronnait un lantemon circulaire. L'eau s'écoulait par trois branches de plomb bronzé, tournées en S et terminées en tètes de licorne. Au centre du réservoir supérieur, un socle portait la statue de Jeanne d'Arc, et dans le lantemon terminal était une statue de la Vierge. Aux angles s'élevaient des colonnettes surmontées de statuettes : les preuses Esther, Judith et Déborah.

Fig. 3. — Procession de la châsse de sainte Geneviève,

PASSANT DEVANT l'HÔTEL-DiEU, RUE DU MaRCHÉ-PaLLU,

en 153o. — En 1531, les administrateurs de l'Hôtel-Oieu achetèrent une maison située sur le Petit-Pont, joignant le •nouveau portail de la chapelle de Sainte-Agnès et sur l'emplacement de laquelle le cardinal Duprat fit bâtir (1533) une salle affectée aux malades atteints de maladies épidémiques. Cette salle, dont on aperçoit le pignon au milieu de notre dessin, fut appelée salle du Légat.

La partie de la rue du Marché-Pallu qui se voit devant la

façade de la salle du Légat, fut construite en 1560 sur deux arches suppi'imèes du Petit-Pont qui, primitivement, en avait cinq.

Au mois de novembre 1534, les protestants firent afficher au château de Blois, où se trouvait le roi, des pamphlets séditieux et des libelles contre les mystères de la religion catholique. Le roi, en réparation de cet outrage, ordonna une procession générale, qui eut lieu le 21 janvier 1535.

Fig. 4. — Ane de triomphe et décoration nu pont Notre-Dame a l'occasion de l'entrée solennelle de Henri II, le 10 juin 1549. — En 1412, on construisit un pont en bois sur pilotis, sur l'emplacement du Grand-Pont détruit par les Normands au IX'' siècle. En 1490, ce pont, dit pont de la Planche de Mibray, s'écroula si subitement que les habitants n'eurent pas le temps de chercher leur salut dans la fuite et périrent dans les flots.

On appela aussitôt les maîtres ouvriers les plus habiles d'Orléans, de Tours, d'Amboise, de Lyon, d'Amiens et de Nantes, pour faire le pourtrait d'un nouveau pont. Une commission chargée du contrôle et de la direction des travaux fut instituée; elle était composée des maîtres d'oeuvres ordinaires de la Ville : Colin de Lachesnaie pour la maçonnerie, Gauthier Hubert pour la charpenterie, assistés de Jean de Dayac, Didier de Félin, Colin Biard, André de Saint-Martin et Jean d'Escullaint, religieux, auxquels on adjoignit le dominicain architecte Fra Giovanni Giocondo, de Vérone.

La pose solennelle de la première pierre eut lieu le 18 mars 1500, et le pont était achevé en 1507. « Il a été construit et réédifié tout de pierre de taille, dit Gilles Corozet, faisant six grandes arches égales, dont les piles sont fondées sur pilotis et renforcées, des deux côtés, en triangle faisant une pointe pour empescher et rompre les glaces. Dessus sont édifiées, par symétrie et proportion d'architecture, soixante-huit maisons, toutes d'une mesure et même artifice, de pierre de taille et briques, chacune contenant cellier ou cave, ouvroir, galerie derrière, cuisine, deux chambres, et grenier. Et est chascune escrite le nombre de son rang en lettres d'or. » Voilà sans doute le premier essai de numérotage appliqué aux maisons de Paris.

Plus monumental que le pont au Change et d'une solidité àtoute épreuve, le pont Notre-Dame devint bientôt l'itinéraire préféré des cortèges royaux qui se rendaient à Notre-Dame ou au Palais. En 1531, à l'occasion de l'entrée solennelle de la reine Elêonore d'Autriche, femme de François Ier, le pont Notre-Dame inaugura son nouveau rôle de voie triomphale, réservé jusqu'alors a son voisin le pont au Change.

