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LA BOURGEOISIE

La bourgeoisie administrative et financière. — Pendant que la noblesse s'illustre sur les champs de bataille, mais perd son influence politique et voit diminuer ses ressources matérielles, la bourgeoisie forme de plus en plus la classe sociale prépondérante. L'industrie et le commerce lui assurent la fortune et la fortune lui permet de parvenir aux plus hautes charges financières. La gestion de ses affaires privées se confond avec celle des affaires publiques; les riches marchands sont les banquiers des rois et de la noblesse, les administrateurs de la fortune publique; leurs gains sont illimités, et ce sont eux maintenant qui s'installent dans les châteaux à la place de leurs nobles débiteurs. Leur puissance est telle qu'elle porte ombrage au roi même et que la bourgeoisie financière est condamnée dans la personne de Semblançay. Ils n'en restent pas moins le facteur social le plus important des temps modernes.

L'aifluence des métaux précieux en Europe, à la suite des découvertes maritimes, a déprécié le numéraire et déterminé une hausse des prix. La noblesse, qui ne veut pas se mêler au mouvement commercial et industriel de son temps, voit donc ses ressources diminuer alors que la bourgeoisie s'enrichit. Détenteurs de la richesse mobilière, du capital, les bourgeois disposent de la puissance économique. Dans les villes, ils sont à la tête de l'administration locale. Ils vont, à côté de la noblesse d'origine militaire, former une noblesse civile, soit en exerçant les fonctions judiciaires (noblesse de robe), soit en acquérant des fiefs et en recevant des lettres d'anoblissement. Cette bourgeoisie privilégiée sera jusqu'à la Révolution la collaboratrice la plus dévouée et la plus précieuse de l'administration monarchique centralisée.

LES PAYSANS ET l'a G RI C U LTU R E

La royauté protège les paysans comme elle protège la bourgeoisie. Si les charges fiscales continuent de peser lourdement sur les campagnes, malgré des réductions de taille et l'assujettissement à l'impôt des biens roturiers acquis par les nobles, la condition de l'homme des champs, dont la vie matérielle est d'ailleurs peu satisfaisante, s'améliore par suite des modifications survenues dans les rapports juridiques du propriétaire et du tenancier : les contrats ruraux sont de plus en plus favorables à ce dernier et tendent à démembrer à son profit le droit de propriété, en même temps que la rédaction des coutumes purge le droit civil des éléments féodaux qui le dénaturaient. Les droits de banalité et de corvée sont exercés inoins abusivement. Le servage a disparu tout à fait dans quelques provinces, et, dans les autres, il est moins rigoureux.

La mise eu valeur de la terre est poussée avec, assez d'activité pour permettre l'exportation des céréales, mais l'outillage agricole est encore rudimentaire, et les procédés de culture, sauf de rares exeptions, restent immuables. Le propriétaire ne veut pas laisser changer l'assolement, parce qu'une modification dans la périodicité des produits qui lui reviennent bouleverserait ses habitudes. Cependant, on commence à réimprimer certains traités agronomiques tels (pie ceux de Pierre de Creseens, de Jehan de Brie et de Guyot Marchand, eten 1354 Charles Estienne publie sa Maison rustique, rééditée depuis à maintes reprises.

l'industrie et le commerce

Progrès de l'industrie. — Le mouvement artistique eut son côté industriel particulièrement intéressant, et beaucoup d'artisans furent de vrais artistes.

François Ier fit venir d'Italie des ouvriers qui travaillèrent dans les ateliers de Tours les soies achetées aux Génois et aux Toscans: en 1546, on comptait dans celte ville 80D0 métiers. Les fabriques de Lyon se relevèrent et, pour développer l'industrie nationale, on multiplia les plantations de mûriers. A Fontainebleau, où François 1er créa une manufacture royale de tapisseries de haute lice, des Flamands et des Italiens exécutèrent les créations du Prima-

(1) Relation de V ambassadeur vénitien Giovanni Correr (1554).

LES (ILE UKi: S D'ITALIE.

