LA MONARCHIE ET L EGLISE
Le Concordat de Bologne (1516). — L'abolition de la Pragmatique Sanction de Bourges, favorable au gallicanisme, n'avait cessé d'être poursuivie par le Saint-Siège. Au début de son règne, après Marignan, François Ier signa avec le pape Léon X un acte (1516) qui devait régler jusqu'à la Révolution les rapports de l'Église et de l'État en France : ce fut le Concordat de Bologne, négocié par le chancelier Duprat. Sous réserve de l'institution canonique, le roi de France obtenait la nomination « tous les bénéfices, qu'on lui avait refusée jusquelà. Il recevait d'une manière générale le droit de nommer les supérieurs des abbayes, à la simple condition pour lui de faire son choix parmi les religieux du même ordre. Pour les abbés à la nomination du roi, la confirmation était remplacée par les lettres de provision que leur octroyait le pape. Pour les abbés généraux ou chefs d'ordre, le droit d'élection était maintenu, le pouvoir de ces abbés s'éten-
dant bien au delà des limites du royaume. Le droit d'élection fut également maintenu pour les abbés temporaires, institués dans le but de restreindre le pouvoir considérable des abbés. Les procès ecclésiastiques devaient être jugés en appel par des délégués du pape, mais dans le royaume et non en cour de Rome.
La suppression partielle du régime des élections épiscopales, l'omission de la clause de la Pragmatique qui proclamait la supériorité des conciles, la restitution des annates furent les principales satisfactions accordées au Saint-Siè^e.
Le Concordat devait avoir en France d'importantes conséquences : tout d'abord il élevait l'autorité royale au-dessus de l'aristocratie ecclésiastique; en second lieu, en rendant au pouvoir laïque la disposition des biens d'Église, il enlevait à la Réforme une des chances de succès qui la firent prévaloir en Angleterre et en Allemagne.
Il rem unira l'opposition acharnée du Parlement et de l'Université. Le Parlement ne l'enregistra qu'après deux ans de négociations, « du très exprès commandement du roi plusieurs fois répété ». A la vérité, chacune des deux parties contractantes se faisait d'importantes concessions, et l'acte de Bologne était une transaction entre la suprématie pontificale, fis prétentions royales et les libertés gallicanes.
Accord du clergé et de la royauté. — Le roi a voulu un clergé soumis comme il a voulu une noblesse asservie, et les évêques, associés à l'œuvre de la monarchie nouvelle, mêlés à la vie politique et mondaine, participant aux honneurs et à la fortune, sont le plus souvent éloignés de leurs diocèses. Si l'évêque d'Albi, Louis d'Araboise, frère du cardinal, ne s'en remet à personne du soin de remplir sa mission pastorale, l'évêque d'Angoulême, Octavian de Saint- Gelais, est par contre un courtisan accompli, aimable, de goûts raffinés, lettré etpoète louangeur. Le système de l'élection, quoique souvent vicié, avait assuré jadis un bon recrutement du clergé dirigeant. Après le Concordat de Bologne* << François I"1', prince généreux et bon compagnon, se mit à distribuer les évêchés sur la demande des dames, à donner les abbayes en récompense à ses soldats,
Sceau du Concordat de Bologne.
à prodiguer ses faveurs à toutes sortes de personnes sans consulter leurs mérites. Henri, son successeur, n'en agit pas avec plus de prudence. Tout espoir fut perdu pour les prêtres bons et lettrés de recevoir une récompense de leurs travaux ; l'amour de l'étude se relâcha, et l'on ne songea plus qu'aux commodités de la vie » 1 . Charles de Bourbon fut fait, à dix ans, primat des Gaules.
Tous les prêtres éclairés demandent une réforme de la discipline ecclésiastique.