Le 10 juin 1549, lors de /'entrée de Henri II, on éleva deux arcs formant tète de pont, véritables monuments dans le style antique, rehaussés de sculptures, de peintures, de devises latines et grecques. Le premier de ces arcs du côté de la Grève (rive droite), qui est figuré dans notre dessin, était consacré à la glorification du roi symbolisé et représenté en propre figure par Tiphys, patron du navire des Argonautes, allusion nationale à la lutte de la France contre la maison d'Autriche dont la Toison d'or était l'ordre et l'emblème, allusion galante à la conquête de la jeune reine Catherine de Médicis qui, on le sait, était d'un blond ardent.

Fio. S. — Façade d'une maison du xvi° siècle. — Notre composition reproduit une maison de la rue du Gros-Horloge, à Rouen, construite vers 1510. Le rez-de-chaussée était en pierre, mais la forme des pilastres et des bandeaux appartient encore au système de construction en charpente.

Fig. 6. — Intérieur d'une boutique et atelier du xvie siècle. — Les boutiques du XVIa siècle se distinguent déjà de celles des siècles précédents par des ouvertures plus larges sur la rue et par la hauteur des fenêtres qui laissent passer plus de jour. Les patrons ne pouvant encore avoir qu'un certain nombre d'apprentis à la fois et ne devant les garder qu'un certain temps, les locaux destinés aux ouvriers n'avaient pas encore à être agrandis.

LES GUERRES D'ITALIE. - LA RENAISSANCE EN FRANCE

Les Parlements. - - François Ier créa au Parlement une troisième chambre des enquêtes, àlaquelle s'ajouta plus lard unechambre du domaine. Il tendit à donner aux laïques les places des conseillers

clercs.

Les ressources que retirait la royauté de la vénalité des charges poussèrent François Ier et Henri II à augmenter le personnel du Parlement. Henri II eut l'idée de doubler le nombre des conseillers, en les faisant siéger à tour de rôle six mois par an (c'est ce qu'on appela les Parlements semestres), et il se servit habilement de cette organisation nouvelle.

Prévoyait-il que le « semestre »

refuserait L'enregistrement d'un édit bursal, il attendait l'entrée en fondions du « semestre » nouveau. Les plaideurs en faisaient autant et usaient de tous les moyens de procédure pour s'assurer des juges de leur choix. Ce système regrettable fut abandonné en 1557 et il fut décidé que le nombre des membres du Parlement serait ramené, par voie d'extinction, à ce qu'il était lors de l'avènement de François Ier.

A la mort de Henri II, la France comptait huit Parlements : Paris, Toulouse, Grenoble, Bordeaux, Dijon, Rouen, Aix et Rennes.

Les pouvoirs considérables que les rois avaient donnés au Parlement de Paris ne devaient pas tarder à se retourner contre eux.

La haute cour, d'abord ennemie de toute résistance, s'érigea en une sorte de pouvoir médiateur entre le trône et la nation, entre l'arbitraire du gouvernement et l'opinion publique. La formalité de l'enregistrement fut le point de départ de ses prétentions. L'enregistrement de chaque acte du roi avait lieu par suite d'un arrêt; or, nul arrêt n'était rendu sans délibération préalable, et de

ce fait résulta peu à peu un usage d'examen, de critique, d'amendement, de protestation et même de veto par le refus d'enregistrer. Voyant qu'on ne convoquait plus les Etats généraux, le Parlement prétendit s'associer à l'exercice de la puissance législative, et il se montra si hardi sous François Ier que ce prince fit publier un édit par lequel, après avoir rappelé au Parlement son origine et la nature purement judiciaire de ses pouvoirs, il lui défendit de modifier à l'avenir les actes qui lui seraient présentés; il lui permit seulement de proposer, par des remontrances et à titre consultatif, ses vues d'amélioration. L'édit de François Ier n'en reconnaissait pas moins le droit de remontrances, et, dès lors, la lutte politique est ouverte entre la compagnie et la royauté.