LA RENAISSANCE EN FRANCE

tice. L'industrie des draps se perfectionna; les draps fins étaient fabriqués avec des laines anglaises et espagnoles, mais la basse Normandie fournissait une sorte de laine qui servait à la confection du drap dit camelot. Rouen fabriquait des poteries émailiées, et le Poitou les faïences dites d'Oiron.

L'industrie des «forges à fer» prit une telle extension et consomma une telle quantité de bois que, pour arrêter « le grand dégât et dépopulation » des forêts, le roi songea en 1543 à réduire le nombre de ces établissements, qui n'auraient plus « fourni de fer que le royaume seulement», mais il y renonça pour ne pas tarir un important courant d'exportation.

[1 suffira de mentionner les rapides progrès de l'imprimerie et de rappeler la famille célèbre des Estienne qui, au xvie siècle, compta quatre générations d'érudits.

La grande industrie. Condition de l'ouvrier. — L'exercice des professions industrielles exige maintenant des capitaux, et la maîtrise dans les corporations, le patronat dans les métiers libres sont de moins en moins accessibles à l'ouvrier. La corporation du moyen âge, religieuse et familiale, va chaquejour se désagrégeant. Le chefd'œuvre devient une épreuve compliquée et onéreuse, et de lourdes obligations sont imposées au nouveau maître, notamment un banquet monstre à l'occasion de sa réception.

« Les communautés s'efforcent de restreindre la concurrence, de diminuer le nombre des maîtres, de réserver la maîtrise aux lils et gendres de maîtres, à l'exclusion des simples compagnons; une aristocratie de boutique mesquine et jalouse est en train de se constituer... Les abords de la maîtrise sont comme barricadés par l'esprit de caste, intéressé à en tenir éloigné l'ouvrier » (1). Celui-ci n'a plus aucune part à la direction de la corporation, et il est, d'un autre côté, exclu des fonctions municipales, parce que le travail manuel, décrié par les humanistes, est tenu pour dégradant. « Les artisans, dit Loyseau, sont réputés viles personnes. »

Les rapports du patron et de l'ouvrier se trouvèrent modifiés plus profondément encore par la révolution économique consécutive aux grandes découvertes géographiques du xve siècle.

Ces découvertes bouleversèrent la vie économique de l'Europe. Elles déplacèrent les centres commerciaux, modifièrent les institutions de crédit, amenèrent sur les marchés des produits nouveaux et surtout une telle quantité de métaux précieux que la valeur de la monnaie en circulation dans les pays européens s'éleva de 800 millions à 3300 millions, d'où une dépréciation du numéraire et une diminution du pouvoir de l'argent. Les relations de peuple à peuple devenant plus faciles, il se constitua un marché international et le producteur dut tenir compte des besoins de la consommation générale : le principe de la division du travail s'imposa, en même temps que le travail mécanique (moulins de forge, moulins pour fabriquer le papier) apparaissait comme capable d'assurer un rendement plus important au prix d'un moindre effort physique. A l'industrie locale commença de se substituer la grande industrie, l'industrie « capitaliste ».

La question des salaires se pose du même coup, et le xvie siècle voit éclater les premiers conflits entre le capital et le travail.

La condition du travailleur urbain est donc moins satisfaisante que celle du paysan. « Les progrès de la bourgeoisie ne font qu'accentuer la misèn: du peuple; salariés et artisans forment déjà un prolétariat dont la masse et la pauvreté vont en grandissant» (2), parce que les rois et leurs conseillers « ont senti, dans cet élément populaire, une résistance à l'ordre de choses qu'ils rêvent d'établir » (1), et aussi parce que les charges fiscales, tant royales que municipales, accablent les travailleurs au moment même où enchérit le prix de la vie (1) et où la fixité du taux des salaires (1) est maintenue par l'influence des corporations jointe à l'action des pouvoirs publics 3 .

De même que le paysan s'est détaché du seigneur, qui n'a pas su le protéger mais souvent même l'a ruiné pendant la grande guerre anglaise, de même l'ouvrier s'est détaché du patron à partir du jour où les corps île métiers se sont donné une organisation aristocratique et exclusive. Les associations de compagnons se dressent en face du patronat : dès le règne de François Ier éclate une véritable grève des imprimeurs de Paris et de Lyon (4).