Justices féodales. — L'édit de Crémieu 10 juin 1536) proclama la prééminence des baillis sur les juridictions inférieures du royaume, niais il ne lit pas des justices féodales, comme on le dit d'ordinaire, des subalternes des justices royales, car la Déclaration de Compiègne spécifia que le roi n'avait aucunement entendu porter atteinte à la juridiction des seigneurs sur leurs terres et que leur compétence demeurait entière.

Les ordonnances de Saint-Germain (1528) et de Villers-Gotterets (1539). — Une ordonnance « sur l'abrévation des procès et la foi nie de procéder au Parlement de Paris » fut signée à Saint-Germain-en-Laye le 13 janvier 1528. L'ordonnance de Villers-Gotterets août 1539 , œuvre du chancelier Poyet et l'acte législatif le plus important du règne de François Ier, est surtout restée célèbre, paire qu'elle prescrivit l'enregistrement de tous les baptêmes et celui des décès des bénéticiers ecclésiastiques. Elle est donc l'origine de ce que nous appelons aujourd'hui 1' « état civil ».

« Sera fait, dit l'ordonnance, registres, en forme de preuve des baptêmes, qui contiendront le temps et l'heure de la nativité, et par l'extrait dudit registre se pourra prouver le temps de majorité ou minorité et fera pleine foi à ceste fin. » — « Des sépultures des personnes tenant bénélices sera l'ail registre en forme de preuve par

Henri II à cheval, par François Cloubt (Collection privde).

les chapitres, collèges, monastères et cures, qui fera foi, et pour la preuve du temps de la mort, duquel temps sera l'ait, expresse mention esdits registres, et pour servir auxjugemens des procès où il seroit question de prouver ledit temps de la mort. Et afin qu'il n'y ayt faute auxdits registres, il est ordonné qu'ils seront signés d'un notaire avec celui desdits chapitres et couvents, et avec le curé ou vicaire général respectivement, et chacun en son regard, qui seront tenus de ce faire, sur peine des dommages et intérêts des parties,

et de grosses amendes envers nous. » Mais il ne suffisait pas de dresser des registres, il fallait encore en assurer la conservation. Aussi un article de l'ordonnance oblige-t-il les chapitres, couvents et cures à « mettre [esdits registres, par chacun an, par devers le greffe du prochain siège de baillif ou séneschal royal, pour y estre fidèlement gardés, et y avoir recours, quand mestier et besoing sera ».

Bien que l'ordonnance ne parle que des registres destinés à fournir la preuve des baptêmes et des sépultures ecclésiastiques, il est certain que, même sous François Ier, l'usage s'introduisit de constater la naissance, le mariage et la mort de tous les individus sans distinction.

L'ordonnance de 1539 détermina des limites précises entre la juridiction ecclésiastique et la juridiction séculière. Elle substitua le français au latin dans tous les actes notariés, procédures et jugements (1). Elle décida, en matière criminelle, que l'accusé répondrait lui-même aux interpellations et pourrait entendre les dépositions avant de proposer ses reproches.

Séparation des juridictions civile et criminelle. — A l'origine, les baillis et les sénéchaux surveillaient les prévôts et représentaient l'autorité royale; ils avaient des attributions financières, puisqu'ils centralisaient les impôts dans leur circonscription, comme le font aujourd'hui les trésorierspayeurs généraux dans nos départements; ils avaient des attributions judiciaires; ils avaient des attributions militaires, puisqu'ils convoquaient les hommes que devaient fournir les vassaux du roi. Dès Philippe le Bel, ils avaient commencé à perdre leurs attributions financières au profit des receveurs des droits royaux. Ils perdirent ultérieurement leurs attributions judiciaires, qu'ils n'exerçaient pas d'ailleurs directement, mais par l'intermédiaire de lieutenants ou délégués : ceux-ci prirent peu à peu la place des baillis et devinrent des fonctionnaires royaux. François Ier, par une ordonnance de 1522, institua dans tous les bailliages des lieutenants criminels, et les affaires criminelles échappèrent à la compétence des lieutenants généraux et particuliers : ainsi s'opéra la séparation des juridictions pénales et des juridictions civiles.