Le commerce. — Les corporations. — Les corporations marchandes se sont, transformées dans le même sens que les ci rporations industrielles. Il est constitué à Paris, au-dessus de i autres corps de métiers, une sorte d'aristocratie commerciale : les six corps marchands drapiers, épiciers, merciers, pelletiers, orfèvres-joailliers, bonnetiers) qui marchent immédiatement après le corps < I < ville dans les processions publiques, revêtus de costumes somptueux.

Protection accordée au commerce. — François Ier persista dans le système protecteur introduit par Louis XL 11 frappa d'un droit les étoffes de velours et de soie étrangères; il défendit l'introduction des draps d'Espagne pour protéger les fabriques du Languedoc; il interdit les sayetleries flamandes (étoffes de laine cl de soie).

Des banques furent créées à Lyon (1543>, à Toulouse (1549), à Rouen (1556). Le commerce du change fut réglementé (1551). Les foires de Lyon devinrent une bourse internationale de marchandises et de valeurs. Les voies commerciales furent améliorées, les relations de province à province facilitées. Les péages établis arbitrairement par les seigneurs dans leurs domaines furent abolis (1532). Enfin, Henri II édicta pour tout le royaume « une seule forme d'aune » (1540), mais cette tentative d'unification des mesures de longueur échoua devant les réclamations des provinces 1 .

Commerce maritime. Colonisation. — Le commerce maritime fut favorisé par la création du Havre (voir p. 330), par les capitulations (2) et par les voyages de colonisation.

Si la France n'eut pas, dès l'origine, une politique coloniale raisonnée, elle se montra de bonne heure curieuse de navigation et d'exotisme. Dès l'année 1315, l'amiral de France, Louis de la Cerda, avait fait voile vers les îles Fortunées (Canaries), mais il n'avait pu apercevoir l'archipel où il s'était proposé de fonder un royaume dont le pape Clément VI lui avait, à Avignon, solennellement donné l'investiture. Il se produisit alors un courant d'expéditions aux côtes d'Afrique, mais rien ne permet d'ajouter foi à un document du xvne siècle d'après lequel les marins dieppois auraient fondé des comptoirs le long de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or de 1304 à 1410 (3). La première navigation authentique est celle du Normand Jean de Béthencourt qui, en compagnie du Poitevin Gadifer de la Salle, aborda en 1402 à l'île de Lancerote, visita l'île Fortavenlure, soumit l'île de Fer et l'île de Palma, en convertit les habitants au christianisme, fit plusieurs voyages en Normandie pour en ramener des ouvriers et des colons. En 1418, un naufrage lui ayant fait perdre la fortune qu'il avait gagnée dans la traite des Guanches, il vendit son royaume des Canaries, et la colonie qu'il avait fondée passa au pouvoir du roi d'Espagne.

Les navigations des Normands, des Bretons, des Rochelais, des Basques, au xve siècle, tant à la côte d'Afrique que dans les parages de Terre-Neuve, sont peu connues.

Le Dieppois Jean Cousin a-t-il, en 1438, découvert le cap des Aiguilles et reconnu la plus grande partie de la côte occidentale d'Afrique? Cette tradition est douteuse, mais il parait certain que dès le xv° siècle des marins français fréquentaient les îles du Cap- Vert, et il est, d'autre part, hors de doute que le capitaine liinot Paulmier de Gonneville, de Ronfleur, vint atterrir en 1504 à l'embouchure du rio San Francisco do Sul et prit possession du pays, qu'il appela « Terre des perroquets ».

Aperçues déjà en 1490 par les frères Jean et Sébastien Cabot, les côtes du Canada furent reconnues par Giovanni Verazzano, que le roi de France avait chargé de rechercher le passage du nordouest (d'Europe en Chine) ; il explora de 1520 à 1527 toutes les parties de la côte américaine qui s'étend de la Géorgie actuelle au cap Breton, du 33e degré au 47e.

(1) E. Maiuin-Sunt-Léûn, Histoire des corporations de métiers (2e éd., 19011, pp. 2S0-281).

(2) P. I.MBAivr de la Tocit, Les Origines de la Réforme, tome I« (I'JOj), pp. 163-513.

; II. Hauser, Ouvriers du temps passé '■>" éd., l'JOli), pp. loi et suiv.

(4) Voir l'histoire des grèves de Paris et de Lyon dans IL Uausek, ouvr. cité, ch. X.

Histoiue lie Francs. — I.

(1) Ala fabrication des monnaies au marteau, Henri II substitua le monnayage mécanique, imaginé par un orfèvre d'Augsbourg, et, par lettres patentes du 27 mars lool, créa à Paris un atelier sous le nom de « monnaie des Étuves ».

(2) Les capitulations sont des conventions par lesquelles la Porte ottomane et les Élats barbaresques ont reconnu aux commerçants chrétiens établis sur leurs territoires respectifs le droit de commercer et le privilège d'être jugés par leurs consuls. Depuis les croisades, la suprématie de la France dans le Levant était telle au moyen âge qu'il n'était permis d'y naviguer que sous la protection du pavillon français. En février 1535, une capitulation, négi parle sire Jean de la Forest, fut consentie à François Ier par le ui liman le Magnifique : la France jouirait de tous les privilège accordés pic cédemment aux Vénitiens et protégerait tous les suji I i bréliens, sauf i u de Charles Quint. Les traités avec les infidèles étant considérés par le Otto mans comme une trêve et devant être renouvelés à la mort du iuverain qui

les a. conclus, la capitulalion de 1535 fut plusieurs fois renouvelée, i- elle

servit de base à toutes celles qui suivirent.

(3) Charles île La Ronciêre, Histoire de la marine française, t. II (1900), p. 112 et suiv.

II1S 1 (Hlli: DE FRANCE

Un nom brille entre tous à cette époque : celui des Ango, les deux armateurs dieppois. Le premier était contemporain de Charles VIII et de Louis XII; le second, Jean (1430-1551), fut honoré de la faveur de François Ier.

Le premier des Ango fournit à trois hardis navigateurs français : Aubert (de Dieppe), Gamart (de Rouen), et Denis (de Honfleur), les moyens de visiter l'Amérique. Le second contribua beaucoup pour sa part à développer notre influence maritime. Une anecdote

Sébastien Cabot.

Jacques Cartier.

suffira à montrer la puissance de sa flotte. Les Portugais ayant capturé un de ses vaisseaux, il arma lui-même une flottille, qui alla mettre le blocus devant Lisbonne : le roi de Portugal dut céder, payer une indemnité aux bourgeois de Dieppe et envoyer une ambassade à François I".

Parmi les capitaines des Ango, le plus fameux fut Jean Parmentier, qui visita le Brésil, Terre-Neuve, la Guinée, et, en 1529, avec son frère Raoul, reconnut Madagascar, les Comores, les Maldives, Sumatra, où tous deux moururent de la fièvre.

A la même époque, les Marseillais exploitaient la pêche du corail sur le littoral algérien, entre Bône et l'île de Tabarka, en vertu d'un privilège formellement reconnu en 1520 par Khaïr Eddine.