Cette mesure importante eut pour complément celle qui institua auprès du lieutenant général un certain nombre de conseillers pér-

ît) Un seigneur de la cour ayant perdu un procès devant le Parlement, François Ier lui demanda quel était le dispositif du jugement. « Sire, répondit le plaideur, le jugement porte que je dois être débotté (déboulé). — Débotté, dites-vous! — Oui, sire, j'ai bien entendu ces mots : Dicta curia debotavit et debolat dictum actorem, etc. — Ali ! je comprends, reprit le monarque en riant, vous me signalez un abus qui subsiste malgré mes ordonnance,, u Jacques Colin, lecteur et secrétaire du roi, présent à ce dialogue, s'éleva contre l'usage de rendre la justice en latin, et depuis, toutes les t'ois que l'oci a ion s'en offrit, il soutint la même thèse en répétant le debotavit et le ci à l'appui de ses arguments. I.a plaisanterie eut d'heureusi - conséquei ci l'ordonnance de Villers-Coiterets prescrivit que, dorénavant, tous les arrêts judiciaire- seraient prononcés, enregistrés et délivrés « en langage moderne français, et non autrement ». Les praticiens, très mécontents, exéculi celle ordonnance en disant « qu'elle venail à propos de bottes ». Et le dicton, qui existait déjà, fut mis en grande vogue.

manents. Auparavant, le bailli ou son lieutenant invitait des particuliers à siéger auprès de lui, mais il n'était pas lié par leur avis, purement consultatif : à partir de François Ier, le lieutenant put auprès de lui des conseillers, fonctionnaires royaux comme lui, et au lieu d'un seul juge, il y eut un tribunal prononçant à la majorité des voix. Ce fut une garantie pour les plaideurs.

Les présidiaux. — Pour seconder les Parlements, qui étaient surchargés d'affaires, Henri II, parl'éditde Fontainebleau (janvier 1551), décida l'institution, dans ebaque bailliage ou sénéchaussée, d'un siège présidial « pour le moins », pour statuer sur certaines affaires criminelles et, sans appel, sur toutes les matières civiles n'excédant pas « la valeur de 250 livres tournois pour une fois, ou de 10 livres tournois de rente, ou revenu annuel, de quelque nature ou qualité que soit ledit revenu, droits, profits et émolumens dépendans d'héritages nobles ou roturiers ».

Chaque présidial devait comprendre au moins neuf juges.

Les finances. — Par l'édit du 28 décembre 1523, François Ier créa un receveur de l'épargne, entre les mains duquel furent centralisés les impôts perçus par les receveurs généraux, dont le nombre fut fixé à treize par l'édit de Cognac (décembre 1542).

En 1551 Henri II réunit les charges de trésorier de France et de général des finances; ces nouveaux officiers eurent le titre de trésoriers généraux. Leur nombre fut porté à dix-sept, et il y en eut un par généralité.

Il existait sous Henri II six chambres des comptes : Paris, Dijon, Montpellier, Provence, Dauphiné, Bretagne, et quatre chambres des aides : Paris, Montpellier, Rouen, Périgueux. En outre, il y avait trois cours souveraines des monnaies: Paris, Montpellier et Rouen.