L'histoire mentionne pour la première fois en 15341e Malouin Jacques Cartier, chef de l'expédition envoyée par le roi pour explorer les « parages occidentaux ». Jacques Cartier appareilla de Saint-Malo, atteignit la côte occidentale de Terre-Neuve, entra dans le détroit de Belle-Isle, et prit possession de la côte de Labrador en plantant une croix près de la baie Rocheuse. Ce premier voyage ayant donné d'heureux résultats, François Ior accorda trois vaisseaux de la marine royale à Cartier, qui appareilla de nouveau en 1535, emmenant à bord de sa petite escadre quelques gentilshommes de la maison du roi, qui avaient voulu partager ses aventures. Il remonta le Saint-Laurent, fut bien accueilli par les indigènes, découvrit le lac d'Angoulême (aujourd'hui lac Saint- Pin n\, et arriva au village indien d'Hochelaga, près d'une colline fertile et cultivée, à laquelle il donna le nom de Mont- Royal. Cette colline devait dans la suite se couvrir d'habitations, absorber Hochelaga et devenir enfin sous le nom de Montréal un des centres les plus importants du Canada. Cartier hiverna ensuite à Stadacona, après avoir pris solennellement possession, au nom de la France, du pays qu'il venait de visiter. Il fit une troisième expédition en 1541 en compagnie d'un gentilhomme picard, François de la Roque, sire de Roberval, qui fut nommé vice-roi du Canada (1541-1544). Mais il ne put s'entendre avec son lieutenant ni faire œuvre de colonisation. Les Malouins n'en continuèrent pas moins à trafiquer avec les indigènes de l'estuaire du Saint-Laurent,

et de nombreux navires français fréquentèrent les parages de Terre- Neuve (1).

Sous le règne de Henri II, l'amiral de Coligny eut un véritable plan de politique coloniale. Il s'agissait, dans son esprit, non seulement d'enlever aux Portugais et aux Espagnols une partie des territoires dont ils revendiqueront la possession exclusive, mais d'établir outre-mer des colonies protestantes; le succès de ce plan nous eût donné des colonies analogues à celles qu'ont fondées les puritains dans la Nouvelle-Angleterre. L'idée première en avait été suggérée à Coligny par un chevalier de Malte, Nicolas Durand de Villegaignon, qui se proposait de conquérir le Brésil, désireux de se tailler une sorte de royaume en Amérique, et parlait d'y recevoir aussi bien les adeptes des idées nouvelles que les catholiques. Le roi, après bien des hésitations, lui confia deux navires, des armes et des munitions. Parti en juillet 1555, Villegaignon arrivait en novembre dans la baie de Ganabara, où s'élève aujourd'hui Rio-de-Janeiro; il commença la construction d'un port sur l'îlot qui garde encore son nom, et Coligny voulut faire de ce point une colonie calviniste, une « nouvelle Genève ». Villegaignon avait mécontenté ses compagnons par la dureté des travaux qu'il prétendait leur imposer ; l'arrivée de nouveaux colons presque tous protestants, en 1556 et en 1557, provoqua des discordes religieuses, et Villegaignon fit tuer trois ministres calvinistes qu'il n'avait pu ramener à la foi catholique. Il se décida à rentrer en France en 1558; en mars 1560, le port de Coligny tomba aux mains des Portugais. Les marchands français visitèrent longtemps encore le Brésil, mais aucune tentative de colonisation ne fut entreprise ultérieurement dans cette région.

Dans l'Amérique du Nord, les projets de Coligny ne réussirent pas davantage. En 1562, Jean Ribaud, envoyé par l'amiral, fonda Charlesfort, dans la Caroline, et, en 1564, il fit un second voyage en compagnie de Laudonnière. Celui-ci fut conduit par le chef Satouriona devant une colonne de pierre aux armes de France élevée deux ans auparavant par Ribaut et à laquelle les indigènes rendaient un véritable culte, preuve des bons rapports qui s'étaient noués entre les Français et les Indiens (2). Mais, comme les Portugais au Brésil, les Espagnols ne laissèrent pas à notre établissement le temps de prospérer : par haine religieuse et nationale, ils détruisirent le « fort Caroline », massacrèrent ses défenseurs et égorgèrent Ribaut. Un catholique français, Dominique de Gourgues, aidé des indigènes, vengea cette sanglante trahison, mais ne put se maintenir dans le pays (1568), et, au début du règne de Henri IV, la France ne possédait plus aucun territoire sur les rivages occidentaux de l'Atlantique.

(1) Jacques Cartier mourut pauvre le 1er septembre 1557. Il dut, pour gagner sa vie, faire profession d'avocat, de tabellion et de solliciteur de causes.

(2) Dr Hamy, Académie des Inscriptions, 4 janvier 1901.

Laudonnière en Floride (Reproduction d'une miniature appartenant à M. le comte de Ganay).

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