L'impôt pèse toujours très lourdement sur les malheureux contribuables, et comme son produil est insuffisant, François lor contracte avec la ville de Paris un emprunt qui est l'origine de la rente perpétuelle 1522), ce qui ne l'empêche pas de contracter aussi ^\i^ emprunts à court terme. Henri 11 va plus loin encore dans la voie des exigences fiscales : il oblige les villes à des dons gracieux ou à des emprunts forcés, vend les charges de finances et de juslice, emprunte à la banque de Lyon, obtient d'une assemblée des notables 1558) 3 millions déçus d'or (34 500 00U francs) à percevoir sur les « aysés », ajoute à la taille comme accessoire le taillon. Malgré quelques remboursements aux porteurs de la dette publique, celle-ci s'élève, sous ce roi, à environ 42 millions en capital.

Le monopole de la gabelle était particulièrement onéreux et vexatoire. Il obligeait les gens à acheter, qu'ils en eussent ou non besoin, uni' quantité de sel déterminée, et il fut l'impôt le plus impopulaire de l'ancien régime. Les excès de la fiscalité, dus au gaspillage des finances et aux dépenses somptuaires autant qu'à l'obligation de subvenir aux frais utiles de la guerre, donnèrent lieu sous François Ier à une cause célèbre — le procès de Semblançay — et sous Henri II à la révolte de la Gabelle.

Procès et condamnation de Semblançay. — Fils d'un négociant de Tours, qui avait été maire de sa ville natale et « argentier » des rois Louis XI et Charles VIII, Jacques de Beaune avait été choisi comme trésorier par Anne de Bretagne et, en 1495, il était devenu général des finances aux pays de langue d'oc. Louis XII l'appela au conseil des finances et le fit chevalier en 1509, probablement le jour de la bataille d'Agnadel, à laquelle assistait Jacques de Beaune. A la même époque, celui-ci passa du généralat de Languedoc à relui Je Langue d'oïl, et joua dès lors un rôle éminent dans l'acl- : des finances. Louise de Savoie acheva sa fortune poli-

Une séance de la chambre d Miniature extraite du Protocole de

tique et augmenta ses richesses en lui confiant l'administration de son domaine et en lui donnant la baronnie de Semblançay (9 décembre 1515), dont il porta désormais le nom.

Bien que le chef officiel des finances fût le grand maître de Boisy, la faveur de Jacques de Beaune excita bien des jalousies, principalement celle du chancelier Duprat, et il eut le malheur d'être le représentant le plus en vue de cette riche bourgeoisie qui, toutepuissante dans l'administration du royaume depuis Jacques Cœur,

provoquait la colère de la noblesse d'épée. Enfin, il eut le tort capital d'être le créancier du roi.

Rien n'établit que Lautrec l'ait accusé, comme l'affirmèrent (iutchardin et Martin du Bellay, de n'avoir pas envoyé, en 1522, les 400 000 écus nécessaires au payement de la solde des Suisses qui se firent battre à la Bicoque, ni que Semblançay ait été obligé de remettre la somme à Louise de Savoie.

A la vérité, le procès de Semblançay ne fut qu'un douloureux épisode de la lutte entreprise, dès 1523, par François Ier et Louise de Savoie contre les grands financiers, qu'ils accusaient de les avoir trompés depuis deux ans. La création d'un receveur de l'épargne (18 mars 1523) commença le démembrement des généralités, et le 13 octobre, Semblançay reçut l'ordre de se dessaisir des étals de finances qu'il détenait depuis huit ans. Remplacé par Philibert Babou à la tête de la maison de Madame (15 avril 1524), il comparut d'abord devant une coinmission spéciale pour y rendre ses comptes en qualité de comptable particulier de Madame : il en sortit indemne, et la commission reconnut même ses créances contre le roi; quant à la reine mère, elle avait l'ait soustraire au trésorier par un de ses commis, René Gentils, les quittances qu'elle lui avait précédemment remises. La reconnaissance de dette dont Semblançay avait bénéficié en justice n'eut aucune sanction pratique, et le financier, non remboursé, eut à se débattre contre les créanciers du roi, envers lesquels il s'était porté caution. Louise de Savoie, d'ailleurs, ne le laissa pas en repos : elle l'accusait d'avoir dépensé, en 1521, son épargne particulière, plus une somme de 300 000 livres, indemnité payée par l'Espagne contre l'abandon de Naples, et que la reine mère prétendait Jui appartenir. Elle voulait se rembourser sur les biens de Semblançay. Régente après la bataille de Pavie, elle le fit accuser par un comptable, Prévost, de « retenir au roy 100 000 francs ou 100000 escuz ». Le 13 janvier 1527, Semblançay fut jeté à la Bastille, et il comparut devant une commission particulière : on lui reprocha d'avoir touché' indûment des intérêts sur l'argent qu'il procurait au roi, d'avoir gardé certaines sommes, d'avoir trafiqué avec les banquiers italiens, d'avoir commis des irrégularilés dans le service de Madame. En somme, aucun acte sérieux de malversation ne put être relevé contre lui, et tout au plus certains historiens ont-ils pu supposer que les exigences constantes de la reine mère l'avaient amené à concussionner; il n'en fut pas moins condamné à la peine capitale.

Ce jugement partial reçut son exécution le 11 août 1527. Semblançay, amené à Montfaucon sur une mule, à cause de son grand âge (il avait soixante-douze ans , montra une contenance ferme devant la mort; on lui lil attendre le supplice de une beure après-midi à sept heures du soir, non par cruauté, mais parce qu'on compta jusqu'au dernier moment sur la clémence royale. Malgré la défaveur qui a toujours entouré, sous l'ancienne monarchie, les administrateurs des finances publiques, Semblançay était devenu sympathique ,ui peuple depuis sa condamnation et le roi craignait même une sédition. Il n'y en eut pas, mais une grande foule vint assister

es comptes au XVIe siècle.

la chambre (Archives nationales,.

LES GUERRES D'ITALIE. — LA RENAISSANCE EN FRANCE

nno

à Monlfaucon aux derniers moments du vieillard, dont la condamnation inspira à Clément Marot une épigramme célèbre.

Deux ans après la mort de Semblançay, sa mémoire reçut une demi-réhabilitation. Le commis qui avait volé les quittances de la reine mère ayant été découvert et pendu, l'arrêt de confiscation fut annulé et les biens du trésorier furent rendus à son petit-fils.

La révolte de la gabelle (1548). — La Guyenne, la Saintonge, l'Aunis, furent sous Henri II le théâtre de séditions provoquées par l'établissement de la gabelle. L'impôt s'était accru sous François Ior dans des proportions considérables, et l'unification de la gabelle en 1S42 avait provoqué des émeutes en Saintonge. En juillet 1548, la mise en vigueur de nouveaux tarifs d'impôts détermina en Angoumois et en Saintonge une véritable insurrection qui se propagea dans le Bordelais. A Bordeaux, le lieutenant du roi, Tristan de Moneins, fut assassiné devant l'hôtel de ville, aux cris de Vive Guyenne ! par une foule qu'excitaient des agents anglais (août 1548). Le corps de Moneins resta « nud sur les carreaux le lendemain de 8 heures à 9 heures du matin » et fut ensuite « porté en terre, sur albardes sans digne service, ni solenipté d'obsecques et funérailles ». Vingt officiers des gabelles furent massacrés et leurs corps salés.

Henri II, qui avait accordé une amnistie à l'Angoumois et à la Saintonge, décida d'envoyer un corps d'armée à Bordeaux sous le commandement du connétable de Montmorency et du duc d'Aumale. Le Parlement fut supprimé ; une commission extraordinaire envoya au supplice de nombreux révoltés ; la ville fut frappée d'amendes et perdit ses privilèges; la jurade, avec cent vingt bourgeois en deuil, tenant chacun un cierge de deux livres, dut assister à l'exhumation Je Moneins (1), dont le cadavre fut ensuite transporté en grande pompe à la cathédrale Saint-André (novembre 1548), puis faire amende honorable devant Montmorency. Cependant en 1549 le roi proclama une amnistie et en 1553 il permit aux provinces de racheter la gabelle.

« Les populations de la Guyenne reprirent en silence leur vie misérable. Quoique écrasées, elles avaient remporté une victoire morale considérable : leur résistance avait eu raison de l'arbitraire royal. La gabelle était abolie. La manifestation de la force insurrectionnelle, les rigueurs injustifiées de la répression, après une amnistie promise, firent une impression durable dans l'âme des paysans de l'Ouest, et il est permis de croire que les ferments de haine répandus favorisèrent la propagande calviniste dans ces contrées. Les principes de républicanisme latent de la Béforme ne pouvaient qu'attirer des gens poussés à bout par l'absolutisme royal (2). » — C'est à l'occasion de la révolte de la gabelle que La Boétie écrivit son Discours sur la servitude volontaire.

A Cognac, un officier de la gabelle fut torturé et tué, et les révoltés, en jetant à l'eau le cadavre, criaient : « Va, méchant gabeleur, va saler les poissons de la Charente. »

L'armée. — Les guerres d'Italie offrent à l'historien un champ précieux d'observations comparatives. Elles lui permettent d'assister à la transformation de l'art militaire, de rapprocher les principes de guerre du moyen âge finissant et ceux que commence à imposer aux belligérants l'usage de l'artillerie, de voir combattre simultanément Bayart, la dernière incarnation de la chevalerie, et Gaston de Foix, le premier en date des grands capitaines. Concurremment avec les canons et les arquebuses, on rencontre clans les armées des arbalètes, des arcs, des piques, des épées et des estocs, des dagues, des lances, des marteaux d'armes et des masses d'armes, des haches d'armes de formes diverses (guisarme, hallebarde, pertuisane). Les combattants sont emprisonnés dans une armure plate, et les plaques en deviennent si épaisses, si lourdes, qu'elles gênent ou paralysent leurs mouvements.

Sous Henri II, l'arbalète et l'arc font de plus en plus place aux arquebuses à croc, aux mousquets à roue, aux haquebutes ou pistolets d'Allemagne. Les canons en bronze ont remplacé les canons en fer.

L'artillerie, telle qu'elle avait été perfectionnée sous Louis XI, fut employée pour la première fois par Charles VIII, lors de son expédition en Italie, et l'on connaît, par les historiens du temps, l'impression profonde qu'elle produisit. Les nouvelles pièces furent appelées, d'une manière générale, canons, mais certaines variétés conservèrent plusieurs des anciens noms ou en reçurent de nouveaux, tels que ceux de faucon, fauconneau, sacre, émerillon,

(1 11 n'e-t pas vrai que les jurât s aient été obligés de déterrer avec leurs ongles le corps de Moneins.

(2) S.-C. Gigon, La Révolte de la gabelle en Guyenne (l'J0(i;, p. l'Jo.

courtaut, etc. Toutefois, elles offrirent pendant longtem] grande multiplicité de calibres que le service en éprou plus grands inconvénients. Charles Quint essaya le prenait simplifier l'artillerie en ramenant les bouches à feu à un petit nombre de modèles et ne put y réussir : ce fut Henri 11 qui réalisa encore cette réforme en réduisant à six le nombre des calibres autorisés, et qui, par conséquent, posséda le premier un véritable système d'artillerie.

François Ier avait, en 1521, divisé la France en quatre grands gouvernements militaires : Champagne, Picardie, Lombardie et Guyenne; à chacun de ces gouvernements revenait le soin de faire des levées et d'entretenir des troupes. Mais la plupart du temps le manque d'argent obligeait à licencier les soldats une fois la guerre finie, et ces hommes sans ressources devenaient un danger pour le pays. En outre, on n'osait armer tout le peuple dans la crainte qu'il ne se révoltât, comme on l'avait vu au xivc siècle. Aussi continua-t-on à entretenir des corps considérables d'étrangers. On les recrutait sur place au fur et à mesure des besoins, ou bien on faisait des levées à prix d'argent en Suisse et en Allemagne, d'où l'on tirait des lansquenets.

François Ier s'appliqua, dans un but d'économie, à développer une infanterie nationale sous le nom de Légions provinciales (1534). Mais il y donna peu de place aux francs archers, qui ne valaient rien pour servir à l'étranger et qui n'étaient bons que pour former une sorte d'armée territoriale. Les piétons levés par engagements volontaires étaient réunis par bandes, dont les deux plus célèbres, qui formaient de véritables corps d'armée, étaient les bandes de Picardie et les bandes de Piémont. Commandées par des colonels, elles furent le véritable noyau de notre infanterie nationale qui, sous Henri III, fut divisée en régiments.

La principale force des armées de l'ancienne monarchie, la cavalerie féodale, devenait de moins en moins nombreuse : à la gendarmerie se substituait une cavalerie légère et une infanterie nombreuse dont la suprématie ira toujours grandissant au cours des grandes guerres du xvne siècle.

La marine. — François Ier eut une véritable marine de guerre, composée à la fois de bâtiments à voiles et à rames, ces derniers plus favorables aux manœuvres de combat, mais nécessairement destinés à décliner devant la puissance et la portée du canon. La Hotte de la Méditerranée, qui avait pour chef le général des galères ou amiral du Levant, se composait de galères manœuvrées par des forçats ; celle de l'Océan, commandée par Y amiral du Ponant, se composait de vaisseaux à voiles. Pour abriter cette dernière, le roi créa le port de Franciscopolis, plus tard appelé le Havre de Grâce. En 1534i, d'après Martin du Bellay, François Ier réunit au Havre une flotte composée de 150 gros vaisseaux ronds (galions), allant à voiles et à rames, de 25 galères et de 60 petits bâtiments, et destinée à combattre l'Angleterre.

L'Assistance publique. — D'importantes modifications furent apportées, dès le commencement du xvie siècle, dans l'organisation de l'assistance. Des lettres patentes de Louis XII, du 11 avril 1505, et un arrêt du Parlement du 2 mai suivant avaient enlevé le gouvernement du temporel de l'IIôlel-Dieu au chapitre de Notre-Dame pour le confier à huit bourgeois, assistés d'un receveur; ces administrateurs laïques étaient élus par le prévôt des marchands et les échevins, sauf ratification du Parlement.

Ce fut aussi à la municipalité parisienne que fut attribué le service des secours à domicile qui précédemment appartenait au Parlement, mais s'exerçait par l'intermédiaire des paroisses : des lettres patentes de François Ier, du 7 novembre 1544, instituèrent, à cet effet le Grand Bureau des pauvres ou Aumônerie générale, qui fut cha rgé de lever annuellement une taxe d'aumône pour l'entretien des établissements destinés à recevoir des malades. L'égalité de tous devant la taxe souleva des protestations, et Henri II dut, par une déclaration de 1551, renouveler les prescriptions de 1544. La laïcisation des hôpitaux fut généralisée par l'article 65 de l'ordonnance de Blois (1579). L'administration des « hospitaux et autres lieux pitoyables » avait donné lieu à des plaintes répétées, et l'édit de Fontainebleau (avril 1561) avait dû mettre un terme aux gestions infidèL m

certain nombre d'administrateurs, dont «< plusieurs à qui cette charge a été commise, dit l'édit, approprient à eux et appliquent à leur profit la meilleure partie du revenu » des établissements charitables.

Divers bôpitaux furent successivement créés : en 1536, l'hospice des Enfants-Rouges, pour les enfants trouvés ; en 1554, l'hospice des Petites-Maisons, pour les pauvres mendiants.

BIBLIOGRAPHIE

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